La Randonnée, Nicolas Roeg (1971)

Whatabout?!

La Randonnée

Walkabout

Note : 3 sur 5.

Titre original : Walkabout

Année : 1971

Réalisation : Nicolas Roeg

Mais où tout cela nous mène-t-il ? Dans tous les films de Nicolas Roeg, c’est la même question qui revient sans faille. Pourtant, c’est probablement son meilleur film.

Pourquoi fais-tu des films, Nicolas ? Où veux-tu en venir ? Regarde-moi, Nicolas : je crie dans le désert, je te cherche et je n’y trouve rien ! Veux-tu faire un spectacle en multipliant les belles images et les situations cocasses ou étranges ? Ai-je raté un message subliminal dans tout ce vide sidérant ? Parce que de message, il semble y en avoir un, mais tu sembles t’y accrocher au dernier moment comme un mauvais acteur jouant un naufragé se rappelant tout d’un coup qu’il serait temps de jouer la soif. La fin arrive, bizarre, mystérieuse, hors sujet… Et je me demande à quoi tout cela a bien pu servir.

Est-ce un remake de 2001 l’odyssée de l’espace transposé dans le bush ? Pourquoi pas, de la poésie. Mais dans ce cas, il faudrait me convaincre par la seule force des images et des évocations. Et malgré tous les efforts pour faire joli, ça ne me convainc pas. La demoiselle est certes jolie, mais il y a comme quelque chose de détestable à la voir flirter avec cet indigène. Ça rappelle L’Oiseau de paradis de King Vidor. On inverse seulement le sexe des protagonistes. Une adolescente se perd dans le désert, et passé quarante heures, elle rencontre l’homme sauvage, le vrai, l’unique… Fantasme sexuel digne de l’esprit colonialiste. Bien sûr, il ne se passe rien : les jeunes filles ne rêvent pas de sexe, mais d’exotisme et d’authenticité. Pour te défendre d’y voir l’expédition sexuelle d’une petite Blanche dans le bush, tu lui adjoins un petit frère pour tenir la chandelle. Je préfère songer encore que cette scène finale évoque un rêve.

Alors, si c’est de la poésie, la question est : faut-il convaincre quand on poétise ? La lenteur, le bizarre, l’incommunicabilité ne vont pas d’eux-mêmes instaurer un climat propre à fasciner le spectateur. La perception des images proposées risque d’être différemment interprétée. Et dans ma perception à moi, le plus souvent, il faut donner un sens à ces compositions, une unité, une raison d’être. Et on ne se refait pas, même la poésie selon moi doit passer par le récit. Or, ce que j’y vois (ou ressens), dans ce catalogue d’images belles et exotiques, c’est surtout une histoire linéaire, plate, sans enjeu et sans but. Un fait divers sans saveur, tiède et sec. Une errance peut-être, un rite du passage de la vie d’enfant à celui d’adulte, ou de la vie civilisée à la vie sauvage… Peu importe, c’est le brouillard. Des pistes sont lancées à la volée, telles qu’elles se présentent, comme dans un rêve, et on brode dessus, prétendant proposer une réflexion muette sur le monde ou… je ne sais quoi. Ça ne me convainc toujours pas.

Dans mon expérience de spectateur (et chacun a probablement sa théorie sur la question), je reconnais le talent d’un artiste (d’un écrivain, d’un cinéaste, d’un raconteur d’histoire…) à sa capacité à répondre à une question simple : sait-il à tel instant pourquoi il fait telle chose, et pourquoi il le fait de tette manière plutôt qu’une autre ? Ça m’a toujours semblé être la direction qui comptait. Je peux ne pas y adhérer, mais si j’écoute, si je regarde ou si je lis, je veux comprendre pourquoi je suis là. Même en poésie : s’il s’agit de mettre en scène une danse des fourchettes, je comprends de quoi il s’agit, même s’il y a peu de chance que ça me passionne ou que je comprenne en détail. Il faut un sujet. Un but. Si c’est pour poser son cul sur une chaise à bascule et écouter, regarder le paysage, parler du temps qui fait et rêver, c’est une faculté partagée par tous. Parce qu’au fond, c’est dans la capacité de chacun d’imaginer des histoires (c’est bien pour ça que le film ressemble tellement à un rêve), créer des personnages séduisants, deux ou trois idées qui valent le détour, quelques répliques bien senties, ou bien planter sa caméra sur un paysage et s’émerveiller de la beauté du monde… Tous tes films, mon cher Nicolas, sont des errances d’images statiques et sans profondeur. De simples captures du monde, de la folie, de l’étrangeté. Le regard porté sur le sujet est inexistant. Tu promènes ta caméra dans des situations étranges, tu captures ce qui sort de l’ordinaire, mais ça reste un cinéma de carte postale. Les panoramas, les situations ou les idées se multiplient sans cohérence et sans but. Un artiste donne à voir ; toi, tu ne cesses de regarder ce que tu produis sans apporter une valeur, un regard, un angle à ce que tu nous renvoies. Certes oui, la tentation est grande de se laisser attirer par tout ce qui brille. « Ah, tiens, ça c’était intéressant, je le garde ». Non. Si ça sort de l’idée directrice qu’on veut donner à son œuvre, il faut être capable, aussi séduisante soit cette idée, d’en faire le sacrifice. Il ne faut pas se laisser distraire : raconter, c’est être obstiné par un seul objectif. C’est idiot à dire, mais on ne raconte qu’une seule histoire à la fois. Mais c’est idiot aussi : quand on n’a pas d’histoire, on est prêts à s’intéresser à tout et n’importe quoi. Tout ce qui se présente à nous apparaît alors comme un miracle, une bouée de sauvetage. L’imagination pousse aux excès, à l’improvisation ; et au contraire, le talent, c’est la force de l’artiste à renoncer à ces facilités et à ces fulgurances.

