
Réponse à un article de Desinfox-Migrations sur les fausses informations.
Je ne pense pas du tout que ce soit la bonne question à poser. Tout ce qui est dit ici peut être exact concernant les réseaux sociaux, mais non seulement, ce n’est pas exclusif au sujet de l’immigration, mais surtout, il ne faudrait pas en permanence tout mettre sur le dos des réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux favorisent le complotisme et augmentent la défiance envers les politiques et les médias ? Oui. Mais attention. Les médias et les politiques portent sans doute une responsabilité bien plus grande que les fausses informations qui circulent sur le Web.
Je suis sans doute peu exposé, car ne sont exposés que ceux qui cherchent à être convaincus que par des éléments allant dans le sens de ce qu’il pense déjà (biais de confirmation rappelés dans l’article). En revanche, je suis exposé comme tout le monde, chaque jour, massivement à la désinformation, et aux cadrages, générés par les politiques et les médias.
Cela fait au moins une génération que politiques et médias entretiennent ces fausses informations. Jean-Marie Le Pen qui se hisse au second tour en 2002, c’est la faute des réseaux sociaux ? Bien sûr que non.
Depuis au moins la phrase « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » de Rocard en 89, le discours politique est sur une pente glissante. Les médias suivent et surenchérissent. L’immigré est une cible facile : on l’évoque sans jamais le voir. Parler d’immigrés au pluriel donne ensuite une fausse impression de submersion. Quelques années plus tôt pourtant, on moquait encore ces « étrangers qui viennent manger le pain des Français. » Il s’agissait d’un motif déjà vieux de plusieurs décennies et qui stigmatisait alors les Italiens.
« Cette immigration provoqua en France, assez rapidement, une attitude xénophobe bien connue vis-à-vis des étranges qui, acceptant des salaires de misère, viennent “voler le pain des Français”. » (source)
Mais quand Le Pen remet alors ces débats sur la place publique en lui donnant une légitimité « politique », les médias font la grave erreur de présenter ça comme un débat politique, une question d’opinion.
Aucun recadrage, aucune contextualisation, aucune invitation de sociologues.
Il fallait avoir son opinion sur les immigrés comme on pouvait en avoir une sur la question de la terre plate. Le commun des mortels est capable de faire la preuve que la terre n’est pas plate ? Non. Il le sait. Si on présente la chose comme une opinion, il ne saura plus, ce sera une opinion.
C’est le péché originel sur l’immigration. Au lieu de traiter la question avec des chiffres, avec la réalité, les médias et les politiques la font passer sous l’angle politique. Tout peut être opinion. Y a-t-il trop d’étrangers ? Le sketch de Fernand Raynaud répondait pourtant assez bien à la question : elle est stupide. Si la question pouvait être posée sous l’angle de l’opinion, il devenait par conséquent légitime de penser qu’il y avait trop d’étrangers en France. (Sans comprendre ce que ça implique. Comme perdre son boulanger.)
Les quarante années qui ont suivi ont peu à peu glissé vers une légitimation toujours plus importante d’une idée de submersion ou de seuil. C’est le champ lexical du danger. Personne à gauche pour dire que l’immigration était une chance, une richesse.
C’est ainsi que l’on passe de Rocard à un Valls résolument islamophobe ou à Hollande pour qui il y a trop d’immigrés en situation irrégulière. Cette gauche (de droite), complice, bourgeoise et raciste cautionne ce récit d’une immigration perçue comme un danger.
Le danger, c’est eux.
Il ne faut surtout pas tomber dans le piège technophobe qui consisterait à mettre sur le dos d’Internet la montée de la xénophobie en France. Comme d’autres pointent du doigt les jeux vidéos pour la violence.
Internet est un outil.
Derrière ces outils, il y a des hommes qui stigmatisent volontairement les étrangers. Soit par manœuvre politique (comme au temps de Mitterrand, merci l’héritage moisi), soit par xénophobie. Les bourgeois sont intrinsèquement xénophobes. Pourquoi ? Parce que l’immigré est toujours perçu comme pauvre. C’est une détestation de classe. Derrière l’immigré ou l’étranger, ce n’est pas le voyageur, l’étudiant venu d’ailleurs, le touriste, l’ingénieur spatial qui est pointé du doigt, c’est le pauvre. Le pauvre qui ramasse vos poubelles, le pauvre qui nettoie votre bureau le matin avant que vous arriviez et le soir dès que vous partez, le pauvre qui remplit les rayons de supermarché, le pauvre qui torche votre grand-père ou le pauvre qui dort à la rue et qui a fui son pays.
Les réseaux sociaux n’ont rien à voir là-dedans. Le biais de confirmation il marche aussi dans la vraie vie.
Les fausses informations sur l’immigration circulent dans la société d’abord parce que les politiques et les médias se plaisent à répandre ces saloperies depuis une génération et ont fait de la France entière un pays de xénophobes, de pauvrophobes ou d’islamophobes.
Politique et médias
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