Collision, Paul Haggis (2004)

Les Dix Engeances

CrashCollision, Crash, Paul Haggis (2004)Année : 2004

7/10

Vu en mars 2008

IMDb  iCM

MyMovies: A-C+
Réalisation :

Paul Haggis

Avec :

Don Cheadle, Sandra Bullock, Karina Arroyave, Thandie Newton, Matt Dillon, Michael Peña, Ryan Phillippe

 

(Crash en anglais… Merci encore aux distributeurs, obligés de traduire un titre déjà existant pour éviter les confusions… Le film de Cronenberg est connu aux USA, l’auteur du film sait ce qu’il fait…).

Un peu déçu. Ça commence très bien. La volonté de proposer un film sur les apparences, ça semble être une intention louable et prometteuse. Sauf que bien vite, les pseudos méchants deviennent des bons gentils… Tout le monde, il est beau tout le monde il est gentil, on ne froisse personne, on donne à ces destins croisés un semblant de point commun, comme s’il y avait un sens caché derrière tout cela, une même morale. C’est surtout d’une grande maladresse, parce que si morale il y a, ce n’est pas celle présentée au début du film, c’est-à-dire « attention aux apparences » ; ce seraient plutôt, « les méchants, ils sont méchants, mais ce n’est pas leur fautes, et au final, ils leur arrivent parfois aussi d’être bons ; d’ailleurs aux gentils aussi, ça leur arrivent de faire des conneries… » Une morale de pleurnichard, une réserve qui contente tout le monde. En voulant dénoncer les idées reçues, les clichés, le film ne fait que les accentuer et en créer de nouveaux. Vouloir ne froisser personne, tendre la main aux Noirs pour leur dire avec la voix du bon Blanc : « c’est pas de votre faute, si vous êtes des criminels, d’ailleurs je sais bien qu’il y a beaucoup de Noirs gentils et des Blancs méchants », c’est au choix hypocrite ou d’une grande maladresse.

Collision / Crash, Paul Haggis (2004) | Bob Yari Productions, DEJ Productions, Blackfriars Bridge Films

L’auteur du film voulait peut-être donner à réfléchir. Pour ça, il a réussi, mais le problème c’est qu’il ne donne pas à réfléchir sur la société, les ségrégations, le comportement de chacun, la discrimination positive… il donne surtout à réfléchir sur les imperfections de son film, et là, ça devient ballot.

Dommage, le début était ambitieux. Les situations étaient intéressantes, les conflits promettaient de belles choses, et finalement tout ça se dégonfle et ça devient creux. Une histoire, elle, doit trouver un dénouement, un climax, à la fin, dans un dernier acte de confrontation ; si tout est dit au bout de vingt minutes, si le reste ne sert plus qu’à faire des images au ralenti avec une musique pompeuse, ça n’a aucun sens.

Reste une belle mise en scène, une galerie d’acteurs en vogue, et des situations qui, prisent séparément, pourraient être, elles, significatives… Par exemple quand une « Asiatique » accourt dans les couloirs d’un hôpital en criant en chinois. Une infirmière vient à elle en lui demandant si elle sait parler autre chose que le chinois, l’autre lui répond : « Mais je ne parle pas chinois ! c’est le nom de mon mari ! » Aïe, aïe, aïe !… Ou dans le même genre quand une autre se fait traiter de Mexicaine et qui rappelle à un Noir que tous les Hispaniques ne sont pas des Mexicains… Ou encore quand le bon Blanc, qui vient toujours à la rescousse de ces pauvres Noirs, ne croit pas un Noir qu’il vient de prendre gracieusement en stop (pour prouver sans doute qu’il n’a pas peur des Noirs) quand celui-ci lui dit aimer la culture des Blancs, et qu’il finit par lui tirer une balle parce qu’il croyait qu’il se foutait de sa gueule… Prises séparément, ces scènes valent le coup. C’est l’ensemble qui forme une sorte de puzzle inachevé, un peu forcé, et plutôt forcé vers le politiquement correct, comme si on était obligé de raboter les pièces pour qu’elles s’emboîtent… Ce qui aurait dû claquer comme une évidence devient finalement suspect. Et c’est là que ça devient embarrassant. Parce que les apparences demeurent.

C’est bien de vouloir faire des films intelligents ; c’est mieux d’en être capable. Certains Ricains (remarquez le « certains » pour éviter le cliché de généralité) ont une fâcheuse tendance à tomber, à se réfugier, à s’engouffrer, dans le pathos à deux balles ou dans les bonnes intentions cramées dès qu’une péripétie malheureuse se produit dans l’histoire… Des Matamore de la manivelle… On ne souligne pas le trait, on le dynamite.