Jean-Michel Apathie, et la confusion des nuisibles

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« Nuisibles » à exterminer vs « nuisibles » à interdire

Quand Jean-Michel Apathie met en parallèle Hitler qui qualifie les juifs de « nuisibles » avec LFI qui utilise le même terme pour les milliardaires, il adopte (lui, comme beaucoup de privilégiés) la grille de lecture que certains appliquent pour le racisme anti-blanc ou l’humour antigénocidaire.

La question est de savoir qui parle et surtout contre qui s’adresse un tel qualificatif, une telle plainte ou une telle pique satirique. Les juifs étaient traités de nuisibles parce qu’ils ont toujours été en Europe une minorité opprimée et stigmatisée.

C’est une attaque des dominants contre un groupe de dominés (avec déjà une idée de « grand remplacement », d’invasion fantasmée des élites et des classes populaires par « un nuisible »). C’est le champ lexical de l’extermination.

Un tel discours de haine politique pouvait d’ailleurs déjà être performatif. C’est parce que l’indicible avait été prononcé que les horreurs décrites pouvaient alors se mettre en œuvre.

A contrario, les milliardaires ne sont évidemment pas des dominés. Ce sont des minorités, peut-être. Mais s’ils le sont, c’est précisément parce que ce sont des élites. Or, s’ils ne… nuisaient pas au contrat social et démocratique, s’ils ne faisaient pas fiscalement sécession et s’ils n’exerçaient pas, de manière disproportionnée, une forme de pouvoir politique, faisant presque pour certains d’entre eux des oligarques, leur existence en tant que milliardaires, et en tant que milliardaires seuls, ne serait pas un problème.

Ils ne sont pas nuisibles au sens qu’il devient nécessaire de les exterminer. C’est leur pouvoir qu’il faut détruire, leur domination. Parce qu’aucune forme de domination ne peut être légitime.

Manon Aubry est d’ailleurs assez explicite. La phrase qui conclut ce constat n’est pas « il faut les exterminer », mais « il faut les interdire ». Interdire la possibilité que des individus deviennent des milliardaires.

Le rapport est donc à la fois totalement renversé (dominé/dominant) et de nature différente. Il n’est pas question de couper la tête des riches. Mais de mettre fin à un système qui permet qu’une poignée d’individus accapare autant d’argent sur le dos de la société.

Là où ça rejoint la question du racisme antiblanc, c’est que même si des cas de racisme contre des Blancs peuvent exister, comme fait de société ça n’a aucun sens. Le racisme doit toujours être compris dans un rapport de domination. Les Blancs ne sont pas dominés.

Et enfin, étrangement, l’humour procède exactement de la même manière. Je l’ai souvent dit, l’humour est vertical et ascensionnel (ici, ou ici) : s’il regarde vers le haut, donc les élites, les dominants, pour les moquer, l’humoriste est dans son rôle. Quand un humoriste parle de « nazi sans prépuce », il ne stigmatise pas un juif, il moque un puissant, un dominant qui opprime un peuple dominé. L’humour est légitime. Il regarde vers le haut.

Quand Yann Barthès ridiculise les personnes qui rappellent un peu trop fort selon lui qu’ils vivent dans des bouilloires thermiques, il ne se moque pas d’une classe dominante, il se place du côté des dominants pour se moquer des dominés.

La comparaison n’est pas raison. Elle est politique.


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