Grâce au désert et à un joli minois, on peut au moins reluquer les décors. Ce qu’on ne trouve pas dans tes autres films, mon petit Nicolas…

Pour voir un bon film situé en Australie, mieux vaut regarder Wake in Fright, sorti la même année.


La Randonnée, Nicolas Roeg 1971 Walkabout | Max L. Raab Productions, Si Litvinoff Film Production


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables de 1971

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Hanzo the Razor 2 : L’Enfer des supplices, Yasuzô Masumura (1973)

Comme un spoil pubien sur la soupe

Hanzo the Razor 2

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Goyôkiba: Kamisori Hanzô jigoku zeme

Année : 1973

Réalisation : Yasuzô Masumura

Avec : Shintarô Katsu, Kazuko Inano, Keiko Aikawa, Kô Nishimura

« Inspecteur Hanzo, je vais pardonner ton affreuse grossièreté. Parce que tu as agi par conscience professionnelle. Mais ne t’avise pas de recommencer.— Tu vois, il est gentil ?

— Non. »

→L’insolence.

Hanzo et ses hommes découvrent le corps d’une femme gisant dans sa chambre :

« La fille d’un riche marchand… Mais c’est bizarre, on dirait une pute. Regarde, ses tétons sont tout noirs.

— Qu’est-ce qui a bien pu la tuer ? Pas de trace d’étranglement, aucune blessure…

— Une femme ne révèle rien en surface. Pour savoir ce qui l’a tuée, il faut vérifier là…

Hanzo exerce ses talents de gynéco.

— Elle a avorté. »

→Bizarre, bizarre.

« Je suis l’inspecteur Hanzo. Je vous arrête tous pour avortement ! »

→ Ah, ah !

« Tu dis la vérité ?

— Vous êtes le très méritant inspecteur Hanzo. Comment pourrais-je mentir ?

— Je te crois. »

→Joyeux dupe.

« Qui es-tu ?

— Moi ? Je suis l’officier de l’enfer. »

→Dirty Hanzo.

« Tu vas connaître la fameuse méthode de torture d’Hanzo. Tu as supporté l’enfer. Maintenant je t’envoie au paradis…

— Tu ne pourras rien. Je suis mariée avec Bouddha ! Jamais je ne trahirai !

Il la viole, et tout en la violant continue l’interrogatoire :

— Qui tire les ficelles de cet odieux trafic ? Parle ! Qui ?

— Non…

— Si tu n’avoues pas, j’arrête !

— Non, ne t’arrête pas ! »

Hanzo the Razor 2 : L’Enfer des supplices, Yasuzô Masumura 1973 Goyôkiba: Kamisori Hanzô jigoku zeme | Katsu Production, Toho Company

Voilà, tout Hanzo est là. Un Matamore à la hauteur. Peut-être même plus drôle que le personnage de Corneille, parce que Hanzo, s’il est grossier, grandiloquent et vantard, il est aussi bien futé que puissant. Il y a un peu de Don Quichotte également chez lui, mais là encore si tout frôle la démesure, sa puissance n’est pas feinte et ses ennemis bien réels. Et sa grande réussite, c’est que malgré l’apparence d’un être grossier et d’un caractère libidineux pour qui toute logique passe d’abord à travers celle de son sexe, eh ben derrière ça, c’est étrange de le dire, mais il garde une certaine retenue, je n’ose dire pudeur, qui force, oui, le respect. Ailleurs (en Chine par exemple ou vu par Jerry Lewis), un acteur en aurait rajouté et aurait multiplié les mimiques. Le génie de Shintarô Katsu, il est d’en faire un personnage impassible, comme si le haut du corps gardait une certaine noblesse et que le bas, nu et dressé, était prêt toujours à l’action. C’est ce décalage (et une ambiguïté qui passe également à travers le langage puisque Hanzo paraît toujours désinvolte, contrarié par des pensées bouillantes qu’il parvient toutefois à contenir) qui produit la sympathie et l’hilarité. Comment rire sinon d’une situation où un type viol une femme pour lui faire dire la vérité ?…



Listes sur IMDB :

✓Jidai-geki à lame

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La Lettre inachevée, Mikhail Kalatozov (1960)

