L’Autobiographie de Nicolae Ceausescu, Andrei Ujica (2010)

L’Autobiographie de Nicolae Ceausescu

Autobiografia lui Nicolae Ceausescu Année : 2010

4/10 IMDb

 

Réalisation :

Andrei Ujica

archive.ro…

Aucun travail éditorial (si tant est qu’on puisse parler pour un documentaire de travail éditorial) : on assiste juste à un montage d’images d’archives sans autre cohérence que chronologique ayant pour sujet Ceausescu. À peine voit-on quelques images du procès expéditif qui introduit et conclue le film, un peu comme pour en accentuer l’effet spectaculaire déjà connu de « l’histoire officielle » servie alors sur les écrans de télévision. Je ne vois donc pas bien l’intérêt. On en ressort avec un peu d’empathie pour le dictateur, c’est dire si l’effet produit est pour le moins étrange et laisse comme un arrière-goût d’inabouti.

On peut même dire que ces trois heures d’archives sont pénibles à voir, autant que pourraient être celles passées par un documentariste ayant visionné bout-à-bout trois heures de rushes aux archives de la télévision locale…

Les plus adroits y auront sans doute vu un sens caché et imaginé voir une sorte de génie à nous exposer ici certains signes, sauf qu’on aura très franchement bien du mal à me convaincre d’y voir autre chose que ce qu’un ordinateur aurait pu tout aussi bien monter…


 

Le Piano d’acier, Meng Zhang, Bo Gao (2010)

Piano d’acier, piano de velours

Gang de qin
Année : 2010

Réalisation :

Meng Zhang & Bo Gao

Avec :

Qianyuan Wang
Yongzhen Guo
Shin-yeong Jang

9/10 IMDb iCM

Listes :

Limguela top films

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite comedies

Entre Kusturica et Imamura. Pas loin des bras cassés du Pigeon aussi. Un ton (l’insolence permanente, l’énergie) et un style (des travellings latéraux, en avant, en arrière mais toujours rectilignes comme sur une chaîne d’assemblage). Une histoire vue et revue (un père réuni des potes pour construire un piano a sa fille pour éviter qu’elle rejoigne sa mère après leur divorce), mais une exécution parfaitement maîtrisée. Une utilisation de la musique… russe folklo-punk (je n’y connais rien) presque sidérante de justesse. Mais surtout, surtout, des personnages… v’là les abrutis sympathiques…


 

Winter’s Bone, Debra Granik (2010)

Jennifer is Born

Winter’s Bone

winters-bone-debra-granik-2010Année : 2010

Réalisation :

Debra Granik

Avec :

Jennifer Lawrence
John Hawkes
Garret Dillahunt

7,5/10 IMDb iCM

Listes :

MyMovies: A-C+

Il faut longtemps pour que le polar se mette réellement en place. Bien une heure pour que l’héroïne se fasse méchamment amocher. Avant ça, la quête de la fille devant chercher son père aurait pu aussi bien être la chronique ordinaire d’une quête à vide (le procédé peut être utilisé tant en comédie — Chacun cherche son chat —, que dans le western — La Prisonnière du désert —, que le polar — Hardcore). Et jusque-là, et de mémoire, ça fait un peu penser à Frozen River. À ce moment, le côté naturaliste finit par lasser un peu. Et puis, fini les menaces, on ne tape plus dans le vide : notre amie en prend, enfin, plein la mâchoire. Le polar polaire, ou neo-noir, commence. Ça ne vole jamais bien haut, mais face à ce qu’on a enduré précédemment, le dégel est appréciable.

