Trône-au-fût ou mangeoire à livres

Les capitales

Science, technologie, espace, climat

Appel à invention

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Toi, mon tronc, mon arbre, sur lequel je pourrais poser mes fesses et conforter mes yeux. Toi qui m’ignores encore et qui t’étires de tout ton long sur tes racines blondes… Vois-tu mon tronc, je sais que tu m’attends.

Les promeneurs, égarés ou non, depuis l’invention de la bipédie, ont inventé les sentiers, les laies, les chemins, les allées… C’est une grande réussite.

Depuis qu’ils sont descendus de leurs branches, les hommes occupent leurs journées entre deux activités : la marche et la contemplation. Si les marcheurs ont trouvé leurs voies royales, les contemplatifs, pour éviter ronces et fourmis, ont adapté la cage à oiseaux pour bipèdes (appelons cela niches ou logis, pavillons ou termites de copropriété, c’est du pareil au même), et ils s’y sont perdus. Il manque aux contemplatifs une invention capable de les ramener à leur point de départ, dans les forêts…

Pour éviter ronces et fourmis, les contemplatifs ont d’abord eu l’idée de supprimer les arbres, puis avec les arbres, les fourrés. Puis comme c’était un peu triste la vie sans un arbre, ils se sont dit qu’un ou deux arbres, c’était pas si mal que ça. Et sans le savoir, ils se mirent à en adopter, et puisque les fourrés avaient disparu de ce qu’on appela alors des jardins ou des parcs, ils inventèrent… la chaise longue.

Ah, qu’il est bon de pouvoir prendre l’air sur une chaise, au soleil, loin de l’agitation des villes !

Eh ben tout cela doit cesser ! L’homme n’est pas un animal rampant qui s’abaisse à contempler les herbes ! Tarzan avait raison, l’avenir de l’homme, c’est la liane ! Quand il ne marche pas, l’homme moderne doit pouvoir contempler le monde depuis une certaine hauteur. Et c’est encore plus vrai pour le contemplateur qui baisse la tête : le lecteur de bonnes aventures.

L’homme qui lit devrait pouvoir le faire, non plus au pied d’un arbre, mais trônant fièrement sur son fût ! L’homme ne lie pas, il trône !

On envoie bien les oiseaux là-haut se fourrer dans des mangeoires, il serait temps que les contemplateurs reprennent les fûts en main, et qu’à défaut de s’accrocher aux branches, que le tronc soit leur foyer.

Il faut bien avoir eu une poutre tout ce temps masquer la forêt pour ne pas avoir encore pensé à cette association :

Nous sommes à la veille d’un saut évolutif de première ampleur, mobilisons toutes les forces créatrices, inventeurs, bricoleurs, ingénieurs, industriels, pour aider l’humanité à recouvrer sa pleine dignité.

Demain, dès l’aube, les contemplatifs relèvent les copies, et au pire dans l’après-midi, nous voulons pouvoir affûter nos livres à l’ombre des sous-bois.

Et quand je partirai, je piétinerai à la ronde
Tous ces bouquets de ronces et ses fourmis en pleurs.