L’Alien inachevé

La Lettre inachevée

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Neotpravlennoe pismo

Année : 1960

Réalisation : Mikhail Kalatozov

Avec : Tatyana Samoylova, Evgeniy Urbanskiy, Innokentiy Smoktunovskiy

Petite déception (voire grosse, compte tenu des attentes). Le film est pourtant bien lancé. Kalatozov sait installer des ambiances, planter ses personnages dans des espaces qui sortent de l’ordinaire… Mais dans la plupart de ses films, j’ai comme très vite une exaspération qui monte devant les prouesses techniques qui se font à mon goût un peu trop remarquer. Je ne sais pas si ce sont ces travellings, ces plongées ou tous ces effets qui me détournent du sujet et des enjeux de l’histoire ou si c’est Kalatozov lui-même qui tournicote autour de ses personnages, cherche la lumière, l’espace vide à saisir, pour combler son désintérêt pour ce qu’il raconte, mais voilà, ça ne marche jamais complètement.

Quoi qu’il en soit, c’est fini. Au bout de vingt minutes, le thriller (puisque c’en est un) échoue. Comme disait ma tante, si le soufflé retombe, quel camouflé !… Elle, je ne l’ai jamais vue faire autre chose que camoufler toute sa vie. Kalatozov aussi camoufle.

Il s’agit d’un thriller de type « who will be the next », comme Alien ou Ten Little Indians, mais c’est là que j’avale ma moufle : avec seulement quatre personnages.

Au bout de ces premières minutes où souvent tout se règle, je ne moufte pas, j’y crois encore, je regarde Kalatozov jouer avec la verticalité des arbres. Et puis je me demande comment Tatyana Samojlova se prononce, si elle est plutôt douce comme la mousse ou rêche comme le lichen. Tiens, prends cette branche dans la tronche s’insurge Kalatozov… Sauf que voilà, c’est fait, je ne suis plus, je n’y suis pas, je ne sais plus, je ne sais pas.

Tu me la refais ? — Ripley.

Ah oui, voilà… C’est bien ça. Le personnage de Tatyana Samojlova n’est pas Ripley. Même avec un carré de fuyards, on peut faire durer le plaisir avec des personnages qui sortent de l’ordinaire et qui ont un quelque chose en plus. Parfois, un détail change tout. Comme quand le dernier homme de la troupe qui reste est précisément une femme. Il y a toujours une question d’alchimie dans une histoire.

La mise en scène y participe sans doute ; le choix des acteurs aussi ; mais parfois aussi, des petits détails qui font passer une histoire dans une autre dimension. Un peu comme quand, à force de rater ses soufflés, maître boulanger-pâtissier Quevillard eut l’idée de remplir son soufflé de compote de pommes. Il avait inventé le chausson. Kalatozov essaie, mais à force de remplir, on triomphe sans gloire. Soufflé, oui, dame ! Mais pas joué…

Tic tac tic tac

Ta tatie t’a quitté

Tic tac tic tac

Kalato t’a triqué

Ôte ta toque et tes claques

Va’t tripoter t’es pété

T’es claqué, t’es cuité

Mange tes croûtes et tes crottes

Écarte les jantes t’es pas fiottes

Quand ta tactique était toc

Que tes toques étaient tacs

T’as fini sans 4X4

T’es perdu dans les bois

Tu finis dans l’eau froide

— Crac

Tic tac tic tac[1]

Et voilà, le monstre s’achève. Alors, oui, la Sibérie est vaste, on nous y entend à peine crier, mais je ne l’ai jamais perçu dans le film (ou d’autres) comme un espace typique propre à alimenter les peurs d’un thriller. Il manque une dimension épique et mythique à cette escapade.

Si un Kubrick parvient à créer l’angoisse avec de grands espaces vierges, c’est qu’il y installe des ambiances froides et pesantes. Kalatozov, lui, enivre, réchauffe, virevolte, et finalement l’alchimie espérée ne vient jamais.

Quelques lourdeurs dramatiques et des maladresses narratives : l’histoire de la radio assez difficile à croire, la séquence du grand feu qui s’éternise sans justification, ce finale qui n’en finit plus au milieu des eaux froides, cette nécessité assez mal comprise de sauver des données géologiques (merde, tu vas crever, lâche la faucille et le marteau ça ira déjà mieux !).

Et bien sûr, bien sûr… Il a fallu qu’on tombe sur le mauvais numéro. Des quatre, c’était Tatyana Samojlova qu’il fallait garder, patate !

« Laisse-moi là ! Je suis un héros… » Il y a quelque chose dans cette volonté infrangible du bon héros soviétique à préserver son honneur jusque dans la mort qui est profondément antipathique…

Un bon film (Kalatozov nous le fait bien assez remarquer) mais dans le même ton (ou pas d’ailleurs), je préfère largement l’histoire et la mise en œuvre, savante mais suffisamment transparente, de La 359ᵉ Section. Une vraie tonalité slave qui s’exprime sous les traits ravissants d’une horde de femmes, mi-nues ni soumises (à la Ripley), et un voyage à travers différentes atmosphères, des plus joyeuses aux plus tragiques. Il n’y a rien de mieux que la douche écossaise pour vous attiser les sens et vous obliger à vous blottir contre le sein douillet de votre tatie russe. Car s’il n’en restait qu’un, toujours, ce serait elle seule, et Kalato sova l’homme plutôt que la femme.