Le film tient en fait par la seule présence de Jennifer Lawrence (comme un peu tous les films qu’elle fera par la suite, et dans un genre évidemment à mille lieues de ce qu’on voit ici). C’est amusant de voir l’actrice peu de temps après Amour défendu où Barbara Stanwyck éclabousse le film de sa même présence autoritaire et encore juvénile. Chez certains acteurs, il y a comme une évidence. Rares sont ceux capables d’offrir la même sincérité. La justesse est peut-être pour un acteur ce qu’il y a le plus dur à trouver, et le plus souvent cela passe par la simplicité. Il est remarquable de constater que pour chacun de ses partenaires, chaque réplique semble être appuyée, toujours un peu trop, voire pas assez, et on se dit alors qu’il serait impossible d’être juste avec de tels dialogues. Et en revanche, avec Jennifer Lawrence, tout paraît simple. Quand en plus l’actrice a une autorité naturelle qui nous ferait penser qu’elle a déjà tout vécu, pourrait tout supporter, ou aurait toujours réponse à tout, ça impressionne. L’aisance encore, en plus de l’insolence ou de l’ironie. L’aisance, ou la capacité d’apprendre un geste pour un rôle, et donner l’impression qu’on l’a fait toute sa vie, avec détachement, simplicité et assurance. Offrir chez un acteur toutes ces qualités en même temps, c’est donc très rare. Et souvent ça vous éclate à la figure au plus jeune âge. On l’a, ou on l’a pas. L’évidence.

Illégal, Olivier Masset-Depasse (2010)

Illégalera pas Ceylan

IllégalAnnée : 2010

Réalisation :

Olivier Masset-Depasse

2/10  IMDb

Quelle horreur… Il est bon de temps en temps de voir d’énormes navets. Non, un navet, ce n’est pas un film avec Christian Clavier ou Gérard Depardieu, ces deux-là auront au moins le mérite de ne pas prétendre faire autre chose qu’annoncé. Un navet, une bonne grosse horreur, c’est un film qui prétend être politique, qui prétend avoir un message, qui est plein de bonnes intentions, et qui… forcément tombe dans tous les écueils possibles de la grossièreté. Que les deux acteurs cités plus haut soient grossiers, ils ne diraient pas le contraire, mais quand on tend à passer pour plus malin qu’on l’est, c’est là que ça pue. Non, on ne fait pas de bons films avec des bonnes intentions. Le message est toujours accessoire, parce qu’il est presque toujours personnel. Une œuvre universelle sait être assez subtile pour rendre toutes les interprétations possibles. C’est pourquoi j’entends, par exemple, ce midi à France Info, un Olivier Py dire que l’art est politique, je ne peux m’empêcher de penser que certains artistes sont de complets escrocs. Non, l’art n’est pas politique, il ne peut pas l’être. Et je dirais même qu’il ne doit pas l’être. Parce que l’art touche le sensible, le personnel, et la politique, si on en a au moins une haute opinion, touche à la raison. On ne fait pas passer ses idées avec sa capacité à raconter des histoires. D’ailleurs, comme déjà dit, n’importe quel cinéaste cherchant à faire passer un message aussi clair et grossier que dans ce Illégal aurait forcément des capacités très restreintes… Qu’on me cite un cinéaste politique et j’applaudis. D’ailleurs, ces gens-là auraient tort de penser que l’art peut être politique, parce qu’ils se rendraient compte que neuf fois sur dix le message passe mal (même étant annoncé avec tambours et trompettes — c’est que les spectateurs capables de s’émouvoir de tels messages sont des idiots, s’ils sont idiots, tout est possible, y compris comprendre de travers) ; or ça ils s’en foutent, l’efficacité n’est pas au répertoire de ces fabuleux “artistes” aux idées lumineuses, puisque l’essentiel, c’est la posture, toujours la posture. Je dénonce, je m’indigne… Et oui, il faut être tellement perspicace et courageux pour dénoncer la misère du monde. À quand la fiction dénonçant la faim dans le monde ?…

