Le règne de la bêtise

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On est tous des Sauvage.

Le XXIᵉ siècle où l’âge de la communication. Le règne de la bêtise, la prime à la médiocrité. La démocratie en somme. Ou plutôt, la vague lueur mortifère de la démocratie participative. Tout se communique, et cette facilité rend possible cette belle idée du pouvoir détenu par tous. Un leurre en fait, une arnaque. Car au lieu de renforcer l’État de droit, le sens commun, la diplomatie, l’excellence, le partage (le vrai, celui qui transmet du sens plutôt que des sensations), ces facilités favorisent la démagogie, et avec elle, l’incohérence, le non-respect des règles communes ou la bêtise, la peur, la haine de l’autre…

Deux exemples.

Notre Président méritant, non content d’être remonté dans les sondages lui permettant de bien se positionner au premier tour des présidentielles (et avant ça, imposer sa candidature de fait, sans passer par des primaires — la légitimité de l’à-propos) grâce à des faits divers sordides (oui les actes de terrorisme restent des faits divers, mais il est vrai que quelques victimes tragiques alors qu’on ne s’y attend pas, c’est pire que quelques milliers de victimes sur la route, elles tout à fait régulières donc pas du tout exceptionnelles et sujettes à faire peur, oh !! la terreur !!! « il faut avoir peur ! »), voudrait donc désormais profiter d’un autre… fait divers (à travers son épilogue : une décision de justice). C’est que les féministes viennent de s’offusquer qu’une femme soit déclarée coupable du meurtre de son mari, alors que ma petite dame, c’est qu’elle était battue, elle avait donc bien le droit… Je ne suis ni féministe ni misogyne, en revanche, c’est amusant, quand il y a d’autres, probables, ou plus évidentes injustices, celles-là, on les entend pas : les injustices, ça concerne que les femmes, et il suffit donc d’être une femme pour être blanche “comme” neige… Qui oserait en effet affirmer que la cause du féminisme n’est pas légitime ? Hum… mais est-ce bien du féminisme ? Ne serait-ce pas plutôt de la bêtise et de l’opportunisme ?… Bref, j’en reviens à notre Président méritant, qui flaire là le bon coup de communication. Lui, qui ayant dit que « moi Président » il ne se servira jamais de la grâce pour une question de principe, v’là que tout à coup, les principes s’évanouissent face à la nécessité, ou l’opportunité de gagner des petits points dans les sondages. Comment ? Je lance un épouvantail parce que j’ai toujours l’esprit mal tourné : on apprend qu’après avoir reçu les filles et l’avocat(e) de cette accusée (ou victime, on sait plus trop, ou peut-être les deux mais la confusion des genres, c’est jamais très bon pour faire de bonnes histoires), monsieur Notre Président méritant va réfléchir à ce qui pourrait bien faire, hum, hum hum… Rude décision, c’était pas qu’il avait dit… quoi déjà ? Peu importe. Le règne de la communication n’a pas de mémoire, toutes les RAM sont allouées à la mémoire vive, celle de l’instant. Faut remplir le fil d’actualité, faut que ça buzz !!! Même quand on a rien à dire ou à faire… Pourquoi ne répond-on pas directement, donc ? Pourquoi même recevoir ces dames, n’y a-t-il pas d’autres accusés qui légitiment ou pas aimeraient bien eux aussi être reçu ô… à l’Élysée ? La France… la FRANCE, qui tourne à l’aube des faits divers… On a ni pétrole ni idée, mais on a des faits divers !… Pourquoi donc que ces millions de chômistes ne se retroussent-ils pas les manches pour produire… des faits divers ! Mince, c’est simple… Bref, bref, j’en reviens, toujours à notre Président méritant (j’essaie de m’en écarter mais va falloir que j’en finisse). À quoi va donc servir cette hum… réflexion ?… À faire un sondage, pardi ! Un sondage, ce n’est rien de plus que la démocratie qui s’exprime… c’est ça la démocratie participative. Un institut de sondage t’appelle à 19h, tu réponds à deux ou trois questions pour voir si ça colle, ta seule compétence c’est d’entrée dans la case prévue, celle de « l’échelon représentatif » (hé, c’est la démocratie représentative 2.0 ! pourquoi passer par l’Assemblée, y a la chambre haute définition, le Net, et la chambre basse, le téléphone !). Et alors voilà, le sondé, il a comme caractéristique d’être particulièrement fragile face aux escroqueries, aux apparences, aux idées toutes faites… normal, on lui demande de répondre à des questions dont il se fout pas mal et dont il connaît le plus souvent pas grand-chose (moi-même, je pourrais être sondé par exemple). Le résultat ? Une catastrophe. On voudrait pas refaire un Grenelle sur la peine de mort qu’on voit si y aurait pas du nouveau sur le sujet ? Ce serait marrant de relancer des exécutions et d’aller dans le même temps faire la leçon à tous ces pays sont forcément des barbares parce qu’ils ne mangent pas de fromages comme les nôtres et parce qu’ils causent pas français… Hé, on est le pays des droits de l’homme (lequel, on sait pas, encore un mystère, une légende urbaine née sur un vieux tweet de Victor Hugo). À parier donc (mais je suis pas voyant, je garde espoir, mon côté crédule de sondé potentiel) que la grâce, on va y avoir droit. Parce qu’elle le vaut bien.

Deuxième exemple (et sonde dans le derche). Le sort réservé aux réfugiés. Un réfugié, quand il est chrétien (ce qui pourtant est aussi un malheur en soit, perso je fais pas de discrimination entre les zozos), il est le bienvenu (probablement parce que tous les pédophiles dans la religion chrétienne se concentre chez les curés, alors que chez les méchants musulmans, c’est bien connu, l’absence de clergé trouble la fête et on préfère alors y voir des égorgeurs d’enfants, un peu partout, sans discrimination, tous pareils) ; alors que le réfugié que lui il est pas chrétien bah ça va donc de soit parce qu’on tient à ce que nos enfants se fassent pas zigouiller, il peut rentrer chez lui. Où ? Chez lui. Bah il en a pas, il est réfugié. Ah… Mais moi je réponds au téléphone à 19 h, je peux pas tout savoir… Je cherche donc la cohérence dans tout ça, et le respect des droits internationaux. Les règles contraignantes, c’est toujours pour les autres ; les profitables, c’est toujours pour nous. Nous = celui en position de force. Un chef de guerre américain a dit une fois qu’il n’y avait jamais qu’une seule histoire (une seule règle ou loi on pourrait ajouter), celle du gagnant. Donc du plus fort. Il serait donc logique que face à des réfugiés, on respecte le droit, eh ben même pas, parce que personne ne nous dira qu’on fait mal, c’est nous qu’on est le plus fort… Seulement la bêtise ne s’arrête pas là. On en vient même à vouloir confisquer les biens des réfugiés pour les « dissuader de venir ». Il aurait plu le lendemain de l’accident d’Hiroshima sur la France qu’on aurait dit que le nuage avait interdiction d’éternuer et que sinon on allait prendre des restrictions contre l’Union soviétique !… na ! Je résume, ou je caricature, pour que cela soit plus évident pour ma fragile intelligence : à cause qu’on s’est fait ruiner par l’amant de notre femme qui se trouvait être un banquier véreux, on s’est retrouvé à vendre des allumettes au fils de notre voisin en lui disant « vas-y, c’est marrant, je suis sûr que ça impressionnera ton papa » ; le gamin joue au pyromane et met le feu à la maison, c’est la guerre avec le père parce que c’était toujours le cas (mais on n’a pas toujours des allumettes sous la main) ; et puis le baluchon à la main et sans culotte, le gamin se dit désormais être un réfugié et nous demande à ce qu’on l’accueille vu que nos relations semblaient bien aller, du bon voisinage quoi… c’est la règle, on s’entraide ; et là, patatras, on aide ni les jeunes, ni les étrangers, ni les vagabonds d’ailleurs (« fais voir tes papiers ! » « voilà » « fais voir tes papiers ! » « bah je viens de vous les donner » « t’es pas en règle, dehors ! »), alors retourne chez toi ! Voilà où on est en. Alors je vais pas dire que c’est la faute de l’amant de notre femme, parce que notre femme, en bonne féministe, elle est émancipée, elle fait ce qu’elle veut, seulement nous, on était pas obligé de laisser le banquier faire sa loi. Parce qu’au bout du compte la seule loi qui prévaut, c’est la nôtre, celle du peuple (et ici on pourrait même dire, les peuples — bon voisinage, toussa). Et l’économie est au service du peuple, pas le contraire. Une femme infidèle, c’est correct, l’adultère, sans être forcément bien vu, n’est pas un délit ; en revanche, prostituer son seul capital véritable (son peuple, la nation, etc.) aux quelques salopes qui sont censés faire tourner le monde, voilà qui est la source de beaucoup d’ennuis et de vices inacceptables. On est comme le camé qui pour se payer sa dose, deale à son tour, ou pire… Oui, on est tous des Sauvage : quand on se rend coupable d’un crime, c’est toujours en réponse à d’autres blessures, d’autres crimes, auxquels on a jamais pu faire face. Au lieu d’y faire face à nouveau en regardant le problème (ici celui des migrants mais ça pourrait en être bien d’autres) à sa source, on préfère agir sur les effets immédiats. Celui qui veut remonter un fleuve, parcourt-il, dans un même jour, autant de chemin que celui qui le descend ? (Sade). La facilité, l’immédiateté, « argent facile ! »… La communication, le débit, ne sert à présent que le petit profit. On vend des allumettes, ne cherchons pas plus loin pourquoi on en soufre.


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Don’t Let the Sun Go Down on Me, G. Michael & E. John

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Les pilosités électives

On apprend dans le dernier numéro de Sciences et Vie que les femmes européennes s’estiment trop poilues et que c’est bien la faute de leurs aïeules d’avoir toujours privilégié les mâles velus aux petits Poucet glabres et polis. Or, voilà 25 ans que les jeunes filles se plaignent ainsi, et c’est certain, il faudrait plus d’une génération pour voir les imberbes dominer la terre. Et encore, rien n’est moins sûr, tout n’est qu’artifice.

Artifice, et subterfuge.

Les bifurcations capillaires évoluent au fil de la mode, et la mode est souvent trop éphémère pour que les jeunes filles, un jour, se peignent de ne plus avoir de cheveux sur le bas caillou… La mode, c’est comme l’amour, ça va, ça vient : ce qui était un jour au poil se pointe sans prévenir sous le fil du rasoir.

Faisons table rase du passé.

Si vous n’avez pas d’exemple en tête, permettez que je vous cède mon chapeau et vous relate veluement l’histoire d’une révolution qui, si elle n’était pas musicale, était tout du moins, et de pied en cap, hilarante.

C’était le début de l’année 91, et alors que je me demandais pourquoi l’émission de Michel Drucker Star 90 ne devenait pas Star 91, un tube commençait à monter dans les charts comme aspiré par d’étranges capillarités tubulaires : Don’t Let the Sun Go Down on Me.

La chanson interprétée par Elton John et George Michael tournait en boucle d’or à la radio, mais ce qui faisait alors jaser, c’était moins la réunion de ces deux garçons joyeux et polis, que le scandale capillaire auquel s’était livré le sex symbol des années 80, George Michael. (Elton aurait bien voulu mais cela fait l’objet d’un billet plus ancien que je partagerai à l’occasion, intitulé : Les capilosités d’Elton.)

C’est que l’ancien chanteur de Wham ! cherchait à tirer son épingle du cheveu dans cette nouvelle décennie fort concurrentielle en matière capillaire. Et pour ce faire George avait lancé tout une campagne publicitaire visant à le faire entrer dans ce que certains charretiers nomment « l’âge de la maturité ». Le duo, il l’avait déjà fait, il fallait donc proposer du neuf, quelque chose de plus sulfureux, de plus ébouriffant, de moins… rasoir.