Tatie Kalatosova appréciera.


[1] comptine boby pointée

Ce qui vaut, en revanche, franchement le détour, c’est tout ce panel d’images grand-angles qui ne sont pas sans rappeler pour certaines, en noir et blanc, celles, en couleurs, du Quarante et Unième, de Grigoriy Chukhray (1956).


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1960

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L’Ascension, Larisa Shepitko (1976)

Gardez-vous des faux martyrs

L’Ascension

The Ascent Voskhozhdenie

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Voskhozhdenie

Année : 1977

Réalisation : Larisa Shepitko

Avec : Boris Plotnikov, Vladimir Gostyukhin, Sergey Yakovlev

Premiers éléments positifs : la photographie et le jeu des acteurs valent le détour. Les acteurs russes avec les Britanniques sont probablement les meilleurs au monde. Par ailleurs, le génie des cinéastes russes (soviétiques en l’occurrence) n’est plus à démontrer. Une couleur reste imprégnée à nos oreilles : le blanc. (J’en ai encore les tympans gelés).

Seulement voilà, mes yeux restent insensibles au symbolisme des images. Le film est une comparaison grossière de la Passion du Christ. Les références sont lourdes, parfois incompréhensibles. Et je n’aime pas jouer au jeu des sept erreurs. Je n’aime pas le sens caché. J’aime l’histoire, pas les messages subliminaux. Surtout quand le message en question pue la propagande, l’hagiographie et les références religieuses. Quand le message est clair, quand on honore le courage de ses combattants sans mentir comme dans La 359ᵉ Section, j’adhère. Quand on pousse le bouchon jusqu’à vouloir comparer ses soldats à des martyrs et qu’on flanque tout ça dans une espèce de soupe christique à peine compréhensible, parce que c’est le sens de la spiritualité d’être justement vaseuse pour être efficace, non je n’adhère pas. La gloire aux partisans, chassés, lynchés, dans un territoire hostile, c’est cruel et dur… Bien sûr, c’est évident non ? Y a-t-il besoin de leur foutre en plus une auréole sur la tête ?

D’ailleurs, d’un simple point de vue dramaturgique, là encore ça me chiffonne. Les soldats se voient attribuer la mission délicate de trouver de la nourriture pour leur groupe. C’est l’enjeu initial, il n’est pas interdit de s’en servir comme simple prétexte pour déclencher la chaîne des événements. Et cela sera abandonné par la suite : les soldats qui errent dans les forêts, à la fin, ils ont toujours faim. Et ça, on n’en a rien à faire. Les vrais martyrs ne sont pas forcément ceux qui pendent ostensiblement à une corde en aboyant des « Mère patrie, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Il aurait été préférable, au moins, que ces soldats, s’ils étaient vraiment ces héros, on les voie se soucier de leur quête initiale.

On dit que le film a des similarités avec Stalker. Ça tombe bien, c’est un de ces films de Tarkovski justement trop rempli de symbolisme ou de spiritualité qui me gonfle. La poésie oui ; la spiritualité, non. J’aime le concret. La poésie, c’est beau comme une bouteille de lait qui se renverse sur une table. Je n’ai besoin de rien d’autre. Surtout pas de références religieuses et des délires superficiels.

Pour voir un vrai film de guerre en l’honneur des combattants soviétiques, avec une approche beaucoup plus ludique, il y a donc La 359ᵉ Section.


L’Ascension, Larisa Shepitko 1976 Voskhozhdenie | Trete Tvorcheskoe Obedinenie, Mosfilm


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1977

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Le Syndrome chinois, James Bridges (1979)

Le cœur du problème

Le Syndrome chinois

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The China Syndrome

Année : 1979

Réalisation : James Bridges

Avec : Jane Fonda, Jack Lemmon, Michael Douglas

Suite aux incidents de Fukushima, je suis tombé sur ce film « catastrophe » sorti… 12 jours avant la mère des catastrophes nucléaires, celle de Three Mile Island.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça fait froid dans le dos. Le film n’est pas à proprement parler un film catastrophe parce qu’il ne va pas au bout des dangers suggérés. Mais le plus intéressant, c’est surtout la démonstration de l’impossibilité d’assurer une sécurité fiable. Le film décrit d’abord la volonté de l’entreprise gestionnaire du site nucléaire de minimiser les faits pour protéger ses intérêts (minimiser les coûts, les responsabilités pour éviter les fuites dans les médias, mentir pour pouvoir ouvrir une prochaine centrale, et ça va même jusqu’à la tentative de meurtre, mais là on espère qu’on reste dans le cinéma…). Ensuite, on voit comment le personnel peut être amené à cacher des informations, consciemment ou non pour sauver leur peau et donc mettre en danger la fiabilité de la centrale.

