Entre nous (poème galant galeux)

Entre nous

 

Quand le silence noie nos jours d’un brouillard dense

Que la nuit-même se fait l’écho de cette absence,

C’est qu’il est temps, peut-être, de changer de pied et

D’enjamber ces mystérieux obstacles dressés

Entre nous.

 

Tuons l’espace qui nous sépare :

Pour qu’enfin réponse se fasse, c’est la plume

Qu’il faut prendre. Grattons la nuit de ce dard

Vagabond, agitons ces étoiles de  brume

Et entre nous,

 

Jetons une mer de papier.

Bientôt ruissellera du haut de ce pied nu

De nouvelles perspectives longtemps tenues ;

Mille cupides dons se dresseront, charmés,

Entre nous ;

 

Et si ces mots s’adressent à « vous »,

Sache, ***, que cela ne tient qu’à toi

Que ces dernières rimes s’accordent dans la joie

Entre nous.

 

C’est toi qui as la main. Fais en sorte

Que point elle ne me gifle. — En feuille morte,

Remonte-la plutôt jusqu’à ta bouche

Afin que vers ton cœur, le mien y conclue,

 

Pas encore rassasié et à bout de souffle,

Un baiser.


 

Sonnaiku et autres bêtises mastodonales

Pour mémoire, parce que le compte est laissé à l’abandon, les deux trois babioles transmutées de ce côté depuis mastodon.


Aphorisme suppositoire :

Une perruque à faire pleurer les morts est une perruque difficile à porter.


Étude syntagmatique du jour : un « canular à trois pattes » est un canular boiteux.

On parle aussi parfois de « canular lacté », il s’agit là d’un signe astrologique chinois.

Nous étudierons un autre jour le syntagme « canular sauvage », quand nous aurons le temps de nous replonger dans nos livres d’ornithoryncologie.


Sur la lune demain je vais
Rencontrer un cache
Parent
Pour lui dire combien
Il me manque

Sur sa face constellée
Je porterai deux baisés
Révolutionnaires

Et quand au terme de ma farce
Je lui dirai adieu
Je poserai sur sa main
Un coussin
Pour lui faire
Pouet-Pouet

(Sonnaiku)


Sur les braises
Un vent d’oc
Souffle

La pestilentielle
En couronne ainsi
Font Front Fond

Là-bas les pouets
Maudissent les conteurs
D’histoires

Et tous regardent
Les Onze
À la télévision

La France sans le sou
Y mise sa culotte
Pour qu’on y voit la lune

Chanter de son orifice
Postal
Ailleurs, la flûte

Au cul
Et les cigalettes au bec
Le reste du pays

Croule sous le
Meme débat
Tandis que moi

Derrière mon tricot lover
Sur mes fraises d’oïl
J’ajoute un peu de mon

Indifférence


Hier j’ai vu
Lors de mon passage en Flandre
Deux extravagants tétons
Pincés sur un flanc de colline
Or, si la même main se tendait vers eux
Ce n’était rien à côté
De ce que je compris bientôt
En me rinçant les yeux :

Ces tétons
N’appartenaient pas
À la même femme !

Plein d’espoirs concupiscents
Je me faufilai vers cette forêt wallonne
Avec la ferme idée de me saisir
De l’un ou de l’autre

Arrivé au col
Il était trop tard
Les tétons s’étaient tus

Et une main me fouetta le visage


Brevet vert en main
Me voilà à cuisiner
Des rubans

Dans mes cheveux

Pintade chaude
Et bleue à l’horizon
Bientôt dans ton assiette

Tu mange rat


Moi le pipi gris
Je siffle dans vos verres
À vingt sous

Sous ma coupe
Je bois vos prières
À deux balles

Bal urine
À la commissure des lèvres
Tout dégouline

Line de vapeur moite
Changée en stance
Troubadour

Dourmir rêver
Mourir peut-être
Dit le pouet

Mais de nos pouets
Aux interstices de nos cliques et de nos claques
Tout se mélange

Dans les langes
De l’instance
Mère

Mastodonne d’airain
Aux reins
D’argile

Oui, passer le Rubicon
Et mourir
En chemin

Tout composté
Déjà
…⚘…


Ô moi, eau écarlate !
Quand je baigne dans tes veines
T’as de la veine

Quand je pisse
Hors de tes entrailles
Tu baignes en moi

Ô, gicle ! de tous côtés
De l’air, de l’air !
Libre ! Enfin !