Les années 80 sur le plan capillaire sont à ranger dans l’ère des trente glorieuses. L’ère des Beatles, l’ère du poil long et dru, l’ère de la prospérité et de la contestation. Au cinéma, cette ère s’est tragiquement achevée en 1992 quand un jeune cinéaste qui fera la mode des années 2000, David Fincher, impose le crâne rasé à Sigourney Weaver.

Mais le premier à avoir fait vaciller le cheveu, c’est bien lui, George Michael, en cette funeste année 91, qui déclenche les hostilités.

L’ironie, c’est que l’intention (marquetée) de George Michael, était d’abord de s’enlaidir, de proposer un look plus neutre, pour faire oublier ses splendeurs capillaires passées.

Si Louise Brooks avait été un symbole de l’émancipation de la femme, George Michael avait tenté le contraire en cherchant à janséniser son apparence. Mais en voulant imiter la tonsure de Laspalès, il a remis au goût du jour ce qui apparaissait alors comme une étrangeté antique : la coupe à la romaine. Coupe, non seulement rendue populaire, mais théorisée par le célèbre Archimède dans son ouvrage De la capillarité en six cils et au-delà. Gageons que ce sont les gènes de ses grecques aïeules qui ont parlé ici pour lui (ces mêmes aïeules responsables d’un article plein de pilosité dans mon S&V du mois dernier).

Suivront quelques dates marquantes qui feront du poil ras, pour les quelques années à venir, la norme.

Notons par exemple que plus Elton John se voyait sublimé d’une toison nouvelle pour bientôt oser quitter de plus en plus son divin cap, plus la mode marchait, ou poussait, dans l’autre sens. N’est pas George Michael qui veut. Mais c’est un peu ce qui arrive quand le chou fait bon ménage avec la chèvre…

Dès l’année suivante, un docteur des Urgences est intronisé au rang de nouveau sex symbol masculin : l’autre George, George Clooney, adoptant lui aussi la coupe à la romaine.

L’homme des années 90 se doit d’être garni de la touffe, mais pas trop, plutôt rasé d’hier, mais pas trop.

Pour les femmes, la bifurcation s’était amorcée tragiquement avec la Lambada : si encore dans les années 80 la mode était au minou taillé au ras du maillot, la Lambada a lancé les coupes dites à la brésilienne. La mode parfois suit des élans, et quand on coupe « ça », on finit par tout couper. Les jeunes filles ne le savent sans doute pas, mais leurs mères sont allées jusqu’au ticket de métro (les hommes auront au même moment leur période “bouc”). Ce sont elles, ces jeunes filles, qui la décennie suivante ont décidé de laisser le soleil les prendre toutes nues, et donc, comme pour ces femmes évoquées dans Sciences & Vie, de rêver à une peau parfaitement glabre (l’héroïne de Tigre et Dragon, Zhang Zizi, en fer de lance de toute une génération glabre et polie).

Un dernier scandale devait faire basculer pour longtemps l’ère pubienne dans un monde aseptisé, sans âge, sans vie, sans sexualité et sans maladie : celui de la chanteuse Mallaury Nataf exposant son minou velu (brésilien, lambadadesque) aux yeux gauleguenards de millions de petits téléspectateurs du Club Dorothée.

La coupe était pleine. Il fallait faire la guerre aux poilus. George avait lancé la mode. Une mode qu’on n’arrêta plus.

Bientôt, c’était Justin Bieber qui devait apparaître. Mais cela est une autre histoire.

Long poil à toi, George.

Visionnage de films en cours

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Je suis contre.

Je n’ai jamais compris la nécessité de montrer des œuvres de cinéma dans le cadre scolaire. Et j’ai encore moins compris le fait de faire participer des « acteurs de l’histoire ». Si c’est en marge des cours, pourquoi pas, comme on monte des clubs d’astrologie ou de théâtre, mais un cours doit rester objectif. Or, une œuvre, ou un témoignage direct, c’est de la pure subjectivité. Et on change les classes pour en faire des cafés du commerce. Ce n’est pas le rôle de l’école. Autrement, pour sortir de l’émotion et du racolage moralisateur qui sont tout sauf de l’histoire, il faudrait également illustrer un cours en diffusant aux élèves Le Juif Süss. Pas sûr que ce soit bien perçu à la fois par les élèves, leurs parents ou les professeurs. Quoique… On comprendrait alors qu’on ne fait qu’illustrer un cours d’histoire en se forçant à prendre du recul par rapport à une œuvre.

Est-ce qu’on pousse à la distance quand on regarde un film ? J’en doute. Il faudrait alors précéder ce visionnage d’un cours d’histoire de l’art ou de philosophie, c’est sans fin.

Je me souviens avoir également vu Germinal à l’école pour justifier de je ne sais quel cours. Et ça ne fait là encore qu’enfoncer le clou sur l’incohérence d’un système scolaire qui se veut désormais grand maître de la morale et des consciences en remplacement des religions. Tout faux. Va expliquer ensuite à un môme la cohérence des prises de position de l’État sur tel ou tel sujet, comme ces derniers jours sur la différence de traitement de Charlie Hebdo et Dieudonné concernant la liberté d’expression. L’école délivre des savoirs objectifs, non des niaiseries plus ou moins grandes au service d’un pouvoir, d’une idée ou d’une morale.

Qui va les définir ces valeurs humanistes ? Chaque professeur dans son coin ? Désolé, j’ai eu des professeurs communistes, racistes, anarchistes, cathos et sans doute bien autre chose, et tout en s’en défendant, chacun utilisait des œuvres pour illustrer leurs croyances personnelles ou leurs valeurs. Les élèves n’ont pas à être abreuvés de telles conneries. C’est déjà assez compliqué de proposer un regard objectif sur l’histoire pour qu’en plus les professeurs se permettent d’utiliser des œuvres comme support de leurs seules convictions. Il n’y a pas à s’étonner ensuite que ces élèves en aient après « l’autorité ». Pourtant les professeurs n’ont fait que propager la bonne parole, ils ne comprennent pas…

J’ai bien compris que c’était ce vers quoi l’éducation nationale tendait depuis 30-40 ans, et je comprends que pour des professeurs, c’est plus valorisant de procéder ainsi. Seulement, pour moi, il est bien là l’échec du système basé sur l’enseignement de principes vaporeux dont l’interprétation est laissée aux professeurs, non sur la transmission stricte d’un savoir. Même en sciences humaines. Ça part de bonnes intentions, toujours, et toujours on en finit par tomber dans les mêmes mièvreries qui dénaturent la réalité des faits. Ça, c’est le rôle de l’art, donc d’un film.

Le problème de la mise en avant de la subjectivité du professeur (ou des élèves, puisqu’ils sont invités à réagir, et comble de l’horreur pour moi qui refusais de participer, on te fait bien comprendre, et on te note en fonction de ta capacité à participer à ces brèves de comptoir…), c’est que quand tu réveilles tout à coup un ou deux élèves qui jusque-là n’étaient pas intéressés, tu en perds quelques autres pour les mêmes raisons. C’est ainsi que les profs font appel à l’affect, aux sensibilités et finalement aux affinités et au copinage pour intéresser les élèves, et que par conséquent, on en vient à se plaindre que trente élèves (potes) par classe, c’est trop. Forcément, si être treize à table, c’est déjà le maximum, trente, c’est plus possible. Que certains élèves, à cause d’un manque d’affinité avec tel ou tel professeur, décrochent complètement, on s’en fout pas mal parce qu’on ne veut voir que ceux qui tout à coup s’intègrent dans le beau mythe du « j’ai été sauvé par mon prof de… ». Et ça entretient l’idée que dans sa vie professionnelle, pour réussir, il faut pratiquer le copinage et accepter les usages de “cour”. Ça ne me paraît pas tout à fait cohérent avec les « valeurs humanistes » ou républicaines qu’on voudrait nous inculquer par ailleurs. Il y a même peut-être là-dedans une des raisons pour lesquelles les étudiants français sont parmi ceux qui décrochent le plus à la fac. Quand tu te retrouves là, pour le coup (et ça concerne aussi les sciences humaines), dans des amphis sans possibilité réelle de t’acoquiner avec le professeur, ça peut faire un choc (c’est combien la limite en amphi ? trente ?).

Et je ne parle pas des élèves, certes en minorité, qui ne sont pas réceptifs du tout à ce qui est “subjectif”, qui s’ennuient comme des rats morts en cours, et qui parce qu’ils attendent en vain l’apparition de faits objectifs au milieu d’un habillage de chantilly bon à amadouer les papilles des autres élèves, finissent eux aussi à décrocher (quand on ne leur demande pas de sortir tout simplement). Quand tu présentes un film à des élèves et que tu le fais précéder ou suivre d’un débat, d’un recadrage ou de je ne sais quoi, certains, avec ce mélange de subjectivité et d’objectivité, finissent par être complètement perdus à ne plus savoir ce qui est en rapport avec l’art, la poésie, la suggestion, l’émotion, et ce qui est en rapport avec le fait historique. A+B+C+D, quelque chose de carré, de concret. Or, même sans utilisation de support… (comment disent-ils déjà ?) transversal (peu importe), comme un film, certaines disciplines (humaines) sont parasitées par une approche qui pour certains ne fait absolument pas sens. L’intervention du subjectif jusque dans des savoirs pratiques, concrets, dans ce qui doit pourtant servir de base pour la suite à ces élèves ne fait que parasiter le savoir qu’on est censé leur prodiguer. Quand tu apprends la grammaire, l’orthographe, tu as besoin qu’on t’entoure tout ça de mièvreries subjectives ? Non. Alors pourquoi arrivés au collège ou au lycée, tout à coup, on en vient à tremper tout ça dans un bol de subjectivité ? Dans certaines disciplines, au bout du compte, les élèves ne savent plus si on leur demande de reproduire des faits objectifs, des connaissances, ou « un avis sur ». Et finalement, tu résumes l’enseignement à une trajectoire absurde que tu peux résumer ainsi : Question : « que pensez-vous de… ? » ; puis vient la correction contradictoire : « il ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux de la discipline ».

Il y a des cours qui font appel directement et pleinement à la subjectivité ; ce sont les disciplines liées à la créativité (dessin, théâtre, cinéma…). Mais pour des disciplines comme l’histoire, le français ou la philo, qu’on ne me fasse pas croire qu’il n’y a pas des savoirs concrets délivrés en priorité aux élèves.

Enfin bon, je vois avec un immense plaisir que depuis vingt ans les méthodes n’ont pas changé. Je me sentirais toujours aussi peu concerné aujourd’hui (surtout lors des projections de films ou de ces horribles débats où tout à coup la classe s’anime comme au bistro du coin). « Ne semble pas bien concerné par ce qui se passe en classe. » Non, je confirme. Sans doute plus intéressé par les écureuils qui chahutent dans les arbres du parc (oui, j’ai eu de la chance) que par la « séquence émotion » du jour.

« On ne prépare pas des futurs citoyens en leur apprenant uniquement à gober et ingurgiter le savoir du professeur comme on le faisait avant, ça ne marche plus. »

Il est bien là le problème pourtant. La mission de l’école n’est pas de former des citoyens, mais de transmettre des connaissances. Avant oui, on ne faisait qu’ingurgiter le savoir et on retenait mieux les leçons. Manifestement, cette leçon qui ressort sur le niveau des élèves français, études après études, est une leçon difficile à ingurgiter.

C’est sur France Inter et l’émission « Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert » qu’il y était question de l’enseignement du cinéma par des professeurs. C’était follement intéressant de voir l’un des deux présentateurs s’insurger que cet enseignement soit fait par des professeurs d’un peu toutes les matières après des stages sommaires (voire aucun sans doute, je n’ai pas beaucoup de souvenirs). Je ne vois pas bien ce qu’on peut apprendre à des élèves si on se contente de faire un cours basé sur le principe de café du commerce ou si l’œuvre ne sert elle-même que de support à une autre discipline.