Les reproches faits au film semblent surtout le fait que c’est de la science-fiction, à savoir que le cœur du réacteur en fusion puisse traverser sa cuve et couler à travers la croûte terrestre… jusqu’en Chine, d’où le titre. Or, qu’est-ce que la science sans prospective et sans conjecture. Non seulement l’idée que de tels incidents pouvaient se produire s’est confirmée (et encore une fois pas plus tard que deux semaines après la sortie du film où une partie du combustible à Three mile Island avait fondu jusqu’au fond de la cuve sans la percer, car ils ont réussi à rabaisser la température à temps ; la situation est la même aujourd’hui au Japon) ; en plus, l’idée qu’un magma puisse couler jusqu’au centre de la terre est elle-même envisagée par certains scientifiques pour se frayer un chemin jusque dans les couches inférieures de la croûte terrestre dans un seul but scientifique… Les idées folles que se posent certains scientifiques, les auteurs de fictions ne le pourraient pas ? Là où c’est de la science-fiction, de la fable oui, c’est de voir un personnage comme celui de Jack Lemmon, seul contre tous, directeur de la maintenance dans la centrale, essayer de faire comprendre à tous qu’il y a un problème et que c’est leur devoir de pousser des travaux de recherches coûteux pour s’assurer du contraire. Et si, c’est de la fable, ce n’est pas une bonne nouvelle… Le film montre bien que chacun dans ces circonstances est amené à protéger ses intérêts particuliers plutôt que la sécurité. On comprend bien comment une directrice d’Areva vient se pointer devant la TV française pour nous assurer qu’il n’y a aucun problème au Japon et qu’il suffit d’attendre que ça se refroidisse, que des spécialistes travaillant dans le nucléaire nous expliquent que s’il y a un risque, il est minime…, parce que si demain on décide de se passer du nucléaire, ces gens-là n’ont plus de boulot. Les intérêts des uns ne sont pas les intérêts du plus grand nombre. Donc les décideurs, les politiques, sont forcément mal conseillés.

Parce que tout ce qui découle de ces accidents, c’est que le nucléaire, bien que « hyper » sécurisé, n’est pas à l’abri d’escrocs leur refilant du matériel de merde pour une centrale (comme dans le film), qu’on ne peut écarter les erreurs humaines (comme à Three Mile Island) parce que plus la sécurité est sophistiquée, plus on peut multiplier les possibilités d’erreurs. On ne peut être également à l’abri de catastrophes naturelles imprévisibles ou d’attentats… Or, quand on parle de nucléaire, aucune erreur, aucun incident n’est envisageable. Quand il y a un accident, ce n’est pas comme à la Nasa comme on l’entend dans le film (pour décrire le niveau de sécurité — il n’y a jamais eu d’accident à la NASA c’est bien connu) où un équipage disparaît avec tout leur matériel… Une tragédie certes, mais sans conséquence. Un accident nucléaire, c’est toute une zone qui est interdite pour des milliers d’années, des radiations imprévisibles avec non pas des effets seulement sur la santé sur les populations, mais sur tout l’environnement, c’est aussi des fonds à allouer non plus pour prévenir les risques, mais pour contenir les dégâts et les risques… Sans parler du problème soulevé par le film, finalement à peine développé mais qui se posait deux semaines après la sortie du film et aujourd’hui au Japon : à savoir, ce qu’il se passerait si un cœur en fusion devenait incontrôlable et finissait dans l’environnement. Les scientifiques nous disent qu’on ne peut pas faire de conjecture parce que ça ne s’est jamais produit… Il faut donc que la plus grave catastrophe arrive pour attendre d’étudier ses effets sur l’environnement…

La science est arrivée à un point où elle a inventé un monstre, une sorte de King Kong qu’on se plaît à montrer aux yeux des spectateurs, tant qu’il est dans son trou, enchaîné, maîtrisé. On mesure à peine les conséquences si le monstre venait à devenir incontrôlable. Les expériences ont débuté dans les labos, elles sont désormais à l’échelle de la planète. « Il y a un risque sur mille »… C’est déjà trop parce que c’est potentiellement la destruction de tout un environnement. On ne met pas en application des sciences dont on ne mesure pas les risques. La vie n’est pas un champ d’expérimentation. C’est tout ce que nous avons. Nous mourrons tous, mais notre planète n’a qu’une vie. Le nucléaire nous dépasse totalement et même un risque quasi nul, c’est toujours trop. Les bénéfices de confort qu’on peut en tirer sur un ou deux siècles ne sont rien face à un accident majeur qui rayera de la carte des continents entiers. L’énergie nucléaire civile, c’est pratique, ce n’est pas cher, mais c’est un monstre imprévisible qui, s’il se réveille, peut devenir incontrôlable. Laissons King Kong sur son île avant d’être sûr d’avoir les outils pour le contrôler. Attendons au moins quelques siècles que nous ayons installé des bases sur la lune ou Mars pour jouer aux apprentis sorciers.

 

J’avoue que j’étais plutôt favorable au nucléaire avant ça. J’étais plutôt « écologiste » mais le nucléaire semblait justement une bonne alternative aux énergies fossiles. Trois accidents majeurs en trente ans, c’est la preuve qu’il n’y a pas de risque 0. La preuve qu’on est tous assis sur une bombe. Le changement climatique, on le sait, ça arrive, doucement ; le danger nucléaire lui, on ne le voit pas venir, et il vous frappe en pleine gueule pour vous mettre KO.