Fini le train-train de la vie
Dans ce cycle infernal
Maintenant la lumière

Ô qu’est-ce là mes globules ?
Je coagule !
Rentrons au bercail

Avant que de l’occire
— Ô rage ! eau de l’espoir !
Nous coagulerons plus tard !

Rentrons, vous dis-je !
— Impossible ?!
Rah, quelle plaie !

Quelle plaie !


Perlimpinpin
C’est le nom de mon papa
Comme lui je suis de la poudre du Bengale

Tous deux faisons des miracles

Sur les réseaux de l’instance pape
Nous saupoudrons un peu de nos larmes
Sur vos tracas quotidiens

Perlimpinpin
C’est le nom de mon papa
Retiens ce nom si tu as mal

Tous deux pouvons te vider les poches

Notre cousin
Marchand de sable
Trime pour le pape

Mais au Bengale
La rémunération est cruciale
Et vos bobos sont notre oseille

De la poudre pour tes yeux
Perlimpinpin


My last fortune cookie:

« What’s wong with you?! »
-你這人怎麼回事-


Dans les spirales
De mes pensées fétides
J’ai vu voltiger

Une mouche

Celle-ci était zinzin
Et me susurrait
Aux synapses

Combien mes volutes arides
La rendait marteau

Tsé quoi mon colibri chéri
J’men vais patauger
Au-d’ssus d’ta tête
Jusqu’à c’que le zag t’emporte
Qu’elle me dit

J’sais plus quoi penser depuis
J’ai la tête dans un étau à bois
J’sens plus mon tournevis

Et la zigzaguante a pris la mouche
La poudre d’escampette

Elle broie du noir
Maintenant

Dans ma cervelle


Je m’en allais flairer le groin dans les roches crevées
Mon patron sur le dos j’étais son féal
Je grattais sous la terre, truffe ! et c’était un régal
Oh, la la que de laies avides ai-je pu renifler !

Mon unique carotte, je la tenais de mon maître
Porcinet rêveur j’égayais vos blondes de mon chant
Porcin. Mon auge était ronde
Et mon patron aussi. Revenu bredouille, le traître

Me fit hisser en haut d’une broche
Tira des ficelles sur mes sabots
Blessés. Un pied près de mon cœur
Vidé.


Hier j’ai vu mon parachute
Par en haut

À la renverse
Je tombe

Soudain
Le vide

(Un parachute ça se regarde par en dessous comme les jupes des filles ou ça se regarde pas.)


Ce matin
Dans mon train
J’ai vu
Dudu

Faire le mariolle

Vers 14heures
Pour son malheur
Dudu
A vu

Un Laguiole

Lui frôler le pif
Paf !

Maintenant
Dudu
Saigne

Il en a une fiole
Pleine

Mais Dudu
Va mieux

Il batifole

Déjà
Dans les couloirs
Du RER

Demain
Dudu
Prendra
Son train

Tout affriolé

Un cornet
Au bout du cou

Façon à
Tutu
Tête

Traînant
Derrière lui
Son maître

Dudu
Mon toutou
Quotidien

Mon agent
De voiries


Ma Cinémathèque, mon vaisseau

(Ode)

C’est quand je te vois malmenée par les flots renégats, moi qui n’étais autrefois qu’un bateau ivre échappant tout juste des flammes d’Orion, que souffle en moi tout à coup la plus élémentaire des évidences, et que j’aspire enfin à te l’avouer : ma Cinémathèque, mon vaisseau, ma femme, ma mère, ma fille, tu peux claquer là-haut dans tes voiles comme d’autres claquent des dents face aux remous du monde, tu peux craquer, en bas, sur le pont, quand tes flancs endurent la féroce pression des mères du Sud, t’embraser sous les foudres des dieux injustes, râper ta coque molletonnée sur les récifs les plus aiguisés… c’est quand tu vogues ainsi, toute ébrouée, pantelante mais toujours inébranlable, que je t’aime.