Pourquoi pas après tout. Si les profs sont convaincus que leur méthode est la meilleure et que si elle largue une partie des élèves, c’est parce qu’ils ne font pas preuve de bonne volonté (quand l’autre partie arrive à suivre parce qu’aidée à la maison).

On me répond : « Ta conception en dit très long sur l’invasion des sciences expérimentales et de leur logique froide sur le reste du savoir (sauf que même cette prétendue “logique” est en fait absente des sciences expérimentales quand on les étudie en profondeur). Or, l’histoire ne fonctionne pas sous cette forme de logique. L’enseignement des langues ne fonctionne pas avec cette logique non plus. »

Oui, j’ai en effet pu m’apercevoir que, par exemple, en anglais, l’apprentissage de la langue procédait à une logique propre. Une prononciation correcte doit certainement obéir à une science qui doit rester étrangère au professeur. Et gare aux intrépides élèves qui y décèleraient les incohérences d’un professeur à l’autre. Après tout, chacun sa méthode, chacun sa prononciation. L’anglais, c’est un état d’esprit, une façon d’être ; les langues ne fonctionnent pas avec la logique d’une science… (Yes, that’s a straw man; I’m a bit sarcastic.)


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Charlie Hebdo, c’est quoi ?

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Violences de la société

Charlie, c’est l’exercice du 4ᵉ pouvoir et ½ dans une société qu’on peut encore qualifier de libre et de paisible. 4ᵉ pouvoir, celui de la presse, ou des médias en général, ½, comme dans Dans la peau de John Malkovich où le personnage travaille au 7ᵉ étage et ½ d’un immeuble. Chez les Grecs, on donnait des représentations sur quatre jours, les trois premières, on y présentait des tragédies où le sacré était à l’honneur ; et le dernier jour, on y présentait une comédie pour désacraliser tout ça. La désacralisation de ce qu’on aurait vite fait de contempler comme des objets de culte inamovibles me semble avoir un rôle indispensable pour la bonne santé d’une société. L’agitation, la discussion, le rire, la moquerie, la dérision : ce sont ces marques d’une société libre et paisible. Les sociétés où plus rien ne se dit, où la peur, la censure, le dogme ou l’autocensure règnent, ont toute l’apparence de l’ordre puisqu’on opprime toute possibilité de contestation, justement, au nom de l’ordre.

Et dans l’espace public, Charlie, c’était un des derniers poils à gratter dans un univers où tous les médias, tous ces éléments du 4ᵉ pouvoir, tendent vers l’ordre, la bienséance, le politiquement correct, le sacré, toujours au nom de l’ordre et de la bien-pensance. Mais même Charlie pouvait lui-même être victime de ce conformisme béat. Ce qu’on s’autorisait à faire pour les musulmans ou pour d’autres, on se le refusait pour les juifs. Preuve qu’il y a encore un tabou juif dans notre société qui tendrait à desservir la cause qu’il prétend défendre (comme tous les tabous). Personne n’est donc à l’abri de la connerie, surtout pas Charlie (ou Val). C’est en soi une leçon qui doit nous pousser à réfléchir.

Parce que si on organise le sacré pendant trois jours, à quoi sert-il donc de se pousser à tout détricoter le quatrième ? Eh bien, justement par peur de se prendre trop au sérieux et de voir certaines règles s’ériger en dogmes ou en fanatismes. Le rire déconstruit les structures savantes de la société, démystifie le pouvoir du roi, apaise et dévoile les frustrations. Dans l’idée de dérision, il y a la volonté de montrer autrement les choses. Souvent en grossissant un trait, en accentuant un caractère connu de tous, mais finalement tellement commun, qu’il finit par devenir invisible. C’est le principe de la caricature. Elle ment à la fois parce qu’elle est injuste en discriminant certains points au détriment de quelques autres, mais elle ne ment pas non plus justement parce qu’elle se présente comme une caricature. Celui qui regarde rit d’abord parce qu’il remarque un trait gênant qu’il ne voulait plus voir, qui le dérange, le gêne, et dont il peut tout à coup s’excuser en le purgeant dans le rire. Mais si tout va bien, il questionne ce qu’il voit et se demande si ce que cela dévoile nécessite examen de sa conscience. « Ah, tiens, je ris, c’est con. Mais au fait, qu’est-ce que cela dit sur moi et sur les autres ? » La caricature est toujours injuste, peut-être même inju-rieuse, mais elle sert de révélateur. C’est l’inspecteur des travaux finis. Celui qui déconstruit quand on croit que tout est bien conforme et parfaitement mis en place.

C’est pour cela qu’il ne doit y avoir aucune distinction (ou presque) entre le traitement fait à un groupe de personnes et à un autre. Les juifs tout autant que les musulmans ont droit de passer au radar de la caricature. Est-ce qu’on doit s’interdire d’user de son pouvoir de dérision par peur de se voir traiter d’antisémite ? Si une caricature est toujours injuste et grossière, elle est forcément, quand on y décrit des juifs, antisémite. Le rire discrimine. Mais il y a deux formes de discrimination. La discrimination dont la discrimination est la finalité, et qui est par nature une idéologie du rejet et de la peur de l’autre. Et il y a la discrimination sans laquelle aucune intelligence ne serait possible. Pour distinguer une chose d’une autre, on discrimine, c’est ça l’intelligence. Et là, elle n’est donc pas la finalité, mais un outil d’examen et de compréhension. La finalité de la caricature, est-ce l’exclusion de l’autre, la stigmatisation facile, l’injure, le mépris ? Non, c’est un outil de révélation. Peu importe si la caricature est mal habile, injuste ou blessante, parce qu’elle a un rôle d’examen, de déconstruction, de démystification et de réflexion.

J’ai tendance à dire que ceux qui sont prompts à montrer du doigt ce qui leur semble raciste, injurieux, antisémite ont eux-mêmes un problème avec ce qu’ils s’empressent de défendre ou prétendre défendre. On crée ainsi une psychose, une peur, on cherche qui dérive de la bienséance pour se ranger du côté des infâmes monstres qui s’attaquent à notre si chère paix sociale. Les inquisiteurs de la bonne morale, de l’uniformité trouveront toujours comme premières cibles ces clowns chargés de faire dévier le réel, dévoiler le furoncle, ou désacraliser nos certitudes. Parce que le clown est visible et que tous les autres se cachent. Mais que faisons-nous quand il n’y a plus de clown pour se moquer du roi ?

Avec « je suis Charlie », je préfère penser qu’il y a derrière ce grand élan de compassion, un désir d’abord de communion, pendant trois jours, et puis un retour des fous irrévérencieux, le quatrième jour. En quelque sorte, malgré tout, les « je ne suis pas Charlie » (et toutes les variantes), c’est déjà un retour de la dérision. Être ou ne pas être, telle est la question ; être ou ne pas être Charlie. L’ordre, c’est le désordre cantonné au 4ᵉ jour, c’est le maintien du 4ᵉ pouvoir et ½. C’est être et ne pas être Charlie. Car il n’y aurait rien de plus totalitaire (et de finalement discriminant) que de dire ce qui est et ce qui n’est pas. La dérision, c’est le trouble, l’incertitude. Le droit à la connerie et à la maladresse. Le droit de se sentir blessé et de l’exprimer. Le droit de rire de ou avec pour que jamais on n’ait peur. Peur, non pas des terroristes, mais de nous-mêmes. La seule terreur dont il faut se méfier, c’est celle qui restreint en nous la capacité, l’envie, le droit de nous moquer de tout et de tous. Parce que rire de quelqu’un, c’est peut-être aussi un peu le respecter. Comme pour le mettre au scanner pour dévoiler en lui ses blessures. Si le rire dévoile et démystifie, pourquoi le rendre responsable de ce qui nous ronge ? Oui, l’islam est rongé de l’intérieur par le fanatisme. Ce n’est pas en fermant les yeux que le mal disparaîtra. Et oui, les juifs ont tout autant droit à leur quatrième jour. Parce qu’ils ne sont pas différents, et qu’on devrait s’interroger dès qu’on parle d’exception pour les juifs. Et parce que sans désacralisation, sans 4e jour, l’antisémitisme se trouvera une voie royale pour se développer.

Et puis, tout de même, sans le respect de ce 4ᵉ pouvoir et ½, on finirait tous à travailler 48 h par semaine. Charlie Hebdo, c’est aussi ça. L’égalité pour tous. Si on tue des gosses de 70 ans parce qu’ils dessinaient sur leur table et appliquaient la semaine des 4 jours et ½, où va le monde, Charlie ? Où va le monde… ? (Il fallait bien terminer par une connerie déstructurante, je respecte infiniment les règles, moi, monsieur le commissaire)

Pour des athées, c’est normal d’être islamophobe. Cette tolérance vis-à-vis des religions, c’est aussi ça qui conduit des débiles mentaux à tuer des gens au nom de leurs croyances délirantes. Il n’y a pas, par exemple, ni islam fanatique ni islam modéré (même si à l’usage, c’est pratique). Il y a une complaisance dans l’ignorance et la bigoterie qui mène naturellement des individus qui n’ont rien à attendre de la vie à une interprétation différente des “textes”. Je vois mal pourquoi il y aurait un bon islam et un mauvais islam. Les deux reposent sur un mensonge, et c’est bien parce qu’on est dans le délire et le mensonge que tout est permis.

Je suis loin de penser que Charlie Hebdo passait son temps à provoquer les “musulmans”, mais rire des cons où ils se trouvent, c’est plutôt une bonne chose parce que ça participe à l’éducation de ces esprits mal formés. Si on est capable de vouer sa vie à un dieu, ça laisse peu d’espoir pour le reste. Si tu ne dis jamais au type que tu as en face de toi qu’il a un morceau de salade ridicule coincé entre les dents, ce n’est pas l’aider. Le terme islamophobe est d’ailleurs un peu dur, mais ça va plutôt dans le bon sens. La société française s’est pas mal purgée de sa chrétinitude et de sa judéité, une grande partie des Français catholiques, protestants ou juifs sont athées (tout en se revendiquant souvent d’une culture religieuse), il y a à espérer que les musulmans aillent dans ce sens. Il n’y a rien à gagner dans une société à aller dans le sens de l’irrationnel et de la connerie.

Deux mots au sujet de la situation après les attentats de Charlie Hebdo

Les capitales

Violences de la société

Comme je ne sais ni dessiner ni rire (d’autre chose que de moi-même — et encore), j’ai pris ma pelle et mon sot (moi) pour en faire un pâté.

Quand je vois certaines discussions interminables (je ne parle que de celles des autres bien sûr) concernant le rôle de l’islam dans ces attaques terroristes, ou de l’échec de « l’intégration », il me semble qu’on cadre assez mal le problème et qu’on tombe dans le piège des terroristes. (J’ai raison, vous avez tort.)

Parler d’islamistes, c’est exactement ce que les terroristes veulent nous voir faire. Qui sont les terroristes ? Les (des) musulmans ? Non, ce sont des groupes étrangers qui prennent une religion en otage pour légitimer leur soif de puissance et qui trouvent comme ambassadeurs de leur folie, non pas des musulmans, mais des repris de justice qui se trouvent sur le tard une vocation de djihadiste pour faire un doigt d’honneur au monde dans lequel ils peinent à s’intégrer. La religion est un moyen tout indiqué pour gagner du pouvoir, et les victimes sont tout d’abord ceux qui croient sincèrement à leurs fadaises (pour changer). Le problème ne vient donc pas des musulmans, ni de l’islam, mais de ceux qui utilisent l’islam et les musulmans pour leurs desseins pas très catholiques. Ce serait une erreur de se tourner vers ces zozos pour leur demander des comptes alors que leurs seuls torts (ce qui ne les libère par pour autant de leurs responsabilités), c’est leur crédulité et leur incapacité à dissiper la confusion voulue par ces « fous de Dieu ».