Manque de chance (pour ce film), je sors de l’excellent Il était une fois en Anatolie de Nuri Bilge Ceylan. La comparaison fait mal. Le pire, et le meilleur, du film dit “glauque”. Les centres de détention, c’est glauque, personne dira le contraire ; l’Anatolie, c’est glauque aussi. Mais à partir de ce point de correspondance, tout diffère. D’abord, un cinéaste qui se trouve face à un sujet disons plutôt réaliste doit réussir à passer le premier écueil. Comment arriver à être crédible avec un sujet lugubre, très attaché au réel, à la misère, à la psychologie, bref, au “vrai” quoi ? Ceylan fait le choix d’une certaine distanciation. La technique de la distanciation est plutôt compliquée à maîtriser parce qu’il faut être capable de créer un intérêt pour des événements qu’on ne peut détacher par petits bouts, la mise en place est complexe, et surtout, on sait qu’on fait « un peu chier son monde ». Quand on regarde un Antonioni, on n’a pas franchement envie de se mettre à danser : on prend pas son pied. Non, la marque et l’intérêt principal de la distanciation, c’est bien l’attention. Il faut se concentrer pour suivre, il faut accepter de voir un grand nombre d’événements non essentiels à l’écran, et accepter de faire soi-même le tri, sachant que les plans, au mieux, ne feront que suggérer ; tout est dans l’évocation, parfois le mystère, l’impalpable, etc. Si on rate son coup, ou si on en est incapable, on prend le risque à la fois de faire chier le spectateur qui demande à ce qu’il se passe quelque chose de nouveau (ne serait-ce qu’un mouvement) à chaque plan, mais aussi le spectateur capable ou habitué à apprécier ce genre d’exercice. Là, il faut avouer que le cinéaste belge (dont je n’ai même pas envie de relever le nom) n’a pas choisi de prétendre jouer le jeu compliqué de la distanciation (il en aurait été incapable). Mais le choix qu’il fait à la place ne le sauve pas pour autant. Que lui reste-il pour présenter son sujet bien réaliste ? Heu, le tape à l’œil, oui c’est bien. Voyons mais c’est bien sûr, pour traiter un sujet réaliste, politique (selon les prétentions de monsieur), il faut réaliser ça comme si c’était une fiction commerciale américaine. Évident, il fallait y penser. Le résultat, c’était à prévoir, est une horreur de médiocrité, un summum du mauvais goût.

Il y a des mélanges des genres qui sont des coups de génie, et il y a des mélanges qui sont des coups dans l’eau. Et ça commence dès l’écriture. Dans le choix des scènes (tous les passages obligés y passent alors que l’art, un peu, de l’écriture, c’est surtout de les contourner : la grossièreté, ça commence par donner à voir… ce qu’on penserait voir ; c’est un peu la définition du cliché). Tout y passe : rencontre avec l’avocat, la scène d’expulsion, le regard pensif de la mère éloignée de son môme vers les mères du centre accompagnées du leur, la remise des faux papiers, le contrôle d’identité (grand moment de subtilité, parce que les flics osent la contrôler alors qu’elle rentre de l’école avec son fils !…), la rencontre avec la codétenue, les scènes de queue devant le téléphone, la scène de douche, la promenade, etc. Est-ce que le réel, le réalisme, c’est montrer ces personnages dans des situations attendues ? Imaginons un centre de détention, voilà, maintenant regardons le film… La différence ? Aucune, c’est la même chose. Génial, tous nos préjugés sont confirmés ! Ça c’est de la politique, c’est vrai. La meilleure, capable de nous brosser dans le sens du poil. Si on raconte que l’évidence, au moins, on est sûr de convaincre le plus de monde. C’est de la politique ou on appelle ça autrement ?… Bon, passons la politique, l’art n’est pas politique. Mais pour les artistes qui enfoncent les portes ouvertes, j’en ai un autre. Des escrocs. Si t’as pas de talent, t’as des bons sentiments.

Je vais revenir sur l’écriture, des dialogues cette fois, mais parlons d’abord d’un élément qui en est directement lié : le jeu d’acteurs, ou direction d’acteurs (parfois la même chose). Les acteurs sont plutôt bons. Ma foi, avec un cinéaste aussi peu doué, c’est même très étonnant. Malheureusement, sans direction d’acteur, sans direction de ton, de rythme, communs à chaque acteur, ce sera toujours peine perdue. Les acteurs sont donc bons, globalement. Là, c’est un peu comme si on se débrouillait pour hériter à chaque fois de la pire des prises. On voit qu’il y a quelque chose, mais des petits détails font que ce n’est pas parfait, pas juste, trop ou pas assez… Or ça, on le fait disparaître avec une direction d’acteurs digne de ce nom, et on fait le tri quoi qu’il arrive avec les rushes. Malheur à tous les bons acteurs qui n’auront jamais eu la chance dans leur carrière de travailler avec de véritables directeurs d’acteurs, capables de les mener là où il faut, ne négligeant aucun détail, jamais victime de la moindre faute de goût, du moindre écart… Et il y en a, parce que les grands acteurs sont nombreux, les grands directeurs d’acteurs, plutôt rares. Celyan, pour en revenir à lui, est de toute évidence… un putain de directeur d’acteurs. Pas besoin de parler turc pour le comprendre.

