Ma mère dans les paupières (Banba no chutaro mabuta no haha), Hiroshi Inagaki (1931)

Ma mère dans les paupières

9/10 IMDb

Réalisation : Hiroshi Inagaki 

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Le silence est d’or

Première version d’une histoire connue plus tard sous le titre Mabuta no haha dont Tai Kato proposera une adaptation soporifique et colorée avec Kinnosuke Nakamura (le Miyamoto Musashi de Tomu Uchida). Dommage que le film ne soit référencé nulle part, c’est un chef-d’œuvre minimaliste et mélodramatique.

Loin des codes habituels du film en costumes (jidaigeki) ou même des matatabi-eiga (films de yakuza itinérant) Ma mère dans les paupières serait plutôt un drame en costume resserré autour d’un seul objectif (le héros cherche sa mère à Edo) et concentré sur quelques heures (le film est adapté d’une pièce de théâtre). En 1931, il s’agit encore d’un muet et Inagaki, futur pape de la couleur thorpienne dégueulasse et de l’épique au service de Toshiro Mifune, se révèle ici maître dans la gestion de l’intensité, certes théâtrale, mais parfaitement adaptée en quelques plans et intertitres clés.

Une fois que notre héros a trouvé sa mère (et il y parvient assez facilement, ce n’est pas un film d’enquête), l’argument, et le dilemme, est assez simple : elle refuse de le reconnaître et pense qu’il vient réclamer sa part d’héritage quand lui vient innocemment chercher la maman qu’il n’a jamais eue. En un seul face à face, Inagaki multiplie les angles de caméra, les rythmes, répète avec insistance la même rengaine comme son héros le fait avec sa mère, mais toujours avec un sens du rythme inouï, ne lâchant rien. Une fois résolu à ne pas recevoir la reconnaissance espérée de sa mère, une nouvelle tension naît aussitôt dans les espaces extérieurs livrés au vent et à la neige… La fille arrivant à convaincre sa mère de retrouver ce premier fils caché et abandonné, la question de savoir si elles parviendront à le rejoindre… Un lyrisme que Inagaki emploiera rarement par la suite lui préférant la sobriété des cadrages et des montages classiques.

Chiezo Kataoka, futur régulier lui aussi d’Uchida (Meurtre à Yoshiwara, Le Mont Fuji et la Lance ensanglantée), y est exceptionnel.

Ma mère dans les paupières (Banba no chutaro mabuta no haha), Hiroshi Inagaki (1931) | Chie Production


Les deux iconographies de cette page ont été piochées ici et ici.

Mon épouse et la voisine, Heinosuke Gosho (1931)

Mon épouse et la voisine (1931)

7/10 IMDb

Réalisation : Heinosuke Gosho

Avec : Atsushi Watanabe, Kinuyo Tanaka, Satoko Date

Premier film parlant japonais, et c’est une comédie plutôt réussie.

Après une introduction burlesque quelque peu inutile avec un artiste peintre et une bagarre slapstickienne, un dramaturge s’installe avec femme et enfants dans un pavillon de banlieue et doit rendre un travail pour un théâtre, mais son travail se trouve être sans cesse reporté par d’incessantes interventions banales ou inattendues : ses enfants qui braillent, des visiteurs encombrants qui tardent à partir, les humeurs de sa femme, sa voisine chanteuse dans un groupe de jazz et qui répète dans son salon avec ses amis…

Kinuo Tanaka, toute pouponne en femme forcément indignée et boudeuse, y est déjà présente. Les mimiques de la femme contrariée sont déjà là, une maîtrise parfaite donnant à voir à chaque seconde, et… drôle (son agacement est un excellent contrepoint aux étourderies procrastinatrices de son mari).

Il y a déjà du Shimizu ou du Ozu ici (vu de Heinosuke Gosho jusque-là que le très bon Une auberge à Osaka, dans une tonalité bien différente).


Honor Among Lovers, Dorothy Arzner (1931)

Claudette avant Capra

Honor Among Lovers

Année : 1931

Réalisation :
Dorothy Arzner
7/10 IMDb  iCM

 

Avec :

Claudette Colbert
Fredric March
Monroe Owsley
Charles Ruggles
Ginger Rogers
Pat O’Brien
Vu le : 30 mars 2017

Comédie très convenue mais à côté du désastre mélodramatique de Sarah and Son, on sent du mieux dans la production.