Qui sont donc ces groupes qui se revendiquent ouvertement de l’islam ? D’un côté Al-Qaïda et de l’autre DAESH. Rien que cette alliance étonnante laisse rêveur sur la manière dont auraient été commanditées les attaques terroristes. Entant « qu’ONG terroriste » on croyait Al-Qaïda sur le déclin face à un groupe militarisé qui profitait du chaos issu à la fois de la guerre en Irak et en Syrie pour s’imposer cette fois en tant que force militaire capable de revendiquer un territoire. Si les talibans sont tombés en Afghanistan à cause des « opérations extérieures » de leurs petits copains terroristes, non parce qu’ils étaient directement en guerre avec l’Occident, DAESH n’a aucun problème à considérer l’Occident comme son ennemi vu qu’il s’oppose à sa progression militaire avant même que le groupe puisse revendiquer son fauteuil aux Nations Unis. Mais de là à penser qu’ils s’organisent sérieusement pour mener une guerre de terreur contre l’Occident alors qu’ils sont encore focalisés à prendre le contrôle de l’Irak et de la Syrie, il y a de quoi rester sceptique… Commander et déléguer, ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a sans doute une opportunité saisie pour eux de frapper leurs ennemis de l’extérieur, mais s’ils daignent y investir quelques forces, cela vient à mon avis surtout d’un autre facteur qui là les toucherait plus directement dans leur combat sur place. Pour gagner la guerre, c’est leur intérêt d’appeler au djihad partout où c’est possible, et donc particulièrement sur le Net pour recruter de nouveaux combattants parmi les musulmans ou désaxés venus d’Occident (ou d’Asie). Comme dans toutes les guerres idéologiques (à l’image des Brigades internationales lors de la guerre d’Espagne pour soutenir les forces républicaines), il est de l’intérêt de ceux qui se revendiquent de cette idéologie d’accueillir des combattants étrangers, et donc d’inciter l’arrivée de ces nouveaux combattants. Ces hommes venus d’Europe pour l’essentiel sont utilisés pour combattre dans les zones de guerre (ils sont en général dociles car souvent « plus royalistes que le roi »), mais ils peuvent se révéler également utiles pour faire pression contre les pays occidentaux et aimanter à leur tour des soldats vers les zones de combat. Deux méthodes : l’enlèvement et leur meurtre d’Occidentaux, souvent par des recrues occidentales, et le terrorisme. Dans les deux cas, on est dans une guerre de propagande dont on sait l’Occident très vulnérable. Paradoxalement, l’intervention timide des Occidentaux est une aubaine pour ces groupes, parce que leur implication militaire est limitée (refus d’envoi de troupes), et qu’en retour, ils peuvent se poser en victime, trouver une légitimité à une contre-attaque, et encore une fois, comme dans toutes les guerres idéologiques, peuvent espérer voir débarquer des hommes qu’ils n’auraient pas eus autrement. Depuis plus de dix ans en fait, cette situation est le résultat des errances politiques des Occidentaux dans cette région. Et les attaques contre Charlie Hebdo, les policiers et la supérette casher sont les conséquences directes de ces erreurs passées. Là encore, avant d’accabler les « musulmans », commençons par nous-mêmes, nos dirigeants, et nos propres idéologies.

La difficulté est sans doute de déterminer le degré d’implication de ces groupes pour commanditer des opérations à l’extérieur, mais pour savoir comment répliquer à son tour, ou mieux, éviter les vocations, il est avant tout important de comprendre les origines du mal et qui se cache derrière ces attaques.

Je repose donc la question. Les musulmans ? Non. Une coalition DAESH-Al-Qaïda ?… Sérieusement ? Tous deux peuvent s’y retrouver en ayant un intérêt commun, car un ennemi commun (l’Occident) mais ils n’ont, en tout cas pour le premier, pas un grand intérêt à porter ses attentions vers l’extérieur que là où ils en ont le plus besoin, sur le terrain. Si cela dénote une réelle volonté de leur part de toucher l’Occident, il faut donc pour eux, en quelque sorte, sous-traiter ces opérations, ou laisser se créer des franchises capables de se revendiquer de leur cause si elles parviennent à entrer en action, et cela pour limiter leurs coûts humains, en ressources, en force… S’ils peuvent espérer d’un tel « coup médiatique » un retour avec un afflux de combattants, je persiste à penser que pour DAESH, qu’un tel coup peut se révéler être à double tranchant pour eux (retour de bâton façon talibans après les attaques du 11 septembre) ; alors qu’il y a plus d’intérêt à accueillir les Occidentaux et à les embrigader sur le Net, pour s’en servir dans leurs combats en Syrie et en Irak ; parce que leur priorité, leur attention, elle est là, et qu’ils n’auraient pas forcément intérêt à voir les forces occidentales s’intensifier en réponse à des attentats trop sanglants alors qu’elles ne parviennent pas pour l’heure avec leurs frappes aériennes à les ralentir comme ils le voudraient (et ça semble déjà commencer à changer avec la perte de la ville de Kobané…). Il est donc plus probable que ces attaques ne soient que tolérées dans le cadre d’une idéologie générale et peut-être dans l’espoir de créer des tensions en Europe qui leur fournirait alors toujours plus de combattants faciles à manipuler.

S’il n’y a qu’une forme de volonté molle de toucher l’Europe en son sein (quand on légitime sa violence par l’idéologie, il faut bien faire des concessions à cette idéologie et se résoudre alors à voir des combattants ne plus être que des VRP de leur cause idéologique), il faut donc que la volonté la plus ferme de s’impliquer dans ces attaques vienne de ces combattants occidentaux. Il semblerait que celui qui ait été le moteur principal des attaques soit Coulibaly.

Or là, le profil du terroriste est presque toujours le même. Des locaux se revendiquant d’un combat extérieur, sur fond d’idéologie religieuse ou de choc des civilisations, pour légitimer des attaques locales. Ce ne sont non pas des musulmans, mais des petites crapules des quartiers. L’islam, toute zozoterie qu’elle est, est à la fois l’otage et le ciment idéologique d’une logique de confrontation avec l’Occident.

Est-ce la preuve de l’échec de l’intégration (ou de l’assimilation), de la réinsertion ? La question ne doit pas se poser en ces termes à mon avis. Se poser la question de l’intégration, c’est en soi affirmer son échec… et le perpétuer. On est intégré quand on arrête de se poser la question de l’intégration. Les problèmes sont sans doute révélateurs de nombreux maux que cumule la société française, pas un groupe d’individus en particulier. Si on tient tant que ça à pointer du doigt la « communauté musulmane », il faudrait sans doute évoquer le fossé générationnel et culturel existant parfois entre membres d’une même famille. L’absence du père, mais aussi celle des aïeux censés véhiculer les valeurs de l’islam à leurs jeunes. La crise identitaire commence quand on ne parle correctement la langue de ses parents et qu’on est incapable alors de suivre un prêche à la mosquée délivré en arabe. Entre une génération d’immigrés qui ne fait pas de vague en préférant rester transparente et une autre née en France qui manque de repères, il y a un grand écart, et c’est peut-être bien aux anciens de prendre conscience qu’ils vont devoir se forcer à réapprendre leur intégration pour montrer la voie à ces jeunes qu’on a balancés trop vite dans le monde en leur disant qu’il fallait se contenter de la liberté et de rester caché. C’est moins un problème d’intégration qu’une dissociation profonde entre des générations d’une même « communauté ». Quand on parle de fossé générationnel, il me semble qu’il est encore plus grand dans certains ghettos où la transmission des aïeux vis-à-vis des plus jeunes est défaillante, parce qu’ils estiment peut-être à tort que la république ou l’école de la Nation doivent jouer ce rôle. Or la première des intégrations, c’est l’intégration identitaire à sa propre famille, à sa propre histoire. La notion d’identité française ne veut pas dire grand-chose, ça ne s’apprend pas à l’école, on ne devient pas Français. En revanche, l’identité personnelle, elle, passe par la transmission de valeurs que seul l’entourage peut offrir aux plus jeunes. Si les anciens laissent cette place en pensant qu’elle revient naturellement à « la république », ces enfants auront toutes les chances de manquer de repères et de se trouver fragilisés face aux obscurantismes.

Autre mal de la société révélé par cette jeunesse tourmentée des « banlieues », la responsabilité de l’État dans la situation de certaines régions, ou zones, qu’on l’appelle « banlieues » ou « ghettos ». Une responsabilité qui à mon sens ici est totale et coupable. Depuis les premières politiques « de la ville », on a sans doute eu beaucoup de belles idées, mais très peu de résultats. Pour une raison simple : ces villes n’ont jamais été bâties pour être des villes. C’est bien parce que ces zones n’avaient rien de « villes » qu’elles ont fini par être la caricature d’elles-mêmes et que les classes moyennes les ont désertées. Il leur manque une chose essentielle : l’activité. Personne ne veut habiter des zones qui sont entièrement ou presque dédiées à l’habitat. Si certaines « villes-dortoirs » de riches sont possibles, c’est que le cadre de vie est tout autre. Barres d’immeuble, puis barres d’immeuble, belle idée de l’aménagement du territoire. Il n’y a qu’à voir la vénération qu’on a pour les îlots directionnels pour comprendre en quoi ce pays souffre d’un trop-plein de béton. Et pour dormir, le béton, ce n’est pas terrible.

Depuis 20-30 ans, l’échec de la ville, il est là. La résolution du problème commençait par l’abandon du concept de zones (urbaines, commerciales, industrielles). Dans une ville, une vraie, tout se mêle et l’activité devient un foisonnement positif où chacun a sa place parce que personne ne sait précisément qui est qui est pourquoi il est là. Un individu qui se rend à une zone commerciale, va travailler, un autre qui retourne le soir à une zone résidentielle rentre chez lui… C’est Kafka, chacun se définit en fonction de son activité et de sa zone. Le début de « l’intégration » commence alors par une forme de fourmillement « sans étiquette ». On a Paris sous les yeux et personne ne semble la voir !… Et c’est cette impression de mal-être, d’abandon et d’éloignement du pouvoir et de l’activité, qui force l’aliénation et la criminalité. Le chômage est haut dans ces zones et ça devrait être de leur faute ? L’intégration de l’activité, elle se fait où ? Au milieu des barres d’immeuble, sur les toits, sur les terrains vagues ? La seule fois qu’on y implante des activités, ce sont des tribunaux ou des CAF. Il y a des vocations qui se créent… Le premier des aménagements à faire, c’est donc de respecter les normes parisiennes en matière de hauteur de bâtiments : l’exception culturelle sans doute, celle des termitières laissées aux seuls banlieusards. On aime le béton ? Qu’on construise de vraies villes sur le modèle français de centre urbain.

Et qu’on construise des prisons. Avant de taper sur ses délinquants, la France ferait bien de commencer par cesser de l’être en étant sans cesse montrée du doigt pour la condition dans laquelle elle traite ses détenus. Avec des prisons dans un tel état, je suis même surpris de voir qu’il n’y ait pas encore de gangs entiers qui se forment pour ravager le centre parisien.

Tout cela a un coût ? Oui, mais le bien-être et la paix n’ont pas de prix (Les Chefs-d’œuvre du sophisme, Ed. de La Palice).

Est-ce qu’il est donc si raisonnable de nous attaquer aux musulmans, à l’islam ? Ce serait accepter de rentrer dans une guerre idéologique où on aurait tout à perdre, et c’est exactement ce dont ont besoin ceux qui nous combattent.

