There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson (2007)

On va voir ce qu’on va voir…

There Will Be BloodThere Will Be Blood, Paul Thomas Anderson (2007)Année : 2007

Vu en juin 2008

6,5/10

Liens :

IMDb link 8,1  icheckmovies.com

 

Réalisation :

Paul Thomas Anderson

Avec :

Daniel Day-Lewis
Paul Dano
Ciarán Hinds

Eh bien non, décevant.

On parle de grande saga épique, d’une fresque sur l’Amérique du pétrole ou je ne sais quoi… On est très loin de l’épopée, de la saga à la limite. Pour moi, c’est une chronique sans grand intérêt. S’il n’y avait pas la mise en scène et la prestation de Daniel Day Lewis, ce serait une daube. Là, il arrive à en faire un bon film, mais l’histoire n’est pas à la hauteur. C’est la première fois que Anderson choisit de mettre en scène une histoire qui n’est pas la sienne, et c’est raté. J’ai bien sûr pas lu le roman, le thème est intéressant (la quasi-biographie d’un des premiers pétroliers, son évolution…), mais c’est loin d’être épique. Il n’y a pas une scène sans le personnage de Daniel Day Lewis, c’est pas loin de n’être qu’un plan-séquence à la gloire de l’acteur pendant deux heures trente.

There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson (2007) Paramount Vantage, Miramax, Ghoulardi Film Company

Le développement de l’histoire est très mince. Daniel tombe sur du pétrole (d’ailleurs on comprend mal… est-ce qu’il cherchait avant cela de l’argent et de l’or et qu’il en a trouvé par hasard ? Est-ce l’un des premiers prospecteur ? On sait rien de tout ça parce que le récit s’évertue à être sans parole, sans explication et à se focaliser sur des scènes particulières, c’est le rythme d’une chronique à la Altman, à la Anderson même, puisque c’est ce qu’il a toujours fait, mais une telle histoire réclame plus de densité dans le drame, plus de péripéties, des opposants bien déterminés qui n’apparaissent pas comme ça au hasard des scènes et qui sont totalement écrasés par la présence de Daniel Day Lewis). On lui apprend qu’il y a du pétrole dans un coin perdu de Californie, il y plante son derrick, on pense que ce n’est qu’un début, qu’il va aller ailleurs, qu’il va faire fortune, bref, que ça va bouger… Et non ! On restera accroché tout du long à ce seul et même environnement. Elle est où l’épopée là-dedans, c’est terriblement statique !

Même dans la mise en scène, on pourrait trouver des défauts. Dans la direction d’acteur, sur le rythme imposé dans les scènes (même si le rythme lent est un peu trop utilisé à mon goût), ça, aucun problème, il a prouvé qu’il était maîtrisait (alors quand en plus il tourne avec l’acteur le plus exigent…), mais c’est dans son traitement du récit, de la mise en forme où on peut y trouver des défauts. Dans sa volonté sans cesse de prendre de la distance avec l’action, de ne pas juger, de ne donner aucune indication, de refuser systématiquement le pathos, d’utiliser des effets de musique grossiers et répétitifs. On en vient à avoir une étrange impression, un peu comme s’il ne savait pas où il allait. Paul Thomas Anderson s’est toujours attaché au réalisme dans le jeu d’acteur, mais il y avait toujours dans le récit, l’histoire, le traitement, quelque chose qui laissait penser que tout était déjà écrit, tracé, et pour le coup plus du tout réaliste, ce qui venait en parfait contrepoint avec le reste. C’est ce qui donnait à Boogie Night ou Magnolia ce côté sophistiqué. Là, on a l’impression qu’il pose sa caméra et qu’il attend que ça se passe ; on ne sent pas la présence derrière d’un narrateur pour nous dire que tout est déjà écrit, que c’est une sorte de conte et qu’il n’y a plus qu’à attendre la morale de l’histoire à la fin.

Alors, il y a peut-être un aspect du film qui m’échappe, ou à quoi je reste hermétique. Je n’ai jamais apprécié non plus Impitoyable de Clint Eastwood, et la tonalité, l’atmosphère boueuse, s’y rapproche. Peut-être est-ce simplement à cause de Daniel Day Lewis qui est trop bon (c’est vrai qu’il est bon). Non seulement il est dans toutes les scènes, mais il mange tous les autres acteurs, qui ne font absolument pas le poids face à lui. Brillant, on dira, mais tellement brillant qu’il en devient antipathique, comme ces jeunes gosses insolents qui voudraient prétendre savoir tout sur tout et qui ne manque jamais l’occasion de vous le faire sentir. Paul Dano, surtout, est en dessous. Encore un pasteur « faux prophète » ; il est crédible dans le rôle (sauf à la fin où il fait trop jeune), mais quand on repense à la scène où il interprète le frère de Eli, il joue les deux frères de la même façon, alors qu’ils devraient être diamétralement différents…

Bref, quand je vois que certains mettent cet opus parmi leur top 10 de tous les temps… Il y a tant de mauvais films aujourd’hui que dès qu’il y en a un bon (je veux bien le croire toutefois s’il y a tant de monde pour le louer) on crie chef-d’œuvre ? Boogie Night est un chef-d’œuvre. Mark Walhberg a le rôle principal, mais il n’est pas tout seul, les autres personnages sont tout aussi importants. Ce qui a toujours fait le style Anderson, c’est un peu comme chez Altman ou Scorsese, le destin de personnages, leurs rapports tumultueux. Là, c’est un peu comme voir MASH avec un seul acteur du début jusqu’à la fin… Des polygames rangés, tu parles d’une épopée.

Remets-toi à écrire Paulo, arrête avec les histoires des autres…