On nous dit que c’est de la science-fiction, mais le film est bien en deçà de la réalité. La réalité dépasse souvent la fiction. C’est parfois le cas en science-fiction. Les intérêts industriels passent avant la sécurité. Malheureusement, les incompétents, les escrocs, les corrompus, ça existe, et eux jouent avec le feu. La vie n’est pas un jeu.

Un film à voir donc. Un film écrit pour être de la SF et qui au bout de dix jours prend forme, puis au bout de dix ans se voit totalement dépassé par la réalité d’un danger, c’est assez rare. D’accord, le film utilise le grotesque (le syndrome chinois) pour faire passer le message d’un risque que l’on pensait alors improbable. Mais, pour le reste, l’illustration des conflits d’intérêts, de la notion de risque zéro, tout cela, le film a vu juste, et même était bien en deçà de la réalité…


Le Syndrome chinois, James Bridges 1979 The China Syndrome | Columbia Pictures, IPC Films, Major Studio Partners

Listes sur IMDB :

✓MyMovies: A-C+

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The Spirit, Frank Miller (2008)

The Spirit

The Spirit Année : 2008

Réalisation :

Frank Miller

4/10  IMDb

La preuve qu’il ne faut pas seulement faire de bonnes images pour être un grand cinéaste.

Miller est le pape de la BD us, mais il n’a aucun sens du rythme cinématographique, un ton assez nonchalant, et aucun sens de la mise en scène. Aucune tension dans le jeu, aucun suspense, aucun mystère, tout joué à un pathétique premier degré. On n’est pas loin de l’esprit de la série Batman des 60 : Bing ! Bang ! C’est son style. Qui n’a rien de cinématographique. En plus de ça, aucun sens du montage, ou du découpage, devrait-on plutôt dire ici.

Assez affligeant. Mieux vaut revoir Sin City, plus maîtrisé avec Robert Rodriguez et Tarantino, voire le film français SF Renaissance.


The Spirit, Frank Miller 2008 | Lionsgate, Dark Lot Entertainment, MWM Studios


Survivre avec les loups, Véra Belmont (2007)

Survivre avec les loups Année : 2007

Réalisation :

Véra Belmont

5/10  IMDb

Vu en janvier 2011

Faux fait divers. Ça doit être le film de chevet de Sarkozy. Depuis, l’auteure a révélé qu’elle avait menti. Dommage, ça casse l’ambiance. Tellement tiré par les cheveux qu’on ne pouvait y croire qu’avec le bandeau « histoire vraie ».

Avec un nouveau bandeau « elle s’est foutue de notre gueule », l’histoire devient moins intéressante, mais il faut avouer qu’on peut aussi y trouver un certain plaisir sadique, celui de démystifier les menteurs. C’est comme si Rain Man était tiré d’une histoire vraie et qu’on apprenait que l’autiste simulait depuis le début… On n’aime pas trop se faire prendre pour des cons. Pas vrai Nico ?

Survivre avec les loups, Véra Belmont 2007 | Stéphan Films, Les Aventuriers de l’Image, XO Productions


L’Oiseau de paradis, King Vidor (1932)

Tintin chez les Vahinés

L’Oiseau de paradis

The Bird of Paradise

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : The Bird of Paradise

Année : 1932

Réalisation : King Vidor

Avec : Dolores del Rio, Joel McCrea

En dehors de l’indéniable talent de raconteur d’histoire de King Vidor, le film n’a plus grand intérêt aujourd’hui tant la connaissance, et la perception du monde dans son ensemble, avec ses différents environnements et ses différentes peuplades, a évolué depuis 1932. Le film avait sans doute une saveur exotique à l’époque, on y sent une exaltation des beautés des mondes paradisiaques des îles du Pacifique… À la limite, le film illustre et donne à voir un monde inconnu, même en trahissant probablement les usages des Polynésiens ; ce qui comptait pour le public d’alors était moins l’intérêt ethnologique que l’exhibition d’un fantasme sexuel. Et le film a ses côtés sensuels, oui.

Derrière le mythe du bon sauvage et du paradis perdu qui nous sont servis au début du film, on a droit à l’utilisation d’un peuple autochtone comme opposant au récit, au même titre que pouvaient l’être les Indiens dans certains westerns. Dans une perception contemporaine multiethnique, métissée, qui a vécu l’horreur de l’extrémisme xénophobe durant la Seconde Guerre mondiale, et dont nos tabous actuels tirent leurs origines, le film ne peut plus passer.