Les dialogues donc. À l’image du découpage et du parti pris “commercial” (je précise que commercial est ce qui donne au spectateur ce qu’il s’attend à voir, en satisfaisant ses petits plaisirs immédiats — c’est ce que fait le film ici en tombant dans tous ces pièges « d’effets » ; pour comparer, dans un space opera on s’attend à voir un vaisseau spatial, si on en voit un, on n’est pas surpris, on se dit « cool, un vaisseau spatial », et avant que le goût sucré de ce petit plaisir tourne à l’acide ou à la lassitude, on est déjà passé au cliché suivant : « un bon film commercial, c’est comme une boîte de chocolat : on sait toujours sur quoi on va tomber ; on en mange un, c’est bon, alors on en reprend un autre, et encore un autre… »). Ceylan prend le temps de composer des dialogues sur la durée. C’est à la fois plus écrit et plus réaliste (c’est curieux, on dirait plutôt le contraire, mais le talent, c’est justement d’arriver à dépasser ce qui semble être une évidence). Plus écrit, parce que Ceylan, s’ils proposent bien des scènes classiques (la recherche de cadavre, le papotage en voiture sur les hamburgers, pardon, les yaourts, l’échouage au milieu de la nuit, l’autopsie, etc.), et se garde bien d’utiliser tous les clichés. Si un écrivain s’évertue à inventer des formes nouvelles, des images nouvelles, au lieu de répéter les expressions communes, eh bien le cinéaste fait la même chose : avec le même matériel, il est capable de proposer une pièce qui semblera toujours différente, qui apportera toujours quelque chose de nouveau. Parce que si on n’échappe pas à certains « passages obligés » dans une histoire, le but c’est tout de même de trouver un angle qui apportera le style propre d’un film. Et concernant le réalisme des dialogues, comment l’être quand les scènes sont comme formatées d’une durée de trente secondes (c’est vrai aussi que quand on a rien à dire, mieux vaut la fermer). Un cinéma qui cherche à satisfaire le spectateur dans l’immédiat, il va droit à l’essentiel. C’est une qualité remarquable de le faire, si les pires bouses commerciales se servent de ce principe, il faut surtout signaler que les plus grands chefs d’œuvres procèdent toujours avec la même concision. Sauf que là, ça ne peut pas passer. Parce que quand on voit une de ces « fâcheuses scènes obligées », aller droit à l’essentiel, c’est allez droit dans le mur ; parce que l’essentiel, c’est justement ce à quoi on s’attend. Les scènes n’apportent rien sinon de reproduire des séquences de l’imaginaire collectif avec des dialogues qui ne font que souligner encore plus le manque d’intérêt de ces situations. Il y a l’histoire qu’on se fait, et celle qui doit nous être donnée. Il y a le champ de l’histoire évidente, et le hors champs qu’il faut suggérer. S’il faut de l’imagination, elle doit être là, pas plein champ. La rendre possible pour le spectateur, pas lui imposer la sienne. Un acteur, son imagination, il la garde pour lui mais on en voit les effets. Un écrivain opère de la même manière, en tournant autour du pot ; pourquoi ressasser ce que la situation dit déjà quand il est beaucoup plus intéressant de suggérer derrière cette même situation, d’autres choses, qu’on laissera au lecteur d’interpréter ? Si on ne laisse pas de hors champ, le spectateur se voit dans l’impossibilité d’accéder à cette ère si particulière de notre esprit qui est l’imagination et qui est source de plaisir, et, de réflexion. Les auteurs y ont tout à gagner : tout ce que le spectateur se fera comme film, il le mettra au crédit de l’auteur. Alors bien sûr… quand la moindre réplique est comme un copeau de chocolat dans une boîte de muesli choco… « Oh, un morceau de chocolat. Hum, c’est bon. C’est tout à fait ce à quoi je m’attendais. Hum, c’est bon… » Exemple : « Les nouvelles ne sont pas bonnes ». Ah… Ne le dit pas, fais le comprendre…