La Paramount réunit un beau casting pour celui-ci à commencer par Claudette Colbert. Tout est déjà là, le jeu classique hollywoodien du parlant : vitesse, écoute ostensible, réactions et détours affirmés, imagination, pensée, aisance, autorité, tempérament, fantaisie, compréhension de la situation… Le génie saute aux yeux et Fredric March, tout comme son personnage, finit vite par ne plus savoir où donner de la tête. Le film a d’ailleurs la bonne idée de les opposer très rapidement tous les deux, histoire de donner le rythme.

Les autres acteurs ne sont pas forcément au diapason. Monroe Owsley n’est pas mauvais mais indéniablement sans génie parce qu’il n’évite pas les écueils d’un rôle qui se révèle très vite antipathique. Dorothy Arznel comme ce qui semble désormais une certitude ne l’aide pas beaucoup, s’attardant bien trop longtemps sur une scène alcoolisée plutôt embarrassante cassant le rythme là où les grands films finissent par rehausser encore le niveau. Toute la différence entre un cinéaste de génie et une employée de studio très habile quand il est question du découpage technique (et en ce début de l’ère du parlant, avec la nécessité d’instaurer ce qui deviendra très vite un classicisme, c’est pas une mince affaire), mais inefficace quant à la direction d’acteurs ou la dramaturgie (un cinéaste, oui, son rôle c’est avant tout de raconter des histoires, pas forcément les siennes, mais il doit le faire au mieux quitte à en changer certains aspects, et ça, c’est pas le fort de Dorothy Arznel).

Charles Ruggles en revanche est tout à fait délicieux et confirmera par la suite avec une jolie carrière de second rôle (toujours me semble-t-il dans cet emploi de brave type distingué).

Et s’il fallait encore une preuve de la qualité de la distribution, on retrouve même Ginger Rogers en parfaite idiote rappelant qu’avant de croiser Fred Astaire sur Carioca et que la RKO décide de les réunir en têtes d’affiche, elle était d’abord une actrice comique et de composition (ce qu’elle retrouvera parfois par la suite, avec Stage Door ou The Major and the Minor). C’est l’âge d’or pour les actrices… il ne faut plus de sex appeal ou du tempérament, il faut que la langue soit bien pendue et que l’actrice ait du répondant. Si Ginger Rogers ici se fait plutôt mal traiter, on retrouve bien ce qui sera typique des films des années 30 et ce même souvent après l’instauration du code, à savoir que c’est bien les femmes qui portent la culotte. En l’occurrence ici, il n’y en a que pour Claudette Colbert.

Honor Among Lovers, Dorothy Arzner (1931)

1931, il faut souligner l’exploit. Malgré les défauts du film, toutes les années 30 et l’art du parlant sont déjà là. On flirte encore souvent entre les genres et on est parfois un peu plus dans le drame que dans l’humour, mais la romance, la rencontre de deux stars et d’une brochette d’excellents acteurs, tout ça, c’est l’âge d’or de Hollywood qui est en train de prendre forme. Et contrairement à Sarah and Son ou aux Endiablés, on est loin du muet (de son rythme et surtout de ses actrices).

 


 

David Golder (1931) Julien Duvivier

L’Argent du vieux

David GolderDavid Golder (1931) Année : 1931

Réalisation :

Julien Duvivier

Avec :

Harry Baur ⋅ Paule Andral ⋅ Jackie Monnie

8/10 IMDb iCM

Listes :

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Une histoire du cinéma français

Curieuses trajectoires que celles d’Irène Némirovsky, de son personnage, et de l’interprète principale de ce film, Harry Baur. Le film questionne l’histoire et ce que nous en faisons. L’histoire doit être simple pour pouvoir la retenir. Parce que l’histoire, ce sont des grandes lignes. On oublie ce qui est trop complexe, ou ce qui en reste est vulgairement remanié. On se rappellera de l’affaire Dreyfus plus que du capitaine Dreyfus, parce que « l’affaire » est un étendard, le symbole d’une époque. Je ne connaissais rien d’Irène Némirovsky avant ce film et son parcours est pour le moins surprenant, et mon ignorance devra pourtant composer à ce que j’ai appris d’elle… dans les grandes lignes piochées sur le Net (il faut bien commencer par quelque chose, et ça commence toujours par une vue grossière dans ensemble forcément plus complexe).