N’est-ce pas ce que fait précisément Charlie Hebdo, pourrait-on se demander ?

Il y a quelques mois, se posait la question de savoir comment nommer ce groupe militaire qui intervenait au Moyen-orient. D’ « État islamique » on est passé à DAESH. Mine de rien, la suppression du terme « islamique » est très importante, parce qu’il enlève symboliquement à ce groupe la possibilité de se revendiquer de l’islam. La guerre est d’abord guerre de propagande, et quand on n’a pas conscience d’être en guerre (non pas contre « le terrorisme » mais contre des groupes terroristes et contre des groupes armés se revendiquant par ailleurs de l’islam ; les conseillers en communication seraient bien avisés de regarder à qui sont destinées nos bombes), on ne peut que la perdre. Il est donc important de choisir les termes qui servent nos intérêts plutôt que ceux de l’ennemi. Celui qui a le choix des armes a un avantage, et comme les mots peuvent aussi être des armes de propagande… autant choisir ce qui est à notre avantage.

Est-ce qu’il est donc de notre intérêt de continuer à faire le jeu de ces groupes en parlant « d’islamistes », de « musulmans », de « djihadistes » et d’opposer « musulmans modérés » à « musulmans intégristes ». Entre d’un côté des zozos qui tuent et de l’autre des zozos qui se taisent, qui ont honte, et qui sont en aucun rapport avec les groupes terroristes, pourquoi force-t-on un rapport qui n’est pas à notre avantage et qui ne fait que multiplier nos tensions internes ? Il n’y a pas de bons et des méchants musulmans, il y a des musulmans qui vivent en paix et des groupes barbares qui se revendiquent de l’islam. Il n’y a vraiment pas beaucoup de rapport entre les deux et forcer le lien, c’est pousser des zozos bien de chez nous à aller se perdre chez les zozos barbares pour finir par en revenir tout aussi zozos et bien plus barbares. Alors certes, dans un monde sans propagande organisée, on laisse ça derrière la responsabilité et l’intelligence de chacun, mais s’il faut se forcer, c’est justement à distinguer qui sont les ennemis, non à accabler les innocents ou les prier en permanence de se distinguer des « fous d’Allah ». On ne serait pas si rapides à pointer du doigt son voisin pour l’accabler de tous les torts qu’on aurait sans doute la tête un peu plus sur les épaules et les yeux en face des trous pour voir en réalité qui nous menace. Je suis rationaliste et en tant que rationaliste la religion musulmane comme les autres peut être la cible de mes piques, mais il n’est pas question de cela ici ; il ne faudrait pas s’y tromper : ce n’est pas l’islam ou les musulmans qui s’attaquent à Charlie ou à des Juifs.

La première chose à faire est donc de laisser nos zozos musulmans en paix en évitant de leur faire un faux procès. Ils ne sont nullement responsables des atrocités perpétrées par des barbares, au Moyen-orient, comme en Europe. Et leur demander des comptes ne ferait qu’augmenter leur propre sentiment d’insécurité (voire leur donner la preuve de leur non « assimilation ») et que les pousser à rejoindre une cause qui n’est pas la leur.

En revanche, puisque les musulmans sont aussi les premiers à côtoyer ces fous, il ne serait pas inutile qu’ils se déniaisent, ne serait-ce que du point de vue de leurs propres croyances, en pointant du doigt, eux, leurs faux prophètes, et que, tout en prenant soin de ne pas faire le lien avec les terroristes, qu’ils se questionnent sur ce qui les gêne tant dans ces caricatures. Si on parle d’amalgame, il est à regretter qu’il naisse aussi d’un discours maladroit et peu clair à l’attention d’une pratique qui, selon leurs principes, n’a aucune raison de les choquer.

On pourrait aussi penser que si certains apprentis zozos sont assez stupides pour filer en Syrie en la prenant pour la terre promise de l’islam, c’est bien qu’ils sont zozos de haut niveau, et que, sans espérer les voir garnir les rangs de la sainte église athée, il serait bon qu’ils arrivent à faire face à leur irrationalité. À cette irrationalité, seule, c’est-à-dire à leur fantastique capacité à croire. Si on joue le jeu du choc des cultures et des guerres idéologiques en leur demandant des comptes, on a déjà perdu… Il est vain de demander à des croyants de faire preuve d’un peu de logique, mais on peut leur demander de l’être dans la logique de leurs croyances…

Alors, Charlie Hebdo manque-t-il de respect à l’égard des religions ? Oui, et c’est son droit. Mais quand on dit qu’il n’y a pas de délit de blasphème, c’est reconnaître que cela peut en être un. Or pourquoi s’emmerder à créer un monstre quand on peut l’éviter ? Le propre de la zozoterie, c’est bien d’être suivie par des idiots. Il ne faut donc pas jouer les idiots à son tour et expliquer en quoi des caricatures ne sont pas « blasphématoires ». Même pas. En tant que musulmans, vous vous sentez offensés ? Pourquoi ? Rien ne dit dans le Coran que le prophète ne peut être représenté. Il y a même des exemples où il était représenté au début de l’islam. Faudrait-il brûler ces documents ? En tuer les auteurs ? S’offusquer ? Le plus amusant par ailleurs, c’est qu’il est probable que cet usage ait été influencé… par la religion juive, et cela, à une époque où « l’ennemi », le « croisé » n’était pas « Israélien » mais européen et chrétien (avec tous les excès ostentatoires et iconographiques de la contre-réforme et de l’orthodoxie). Il faudrait peut-être une bonne foi(s) pour toute qu’on leur rappelle à tous ces zozos monothéistes que le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans, c’est censé être le même. Et que les musulmans en particulier ouvrent leur bouquin et le lisent (je l’ai fait et c’est une véritable torture) qu’on y parle d’Abraham, de Moïse et de Jésus comme de prophètes. Je sais que la bêtise et l’ignorance sont les premières alliées des religions, mais un petit effort sur ce point ne serait pas inutile. Si donc, pour les cathos, les juifs ou les athées, il est mal venu de demander des comptes aux musulmans quand trois tarés viennent répandre la terreur, il ne serait pas inutile non plus que les musulmans eux-mêmes sortent de leur propre racisme et comprennent leur propre religion. Et ça commence en écoutant ce qu’en disent les anciens…

Aux musulmans qui s’entre-tuent ou s’attaquent à tout ce qui est en rapport à l’Occident en ce moment même en Afrique, il n’y a sans doute rien à espérer, mais des musulmans français, ou Français musulmans (ou Français, et musulmans), on peut espérer au moins faire appel à leur intelligence. Et encore une fois, il est plus que nécessaire de leur demander ce qui les choque dans ces dessins. Quand la caricature d’un personnage présenté explicitement comme étant le prophète vient à violer une chèvre ou des nonnes, l’offense, bon, pourquoi pas. Mais il n’est même pas question de cela. Ce qui offense la religion et le prophète, c’est la caricature d’un personnage présentant vaguement des traits arabes en couv’, portant une pancarte « Je suis Charlie », et surmontée d’un message d’amour qui dit « tout est pardonné » ? Dieu… quelle offense ! Où est-il dit qu’il était question du prophète ? D’une part. Et d’autre part, cette interdiction, cet usage, de ne pas montrer les traits du prophète, quelle en est la raison, l’origine ? On dit que le prophète est « sacré ». Avec ma grande ignorance, j’avais pourtant compris le contraire : si la non-représentation du prophète est une référence à l’usage dans la religion juive, elle se rapporte à l’interdiction de vénérer des idoles. Donc non seulement cette interdiction ne s’applique qu’aux croyants, mais c’est tout le contraire du sacré. Si on n’y touche pas, c’est justement pour ne pas le vénérer. Le prophète est censé être un guide, pas un dieu. Seul Dieu est sacré. (Enfin, de ce que j’en comprends…) Qui blasphème, alors ? Si certains veulent voir « un peu plus de musulmans s’expliquer sur les agissements de nos trois barbares », il y a une seule chose, moi, que je leur demanderais (ah…, s’ils pouvaient, pour me répondre, se réunir en concile et délivrer au monde une parole audible !) : comprenez votre propre religion. (À défaut de faire comme tout adulte qui se respecte ; cesser de croire au Père Noël.)

C’est surtout une guerre entre la bêtise et l’intelligence. Certains prétendent que les caricatures de Charlie Hebdo sont stupides et provocatrices. Pour moi, leur provocation est un appel à l’intelligence. Ils ne provoquent pas pour insulter ou blesser, mais pour révéler nos contradictions, nos petites bêtises. Ça a toujours été le rôle de la caricature. La caricature est-elle raciste ou islamophobe ? Par essence, une caricature est injuste et grossit le trait. Donc oui, une caricature est raciste ; oui une caricature stigmatise. C’est son rôle. Mais non pour attiser la haine, ou blesser, mais pour éveiller les consciences, stimuler l’intelligence. La caricature joue sur les différents degrés de représentation. On est d’abord choqués, gênés, et puis on prend conscience que ce n’est qu’un dessin, qu’une représentation, qu’une grossièreté. Une caricature est injuste parce qu’elle joue sur les apparences, les croyances, les perceptions, les préjugés. Mais le sens de la dérision, c’est de grossir le trait pour nous rappeler que tout cela n’est bien sûr pas à prendre au sérieux, ou au premier degré, et que la caricature déforme pour nous pousser à voir autrement. Elle est là l’intelligence. En montrant l’artifice, on nous pousse à voir au-delà des artifices. Quand on nous montre Sarkozy en petit diable, on est amené à nous interroger sur la pertinence d’un tel rapprochement. Même chose pour Marine Le Pen en Bavaroise. La caricature est injuste et ne fait que nous amener à réfléchir sur notre propre capacité à nous écarter de nos propres préjugés, croyances et perceptions. Et ça, manifestement, certains n’en sont pas capables. Parce « qu’on leur dit » qu’il s’agit du prophète, c’est forcément le prophète. Puisqu’on leur dit que c’est forcément offensant, c’est offensant. Est-ce que la religion est-elle capable de laisser les individus réfléchir par eux-mêmes ou sont-ils condamnés à être esclaves de leur bêtise ?

Qu’on ne me réplique pas que je suis intolérant. Il n’y a aucune tolérance à avoir face à la bêtise. Donc face aux religions. Et par ailleurs, puisque ce n’est pas mon intolérance à leur bêtise qui les empêchera de croire et d’aller au paradis où est donc le problème ? Qu’on me laisse creuser ma place en enfer, ça ne regarde que moi. Quant à mon sort ici-haut, il n’y a pas encore de délit d’intolérance face à la bêtise. Et si je me goure sur toute la ligne ? Eh bien, c’est le principe Charlie : l’intolérance à la bêtise quand il est question du droit de l’exprimer, mais également la tolérance à la bêtise au niveau du droit. La bêtise ne se condamne pas pénalement. On a, en même temps, le droit d’être stupide et le droit de révéler (par des caricatures ou autre) la bêtise de l’autre. Si notre bêtise ne nous permet pas ou plus d’aller dans l’espace ou de retrouver les traces des dinosaures sous nos pieds tant pis pour nous, c’est notre droit le plus strict. Parce que p’t-être bien qu’en faisant les cons parfois on touche juste. Mieux vaut en rire donc. Eux, de la nullité des caricatures de Charlie, nous (Charlie) de leurs zozoteries.

Alors, il faut reconnaître, que peu de musulmans sont venus expliquer que de simples dessins n’avaient en soi rien d’offensant pour la religion… Mais oui, où sont-ils tous ces musulmans dont on parle ? Où se cachent-ils ces fripons ? Mais…, mais… Mais, doit-on, peut-on, en même temps leur en vouloir ? Et face à ces événements gravissimes est-ce si important ? D’une part, les personnalités musulmanes invitées dans « les médias » sont assez rares, et surtout en leur reprochant ce silence, on ne ferait encore une fois qu’aller dans le sens de ceux qui ne voudraient que voir des « communautés » s’opposer les unes aux autres dans notre pays.