Et je ne compte pas les situations où le personnage principal passe pour une petite bourgeoise enfermée à tort dans une prison immonde… Télérama (toujours aussi pertinent dans ces conseils cinéma contemporain…) laisse penser que c’était une volonté de l’auteur de mettre en scène une blanche (Russe) pour « faciliter l’identification ». Oh putain… Donc, en gros, un spectateur occidental est incapable de s’identifier à des Roms, des Chinois ou des Africains ?! Il y a en a qui se positionnent sans cesse pour la défense des causes importantes, et ce faisant, ne fait que desservir les causes qu’ils défendent en s’y prenant comme des manches. Eh ben, j’ai comme l’impression que pour le film c’est pareil : prendre une blanche parce qu’on croit que le téléspectateur sera plus touché bah… c’est raciste. Il y a aucune raison rationnelle de croire qu’un spectateur est plus touché par un personnage de même couleur ou de même milieu social… D’ailleurs, le cinéma ne manque pas de contre-exemples. Fallait oser… Du coup, le personnage (quelle soit blanche ou pas), devient très vite antipathique en réclamant des petites faveurs alors qu’elle est en centre de détention. Le coup de la carte téléphonique où elle fait un caprice pour pouvoir appeler tout de suite avant d’aller emprunter la carte d’autres miséreux ; le coup du « mais vous êtes avocat, c’est votre boulot ! » ; le coup de la grande sœur avec la miséreuse qui fait pipi au lit (les femmes des colonies ne font pas pipi et sont surtout très intéressées par les problèmes de plomberie de leurs esclaves, n’oublions pas la valeur essentielle de la colonisation : élever les petits nègres à une plus haute condition) ; le coup du « madame qui fait la queue au téléphone et quand elle y arrive… rêvasse. Aie Aie aie. On pourra toujours lire que l’auteur du film a fait son travail en allant sur place, etc. Que dalle si on remplit le film d’horreurs pareils. « Si si, mais c’est vraiment comme ça que ça se passe !… » Oui bah fallait faire un doc parce que tu sais clairement pas retranscrire le réel à l’écran.

Bref, on ne rappellera jamais assez de l’intérêt de voir des horreurs pour apprécier les merveilles à leur juste valeur.

Black Swan, Darren Aronofsky (2010)

Quand Norman Bates rencontre les Oiseaux

Black SwanBlack Swan, Darren Aronofsky (2010)Année : 2010

IMDb  iCM

 

Réalisateur :

Darren Aronofsky

 

6/10

Avec  :

Natalie Portman, Mila Kunis, Vincent Cassel

Il y a du bon et du moins bon (dans le cochon).

Pas vraiment convaincu. Notamment parce que présenté comme un thriller, le film, sur ce plan, n’est pas si bien réussi. On est pris par le personnage de Portman, sa folie, c’est bien, mais paradoxalement, on s’éloigne d’elle parce que ça va trop vite. Tout est au même rythme, sur la même couleur. On aurait besoin de prendre nos distances, pour montrer autour le contexte, les enjeux. Ça a la qualité au moins d’être une sorte de fulgurance bien sûr, mais le récit aurait gagné en densité en sortant de cette vision étriquée du personnage principal. Là, ça en fait carrément un film subjectif, avec la caméra stylo qui la suit tout le temps. Immersion totale, d’accord. Mais c’est la mise en scène, la narration, réduit à rien. Pratique et facile à faire. À la première vision, en général, on pousse des petits cris, on est dedans ; et le second visionnage n’a déjà plus beaucoup de sens. Ces films vieillissent souvent mal.