Si durant les années qui suivirent, sous la censure du code Hays, le film pouvait choquer par sa grande sensualité, aujourd’hui, c’est bien le visage montré des étrangers qui choque…

La femme (interprétée par une Dolores del Rio, au mieux mi-nue ; mais, c’est vrai, d’une beauté fascinante) est une représentation fantasmée du désir de l’homme, docile et aimante, prête à quitter son peuple de sauvages pour l’homme « civilisé ». Leur rencontre commence pourtant bien, telle Sephora sauvant Moïse après ses quarante jours passés dans le désert, Luana sauve Johnny des eaux… C’est ensuite que ça devient un peu plus douteux et que le fantasme va un peu loin. L’illusion qu’un homme « civilisé » puisse séduire une « sauvage » rien qu’en la désirant, que leur intérêt puisse être mutuel, ça paraît peu crédible, voire vulgaire, aujourd’hui. Lui ne veut que l’embrasser, elle, d’abord, se débat… puis se laisse faire. Aujourd’hui, on parlerait de harcèlement ou de viol. Ce qui est douteux, c’est de présenter ça comme une chose facile et due : je te désire, tu ne peux pas dire non, une fois que je t’aurais prise, tu comprendras que tu m’aimes. La xénophobie, elle commence dès cet amour forcé, fantasmé, sans une once de psychologie ou de réalisme, dès ce rapport simpliste et grossier de l’homme et de son éternelle étrangère, la femme. L’étranger est soit un ennemi barbare, soit un objet sexuel fasciné par la sophistication de l’homme blanc.

Ce « petit racisme » s’accentue quand nos deux héros jouent les Roméo et Juliette. Le choc des cultures est inégal. Chez Shakespeare, c’est le monde, les deux familles qui s’opposent à cet amour impossible et interdit. Ici, on présente clairement l’Occident comme une civilisation, un monde évolué, en opposition aux barbares, aux Polynésiens, sauvages, brutaux et cruels (forcément puisqu’ils refusent d’accepter leur amour). Johnny s’intéresse au cul de sa Luana aussi bien que nous guettons un bout de téton derrière son collier de fleurs. Mais quand il s’agit de commu-niquer, la cul-ture de Luana ne l’intéresse pas, parce que jugée inférieure, et c’est à elle d’apprendre sa langue. Le bon occidental qui la libère de son état animal pour en faire une femme évoluée… On rêve… L’idée du monde que se fait ici le pseudo-homme civilisé est simple : le monde appartient à l’homme évolué, donc à l’homme occidental, parce que sa culture est supérieure aux autres et, par conséquent, il se proclame le droit de piller, violer, ce monde à envie, sans avoir de compte à rendre à personne et certainement pas à ces animaux que sont ces indigènes, ignorants tout des beautés qui les entourent.

C’est ainsi que Johnny s’empare de la fille du chef polynésien. Il ne cherche même pas à discuter, à marchander : il la veut, et ça lui paraît tout naturel qu’il puisse la prendre s’il la veut. Je l’aime, je la désire, donc elle est à moi. On pille une femme comme on pille des ressources d’un pays, ou comme on vole les pêches du voisin sous prétexte qu’il ne les cueille pas. Un peu comme si l’Occidental, par son raffinement supérieur, était capable d’apprécier des choses que ces sauvages ne pouvaient pas. Le droit de la propriété, ça marche chez nous, mais quand on est chez les autres, on oublie nos principes et on se permet tout sous prétexte que « l’autre » n’est pas assez « évolué » pour apprécier certaines choses… Qui est le sauvage au final ?!…

Quand Luana invoque son dieu, Johnny lui dit sans ironie, sans le moindre doute sur sa supériorité, presque comme un ordre, qu’elle ne peut invoquer qu’un seul dieu, le sien. Là encore, le plus grossier, c’est que c’est présenté comme une évidence. L’homme blanc qui éduque l’indigène à la bonne parole, comme autrefois les missionnaires en Amérique du Sud ou ailleurs.

À un autre moment, pour la nourrir, l’homme chasse la tortue marine… espèce aujourd’hui protégée. Bien sûr s’offusquer d’une telle scène est anachronique, reste que c’est bien à cause de ces comportements idiots où l’homme se croit tout permis et au-dessus de la nature qu’on en arrive aujourd’hui à s’en agacer parce qu’on connaît la situation critique sur notre planète et que ce sont ces comportements qui en sont à l’origine. Anachronique oui, mais surtout un exemple de ce que nous étions, une preuve de notre mépris pour la nature et notre perception biaisée de son caractère « infini » ou « invulnérable ». Ce qui était autrefois perçu comme un véritable instant de bravoure, de courage, est aujourd’hui considéré comme un crime. On a cessé d’apprivoiser le monde. On le sait désormais : il est fini et fragile. Nous en rendre maître ne nous a pas plus aidés à le comprendre.

Cette histoire — la plus vieille que le monde ait contée —, c’est celle de la belle Hélène enlevée par Pâris. Sauf qu’il y a plus de 2 500 ans, Homère, un peu comme le fera Shakespeare avec Roméo et Juliette, construit deux blocs et raconte l’histoire selon les deux points de vue. C’est même probablement tout l’intérêt du récit : montrer les conflits d’intérêts, les dilemmes… On est déjà dans le choc des cultures, mais il y a un enjeu, celui de l’emporter face à un ennemi redoutable qui croit tout autant que l’autre camp être dans son bon droit. Trois mille ans plus tard, on a sacrément régressé dans le choc des cultures et dans la subtilité des confrontations… Il n’est plus question que du camp des hommes civilisés pour qui tout est permis, et celui des sauvages venant poursuivre bêtement leur femme comme un chien après son os. Il n’y a pas de débat possible : il y a l’homme légitime, et la bête qui doit obéir à son maître — lui devra apprendre à la dompter, ou simplement, fuir face à une telle férocité animale. Un peu rétrograde, donc.

