Sadie McKee, Clarence Brown (1934)

Sadie McKee

Sadie McKee Année : 1934

7/10 iCM  IMDb

Réalisation :

Clarence Brown

Avec :

Joan Crawford, Gene Raymond, Franchot Tone, Edward Arnold

Le charme des productions hybrides au sortir du muet (on est pourtant en 1934). Clarence Brown, qu’on imagine plutôt adepte du classicisme (comme tout venant de la MGM en fait), qui se mue ici, du moins dans la première partie du film, en prince du naturalisme. Aucune musique d’accompagnement sinon le Auld Lang Syne final à la Capra (toutes les autres musiques sont diégétiques).

Audace aussi d’un débutant avec pour le coup un procédé loin du naturalisme : le passage d’une pièce à une autre en travelling latéral d’accompagnement en cassant le mur (et forcément réalisé en studio) : une proposition qu’on retrouvera maintes fois par la suite mais un procédé plutôt incongru dans une production MGM.

Cedric Gibbons (directeur artistique de la major) est de la partie, et si toute la première partie naturaliste ne lui ressemble pas, c’est par la suite dans les riches décors intérieurs qu’on reconnaît la marque des productions du studio.

Edward Arnold est exceptionnel en nouveau riche alcoolique sauvé par sa précieuse : c’est son personnage de La vie est belle, en plus positif, bouffé par la bonne humeur (et l’ivresse) de Falstaff.

Joan Crawford & Edward Arnold

On retrouve le rythme hybride, lent, du naturalisme (là encore, loin des exigences de rapidité qui est souvent la règle dans l’univers des studios) : les séquences s’éternisent, ce qui laisse, au contraire des productions qui se font au montage (et autour des raccords, afin de formater les avancées dramatiques en cours), la possibilité aux acteurs de prendre le pouvoir et d’imposer leur rythme (si cette lenteur semble parfois coupable, car illégitime dans les séquences de routines, comme si on attendait un rebondissement important, elle sert au contraire à marquer l’intensité lors des moments importants de l’intrigue).

Étrange objet.


 

L’Accordéon, Igor Savchenko (1934)

L’Accordéon

GarmonAnnée : 1934

3/10 IMDb

Réalisation :

Igor Savchenko

Avec :

Zoya Fyodorova, Pyotr Savin, Igor Savchenko

Stupide comédie musicale qui fait semblant d’apporter au milieu de son néant un peu de subversif en moquant le zèle d’un secrétaire d’une coopérative agricole. Mais il y a finalement pas grand-chose à sauver sinon l’intérêt folklorique de la chose.

Si on ne juge que l’aspect musical, c’est bien pauvre. L’aspect visuel passe encore, mais la postsynchronisation des chevaux, des pas, ou pire des routines de danse, alors là bravo.

J’ai cru comprendre qu’on réalisait ce même genre de comédies musicales champêtres en Corée du Nord. Le vide absolu. La consensualité mièvre avec le pouvoir à travers l’exaltation de valeurs faussement populaires.


 

Arlette et ses papas, Henry Roussel (1934)

Arlette et ses papas

Arlette et ses papas
Année : 1934

Réalisation :

Henry Roussel

Avec :

Max Dearly
Jules Berry
Renée Saint-Cyr

9/10 iCM IMDb

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Films français préférés

Le théâtre de boulevard dans sa splendeur.

Du bonheur à chaque seconde servi par deux acteurs exceptionnels, Max Dearly et Jules Berry, parfois en roues libres, dont un petit moment d’impro qui passe inaperçu quand Jules Berry parle de sa “fille” au lieu de sa “femme”, lapsus qui aurait dû alerter à la fois les autres personnages, la script-girl, le réal et le spectateur, mais on n’y voit que du feu : même quand il fait des conneries, ça passe pour du génie.

Du quiproquo à tous les étages et un esprit français aujourd’hui disparu qui valait bien le pré-code (la “fille” cherchant avec un entrain assez peu conforme à la bienséance à se faire dépuceler par… son mari).