La complexité d’Irène Némirovsky, donc, semblait résider dans le fait qu’étant d’origine juive, elle n’était pas la dernière à les critiquer. On le voit bien dans le film, on n’échappe pas à ce qu’on jugerait aujourd’hui grossier, nauséabond, voire carrément antisémite (certains dégainent vite à ce sujet). D’ailleurs, l’auteure reniera sa confession, ou ses origines, pour adopter la religion catholique et avancer dans sa « quête d’assimilation ». Une quête qui échouera finalement, se voyant refuser la nationalité française à la veille de la seconde guerre mondiale. Fréquentant les milieux culturels de droite, elle n’aura donc de cesse d’aller à contre-courant de cette image « du juif », n’hésitant pas elle-même à en faire une caricature dans ses écrits pour mieux s’en distinguer. Ce sera peine perdue ; toute la meilleure volonté du monde n’arrivera pas à détordre ce qui est intrinsèquement mauvais, et la folie nazie aura raison de son obstination… Ironie tragique et quête vaine à vouloir devenir ce que l’on souhaiterait être quand, en fait, on ne sera jamais que ce que les autres voudront bien faire de nous.

On peut comprendre qu’un tel parcours soit difficile à concevoir. Alors, on préfère oublier. Ainsi, l’écrivaine Irène Némirovsky semble avoir disparu du paysage culturel après guerre, et ce n’est seulement que ces dernières années qu’on la redécouvre.

Duvivier en revanche fait partie des cinéastes qui compte, mais il faut bien avouer que ce premier film parlant est un peu oublié. L’avant-guerre au cinéma, ce n’est déjà pas bien brillant, on préfère se rappeler de ce qui ne fâche pas : Renoir et Vigo. Dans une France où le sport national est la chasse à l’antisémite, au collabo, voir un film un peu tendancieux, écrit par « une auteure juive mais pas juive enfin j’me comprends », mieux vaut garder ce qui sent bon la France du Front Populaire.

Et puis, Duvivier, c’est bien gentil, mais il faut une tête d’affiche, un Gabin, un Jouvet ou un Michel Simon. Sans ça… Comment Harry Baur ? Eh bien oui, Harry Baur, quoi. Le Raimu du Jura, le Jean Valjean de Raymond Bernard… Évidemment, non, c’est pas pareil. Et pourtant. Même destin tragique ou presque. Lui n’était pas juif, mais la rumeur… C’est vrai quoi, avec un nom comme ça. Destin tragique et complexe, que fait l’histoire ? Elle préfère oublier. C’est vrai, avant-guerre, il n’y a eu que le Front Populaire, et pendant, il n’y a eu que des déportés (anonymes, c’est mieux), des résistants et des collabos. C’est curieux comme des destins personnels échappent à l’image qu’on se fait d’une époque, et comme la mémoire et l’histoire ont besoin de lignes et d’images claires pour imprégner nos consciences. Ça se fait toujours au détriment d’une réalité pleine de complexité, de détails contradictoires, de retournements ou d’incertitudes. Pourtant, il faut bien en garder quelque chose.

Honorons donc ce film et ses acteurs parce qu’ils le méritent. La première partie du film est un peu lente à se dessiner, déjà noire. Le film démarre vraiment quand on vient à découvrir les intentions et caractères des personnages de la famille de David Golder. Au premier coup d’œil, Golder n’avait rien d’un personnage sympathique. Mais en comparaison avec sa femme et sa fille, d’incroyables crapules pourries par l’argent, lui est un ange. C’est en tout cas ce qu’il se révèle être au fil de l’histoire. Se faisant de plus en plus victime, sa vie n’en finira plus d’être un désastre, sans cesse, poussé à la limite par les deux femmes de sa vie (on pourrait même supposer que non contente de flirter avec les contradictions et la détestation de soi, Irène Némirovsky poussait le bouchon encore plus loin jusqu’à se faire misogyne…). Le film est donc ainsi comme une longue expiration : Golder voyant sa fin venir décide de ne plus lutter en se rendant compte qu’il est seul au monde. Pour se libérer de ce vide existentiel, la mort lui paraît une issue logique et confortable. Mais, même résolu à cette idée, il lui sera impossible de trouver la paix… Qu’il est difficile d’être un homme.

David Golder 1931 Julien Duvivier | Les Films Marcel Vandal et Charles Delac


The Champ, King Vidor (1931)

Champomy ou la victoire sans combattre

Le ChampionLe champion king vidor (1931) Année : 1931

7/10 IMDb  iCM

Réalisation :

King Vidor

Avec :

Wallace Beery, Jackie Cooper, Irene Rich

Wallace Beery en premier rôle avec Jackie Cooper qu’il retrouvera trois ans plus tard dans L’Île au trésor.

Un boxeur alcoolique élève seul son gamin. Tous les deux forment un duo inséparable. Quand par hasard, il tombe sur son ex-femme, devenue une belle et tendre du monde, il hésite à lui laisser la garde pour qu’il ait une meilleure éducation.