Le récit, lui, est efficace. Il y a le savoir-faire de King Vidor. Mais c’est un rêve, un peu trop simpliste et con. Dolores del Rio n’est pas une vahiné, mais un fantasme facile, une Mexicaine maquillée comme un camion latino. Certes magnifique, envoûtante, charmante, mais elle est la preuve que son personnage est un prétexte à fantasmer, donc bien une Occidentale, une femme « civilisée »…, une femme facile, pour laquelle il ne sera pas nécessaire d’user de trop de sophistication pour la séduire. Une hymne à la femme facile. Un hymne à la bêtise bien occidentale.

dolores del rio, bird paradise, king vidor

L’Oiseau de paradis, King Vidor 1932 The Bird of Paradise | RKO Radio Pictures

Le film est entièrement disponible sur le Net, car tombé dans le domaine public

http://www.archive.org/details/Bird_of_Paradise_1932


Liens externes :


Sabotage à Berlin, Raoul Walsh (1942)

Sabotage à Berlin

Desperate journey Année : 1942

Réalisation :

Raoul Walsh

7/10  IMDb

De l’action et encore de l’action. Ça n’arrête pas.

Un groupe d’aviateurs part d’Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale pour lancer une bombe sur une voie ferrée à l’est de l’Allemagne. Ils se font repérer et leur avion se crashe. S’ensuit alors une longue course-poursuite avec les Allemands. Au fil des aventures, ils perdent leurs amis et rencontre « une bonne allemande ». Seuls arrivent à s’échapper en héros Errol Flynn, Ronald Reagan (excellent acteur franchement, en tout cas, son personnage l’est), et Arthur Kennedy (acteur de western et le reporter bien plus tard dans Lawrence d’Arabie).

Vraiment divertissant.


Sabotage à Berlin, Raoul Walsh 1942 | Warner Bros.


Hara-kiri, Masaki Kobayashi (1962)

Un seul bras les tua tous

Hara-kiri

Note : 4 sur 5.

Titre original : Seppuku

Année : 1962

Réalisation : Masaki Kobayashi

Avec : Tatsuya Nakadai, Akira Ishihama, Shima Iwashita, Tetsurô Tanba, Kei Satô, Masao Mishima

Magnifique film sur la manipulation de l’histoire. Ou comment la vengeance d’un ronin miséreux a ébranlé une grande maison en forçant certains de ses membres à se faire hara-kiri après le déshonneur de la perte de leur « chignon » (ouille).

Le récit de cette vengeance se fait en deux temps : d’abord celle des samouraïs qui ont été au plus près d’une manœuvre pour obliger le beau-fils du miséreux à se faire hara-kiri (quelque chose de déshonorant pour certains ronins devant survivre en ces temps de paix). Ensuite la vengeance au sein même de la maison seigneuriale pour tuer quelques samouraïs de plus. Au final, le ronin miséreux, qui n’avait plus rien à perdre (toute sa famille ayant péri), y laissera la vie, mais il aura démontré par le récit de son histoire que l’honneur des samouraïs ne signifie rien, qu’il n’est là que pour servir la grandeur feinte d’une maison. Et cette idée se confirme quand le doyen demande qu’on trafique les archives pour cacher ce déshonneur de voir un simple ronin vaincre la moitié de leur maison. Il faut toujours sauver les apparences, la grandeur de la coutume et d’un nom de maison…

Le récit avance pas à pas, mélangeant les temps de récit pour dévoiler au fur et à mesure tous les pans de cette histoire de vengeance désabusée. On se prend au jeu, en restant attentifs aux différents récits, pour comprendre ce qu’a à cacher ce ronin miséreux, comprendre ses intentions et la manière dont il va s’en tirer.

La mise en scène de Kobayashi alterne les rythmes. On est presque chez Sergio Leone avec des temps d’appesantissement, de suspension, où les personnages se jaugent, s’épient ; puis tout à coup un jaillissement. Le noir et blanc est magnifique (voir les captures du duel plus bas), tout comme les décors. Tout contribue à une utilisation parfaite de l’écran, à travers notamment le jeu des contrastes. Les mouvements de caméra ponctuent souvent le récit au début d’une scène. C’est magnifique, sauf quand on a droit à des panoramiques un peu trop prononcés avec un grand-angle…, là, ça donne un peu la gerbe. Bien mieux que Rébellion en tout cas…

(On retrouve cette même idée d’histoire trafiquée dans le chef-d’œuvre d’Okamoto, trois ans plus tard, Samouraï.)


Hara-kiri, Masaki Kobayashi 1962 Seppuku | Shochiku