A Colt is My Passport, Takashi Nomura (1967)

Une guitare pour l’étudiant

Koruto wa ore no pasupootoA Colt is My Passport, Takashi Nomura (1967)Année : 1967

7/10  IMDb  iCM 

Réalisateur :

Takashi Nomura

Avec  :

Jô Shishido, Chitose Kobayashi, Jerry Fujio

Quand un tueur à gage, tireur d’élite, prend sa cigarette pour la foutre à la fenêtre et regarder d’où vient le vent, on peut être certain qu’on ne va pas s’amuser et que le film va s’appliquer à décrire consciencieusement la fuite qui suit immédiatement sa petite séance de tir aux pigeons. À ce niveau, c’est plutôt réussi, on sent l’influence de Melville, l’application muette d’un Samouraï à se faufiler telle en anguille pour échapper à ses meurtriers (le film de Melville est postérieur de seulement quelques mois), l’ambiance emprunte aussi allègrement aux films italiens, que ce soit les westerns ou les polars (la musique est clairement morriconesque, et réussie d’ailleurs). Seulement le film, en dehors de tout ces emprunts (qui ne le sont sans doute pas d’ailleurs, le film étant bien contemporain à ce qui se faisait en France ou en Italie), souffre de quelques défauts qui peinent à cacher ce qu’il est, une série B sans grandes prétentions, ni même sans grand moment de cinéma (bof, le duel final, OK).

La structure d’un polar, pour éviter qu’on s’arrête à la bêtise de son canevas, il y a souvent intérêt à y jouer des allers et retours, des fausses pistes, des digressions utiles au développement psychologique (aussi mince soit-il)… ou au contraire, on peut prendre le parti de jouer à fond la carte de l’épure. Ici, on serait plutôt dans la seconde option, mais question épure, on pourrait encore mieux faire, si bien qu’on se trouve dans une sorte d’entre deux bâtards qui peine à trouver son souffle, un peu comme si polar italien, violent, brutal, rencontrait un feutré Melville. La linéarité du récit apparaît alors comme une faiblesse, une facilité : il tue, il fuit, il fuit encore, et ça finit par le duel attendu… Tout cela est au fond bien trop prévisible et notre joufflu préféré a beau comme d’habitude disposer de tout un garde-manger de cacahuètes entre les dents, il nous en laisse pas une miette à grignoter. Récit au régime sec, on finit le film l’estomac dans les talons. La photo est pâle à en crever, on se croirait presque dans un Verneuil, et à chaque fois qu’on esquisse la possibilité de se divertir avec l’un ou l’autre des deux protagonistes qui jouent les seconds rôles auprès de notre joufflu national et qui partage l’affiche (la vraie) avec lui, tout ça est bazardé et laissé de côté. C’est bien le principal reproche qu’on puisse faire au film, mais il est de taille. Quand le faire-valoir de notre héros se réveille pour la cinquième fois (comique de répétition) dans un cargo où son aniki l’a laissé pour lui sauver la vie, il peut se ruer en queue de pont en criant qu’il est le roi des cons, ça nous laisse totalement de marbre parce qu’on n’a pas eu le temps ou la possibilité de comprendre les liens qui pouvaient les unir. Même chose avec la fille de l’auberge. De son histoire, on ne saura jamais rien (assez pour en vouloir un peu plus ou trop quand elle aurait dû se taire), et de son devenir c’est pareil, je n’ai même pas souvenir qu’on en ait eu la conclusion… Tout cela est tout de même très vite expédié.

Le film compte parmi les meilleurs films japonais, la distribution occidentale le présente comme un chef-d’œuvre noir… Je ne suis pas bien convaincu. Je vais faire mon malin pour une fois que je ne tombe pas dans le panneau des noms nippons : Takashi Nomura n’est pas Yoshitarô Nomura (The Chase[1], Zero Focus, The Shadow Within, Le Vase de sable). Et Shinji Fujiwara n’est pas Seichô Matsumoto…

Reste un petit plaisir perso, celui de voir l’acteur du Faux Étudiant[2], Jerry Fujio, qui non seulement se révèle être un bon acteur dans un rôle complètement différent que le naïf étudiant dans le film de Masumura ; surtout, il aura droit entre deux évanouissements de pousser la chansonnette ! Magnifique ballade, parfaitement inutile, mais voilà, on tient Aznavour dans un film, autant lui demander de chanter… Tiens, une guitare, quel hasard ! tu voudrais pas… Eh ben, merci, le film m’aura au moins permis de découvrir que l’acteur d’un de mes films fétiches étaient également un sublime chanteur.

Jerry Fujio :


[1] The Chase

[2] Le Faux Étudiant