Tout tient grâce à l’interprétation de Nathalie Portman… D’accord. Vu sous cet angle, l’objectif est compréhensible. Rôle rêvé pour un acteur. Utile à décrocher la timbale à Oscar, et le mettre en avant pour vendre le film. Ça ne cachera pas le côté grotesque de l’affaire. C’est plus du thriller, c’est du fantastique sous acide (ou amphétamines, on est chez Aranovsky). Normal Bates, il est flippant avec le contrepoint d’abord de Janet Leigh puis de Vera Miles. Au fond, on ne voit jamais rien, tout est suggéré. Là, avec ses « visions », on ne peut éviter le grand-guignol. Les limites qui font tomber une œuvre dans le mauvais goût sont propres à chaque spectateur. Propre un peu aussi à chaque époque ou culture. Si les Lumière filmaient de si loin leurs sujets, ce n’était pas parce que c’était du théâtre filmé (Méliès, oui), c’est qu’ils jugeaient impudique de s’approcher trop des visages. Aujourd’hui, on peut montrer l’intérieur d’un utérus en HD, alors coller au plus près de la folie « portemanteau », ça en fascine certains, mais moi je manque d’espace, d’air, de distanciation. On peut parfaitement déranger, inquiéter, en gardant ses distances. À ne s’intéresser qu’aux détails délirants du personnage, on s’interdit de le juger, de le comprendre. On est dans une sorte de soupe subjective où s’amassent les sensations les plus étranges. Ne comprenant rien à ce qui est montré, on ne retient rien. L’image est un shot, un fix, délivré à intervalle régulier pour contenter le spectateur. Vite consommé, vite oublié. L’effet d’un grand huit, d’une volte sur la tempe, d’un tour pas piqué des hannetons, d’une pirouette aux alouettes… Il n’y a pas que Portman qui a la tête qui tourne. Tournicoti, tournicoton. Deux visions s’opposent dans le monde de la représentation : celui vu de l’extérieur et celui de l’intérieur. En dehors ou à l’intérieur du manège. Je ne suis pas sectaire, un récit adoptant constamment ce point de vue de l’intérieur peut marcher. Darren Aronofsky, depuis Requiem for a Dream, y est toujours sur son manège. Moi, j’ai raté le moment du départ et il va désormais trop vite pour moi…

Je peux rire de la comparaison avec les deux films de Hitchcock (Psychose et les Oiseaux), il y a au moins un point essentiel où Aronofsky rejoint Hitchcock. Je doute qu’il soit volontaire toutefois, le procédé n’est plus à la mode, il suffit de voir la réaction des spectateurs quand on vient à « spoiler » le film. Il s’agit bien sûr du suspense. Tout est merveilleusement prévisible. Bon, d’accord, ce n’est pas tout à fait du suspense, et ce n’est pas vraiment un compliment que je fais au film. Mais ça permet d’atténuer l’effet grand-guignol. On évite les effets de films d’horreur, de thril-leurres, en multipliant les portes qui claquent, par surprise… Aucune surprise donc (ou très peu), et c’est bien mieux comme ça. Ça manquera de subtilité, c’est sûr. Ce n’est pas parce qu’on sait déjà, en gros, ce qui va se passer qu’il ne faut pas broder autour des événements pour enrichir le récit. D’où l’intérêt… de s’échapper du personnage principal, d’arrêter le manège deux secondes et reprendre son souffle… Il faut se tourner vers les personnages secondaires. Si on ne prend pas la peine de s’y intéresser, ils restent stéréotypés, et on devient prisonnier toujours plus du personnage principal. Elle seule possède des contradictions, des monstres intérieurs… Un long monologue de deux heures en fait.

Il y avait de quoi faire mieux, mais un film idéal à Oscar, c’est sûr. La performance est remarquable, louable, mais en dehors du boulot robert-de-nirien, on juge le travail… sur pièce. Elle aurait été grosse, moins crédible, ça m’aurait pas dérangé, c’est un film. L’important, c’est ce qu’elle transmet. On peut déplorer certains choix dans les moments cruciaux du film. La fragilité psychologique est trop prononcée, trop « ta-da ! » On appelle ça un dénouement grand écart. Cinq minutes en « pétasse », c’est déjà trop, on avait compris. L’époque encore… Il faut s’attarder désormais sur Norman Bates en train de se masturber, donc aussitôt transformée en Black Swan, elle vient planter son nez devant la caméra, et finit éventrée, flagellée, tournicotant tel un canard étêté, puis quasi défenestrée ; et, tout cela, comble du bon goût, avec une plume dans le cul. Le contraste, oui, fait mal (au cul). On devine presque qu’elle aurait pu rallier Magneto pour combattre les X-men si elle n’avait pas mis les doigts dans la prise. De la chorégraphie à la pornographie. De l’élégance du trait, à la grossièreté HD.