Le dénouement est un régal : la pièce est parfaite mais les acteurs qui la servent sont là encore et toujours exceptionnels… Dearly face à Berry, deux sacrés numéros. Ce cinéma français-là souffre d’une réputation… ou d’une exposition… Nul n’est prophète…


 

Nana, Dorothy Arzner (1934)

Nanaconda

NanaAnnée : 1934

Réalisation :

Dorothy Arzner

5/10  IMDb

Avec

Anna Sten, Phillips Holmes, Lionel Atwill

Anna Sten est jolie, très jolie. Seulement pour le reste…Direction d’acteurs pitoyable comme d’habitude. Tous jouent trop fort, pas assez vite ou au contraire incapables de ralentir et de jouer sur l’intensité pendant les moments forts. Surjeu affligeant en particulier de la part de l’actrice principale, Anna Sten, si craquante dans La Jeune Fille au carton à chapeau… Ben, une actrice du muet, oui. Et une pauvre jeune fille à qui on demande de singer Dietrich… Que c’est laid. Grossier. Annaconda, c’est trop fin pour toi.

Alors d’accord, c’est très dur à jouer, mais ces acteurs médiocres laissés à l’abandon ça me rend presque triste. Il n’y a qu’un second rôle qui émerge dans tout ça, celle qui joue Satin, l’amie de Nana, jouée par Mae Clarke, « madame Frankenstein », et qui de mémoire était tout aussi excellente dans Waterloo Bridge… Une sorte d’autorité androgyne, un charme railleur et une insolence très pré-code… Pas de place dans ces années 30… L’âge d’or d’Hollywood, c’est aussi l’âge d’or des actrices. Dommage pour Mamae, mais quelques secondes de respiration pour nous dès qu’elle apparaît à l’écran…

Et Samuel Goldwyn à la production pour ce nanarcondo. Contente-toi de monter des projets pour Willy Wyler, Samie.

Nana, Dorothy Arzner (1934) The Samuel Goldwyn Company


 

 

L’Impératrice rouge, Josef von Sternberg (1934)

Crème anglaise

The Scarlet EmpressL’Impératrice rouge, Josef von Sternberg (1934)Année : 1934

9/10  IMDb  iCM

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Cent ans de cinéma Télérama

Réalisation :

Josef von Sternberg

Avec :

Marlene Dietrich
John Lodge
Sam Jaffe
Louise Dresser
C. Aubrey Smith
Gavin Gordon

Montagnes de chantilly garnies au foin d’étable, fauteuils en plâtre rehaussés de gargouilles eisensteiniennes, blanc de poulet ou jambon d’anchois trempé à l’huile de coude, nuages de lait frappés aux éclats d’albâtre, diamants distribués comme des perles de reine, neiges au bois dormant sur tronc laqué et houppier pelé, ermitages sur coulis de béchamel, feuilletés d’oie croustillant au blanc des yeux, marengos crevés à la purée d’hiver, poudre de riz sur perruque en cascade, viennoiseries baignées sous une poudreuse de retraite, berlingots pochés au foutre de canard, poussières d’albumine sublimées en bokeh d’argent, mousselines de lumières kaléidoscopiques, sucre glace en rab ou à foison, garnison on duty pour la reine buissonnière… je retrouve à ce second visionnage le même festin baroque et blanchâtre que j’y avais trouvé au premier : L’Impératrice rouge, c’est l’éléphant blanc de Josef von Sternberg. Son joyau, son froufrou, qui vaut d’abord pour sa radicalité éclairée au fer blanc. Non pas un blanc à La Passion de Jeanne d’Arc, mais un blanc habillé de noir qui ne sert ici qu’à le rehausser. Car si dans un film noir ou dans le cinéma expressionniste, tout tend à rendre l’atmosphère oppressante et mystérieuse, à travers ses noirs (ces gouffres qu’osent à peine éclairer les quadrilatères de lumière), dans L’Impératrice rouge, c’est bien tout le contraire qui y est suggéré. Au loin le cinéma expressionniste ; ici, l’enluminure. Faute de couleurs, les noirs servent le relief. Peut-être un seul autre film réussira à produire sur pellicule ce que Gustave Doré pouvait proposer dans ses illustrations : La Belle et la Bête, de Jean Cocteau.