C’est plein de bons sentiments. Pas véritablement d’opposants. À part la mauvaise fortune, l’alcool… L’ex-femme du boxeur et son nouveau mari sont les êtres les plus adorables au monde, et ne cherchent pas à séparer le père et le fils. Je ne suis pas très friand de ce genre d’histoire. Les valeurs de la famille, les descriptions embellies de la pauvreté (« on n’a rien à manger, mais c’est pas grave, on est fort et on sourit toujours ! »). La mélodie du bonheur… C’est sympa comme un La vie est belle version Benigni, mais on se fait un peu suer tellement tout est propre et bien pensé. Ça manque de vice en somme. Et un film sans vice, bah… on en apprend peu sur nous-même et on peine à s’intéresser à des personnages un peu trop lisses.

Le film navigue d’abord entre la comédie et le drame, ne sachant trop où se situer (après avoir vu Show People, je me demande si ce n’est pas une volonté de Vidor, sauf que là, ça marche pas, du moins je n’y suis pas trop sensible). Et à la fin, on se demande si finalement, ce n’était pas un mélo…

Ça reste du Vidor. D’un bout à l’autre c’est admirablement mis en scène. Le couple d’acteurs marche parfaitement (ils ne s’entendaient pas, paraît-il). Il y a pas mal de rythme. Le film est à l’image du petit Noir : toujours souriant, mais l’œil qui se perd à ne pas savoir où regarder, et qui suit paresseusement les instructions qu’on lui donne : tu vas là, et tu souris. Rien n’est jamais grave, tout est léger. Une grosse cuite ? pas grave. Plus d’argent ? pas grave. Le cheval du môme qui se casse la gueule ? pas grave, il n’a rien. Il retrouve sa mère ? pas grave, elle est charmante et il ne voudrait surtout pas quitter son nigaud de père. Tout ça pour ça ? Oui, c’est trop vachement bien de vivre dans la pauvreté…

C’est un film au style à part. Le film léger. Comme un rêve. Histoire de dire aux pauvres qu’ils peuvent le rester parce qu’on se marre ; mais qu’être riche, c’est bien aussi, parce qu’on est distingué… La valeur des gens n’est pas conditionnée par leur compte en banque, parce que tout le monde est gentil — et à sa place. Ce n’est pas la Californie, mais le paradis. Un peu comme cette scène où le père retourne à Tijuana en voiture avec son fils après qu’ils ont rendu visite à la mère. Le môme offre des cigares à son père qui s’apprête à les jeter : « Un cadeau de ta mère ?! je ne veux rien accepter d’elle, je peux m’en sortir tout seul… » « Non, je les ai volés » « Ah dans ce cas, c’est pas pareil. » Hum… Dans le même genre de film léger, il y a Harvey et Marty, encore deux films à Oscar.

Si on le compare à Rain Man par exemple. Pas grand-chose à voir au premier abord, mais cette même légèreté, ce même rapport familial (cette fois entre deux frères). Il y a une évolution entre les deux hommes. Au début, chacun a ses enjeux, ses désirs, et ils sont en permanence en opposition l’un avec l’autre. Et puis, ils apprennent à se découvrir, ça monte crescendo, et ils finissent par être inséparables malgré leurs différences et leurs difficultés à communiquer. Quand on les sépare, ça devient un déchirement, pour eux, et pour nous. Parce qu’on connaît les difficultés qu’ils ont surmontées ensemble ; on sait à quel point cette relation a été difficile à se mettre en place. Donc on y tient. Là… je vois mal comment on pourrait s’identifier à eux. Parce qu’ils sont déjà les deux meilleurs “amis” du monde. Rien ne peut les séparer, même la mère du petit. Il n’y a pas d’enjeu, pas de rencontre, pas de crainte d’une séparation (il n’y a que le personnage de Beery qui fait semblant d’y croire). On peut se sentir exclu, peu concerné par leur relation, parce qu’on n’a pas pris part à la naissance de leur amour. Des péripéties, il y en a… mais c’est sans doute un peu trop prévisible, sans évolution, et puis ça traîne. Difficile aussi de s’intéresser à un homme dont les vices (alcool et jeux d’argent) sont presque montrés comme des vertus… Il montre aussi peu de volonté de s’en sortir, pour son fils ou pour lui-même. Pourquoi en aurait-il envie ? Rien n’est jamais problématique.

Pour les amateurs de Will Smith (À la recherche du bonheur). Ou à montrer à ses mômes la veille de Noël.