Certes, parfois il suffit de peu de choses. Par exemple, les déclarations du frère du policier assassiné lâchement sur le trottoir m’ont mis la larme à l’œil. Il y avait chez lui une volonté non seulement de bien identifier les auteurs de cet acte comme des fous, et certainement pas des musulmans, mais surtout, il a évoqué à plusieurs reprises des termes comme antisémite et synagogue pour les mêler à « raciste » et « Mosquée ». Il ne prêchait pas pour sa paroisse, il parlait en français excédé de la folie des hommes. Il ne se posait pas en victime d’une communauté face à une autre, il identifiait parfaitement les fous, et ceux que ces mêmes fous voudraient voir s’opposer pour grandir les rangs des fous. Reprocher aux musulmans de ne pas s’exprimer, c’est donc un peu fort, puisque quand l’un d’entre eux prend la parole, on ne l’écoutera plus à partir du moment où il ne se revendiquera plus comme étant musulman mais Français ou simple victime de la folie humaine. Il faut aussi savoir écouter. On ne peut pas réclamer aux musulmans de prendre la parole pour se revendiquer presque de ne plus l’être, et leur reprocher quand ils le font, de devenir transparents. Alors, si les musulmans ne prennent pas la parole pour évoquer un tragique fait divers, et se contentent entre eux d’en discuter comme n’importe quel Français le fait, accoudé au bistro du village, moi foi, je n’ai rien contre ; quand on peut faire l’économie de quelques bondieuseries, c’est toujours pas plus mal.

Allah là, que ferait-on sans les querelles de clochers.

Dernières choses concernant l’éducation et la liberté d’expression.

Il semblerait que comme réponse à tout ce chaos, le gouvernement, toujours bien prompt à proposer des solutions qui ont de la gueule plus que de la crédibilité et du fond, a décidé de lancer de grands débats, heures de cours, de formation, etc. concernant l’apprentissage des religions. Personnellement, je trouve ça bien idiot. Avoir de bonnes intentions et déniaiser ses petits bouts de chou, ce serait plutôt une bonne chose si on était en capacité de le faire. Le problème, c’est qu’on se heurte ainsi à plus de nouveaux problèmes qu’on en résout. Parler d’histoire des religions peut être intéressant si on se limite à l’histoire des religions et rien d’autre. Or je doute qu’on puisse (les enfants surtout) se détacher de ses propres croyances pour juger de simples faits historiques, et la question de la foi (de certains) arrivera forcément à un moment ou à un autre, et on risquerait alors de voir des dérives pas franchement en accord avec le principe de laïcité. Rien ne prouve d’ailleurs que même relayées sans problème, ces connaissances aient une quelconque utilité concernant les divers problèmes liés aux religions. Si le premier problème est la connaissance même de ces religions par les croyants, c’est une connaissance liée au culte, aux croyances, aux usages, pas (ou peu) à l’histoire. Ensuite, le problème majeur en classe, c’est que mettre au cœur de l’école ce qui ne sont que des sujets de société, c’est inutile et passablement foireux. Une école est un lieu où on étudie, on apprend des faits concrets, pas où on discute de tout et de n’importe quoi et avec n’importe qui. Les élèves sont comme tout le monde, ils discutent de ces sujets en dehors des cours. Apporter ces sujets en cours n’y apportera rien de plus concret, sinon un avis, pas plus éclairés ou accepté, qui sera celui du grand guide spirituel qu’est le professeur. L’école n’est pas là pour dire la bonne parole ou faire de la morale. Quand autrefois on avait des cours d’éducation civique, c’était pour apprendre du concret, pas pour exposer ses idées sur la peine de mort ou l’IVG. Et les professeurs auraient d’autant plus de mal à être dans le concret qu’il faudrait expliquer les propres incohérences de la république. Ainsi, comment expliquer à des mômes, que la liberté d’expression à travers des caricatures, c’est « sacré », et que la liberté d’expression pour un spectacle qu’on juge antisémite avant d’être donné, c’est moins « sacré » ? Je veux bien croire que parmi les profs beaucoup arrivent à s’en tirer, mais s’il y a des partisans de Dieudonné par exemple parmi ces profs (qu’on ne me dise pas que c’est impossible) est-ce qu’on est certain que ceux-là arriveraient à faire comprendre toutes les subtilités de la république et faire accepter ses incohérences ? Non, on pourrait tout aussi bien faire l’économie de tels débats dans nos écoles. Apprendre à être citoyen, c’est déjà savoir qu’on est libre d’échapper à toutes ces discussions au sein de l’école. Les avis, les opinions, les croyances n’ont pas leur place à l’école. Ça commence au comptoir du bar et ça finit dans un isoloir, mais entre les deux, il n’y a certainement pas l’école. C’est ça aussi la laïcité. Ne pas se laisser polluer par les débats foireux de l’extérieur. Des faits, pas de l’opinion ou de la croyance.

Par ailleurs, si on veut commencer à lutter contre les croyances folles et la bêtise, il faudrait commencer par nos propres croyances, en particulier celles qui nous permettent en tant que « nation » de nous gargariser d’être le centre du monde et des valeurs suprêmes. Deux exemples. Non, la France n’est pas le « pays des droits de l’homme ». Belle suffisance, vive l’ignorance. On dirait une vieille fille essayant de se convaincre qu’elle est toujours belle en se rappelant une beauté supposée d’autrefois. La France est le pays de sa « déclaration des droits de l’homme et du citoyen », point. Ce texte n’a aucune valeur universelle dans le monde (peut-être autrefois dans nos colonies et encore). Non seulement, on se plaît à confondre ce texte issu de la Révolution française avec le texte établi par l’ONU au sortir de la seconde guerre mondiale et qui lui a une valeur universelle, c’est-à-dire reconnu par la grande majorité des pays du monde ; mais en plus, il n’a aucune influence sur quoi que ce soit par ailleurs. Au contraire, le texte, dans le même esprit, est précédé par d’autres qui ont eu eux beaucoup plus d’influence dans l’histoire, et en ont encore beaucoup aujourd’hui, en particulier un texte britannique et un autre américain (1689 pour le premier, 1776 pour l’autre). Pays des droits de l’homme, donc, et mon cul… Allez dire à un Italien ou à un Japonais que la France est le pays des droits de l’homme…

Autre exemple, l’idée que la France est le pays de la pensée des Lumières… C’est évidemment faux. Le siècle des Lumières est un mouvement philosophique qui s’est répandu à travers toute l’Europe au XVIIIe siècle… Pas plus en France qu’ailleurs. Pour un courant basé sur la lutte contre les obscurantismes et les crétinismes, ça le fout mal de se prévaloir de lui tout en ignorant précisément ce dont il s’agit. On pourra donc toujours s’émouvoir devant ces musulmans incultes n’ayant jamais lu le Coran, on en fait autant. C’est encore à se demander ce qu’on apprend en cours d’histoire et en cours d’éducation civique (et j’avoue mon ignorance, je ne sais pas si ça existe encore) si c’est en effet pour nous raconter de telles conneries. Essaie-t-on de présenter aux élèves une vision de l’histoire qui soit plutôt objective et détachée du culte de la « nation » ? Quand il est question d’évoquer les dinosaures (oui j’aime bien les dinosaures — le ciel leur est tombé sur la tête et c’était même pas… Dieu), là, ça ne pose pas de problème (enfin j’espère). Mais dès qu’on arrive à l’histoire moderne, au mieux, elle est centrée sur l’Europe (d’où le principe de Moyen Âge, précédant l’époque dite moderne — et on aurait bien raison d’occulter — nous les Lumières — une époque florissante pour le monde… arabe), au pire, centré sur la France. Ce n’est pas de l’histoire, mais de la propagande. Une propagande nationocentrée (et ça, ce n’est pas du français).

(On est tout autant centré sur notre petite personne en littérature, mais c’est vrai qu’on peine à savoir à partir de quand — ou si seulement — on commence à passer d’un cours de langue française à un cours de lettre — perso je n’ai pas bien compris s’il y avait un basculement, et s’il y a, on ferait bien de se questionner sur la nécessité de garder un véritable cours de français jusqu’au bac, et garder la littérature, toutes les littératures, à un autre cours — la langue, la grammaire française est assez subtile et son domaine d’étude suffisamment vaste pour qu’on puisse en faire une discipline à part entière pendant toute la scolarité).

Concernant enfin la liberté d’expression. On voit là encore toutes les limites d’un système restrictif à la française (oui là encore, désolé de taper sur la France quand les libertés sont mieux respectées ailleurs). Quand on définit des limites à cette expression, on se heurte forcément à la difficulté de définir ces limites et on laisse alors le soin à un magistrat d’interpréter la loi. C’est surtout l’expression d’une société réactionnaire et qui, s’étant séparée de l’Église, est tentée de délivrer sa bonne morale. Ce n’est pas à l’État ou la loi à définir ce qu’est l’histoire, encore moins de définir des groupes pour qui il serait plus intolérable de se montrer intolérant. Les seules limites à la liberté d’expression tiennent au devoir de la collectivité de protéger les plus vulnérables, ses bambins, ainsi que chacun de ses citoyens des propos diffamatoires. Ce qui concerne donc tout le reste, je serais pour une fois plus favorable à une loi « à l’américaine » dans laquelle tout serait permis. Que les cons puissent s’exprimer librement, on aurait au moins l’avantage d’échapper à leur publicité quand ils délivrent leurs conneries. Et des propos dits dans le cadre d’un spectacle ne pourraient pas à mon sens être alors perçus comme diffamants étant entendu qu’un spectacle, comme une caricature, n’est pas la réalité, mais un travestissement de la réalité pour obliger le spectateur à se questionner sur ses rapports avec cette même réalité… Si les fous du roi sont d’intérêt public en riant du roi, les rois eux-mêmes auraient tout intérêt à ne pas tenir autant à ressembler à leurs caricatures.

(Je disais ça comme ça. C’est juste qu’il me restait du sable de l’autre jour qui me démangeait entre les doigts de pieds…)

Michel Serres, identité, appartenance, racisme et mon amie Daisy

Michel Serres rappelle qu’il ne faudrait pas confondre ou mêler “identité” et “appartenance”. Dire « je suis » Français, Juif, musulman, etc. serait un contresens. Il faudrait dire plutôt « j’appartiens à ce groupe qui se définit comme étant français (juif, etc.) ». Le problème, c’est qu’il est plus facile d’exprimer verbalement l’identité (« je suis ») que l’appartenance à un groupe (« j’appartiens »).

La langue, en allant au plus simple, discrimine. Même en le rappelant cent fois, c’est vain de chercher à lutter contre la facilité. La langue devient le “réel” et non le seul outil nous permettant de conceptualiser le monde.

De la même manière, il faudrait considérer toute reconnaissance de traits, comportements ou discours jugés “racistes” (ou discriminants) comme étant intrinsèquement discriminants et racistes. Si on ne peut pas parler d’identité pour discriminer dans un sens négatif, on ne peut pas plus le faire dans un sens jugé positif. Il est en effet pratique d’envoyer à la face de l’autre et comme argument suprême qu’il est (ou son discours) raciste ou discriminant, alors qu’il serait plus juste de rappeler que l’appartenance à un groupe n’est pas une identité. (Le même problème prévaut chez certains féministes qui prétendent ou croient défendre l’égalité des sexes tout en soulignant davantage des clichés qui ne peuvent résoudre la question de discrimination faite aux femmes quand ils adoptent un discours de type « nous les femmes, vous les hommes, vous êtes… / les femmes pensent, agissent, font ainsi, tandis que les hommes, etc. ». Le langage est toujours discriminant.)