Alors, ces excès baroques et lumineux demeurent, mais à la revoyure, un aspect du film qui m’avait le plus surpris il y a trois ans semble ne plus coller aussi parfaitement qu’il le devrait : son humour. On pourrait s’amuser à rapprocher ce style aux fantaisies « bon marché » d’Ernst Lubitsch de sa période allemande, en particulier trois de ses films tournés en 1919 : La Poupée, La Princesse aux huîtres et Madame DuBarry. Le grotesque et la démesure des décors y sont bien présents, et en ce qui concerne précisément l’humour, von Sternberg, s’il joue parfois plus des yeux roulés sous les aisselles que des lignes de dialogues comme il le devrait, il trouve avec ce Scarlet Empress un ton humoristique qu’on retrouve rarement à ma connaissance dans ses autres films. L’effet de surprise en moins, sans doute, les répliques font moins mouche. Rien d’étrange toutefois d’y trouver un lien avec Ernst Lubitsch, les deux cinéastes partageant à l’époque les services d’un des plus prolifique et talentueux art director de Hollywood pour le compte de la Paramount : Hans Dreier. Il se pourrait donc bien que la sophistication de nombreux films de l’un et de l’autre soit pour beaucoup à y mettre au crédit d’une certaine Dreier’s touch. (Billy Wilder fera également appel à lui plus tard pour quelques-uns de ses meilleurs films.) Il y a une époque où le cinéma pouvait mêler efficacement glamour et humour ; une époque où toutes les meilleures viennoiseries d’Europe se sont répandues en poudre d’or sur le cinéma américain…

Autre mauvaise surprise, l’emploi un peu abusif des montage-séquences. C’est aussi dans ces séquences que toute la démesure baroque du cinéaste peut s’exprimer, pourtant la sophistication paresseuse du montage paraît un peu pâlotte face à l’exubérance et la créativité sans limites des décors. Le procédé est très utilisé à l’époque pour condenser l’action, jouer d’ellipses et accélérer le rythme, mais la volonté d’user du procédé pour le même type de séquences, souvent aussi de préférer la musique aux lignes de dialogues pour faire avancer l’action, finit par être lassant (un peu comme dans un bon film d’Eisenstein). Pas au point de friser l’indigestion, certes, mais attention aux dégâts lors du prochain visionnage.

Restera l’essentiel, une pièce montée sur une île flottante qui jamais ne chavire, quelques répliques dignes des Marx Brothers, une audace permanente et un style qui flirte entre les lignes : on espérerait peut-être voir un mélodrame historique avec Greta Garbo et l’insolence de Marlene Dietrich (à l’image encore d’une Ossi Oswalda dans les films précités de Lubitsch) semble être là pour rappeler qu’on ne se prend jamais au sérieux. Au lieu d’assister à l’ascension un peu ronflante de la Grande Catherine, Josef von Sternberg nous propose l’ascension d’une femme commençant sa trajectoire en It girl (il avait participé à l’adaptation en 1927 avec Clara Bow de It) pour la finir quasiment en femme fatale. Au niveau du style, le passage du mélo non consommé au burlesque retenu, malgré les dernières réserves, offre tout du long une impression d’unité et une cohérence peu évidente à trouver. Un peu comme arriver à faire monter ses yeux en neige tout en espérant se regarder dans le blanc des œufs sans broncher… L’écueil, comme souvent dans ce genre d’exercices, c’est de trouver des acteurs pour jouer la même partition. Jospeh von Sternberg est loin d’être un grand directeur d’acteurs, mais la mayonnaise a pris et ça tient toujours.

L’Impératrice rouge est l’un de ces miracles inexplicables qui constellent l’histoire du cinéma. Rien ne ressemble à L’Impératrice rouge ; tout juste peut-on lui trouver des aînés et des descendants (certaines adaptations shakespeariennes de Orson Welles, quelques films de Peter Greenaway ou de Ken Russell) ; et assez peu de rapport avec une autre démesure, plus sombre, plus tragique, des films muets de Josef von Sternberg. Un miracle. Une île flottante pour quelques déserteurs endormis, gourmands d’aventures étranges et baroques.

Surtout, laissons la lumière allumée.


 

Vu en janvier 2013 (A-) ; revu le 31 août 2016 (9)

Yaé, la petite voisine, Yasujirô Shimazu (1934)

L’humour goutte-à-goutte

Tonari no Yae-chanYaé, la petite voisine, Yasujirô Shimazu (1934).jpgAnnée : 1934

Vu le : 19 décembre 2014

8/10 iCM  IMDb

 

Réalisation :

Yasujirô Shimazu


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Limeko – Japanese films

Il y a des comédies qui sont des tonnerres et qui ont l’ambition de nous faire rire aux éclats ; et il y a des comédies qui sont des brises de printemps, ou de petits torrents qui dévalent tendrement des collines. Shimazu montre un monde idyllique où les hommes de mauvaises intentions n’existent pas. Tout est doux et indolore. Tout est sujet au rire et à l’amusement. On se prend à rêver que de tels personnages puissent exister et on rit, ou on pouffe bêtement, en comprenant que tout cela n’est bien sûr que de la fiction. On rit. Comme les Japonais rient quand ils sont gênés. Le temps d’un film on goûte à cette étrange humilité qui fait tout apparaître en rose et qui nous fait naïvement voir que le bon côté des choses. Il faudrait filmer les spectateurs des films de Shimazu comme lui filme ceux qui s’amusent à la découverte d’un épisode de Betty Boop. L’œil qui frise en permanence ; une brise qui chatouille comme une plume titillant nos oreilles et nos joues.