The Champ, King Vidor 1931 | Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)


L’Ennemi public, William A. Wellman (1931)

My Daring Clementine

The Public EnemyL'Ennemi public, William A. Wellman (1931) The Public EnemyAnnée : 1931

IMDb iCM

 

Réalisateur :

William A. Wellman

 

7/10

Avec  :

James Cagney,
Jean Harlow, Joan Blondell

Vu le : 1 juin 2008

 

Cagney au rayon fruits et légumes. L’ennemi public non seulement vous écrabouille des pamplemousses en pleine poire, mais c’est bien un melon aussi qu’il arbore sur sa tête. Pas vraiment la classe de Chapeau melon et bottes de cuir, plutôt le melon de Malcolm Macdowell dans Orange mécanique : le même visage, la même insolence. Y a que l’agrume qui change.

De l’insolence, le film en est bien pourvu. Mettre Cagney et Harlow dans le même film, ça ne peut être qu’explosif. « I’m gonna blow » qu’il dit à sa blonde. Et si Cagney est un citron pressé prêt à exploser, Jean Harlow, c’est une poire qui vous dégouline sur les doigts. Pas vraiment belle, toute cabossée, et le contraire des blondes de Hitchcock : son visage est un sexe fardé de nectar prêt à s’offrir à toutes les bouches. La peau de son visage est toute calleuse à force de s’être trop frottée à la barbe des hommes, et ses sourcils sont taillés comme une star du porno. Je laisse imaginer ce que pourraient représenter son nez et sa bouche…

L’Ennemi public, William A. Wellman 1931 | Warner Bros.

En dehors de ces deux caractères explosifs, le film n’a rien de très enthousiasmant. C’est un pré-code, pourtant le studio nous sort une introduction et un finale des plus puritains. Le pays des contrastes et des paradoxes… Comme quand James Cagney se pointe dans une armurerie pour acheter un feu comme on achète son pain alors qu’à côté de ça, on est en pleine prohibition sur l’alcool. Sans Cagney, le film serait un peu vert. Il faut voir ses mimiques quand il sert la main poisseuse d’un riche producteur de bière… Ce regard qu’il lui jette… Le genre de type dans la vie qui fait peur, parfaitement imprévisible, qui ne vous laisse rien passer, et qui pourtant reste sympathique parce qu’on sait qu’à la première tuile, il n’hésitera pas à vous aider… Beau paradoxe… C’est le début du parlant, il faut se satisfaire de ça.

Et puis, la mise en scène de Wellmann craint un peu… La manière dont il laisse Jean Harlow seule après un départ pressé de Cagney, lui faisant jeter un verre après quinze secondes de blanc inexplicable, si ça c’est pas du n’importe quoi… Il produira bien mieux plus tard, le couple star suffit ici à faire date.

Little Caesar, Mervyn LeRoy (1931)

Le Petit César

Little Caesar
Little Caesar, Mervyn LeRoy (1931)Année : 1931

Réalisation :

Mervyn LeRoy

Avec :

Edward G. Robinson
Douglas Fairbanks Jr.
Glenda Farrell

8/10 IMDb

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Le premier film du genre, semble-t-il. Suivront L’Ennemi public et Scarface. Il y a presque quelque chose de mathématiques dans ces années… Ce film, arrivant juste après la grande crise de 29, pourrait clôturer à sa façon ce qu’on avait appelé les « années folles ». C’est aussi la grande révolution du cinéma avec l’apparition du parlant (qui scellera l’hégémonie du cinéma hollywoodien sur le reste de la production mondiale). C’est l’instauration du crime et des gangsters dans le cinéma et l’imaginaire collectif ; c’est la période « pré-code » où tout est possible, au moins pour trois ou quatre ans. Et donc presque dix ans après, on revient curieusement à la décennie précédentes des années folles dans Ces fantastiques années 20, où James Cagney pourrait presque passer le flambeau à Humphrey Bogart pour une nouvelle décennie qui s’annonce : celle des films noirs et de détectives. Sans compter que 1939 sera également le début de la guerre en Europe… Avoir des périodes si bien délimitées dans le temps, presque décennie par décennie, c’est presque étrange…

L’année suivante LeRoy fera tourner l’acteur de Scarface (Paul Muni) pour jouer dans un autre de ses grands films : Je suis un évadé. Après ça, l’un (Muni) ne tournera plus que des daubes (reste qu’il faudrait voir ces films et en dehors de certains, je ne les ai pas vus), et l’autre LeRoy, ne tournera plus (il me semble) de film de “crime” (la notion d’auteur parfois chez certains cinéastes ne veut tout simplement rien dire)…