Plus on se présente avec l’idée de défendre des “minorités”, des “peuples”, des « identités nationales », plus on tend, à travers le langage, à perpétuer les conditions de tensions qu’on cherche pourtant à résoudre. C’est pourquoi j’aurais tendance à penser que le devoir de mémoire par exemple constitue à lui seul un obstacle à l’objectif qu’on prétend lui donner. Ce serait un peu comme une voiture qui irait de droite à gauche et qu’on essaierait de faire aller droit : on ne va pas droit en donnant un coup de volant au sens opposé, mais en arrêtant de le tourner.

Est-ce que les mots pensent à travers nous ? Non, les mots « expriment » parfois mal notre pensée, mais ils ne pensent pas à travers nous. Le problème est le même qu’en traduction. C’est l’idée passant d’une tête à une autre, sorte de téléphone arabe permanent (ou juif pour ne pas faire de jaloux) qui impose le travestissement ou la simplification d’une idée ; et beaucoup l’usage : la langue étant essentiellement un outil qui se remodèle sans cesse en fonction de ce que ceux qui la pratiquent en font justement au sein d’un groupe. La nuance peut-être présente dans la pensée se perd une fois exprimée à travers des mots.

Il me semble bien qu’on puisse penser sans mots avant de s’exprimer, même avec des concepts abstraits et complexes, sinon on ne serait pas en mesure de conceptualiser des idées sans en connaître les termes, et on serait alors incapables d’en “repenser”, d’en “re-conceptualiser” d’autres.

Si la langue est un outil parfois imparfait et trahit parfois la pensée (exactement comme la traduction, encore), elle ne précède pas la pensée. C’est même un des dangers des “penseurs” possédant un important bagage philosophique ou habitués à certains usages et chemins de pensée (le piège des heuristiques ou d’un vocabulaire riche et personnel). Avec beaucoup de mots et de concepts savants, on peut raconter tout un tas de conneries. Et le “verbe” (ou les “mots”) exprimant toujours insuffisamment ce à quoi il est censé se référer, peut être amené, pourtant dans un cadre que l’on croit logique, proposer une pensée biaisée dès sa concept-ion.

C’est pourquoi je propose toujours à mes élèves primates de ne pas tant s’offusquer quand on le rappelle qu’ils ne disposent pas encore du langage. Ce matin, je disais encore à Daisy, une des guenons du parc où j’officie : « Mais pense ! Songe à penser avant de vouloir singer les hommes avec ses baragouinages ! Oublie Descartes et son “ Je pense donc je suis  (elle lit trop de philosophes) : l’existence précède le verbe, et précède même la pensée ! Tu existes, Daisy, avant de savoir que tu existes ! Et comme tu le sais déjà, contente-toi déjà d’être… »

Une autre fois, alors que je disais, en gros, la même chose à un groupe de chimpanzés ventriloques, l’un d’eux se lève, furibond, et me lance quelque chose qu’il avait probablement digéré depuis des heures : « Et pourtant, elle pense ! » J’avoue que sans saisir l’ampleur de l’événement, tout nigaud que j’étais, je lui ai répondu simplement : « Mais Galilée, je ne dis pas le contraire… Veux-tu te rasseoir ? » J’avais dû le vexer parce qu’il commence alors à avancer lentement vers moi me regardant fixement tandis que les autres se mettent à fredonner My Way. Il ne pouvait pas parler, mais je voyais dans son œil décidé qu’il n’en pensait pas moins. Et j’entends alors les paroles dans ma tête :

« Je me lève, je marche, et je te bouscule : le lâche, tu ne te réveilles pas. Comme d’habitude. Avec toi, je remonte dans l’arbre, j’ai peur que tu te prennes pour moi. Comme d’habitude. Ma main épouille tes cheveux, presque malgré moi. Il fait froid sans toi. Comme d’habitude. Tu me tournes le dos. Comme d’habitude… »

(Mes excuses au genre humain, à la raison, aux primates, toussa…)

Chers téléspectateurs, vous venez de voir en images la preuve que la religion est, et doit rester, une affaire personnelle. Toi et Dieu, ça te regarde, c’est affaire de religion. Moi et toi, c’est affaire de politique, on se met d’accord sur du factuel.


Les capitales     

Échec scolaire et « constante macabre ».

Les capitales

Éducation

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Je viens d’en apprendre une bonne… On sait tous que le système de notation (sur 20) est bien pourri pour l’avoir expérimenté. Au lieu d’encourager l’élève à travailler, la note porte un jugement de valeur sur son travail et par extension sur l’individu. Système qui a pour conséquence de mettre sur la touche un certain nombre d’élèves « mal notés », qui ainsi mal noté ne voient pas l’intérêt de travailler plus vu qu’ils ne sont jamais récompensés pour ce travail. Maintenant, le fait qu’on organise dans le milieu scolaire l’échec scolaire de certains en les notant (et donc derrière de juger leur travail et non spécifiquement évaluer des connaissances spécifiques ou juste récompenser un travail quand il est effectué mais qu’il comporte certaines lacunes), c’est une chose, mais j’ai appris que consciemment ou inconsciemment les professeurs jugeaient mal un certain pourcentage (un tiers semble-t-il) d’élèves dans une classe. C’est ce qu’un professeur appelle « la constante macabre ».

Donc en gros, imaginons une classe d’excellents éléments, avec des connaissances sûres, un travail soigné et volontaire, bah il faudra toujours dégager (le terme est approprié…) un certain pourcentage de mauvaises notes pour que la notation générale, moyenne de la classe soit crédible. Il faut avoir une moyenne de dix… quand bien sûr la moyenne d’une telle classe « d’élite » serait plus autour de 15.

Le résultat c’est quoi ? C’est qu’on fabrique de l’injustice et de l’échec scolaire. Et même au-delà de ça, on crée toute une mentalité « à la française » basée sur l’échec, la punition. Y a pas à chercher bien loin pourquoi les Français sont râleurs…^^

Et si je viens là pour parler de ce truc tordu et vicieux, c’est bien sûr pour râler comme je sais bien le faire^^ mais également pour crier haut et fort que oui je suis une victime de « la constante macabre » ! Pourquoi alors que je pense m’être toujours intéressé au monde, j’ai toujours refusé de me laisser enseigner des choses dans ce cadre scolaire ? Je pense pas avoir été particulièrement idiot, ni même avoir montré une grosse mauvaise volonté, seulement il était clair pour moi que dès que je faisais un effort ou que je montrais un intérêt pour une discipline, le plus souvent cet intérêt n’était jamais récompensé… et donc qu’au bout d’un moment je lâchais l’affaire et m’intéressait à autre chose… chez moi, dans mon coin. L’école a été pour moi une perte de temps, parce que tout le temps que j’y passais, c’était du temps perdu… à ne pas apprendre, à ne pas m’intéresser au monde. Un comble.

Alors comment on en est arrivé là ? Je commence à comprendre avec cette « constante macabre »… Diagnostiqué assez tôt comme dyslexique en primaire, j’ai été victime de ce handicap dès le début, jugeant mon travail, mes copies en fonction de mes difficultés naturelles en orthographe et non en fonction du contenu, de mon intérêt, de mes efforts, voire et je pense que c’est encore plus grave, de mes connaissances. Il a été facile pour les enseignants à cause de cet handicap de me balancer dans le tiers misérable de la classe, ne tenant jamais compte réellement de ma dyslexie dans mon travail (ce serait un peu comme punir un élève muet parce qu’il ne répond pas à une question posée par son professeur), et encore plus facile les années suivantes durant toute ma scolarité, facile pour mes professeurs de suivre la voie qui m’était tracée : peu importait ce que le petit limaçon faisait, si ses précédents professeurs l’avaient mis parmi les mauvais élèves (hou parmi les “méchants” on dirait presque, c’est maâhl…) c’est qu’il devait bien y avoir une raison, donc on se foulait pas, je rentrais direct dans le quota de mauvais élèves… Je comprends mieux comment pourquoi à chaque nouvelle discipline rencontrée comme l’espagnol ou la philo, j’étais au début très enthousiaste de découvrir un monde nouveau, et au bout de quelques semaines, après les premières évaluations, j’arrêtais de m’y intéresser, vu que mon intérêt n’était jamais récompensé… Il fallait des mauvais élèves, des mauvaises notes pour qu’il y ait une constante macabre, une crédibilité générale des notes dans la classe, ça tombait sur moi. (Peut-être aussi que j’étais moins doué que les autres, bien que j’en doute…, mais dans ce cas, le problème c’est la “productivité” de l’enseignement qui casse tout net l’enthousiasme de « mauvais élèves » en les mettant dans un coin et en leur faisant bien sentir qu’ils sont de la merde et que ça sert à rien qu’ils se bougent le cul, vu qu’ils n’arriveront jamais à rien…)

Voilà comment je me rappelle avoir parfois travaillé comme un malade sur des devoirs dont le sujet me plaisait et comment je me disais presque au final qu’on ne m’y reprendra plus à m’intéresser pour un de leur truc, suite à une note cata… Je me rappelle par exemple un devoir sans doute un peu bâclé et bourré de fautes dont le sujet était un poème de Verlaine. Une trentaine de pages pour disséquer ce malheureux machin pour au final ne pas être récompensé ou encouragé. Si c’était si mauvais que ça, il aurait fallu reconnaître au moins l’enthousiasme, l’envie, et identifier les lacunes et faire un suivi de ces problèmes dans le temps… On donne confiance ainsi à l’élève, on lui montre de l’intérêt, on reconnaît ses efforts, son travail… Là j’étais qu’une merde, un con, qui avait mal soigné son travail… À côté mon pote n’avait fait qu’une page et demi, n’avait aucun intérêt pour l’œuvre qu’il devait commenter et il avait deux fois ma note. La pédagogie, c’est pas une question de bien ou de mal, mais de justice surtout, mais dans le sens “juste”. Donc pendant toute ma vie de petit écolier, j’ai eu droit à des « trop confus » dans la marge et à des « soigne ton orthographe ». Bah ok, t’es professeur non ? tu m’expliques comment faire pour arriver à ordonner mes idées, éviter ces putains de parenthèses ?! Que dalle, il faut croire qu’il ne faut pas trop porter attention au « tiers macabre » de peur que les autres élèves de la classe se rendent comptent qu’ils ne sont pas si idiots que ça… Si je redis parfois dix fois la même chose différemment entrecoupé de parenthèses, bref si c’est le bordel quand on me lit, vous pouvez remercier ces chers professeurs qui ne savent qu’enlever des points à chaque faute ou remarque en rouge dans la marge mais qui finalement nous apprennent rien. L’important ce n’était pas les connaissances, mais la manière de les présenter comme eux ils voulaient (ils doivent pas aimer les nuances ou les argumentations hésitantes…) et donc s’il faut remplir un quota de mauvais élève dans la classe. Les professeurs sont des juges qui semblent dire sans cesse « nul n’est censé ignorer la loi »… Bah ok tu me rappelles qui est censé nous l’apprendre ?! Il faudrait plus de pédagogues et moins de juges.