Ô ma française sens dessus dessous, mon vaisseau pour qui mon cœur chavire, c’est en ces temps tourmentés qu’il appartient à ceux qui t’aiment de dire combien tu nous es précieuse. Précieuse de nous dévoiler chaque jour tes joyaux ; précieuse de ne jamais succomber aux sirènes de l’indignation ; précieuse d’être infaillible dans ton devoir de mémoire et d’exhumation. C’est vrai, oui, que pour cent rétrospectives filant leurs hommages dans le mainstream du temps, là-haut, en soufflant sur tes voiles Langlois, quelques maigres introspectives projetées en fond de cale, pour nous, simples rats epsteiniens ; et pour nos amis sans visages aux yeux bouffis par la peur, les pires navets possibles projetés pareillement à l’abri du gros temps, en salle des machines. Mais n’y a-t-il pas que des amours contrariées ? Aimer, c’est apprendre à accepter celui que l’on aime avec ses défauts, se rapprocher de lui quand nos deux cœurs tanguent, insoumis, sous les mêmes assauts ennemis. Passerais-tu ton temps à déprogrammer nos rendez-vous, préférerais-tu passer tes soirées du vendredi devant un bis, me crier aux oreilles de tes haut-parleurs détraqués, me geler les coucouillards quand tu laisses ton traducteur dyslexique s’occuper de la clim’, que tous ces petits ratés alimenteraient encore l’amour que je te porte. Tes imperfections, c’est pour moi l’assurance vérifiée, la certitude pas encore cocufiée, que je t’aime chaque jour davantage.

Alors, prends tes amarres, ma dulcinée, ma tek, et fais-nous à chaque séance quitter ton quai !

Ô ma française, depuis le pont, Bercy est loin ! À l’abordage, là sur tes toiles : le cinéma. Tout le cinéma ! Ici siègent mille spectateurs sur lesquels, depuis tes coursives invisibles, veillent la bande à Bonnaud. Ici, c’est : « Haut les yeux ! », et depuis nos sièges vermeils, c’est toute la Cinémathèque qui fait main basse sur Paris. Paris est une île : personne ne bouge ! Désormais, ici ce sera… l’île de Costa-Gavras !

Paris à nouveau voit rouge : la commune, c’est nous ! À l’assaut, mon vaisseau ! ma femme, ma mère, ma fille ! À l’abordage ! Prends-moi cette mer déchaînée, filme-moi jusqu’au Zénith, à l’infini, et… au-delà !

L’invisible armada projetée sur tes toiles abat les étoiles, redécoupe les constellations ! Les trous noirs louchent à ta vue, les nébuleuses se redressent craintives pour honorer ton passage, les naines brunes rougissent et les galaxies cabrent leur bras vers leur œil enflammé de peur que tu les éclipses !

Mais…, seul, capable de te faire fléchir, je le dis car je le connais bien, c’est mon fidèle écuyer : abonné comme moi, toujours le premier assis tout en bas dans tes bras, range-toi à ton tour près de lui, c’est mon Samson Pancho. Ne le brusque pas, ma mie, ma femme, ma mère, ma fille, car lui seul connaît ton secret. Je lui ai dit. « Et si les géants viennent un jour à charger ses abords, toi seul (je parle à Samson Pancho) pourra saborder le vaisseau ! »

Nul ne viendra retarder le grain moulu tout droit sorti plein de lumière de tes machines ! Samson Pancho veille sur toi !

Oui, ma dulcinée, ma tek, prends garde aux zinzins de l’espace ! Il ne faudrait pas que mon fidèle Samson découvre aux yeux de tous ce qu’il cache sous son célèbre pancho — sa botte magique !

Allez, ma belle, les quarante rugissantes sont loin et Bernard se prépare déjà à nous présenter Le Quarante et Unième sous-titré en ingouche. Bientôt le seul détroit tortueux qu’il ne te faudra plus traverser comme l’étroit goulot d’un sablier, ce ne sera plus qu’août, ce mois maudit des quatre mardis…

Puisse Vivendi (et les cent autres partenaires) mettre ainsi de l’essence dans tes voiles pour que nous puissions, nous, nous enflammer avec elles. Le septième ciel nous y attend.