Et du Grand-Guignol, oui : Aranovsky en cygne noir étripant Tchaïkovski. Ce qui est intéressant, c’est moins la mort au scalpel que le hors-chant du cygne.

Skyline, The Brothers Strause (2010)

Ça vole pas haut

SkylineSkylineAnnée : 2010

IMDb iCM

 

Réalisateur :

The Brothers Strause

 

3/10

Vu en avril 2011

Il faut voir des navets pour se délecter du reste… Parfois, on se demande ce qui nous pousse à regarder des films dont on sait déjà qu’ils sont mauvais. Remarque, je n’avais pas encore vu la note IMDb et les commentaires. Parfois, on pourrait s’en passer, c’est sûr. Mais une bonne rigolade de temps à autre, voir qu’il est aussi facile de faire de la daube, c’est assez réjouissant. Un peu moins réjouissant quand on voit les revenus qu’a engrangé le film. 10 millions de budget (dont la quasi-totalité semble être allée dans les effets spéciaux) pour des recettes s’élevant à plus de 60 millions).

Tout avait pourtant bien commencé. Un vrai film de série B, mais une ébauche de structure. Une entrée directement en action pour suivre les règles « lucasiennes », qui s’avère être finalement un flash-back. On lève un sourcil à cet instant, c’est sûr l’effet prime sur la crédibilité du scénario. Tout ce qui précède « l’attaque des extraterrestres » a un but très clair. Nous présenter les personnages. Mais c’est là que ça devient drôle. Alors que le script suit un peu trop bien les recommandations des « écoles de scénario » pour les entrées en matière, tout ça part en fumée quand arrivent les petites bêtes venues de l’espace et qu’arrive l’action. On aurait pu penser que tous ces objectifs perso, ces conflits entre personnages, serviraient à alimenter le scénario entre les scènes d’action. Même pas. On a une intro, et pis vlan le scénario on le met à la poubelle. On finit tous les conflits, tous les objectifs de personnages par des « bah il meurt, y a plus rien à résoudre ». C’est un peu comme un film de sortie de la Saint Sylvestre. Le scénariste se dit qu’il serait temps qu’il se mette à soigner un scénar, créer de vrais personnages, des conflits, et puis au bout de deux jours, les bonnes résolutions, on les envoie à la poubelle. « Wow c’est trop cool de jouer à cache-cache avec les bébêtes. »

Tout s’écroule en fait après une énorme poilade. Une ou deux lignes de dialogues mûrement préparées et qui font flop. On apprend très vite que le personnage principal féminin est enceinte. Elle le révèle à son pote, personnage principal aussi du film. On a eu droit à une scène « émouvante » entre les deux. Tous les personnages, au sortir d’une folle nuit de débauche, ont essayé de semer les petites bébêtes et sont finalement revenus à leur point de départ : l’appart’ du pote où ils ont passé la fête. Là, une fille allume une cigarette, signe de son angoisse, le personnage principal féminin passe en arrière plan derrière elle et lui demande de l’éteindre. « Pourquoi ? » Là, gros plan, arrêt de la musique, silence, attention, grande révélation : « Je suis enceinte ! » Hein quoi ?! mais tu l’as déjà dit, on s’en fout. Ça sonne comme une révélation mais c’en est pas. « Non, mais c’est au cas où kon aurait supprimé la scène présente quoi… Parce que… on n’était pas sûrs de la garder tellement que… elle était nulle. » Malheureusement, quand on se rend compte que c’est toutes les scènes du film qui sont à jeter, on est bien obligé d’en garder quelque chose…

Tout est comme ça dans le film. Même dans les dialogues et les astuces du scénario, il n’y a que des effets… inutiles et pas vraiment opportuns. C’est comme si on avait les effets et qu’on devait broder autour des dialogues.