Farceur le Shimazu, l’air de rien. Quand il ose un échange de répliques entre deux lycéennes sur le volume de leur poitrine. L’audace du hors-champ, des adolescentes faussement innocentes et coquines ; et la gêne plein cadre du jeune homme laissé seul dans le salon et qui entend tout. Le retour de la voisine fait tout autant sourire : le garçon lui reproche son manque de pudeur, et elle lui répond qu’entre filles, elles peuvent bien parler de ces choses-là. On dirait aujourd’hui qu’elles l’allument.

Dans la même scène semblant sortir d’un fantasme d’écolier, la jeune fille propose à son voisin chéri de lui laver et de lui repriser ses ignobles chaussettes. C’est Boudu violé par les nymphes de Shimazu… Voit-on ça ailleurs que dans nos rêves. The girl next door, la petite voisine pas vraiment jolie mais qui prend un malin plaisir à vous chatouiller les sens. Petit regard en coin, sourire moqueur… Le sexe n’est pas encore une éventualité alors on se tortille autrement. On flirte, on se taquine, on se chamaille.

Un peu plus tard, les mêmes continuent à jouer les amoureux : « Je te plais ? — Bof… » On ne se tape pas sur les cuisses, c’est sûr, mais on s’amuse des réactions de ces ados dont on peut lire les sentiments comme dans un livre écrit à l’eau de roche. « Tiens, c’est vrai que tu ressembles à Frederic March. Maah, tu es flatté ?! » On pourrait presque le voir rougir ; et elle s’amuse de le faire marcher. Absurde, ridicule et tout à fait charmant. Parce que… Frederic March, sérieusement ? Le garçon en question n’a évidemment rien de Frederic March. Ozu, avait réutilisé plus tard la même bêtise flatteuse avec un autre acteur américain (à moins que ce soit dans un film de Naruse, j’ai la mémoire qui flanche, je me rappelle plus très bien).

Les scènes se succèdent ainsi, et le flirt continuerait à n’en plus finir comme des préliminaires habillées si une grande sœur mariée mais en délicatesse avec son mari ne venait pas se réfugier chez ses parents. Encore, une situation, un personnage qu’on retrouvera par la suite dans les films de Naruse et d’Ozu. La grande sœur viendra donc se consoler dans les bras de notre Frederic March et sa cadette pourra alors nous amuser de sa jalousie un peu pataude — donc délicieuse. La comédie est là, en décrivant les petits défauts de ces personnages attachants. Des petits vices ne portant pas à conséquence que les auteurs connaissent bien pour être une source inépuisable de sympathie : la gourmandise (du jeune frère), l’ivresse (des pères), l’effronterie (de la voisine). C’est léger, c’est maladroit, c’est naïf… l’idée en fait qu’on se fait de l’enfance (chacun sait que c’est un mythe, l’enfance étant au contraire une période où la cruauté règne en maître).

On est au début du parlant, Shimazu manie parfaitement l’usage des dialogues. Il sait quand montrer à l’image celui qui parle ou prêter attention au contraire aux réactions de ceux qui écoutent. On retourne même parfois presque au muet quand il joue avec d’incessants jeux de regards. Action, réaction : frustration ; action, réaction : vexation ; action, réaction : émulation ; action, réaction : circonspection ; action, réaction : tension… Sol, sol, sol… mi♭ !

Autre exemple de la délicatesse « muette » avec laquelle Shimazu montre ses personnages : en rentrant d’une soirée en voiture, le jeune frère pique du nez. Ce qui deviendrait facilement un motif de rire un peu vulgaire ne fait ici que sourire. C’est juste ce qu’il faut pour nous attendrir ; un peu comme quand on fond devant un enfant luttant contre le sommeil et qu’on regarde sombrer un sourire au cœur.