Parce que la réalité, c’est que si j’ai toujours été un mauvais élève (selon leur critère), je pense avoir été le plus souvent dans d’excellentes classes. On n’y trouvait pas forcément de gros travailleurs, mais il n’y a jamais eu d’élément perturbateurs (sauf moi quand je me faisais vraiment suer…) et surtout on était tous assez curieux. Forcément, j’imagine qu’avec des théâtreux, on n’est plus intéressé par les choses bien que plus flemmards^^. C’est vrai aussi qu’on hérite des meilleurs professeurs qui veulent avoir ces petits monstres pseudo intello que sont les théâtreux. Mais « bons professeurs » ne veut pas dire non plus qu’ils vont cesser avec cette pratique honteuse de notation et surtout de cartographie macabre de la classe… Comment expliquer sinon que tous les ans pendant dix ans les professeurs proposaient le redoublement à mes parents et que tous les ans je continuais mon chemin l’air de rien… Si j’avais tant de lacunes, elles auraient dû s’accumuler au fil du temps, surtout que plus ça allait moins je travaillais, vu que par expérience, je savais que ça servait à rien (jusqu’au bac où un prof m’a enfermé deux jours dans sa bibliothèque au fond de son jardin pour réviser — quoi, deux jours, c’est énorme !^^ — et qu’au final à l’examen on tombe sur quelque chose de totalement imprévu), et donc j’aurais dû être une grosse merde arrivé en terminal, sans avoir jamais travaillé, ou un peu quand le sujet m’intéressait (mais sans succès comme je l’ai dit… donc sans suite) ; et donc m’éclater au bac.

Mais le problème de ces techniques de notation et de discrimination, c’était pas finalement le bac. Tout le monde peut l’avoir le bac… Le problème, c’est le regard qu’on a sur soi-même et la volonté par la suite de continuer ou pas. Comment vouloir continuer ses études à la fac quand on n’y est pas obligé (oui pour moi l’école c’était une prison, c’est obligatoire quoi, un peu comme avoir le bac, c’est un peu aussi socialement obligatoire — le minimum), on n’est pas maso, on n’y va pas. Pourquoi continuer à suivre toutes les étapes en nous entendant dire qu’on est que de la merde et qu’on vaut rien, alors que les faits nous disent le contraire ?… (si vous le faites passer il sera en grande difficulté, il aura trop de lacunes… mon cul oui, on les entend souvent parler de “lacunes” sans les identifier… si l’école doit apporter un certain nombre de connaissances, j’étais en plus loin d’être le plus ignare… donc je les emmerde ! — Et en parlant de connaissance, ils peuvent faire les beaux… j’avais une prof de français en terminale qui se vantait de ne pas regarder Question pour un champion parce que c’était trop facile pour elle… Et un jour elle me dit ne pas savoir qu’il y avait Renoir père le peintre et Renoir fils le cinéaste… Ils sont comme tout le monde, y a des ignares et des cons partout et ils profitent de leur situation pour se la raconter… ça doit être le plus frappant au lycée où on se retrouve avec des professeurs pas assez “bons” pour être professeurs d’université et où bah leurs connaissances se retrouvent confrontées à de jeunes adultes qui commencent à connaître un certain nombre de trucs… donc parfois le côté « maître-élève » qu’il devrait y avoir vole en éclat : pour avoir envie d’apprendre, il faut encore avoir l’impression que son maître en sait largement plus que vous ; parfois même c’est juste une question d’autorité pour aimer apprendre sous les ordres d’un maître… mais quand tous les profs aujourd’hui n’ont plus aucune autorité on devient insolent en classe parce qu’on n’accepte pas leur manque d’autorité et on passe notre temps à les mettre à l’épreuve… Comment avoir du respect par exemple pour un professeur qui vous saque avec des notes et des commentaires assassins sur vos copies et vient vous voir comme une midinette dans les coulisses du théâtre pour vous dire à quel point elle est contente de voir « qu’enfin » elle peut voir qu’on est doué à quelque chose… Bah t’aka pas me mettre direct dans la « constante macabre », peut-être alors que j’aurais fait des efforts et montré plus d’intérêt dans tes cours chiant à mourir). S’il y a tant d’étudiants qui quittent la fac la première année, les raisons sont peut-être dans ce système de notation dévalorisant qui créé de l’injustice en stigmatisant les “mauvais” élèves et en en créant d’autres de toute pièce.

Merci au système scolaire de créer autant d’injustice et de favoriser la culture de l’échec, ça forge toute une mentalité « à la française ». Je préfère encore la confiance béate des Américains quand ils disent que leurs enfants sont bons, voire comme ils disent souvent en confondant un peu tout : “intelligents”. Quand je suis allé dans une famille pour l’été là-bas, c’était une fierté pour les parents de me dire que leurs enfants avec que des A(s). « What about you ?! »… « Oh you know the French system is kind of weird… If you have B(s) it’s ok… » « hum, C-… Ok D… Don’t look me like that ! Ok… E… PLUS… Don’t you know the French death constant ?! » « Constant Who ?! »

Au moins, on a des choses à dire. On fait plus de progrès en anglais quand il faut expliquer pourquoi on a un E, que dire simplement que bien sûr on a que des As. (Les As c’est bien pour eux pour jouer au poker, mais en France, on joue au tarot, et la meilleure chose qu’on puisse faire c’est s’excuser).

L’échec il est aussi significatif à la fac. Questionnement personnel ou pas, on devrait pouvoir être accueilli à l’université avec nos problèmes et nos incertitudes, au lieu de ça on entend le truc direct « y a trop de monde, c’est invivable en début d’année mais au bout de quelques semaines il y aura déjà moins de personne »… Soit disant les plus sérieux resteront… Bah non, c’est pas les plus sérieux, ce sont ceux qui s’adaptent le mieux. Moi j’y suis resté deux jours, j’ai pas encaissé « l’impersonnalisation » de la fac. J’avais de compte à rendre à personne, donc je me suis barré quand on m’a suggéré de partir. C’est trop facile et surtout on est poussé à ça.

Si les cours étaient seulement plus chers, ça responsabiliserait les étudiants, ils réfléchiraient sans doute plusieurs fois avant de s’inscrire. Il y a des bourses sinon pour ceux qui ne pourraient pas se le permettre, on peut aussi faire des prêts à 0 % pour les étudiants… Parce que là, on s’inscrit n’importe où, le plus souvent parce qu’on est mal orienté ou parfois parce qu’on ne sait pas quoi faire, et dès qu’on voit que ce n’est pas conforme à ce qu’on attendait, on se barre. Il y a la solution des campus aussi. Un lieu plus fermé qu’une fac où là c’est le moulin : tu entres, tu pourrais être n’importe qui, donc au final, tu deviens n’importe qui, et tu te casses en devenant personne.

Je ne vois pas de différence entre un gamin qui fait l’école buissonnière à 15 ans et à qui on demande des comptes parce qu’il est mineur et que l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans, et un étudiant un peu perdu, mais aussi lâché par le système, qui parce qu’il est perdu décide de laisser tomber avec aucun diplôme en poche. Les études, ce n’est pas seulement un droit. On devrait avoir le devoir de rendre des comptes à la société qui tant a dépensé depuis qu’on est à la maternelle. Parce que le tout ça pour ça, quinze ans dans le système scolaire pour finir par un « casse-toi t’es libre de le faire, vu que t’es un adulte responsable », c’est un peu irresponsable de la part de la société. Il n’est pas question d’interdire aux étudiants de lâcher son cursus, mais qu’au moins on lui envoie le signal qu’on sait qu’il renonce ou qu’il a des doutes, et alors on lui donne rendez vous avec un conseiller d’orientation ou tout autre personne du système pour connaître ses problèmes et ses doutes. Les mecs sont lâchés dans la nature, ça inquiète personne, on le pousse même parce qu’on nous fait comprendre qu’il y a trop de monde et que tout le monde n’a pas forcément sa place. Moi je suis tombé dans une branche, mal orienté, il y avait du monde de trop, j’ai pris ça pour moi quand un professeur m’a demandé de partir le deuxième jour, et j’ai dit : « OK c’est moi, donc je me casse, vous êtes plus légitimes que moi ». La sortie du cursus si elle est décidée par l’élève doit être notifiée symboliquement par un rendez-vous physique avec un conseiller. S’il ne vient pas au rendez-vous bah il est toujours considéré comme faisant parti des élèves et comme au collège on doit rendre des comptes. Là, on est adulte, mais signer dans une université, ça devrait être comme un contrat : tu viens pas, tu donnes aucune explication ? OK bah t’as une amende. L’enseignement public, la fac, c’est pas un moulin. Et ça il faut le faire comprendre à l’étudiant. Quand aujourd’hui, le message qu’on lui envoie c’est tout le contraire. Autre solution, faire en sorte que chaque étudiant dès son inscription, soit parrainé par un élève de seconde année au moins. Dès le départ au moins, on prend contact avec le cœur de l’université, ses élèves. Au moins quand on décide de quitter, ce n’est pas seulement que la fac, mais la fac et au moins un élève.

Bref, c’est con, mais c’est tellement facile de trouver des solutions pour ces trucs ; le problème, c’est de les mettre en application… Le mammouth, son problème c’est pas qu’il est trop gras, c’est qu’il est déjà mort depuis belle lurette.


Supplément

Décembre 2022. Réponse à l’émission La science CQFD sur la désaffection des mathématiques :

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-science-cqfd/education-echec-et-maths-3258879

Je reprends la comparaison faite avec le sport. La principale raison de la désaffection des mathématiques (mais pas que), c’est la volonté d’identifier chaque élève à des « bons » et des « mauvais » élèves dès le CP.

Imaginez un exercice de saut en longueur. C’est amusant, le but, c’est d’abord de comprendre les règles qui encadrent le saut, puis on apprend quelques astuces pour mieux sauter. Et puis, chacun saute à tour de rôle, et immédiatement après, on attribue à chaque sauteur des qualités : les « bons sauteurs » et les « mauvais sauteurs ».

Vous avez raté votre saut, tant mieux, vous serez identifié toute votre scolarité à un mauvais sauteur et on vous expliquera sans cesse que vous n’avez pas compris « les bases du saut » sans jamais vous les expliquer.

Vous êtes plus grand que les autres pour votre âge, votre saut a été en conséquence meilleur que celui des autres alors même que vous n’avez pas plus ou mieux compris les « règles » que vos camarades, et on vous attribuera l’étiquette de « bon sauteur ».

Bien sûr, on ne manquera pas de faire comprendre que le saut en longueur est une affaire de garçons et que les filles ont pour se rattraper la corde à sauter qui n’est pas au programme.

Un peu comme nombre de disciplines, le désamour des mathématiques vient de cette volonté macabre (certains parlent de « constante macabre ») à attribuer des « notes » ou des qualités à des élèves. Là, les « bons » à qui on donnera invariablement les bonnes notes parce qu’ils ont eu la chance de maîtriser avant les autres les « gestes mentaux » (je reprends l’expression utilisée dans l’émission) que personne ne prend le temps d’expliquer aux élèves. Ici, les « mauvais » à qui on associe ainsi n’importe quelle discipline à une forme de nullité ou de bêtise qui leur serait propre. L’un aurait littéralement mordu la première marche du saut en longueur qu’est la scolarité, et apprendre sera pendant tout ce temps pour lui synonyme de stigmatisation de ses capacités ou de sa motivation.

Je n’ai jamais entendu les professeurs parler de « bases » (en parlant de manques) sans jamais les définir. Quand on vous rappelle sans cesse que vous ne comprenez pas sans vous expliquer, on comprend vite qu’on se fout de votre gueule. Et que la base en question, c’est surtout

d’avoir à définir dès les premiers âges des étiquettes, des stéréotypes pas seulement de genre mais de capacité ou de motivation propres à chacun des élèves. Et il est triste que pendant longtemps alors, le seul rapport qu’ont certains élèves avec une forme de mathématiques compréhensible, c’est la note que l’on affiche ostensiblement sur leurs copies afin de stigmatiser ses capacités propres.

Quand on vous rabâche que vous êtes nuls en saut en longueur que vous trouviez pourtant jusque-là amusant, vous rechignez à sauter et à apprendre à mieux sauter.

La scolarité est pour cela une merveilleuse machine à perdre, à fabriquer de l’échec et de la mésestime de soi. Les premiers responsables de ces échecs, ce ne sont pas les élèves comme on leur rabâche sans cesse, mais bien un système qui veut voir perdurer une décomposition artificielle et stigmatisante de bons et de mauvais élèves.