Pour montrer à quel point le film est bâclé, il faut voir la fin (j’ai tenu jusque-là j’avoue). Les deux personnages principaux (les deux derniers qui restent, fatalement) se font embarquer dans le ventre du vaisseau-mère entre Alien, V, la Guerre des mondes… La fille est donc enceinte, la bébête la scrute et remarque qu’elle a un polichinelle dans le tiroir. Hommage à Wall-E, et histoire de la garder en vie pendant que son pote se fait happer le cerveau par un monstre gluant qui en a besoin d’un, de cerveau (des extraterrestres viennent traverser des centaines de milliers d’années-lumière et tout ce qui les intéresse dans cette espèce forcément inférieure qu’est l’homme… c’est son cerveau – mais attention pas n’importe lequel ! celui des habitants des LA – à croire que si les personnages principaux leur échappent si longtemps, c’est qu’ils viennent de New York – on n’a pas idée à quel point les extraterrestres ont mauvais goût). Le temps que le cerveau du bonhomme arrive dans son nouveau corps de monstre et la « chose » vient « sauver » sa belle des griffes d’un autre monstre qui la collait d’un peu trop près. La mémère chiale digne des meilleures scènes à Oscar en criant qu’elle a son bébé dans le ventre, la « chose » mue par le cerveau rouge du héros (et non plus bleu comme celui des extraterrestres – si, si) caresse le ventre de sa chérie avec sa main de trois mètres à trois griffes, façon Alien. Et là… ? L’héroïne reconnaît son jules (parce que dans les écoles de script, on a appris qu’il fallait une « reconnaissance » dans un dénouement, alors… on réfléchit pas… on suit la règle et on fout une scène de « reconnaissance »). Générique de fin. À nous d’imaginer ce qui se passe ensuite. (Sauf qu’on s’en moque).

Skyline, c’est les lignes d’un script qui commencent un peu hésitantes, et qui finissent par disparaître comme une fumée de cigarette. Que du vent. À se demander si le scénariste avait bel et bien un polichinelle dans le tiroir à idée, lui.

True Grit, Joel et Ethan Coen (2010)

La chair de la terre

True GritTrue Grit, Joel et Ethan Coen (2010)Année : 2010

8/10  IMDb   iCM

Vu le : 4 avril 2011

Listes : 

Limguela top films

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite westerns

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Réalisation :

Joel et Ethan Coen

Avec :

Jeff Bridges
Matt Damon
Hailee Steinfeld

Voilà un genre qu’il serait bon de revoir à la mode. Hollywood nous en pond un de temps en temps, Clint Eastwood a longtemps été le seul à en faire. Quoi qu’il en soit, celui-ci est une petite merveille. Adapté d’un roman à succès déjà porté à l’écran par Hathaway avec John Wayne (moins bon, à mon goût), le film garde pourtant le ton bien personnel des Coen. Il fallait y penser. Ils ont touché à peu près à tout sauf à la science-fiction et à la romance. Le western était assurément pour eux.

L’histoire n’a rien d’originale. On en a vu des tas comme ça tout au long des décennies western. J’ai aucune idée si le livre original possède cet aspect décalé, ironique, rire en coin présent ici. En tout cas, les personnages s’y prêtent à merveille. Une gamine qui sait tout sur tout, bien déterminée à retrouver l’assassin de son père. Un shérif vieux et alcoolique (Jeff Bridges a souvent interprété avec classe des alcooliques, véritable problème de santé publique le Jeff…). Et un ranger texan gentil, rustique et un peu crétin (Matt Damon a toujours aimé jouer ce qu’il est dans la vie, un mec simple).

Ça aurait pu être une vraie catastrophe si la production avait mis l’accent sur l’humour (je n’avais pas accroché à O’ Brother par exemple). Là au contraire, il y a de l’humour, mais il est contenu dans une atmosphère poisseuse et réaliste qui nous replonge bien dans le Far West.

C’est probablement le meilleur western depuis longtemps (certains parlent d’Impitoyable). Les dialogues sont d’une grande justesse (on est chez les Coen quand même). La mise en scène précise comme un lanceur de couteau (l’art de l’ellipse dans certaines scènes…). Les acteurs irrésistibles : Jeff Bridges fait du Bridges, Matt Damon est assez surprenant et très convaincant dans son rôle de benêt.

Un plaisir de voir à nouveau des westerns tournés dans la boue et le froid, loin des pixels des superproductions.