Les Partouzeurs de l’aube

Ode aux amis qui se lèvent tôt

À deux mains, dès l’aube, à l’heure où blanchit la compagne
J’épouillerai la raie. Vois-tu, je sais que tu me tends.
Je jouirai par ta forêt, je lierai tes montagnes.
Je marcherai les yeux fixés sur cent autres triques.
Sans rien voir au-dehors, sans entendre vos bruits.
Seul avec toi, et toi, et toi, et toi, au milieu de tous, le dos courbé, les reins rossés,
Cuistre, et vos joues pour moi seront comme des huîtres.
Je ne me fierai ni à la croupe du soir qui tombe
Ni aux poils obliquent descendant sur vos sœurs.
Et quand je jouirai, je lâcherai ma bombe
Sur vos gouttières de mous verts et vos jarretelles en sueur.

Les Partouzeurs de l’aube.

— Allô, service des cooptations bonjour !

Il se murmure aussi qu’ils sont échangistes, se donnent en spectacle depuis leur club « Le Bouche à oreille », et ne font jamais rien sans les autres. La haute société du like. L’amour industriel. Le talent, le vrai, le nique. Les plus beaux, les plus chauds. Ceux auxquels la plèbe rêve de ressembler. Ceux qui en sont. Ceux qui font la pluie et décident de l’heure du levé. Ceux qu’on regarde et qu’on lit. Ceux qu’on admire et qu’on peep. Ceux qui pourraient sauver le monde depuis les coulisses de leur gouvernement sélect.

Tu niques ?

On n’y échappe pas, ils sont partout les partouzeurs. Ils nous lisent, nous aiment, permettent d’un geste que nous nous reproduisons. Il faut les aimer parce qu’eux nous aiment de tout leur être. Avec leurs fesses, leurs lèvres, leurs seins. Avec la pulpe des doigts, ils chatouillent notre petit bout et c’est du matin au soir notre profil qui s’anime tout autour. Un amour, suivi d’un autre, qui se susurre entre toutes les bouches et jusqu’aux oreilles dans une giclée de neige irrépressible. Il faut être là au levé, quand les œufs sont frais et les rosebuds prêts à se faire chatouiller, quand tous dans le beau « Bouche à oreille » s’enlacent, et quand derrière la vitre nous les voyons jouir au milieu de la rosée, et quand d’un soupirail s’évade, défèque, cet agréable remugle propre à ceux qui s’aiment dans la courtoisie.

Partouzeur pour la vie. Dans l’arène lubrique de nos amours. Un jour peut-être ma queue s’y déroulera. Un jour peut-être ma queue s’y roulera. Un rêve, une espérance, un nœud pieux. La bande n’est pas encore pour moi. Pas assez de chatouilles. Trop d’oreille et pas assez de bouche. Pas de pieu suffisamment noué sous mes fesses pour que je m’y couche. Alors, caresse-toi en attendant. Tripote ton voisin de queue qui t’y fera rentrer peut-être. Lèche celui qui te précède et tends les deux fesses à celui qui te suit. Partout les partouzeurs. Bientôt tu en seras.