Comment ?! J’oubliais de saluer ton personnel de bord ? Moi, ingénieux Hidalgo qui n’oublie pourtant jamais rien ?! — Loué soit donc ton personnel, de ta cadette appelée chaleureusement « chaton botté » (parce que bien que minuscule, on l’entend à deux milles taper du talon) à ta doyenne Tati Nova (qui change d’humeur comme la lune de quartier), en passant par Alice qui depuis qu’elle a grandi joue les Lapin blanc en haut des terriers pour nous y aiguiller (à moins que ce ne soit, sous son imper, Marina, toujours offerte à la bruine et réticente à prendre la barre). Oui, ma tek, loeh soient-ils tous ceux-là qui s’invectivent par leur nom de corde quand ton gréement se file en coulisses avant que de se défaire chaque nuit comme une toile de Pénélope : andr, stas, riva, faya, lejo, tror, ferr, khar, miel, barb, vinc, rodr, gerv, noel, gomb, cham, vink… Merci à eux, et merci aussi à ceux de la bande à Bonnaud qui nous servent chaque jour leurs plats parfois un peu de guingois ; et surtout, merci à tous ceux qui se frottent les mains contre toi pour que les nôtres restent au chaud dans nos poches : à tous ces anonymes, du pont aux machines, de la proue à la poupe, de la quille au nid-de-pie, qui font que toi, ma mie, ma dulcinée, ma tek, ma femme, ma barbe, ma couille, mon essentielle, ma vie… puisse me tirer vers le haut davantage. Tendu, toujours, rivé, à tes toiles. Grimpé haut…

Rideau

 

Alonso Quinoa

Les Partouzeurs de l’aube

Ode aux amis qui se lèvent tôt

À deux mains, dès l’aube, à l’heure où blanchit la compagne
J’épouillerai la raie. Vois-tu, je sais que tu me tends.
Je jouirai par ta forêt, je lierai tes montagnes.
Je marcherai les yeux fixés sur cent autres triques.
Sans rien voir au-dehors, sans entendre vos bruits.
Seul avec toi, et toi, et toi, et toi, au milieu de tous, le dos courbé, les reins rossés,
Cuistre, et vos joues pour moi seront comme des huîtres.
Je ne me fierai ni à la croupe du soir qui tombe
Ni aux poils obliquent descendant sur vos sœurs.
Et quand je jouirai, je lâcherai ma bombe
Sur vos gouttières de mous verts et vos jarretelles en sueur.

Les Partouzeurs de l’aube.

— Allô, service des cooptations bonjour !

Il se murmure aussi qu’ils sont échangistes, se donnent en spectacle depuis leur club « Le Bouche à oreille », et ne font jamais rien sans les autres. La haute société du like. L’amour industriel. Le talent, le vrai, le nique. Les plus beaux, les plus chauds. Ceux auxquels la plèbe rêve de ressembler. Ceux qui en sont. Ceux qui font la pluie et décident de l’heure du levé. Ceux qu’on regarde et qu’on lit. Ceux qu’on admire et qu’on peep. Ceux qui pourraient sauver le monde depuis les coulisses de leur gouvernement sélect.

Tu niques ?

On n’y échappe pas, ils sont partout les partouzeurs. Ils nous lisent, nous aiment, permettent d’un geste que nous nous reproduisons. Il faut les aimer parce qu’eux nous aiment de tout leur être. Avec leurs fesses, leurs lèvres, leurs seins. Avec la pulpe des doigts, ils chatouillent notre petit bout et c’est du matin au soir notre profil qui s’anime tout autour. Un amour, suivi d’un autre, qui se susurre entre toutes les bouches et jusqu’aux oreilles dans une giclée de neige irrépressible. Il faut être là au levé, quand les œufs sont frais et les rosebuds prêts à se faire chatouiller, quand tous dans le beau « Bouche à oreille » s’enlacent, et quand derrière la vitre nous les voyons jouir au milieu de la rosée, et quand d’un soupirail s’évade, défèque, cet agréable remugle propre à ceux qui s’aiment dans la courtoisie.

Partouzeur pour la vie. Dans l’arène lubrique de nos amours. Un jour peut-être ma queue s’y déroulera. Un jour peut-être ma queue s’y roulera. Un rêve, une espérance, un nœud pieux. La bande n’est pas encore pour moi. Pas assez de chatouilles. Trop d’oreille et pas assez de bouche. Pas de pieu suffisamment noué sous mes fesses pour que je m’y couche. Alors, caresse-toi en attendant. Tripote ton voisin de queue qui t’y fera rentrer peut-être. Lèche celui qui te précède et tends les deux fesses à celui qui te suit. Partout les partouzeurs. Bientôt tu en seras.