Shimazu possède cette légèreté, cet amour pour l’existence et les petites médiocrités humaines. On aime ses personnages parce qu’ils sont inoffensifs, des monstres gentils. Oui, c’est un paradis. Et cela, malgré la tragédie qui finit toujours immanquablement par pointer le bout de son nez. La mort, elle, ne dort jamais.

Après guerre, Ozu tournera des films qui se rapprocheront de cette tonalité. Ça commencera avec Chôko Iida dans Récit d’un propriétaire, qui joue ici une des mères. C’est vrai que quand on la voit apparaître dans le film d’Ozu, avec son air sévère, on comprend tout de suite que le morveux parviendra très vite à l’amadouer. Un cinéma qui s’attache à décrire des anges, la beauté et l’humilité des petites gens.

Alors, certains pourraient y voir du cinéma réaliste sans saveur, où il ne se passe rien. Pourtant il n’y a rien de réaliste à présenter des anges à l’écran. Je n’en ai rencontré aucun. On peut s’amuser à prendre la situation de départ et voir comment elle évolue dans le monde idéalisé de Shimazu et dans la vraie vie parisienne :

Quand le voisin joue au baseball en empiétant joyeusement sur la propriété voisine, et qu’il vient à casser un carreau avec sa balle, chez Shimazu, il vient s’excuser, tape la discute avec la fille des voisins ; la mère du joueur vient présenter ses excuses, demande à son fils de ramasser les morceaux et repart en demandant à la fille des voisins de présenter une nouvelle fois ses excuses à sa mère. Quand le lendemain, le vitrier passe, tout ce joyeux petit monde se renvoie la balle pour savoir qui payera les frais.

Dans la vraie vie ? Je casse la vitre de l’appartement de mon voisin, je commence par recevoir des insultes, je lui envoie les miennes en retour avant de venir m’excuser mais comme j’ai les excuses qui ressemblent à des insultes, il me ferme la porte au nez et m’envoie le lendemain la facture. Deux jours après, il insulte ma femme dans la cage d’escalier pour avoir un mari moyennement aimable, il reçoit en retour une volée de gifles, dépose une main courante au commissariat dans la foulée, me traite de couille molle au retour ; pour me venger, je lui grippe son garage mécanique en y fourrant un peu de sable dans les rouages ; le garage retombe sur son char à meule immatriculé dans le Calvados ; en représailles, il viole et massacre mon chien, je lui crève les yeux, il me tord et m’arrache les burnes, je lui vomis dans le cou, et on finit tous deux par la fenêtre, empalés vingt mètres plus bas sur la verrière du restaurant indien du rez-de-chaussée dans lequel on n’avait jamais daigné, ni lui ni moi, foutre les pieds. La voilà la vraie vie ! C’est ce qui arrive tous les jours entre voisins… Shimazu à côté, c’est L’Île aux enfants. Allez demander un ou deux œufs à vos voisins, vous avez toutes les chances de les recevoir sur la tête et de trouver le lendemain vos pneus crevés… Bienvenue dans le monde réel. Non, non, Shimazu n’est pas réaliste. Un idéaliste et un petit plaisantant, oui. Il nous montre un avant-goût du paradis, pour filer à la fin du film en nous disant : « hé couille molle ! le paradis n’existe pas ! » Merci bien. C’est triste la vie, et ça l’est encore plus à la fin.

Notre pain quotidien, King Vidor (1934)

Amen-et-vous !

Our Daily BreadAnnée : 1934

Réalisation :

King Vidor

7,5/10  IMDb
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Vu le 23 septembre 2006, revoyure en février 2011

Très court film de King Vidor. Éloge des valeurs de la collectivité et de l’effort commun. Limite communiste ou populiste de droite c’est selon. Une sorte de petit Capra rural ou des « Raisons de l’espoir ».

Les refoulés de la crise de 29 achètent un petit lopin de terre à la campagne. Ils sont de la ville et peinent à y faire pousser quelque chose. Vient alors une autre famille, des immigrés, qui vont leur apprendre comment s’y prendre. Face à cette ruée de main-d’œuvre, ils décident finalement d’accepter tout le monde sans exception. Tout cette petite société apprend à travailler ensemble.

La pluie tarde à venir, et la récolte risque d’être perdue. Seule solution, un peu folle : faire venir l’eau de la rivière qui est à quelques centaines de mètres de là… derrière une colline. Le bonheur est toujours sur la colline du voisin.

Gros moment de bravoure et d’effort collectif.