Les Profanateurs de cadavres exquis

Petit jeu poétique constitué uniquement de titres de livres (et initialement partagé dans une liste avec les titres en question).


Un jour, sur le chemin vert, j’ai menti aux arbres penchés de la vérité, ceux qui se cachent des hommes au détour du monde, ceux qui nous veulent du bien, ceux qui rêvent un monde meilleur pour tous.

Ô mes amis, ce que j’ai dit, que ça reste entre nous !

Oui, ce jour-là je me suis réveillé en colère, j’ai vu passé mon rêve, et sur la rive de ma vie, j’ai tué l’homme, cet admirable imbécile traqué comme un oiseau blessé jusque dans le cœur du bleu sauvage :

La peur !… La peur géante ! Elle qui chevauche les tempêtes, guide le bruit de nos pas vers l’abîme !

Oh, menteurs ! ils ont osé le dire… Arbres perfides ! monstres de la nuit ! – Et pourtant je le savais… Ah, les crocodiles ! les scélérats ! Arbres Cassandre, sphinx sans cœur, sans père et sans parole ! Pour ne pas vous oublier, je voudrais qu’on m’efface et qu’on m’emporte loin, très loin de tout…Celui qui se tait respire le bonheur, l’air et les songes…

Qui se souvient des hommes quand il n’y a plus de larme ? – À qui se fier ?

Laisse-moi le temps… Enfin la nuit, enfin le silence. Vingt ans après, l’homme que je n’ai pas tué, il est là. Une fois encore, naufragé volontaire sur mes traces fantômes, je me déguise comme une tombe, j’arrive à vous… les Traîtres !

Sous le même ciel, les sentiers délicats, les trompeuses espérances. – Tiens, tiens ! mêmes les pierres, si près de vous, mêmes les pierres ont résisté !

Ah, si j’étais un monstre !

J’écoute avec mon corps la langue du mensonge. Pris au piège, les yeux dans les arbres, je sais que vous mentez !

Ah, les jolies petites chaises !

Alors, quel est cet arbre ? Le mien et le tien, Espoir. Attends-moi j’arrive, je viens vers toi, monstre. Où es-tu maintenant ? – Ah, si vous saviez, terribles paroles ! Laissez toutes espérances… – Frissons ! Il est où mon arbre ?! celui qui murmure, celui qui chuchotait dans les ténèbres ? Ah, je te vois, maintenant : « Donne-moi le monde. Tu m’avais promis ! ce jour-là… »

Mensonges, mensonges. Illusions…

Rien dire, tout dire de ne rien dire de ce que j’ai vu et pourquoi j’ai menti… Des années si lisses dans le filet des parfums regrettés. Partir et vivre enfin une obscure espérance. Se reconnaître, se revoir. Changer tout.

« J’avoue que j’ai trahi ! »

Ô splendeur de la vérité, cette nuit je l’ai vue exactement là auprès de mon arbre Judas parler à la lune ! La douce tromperie… Ah, l’adorable menteuse ! La sauvage ! Maintenant, viens là que je te tue, ma belle, ombre de mon amour, Espérance !

« Non ! tais-toi, je t’en prie. »

Rien ne nous survivra. J’ai tout gâché.

Victime, bourreau ou saveur, nul ne sait qui nous sommes. Pardonne-nous, Nature.

Ah ! si j’étais un arbre, je me ferais bien un homme moi aussi…

« Arbres, que savez-vous des morts ? que savez vous des morts, des fauves et des hommes ? »

Je me souviens de ce que j’ai oublié à présent ! N’ouvrez pas ce cercueil de ce côté du ciel car le rêveur derrière la porte rêve d’amour ! Grand maître, pardonnez nos offenses ! Oh ! Mon arbre !…

Être poussière d’homme, l’amour et rien d’autre. Pas même un caillou. Même pas mort. Rien. L’espoir. Une saison de feuilles, un coup de tonnerre sur l’ordre d’un songe…

– Poussière !

Aujourd’hui quand la forêt s’endort les feuilles mortes rêvent comme des hommes.

– Poussière !