La Soif de la jeunesse (Parrish), Delmer Daves (1961)

Parrish

Année : 1961

Réalisation :

Delmer Daves

6/10 lien imdb   lien iCM

 

Avec :

Claudette Colbert
Troy Donahue
Karl Malden
Dean Jagger
Connie Stevens
Diane McBain
Vu le : 21 janvier 2017

Le film a presque vingt ans de retard et vingt minutes de trop.

Typique donc des films hollywoodiens de l’époque (le film a été présenté à la cinémathèque dans le cadre d’une rétrospective sur le Hollywood décadent des années 60 principalement). Des actrices vieillissantes (Claudette Colbert), des jeunes beaux et jolis, du sexe suggéré, des couleurs et de la musique criardes, la vie des petits riches, et… au milieu de toutes cette peinture artificielle, Karl Malden, qui avec sa seule présence, sa capacité à jouer des personnes tout en nuances (salauds comme ici, mais pas trop) arrive à rendre parfois le film intéressant.

Autrement le mélange des intrigues romantiques et personnelles (ambition) ne marche pas vraiment, la première partie étant consacrée au premier aspect et la seconde au second.

Ces années 60 à Hollywood sont bien laides.

Maman !, Nobuo Nakagawa (1961)

Maman ! ou la Complaisance du sentier

‘Nendo no omen’ yori: kaachanmaman-nobuo-nakagawa-1961Année : 1961

Réalisation :

Nobuo Nakagawa

Avec :

Yûnosuke Itô

Yûko Mochizuki

Terumi Niki

6/10  lien imdb TVK ICM
Vu le : 22 novembre 2016

Comédie sociale gentillette un peu tire-larmes. À la même époque Italie et Japon partagent le même attrait pour les ghettos, les petites gens vivant de rien, et on utilise l’humour pour dédramatiser ça, louer le courage de ces personnes, leur bonne volonté, leur déveine, et montrer finalement qu’ils leur restent une chose : la joie de vivre (sorte de valeur que ceux « d’en haut » aurait perdu, et donc l’idée sous-jacente que les pauvres ont des leçons à donner aux biens portants). Tout est souvent question de mesure, trop souvent ici on franchit les limites du ton sur ton. Et Nobuo Nakagawa est moins Fellini qu’un réalisateur plus habile semble-t-il dans les films de fantômes japonais (avec le bien nommé, deux ans auparavant, Histoire de fantômes japonais).

Il y a comme une légère indécence à faire des films où les misérables sont présentés comme des êtres aux valeurs simples mais supérieures aux autres, que ces autres auraient oubliées ou négligées. On n’évite pas le petit paternalisme ou la fable morale qu’on souhaiterait voir appliquée par les autres et pas par soi-même. Un cinéma de bonnes intentions dans lequel Preston Sturges est souvent tombé par exemple. Il n’y a guère que Fellini et Chaplin à avoir le génie, la fantaisie nécessaire, pour me combler à ce niveau.

La trame rappelle celle de La Complainte du sentier[1], mais on se concentre moins sur les enfants que sur le père de famille (le rapport entre la fillette et l’enseignante est sans doute ce qu’il y a de plus réussi dans le film). On retrouve d’ailleurs la même fin, avec la nécessité pour la famille de quitter leur habitation et de prendre la route vers une destination inconnue…

Un peu à l’image de Michel Simon, je ne me fais pas au visage kilométrique de Yûnosuke Itô dans les comédies (Oh, bomb!).


 

[1] La Complainte du sentier

Trois Femmes, Satyajit Ray (1961)

Famille en poste restante

Teen KanyaTeen KanyaAnnée : 1961

Vu le : 8 juin 2016

Note : 8,5/10

Liens :

IMDb link 8,1  icheckmovies.com

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Réalisation :

Satyajit Ray

Avec :

Anil Chatterjee
Chandana Banerjeex
Sita Mukherjee
Nripati Chatterjee

Trois histoires assez inégales.

La seconde n’a pas beaucoup d’intérêt avec un couple passablement tête à claque et pas loin d’être des archétypes de Bollywood. La troisième se tient déjà plus avec un jeune avocat qui refuse le mariage que sa mère a arrangé pour lui et qui préfère s’amouracher de la sauvageonne du village. Problème, le jeune avocat oublie de lui faire la cour et la suite est alors prévisible : la jeune mariée ne se laissera pas si facilement dompter…

La première histoire est bien la meilleure, la plus courte, la plus belle et la plus tragique. Cruelle aussi.

Trois Femmes 2

Un postier s’établit dans un petit village, s’y ennuie, et bientôt sa seule consolation devient une petite orpheline qui lui sert de servante. Il lui apprend à écrire, ils se tiennent compagnie, et une sorte d’amour, de celui qu’un père peut éprouver pour sa fille, et d’une fillette pour son père, naît entre ces deux âmes solitaires. Tout l’art de Ray est d’arriver, sans les mots, à exprimer, moins ce qui unit ces deux êtres (on retrouve d’une certaine manière le même thème que Les Dimanches à Ville d’Avray[1]), mais au contraire ce qui les sépare. C’est plutôt habile, car le spectateur voudrait les voir s’accepter l’un et l’autre, il serait alors assez peu productif de se concentrer sur ce qu’on voudrait voir à l’écran ; au contraire, insister sur ce qui contrarie cette réunion, c’est provoquer une frustration chez le spectateur qui voudrait leur crier de s’accepter l’un et l’autre. C’est d’autant plus réussi qu’à l’image d’un film fonctionnant selon le principe du suspense, on sait très vite que c’est vers ça que l’histoire va nous mener, et la frustration n’en est que plus grande, comme savoir qu’un personnage ne doit pas monter au premier étage car un tueur l’y attend et lui hurler de ne pas s’y rendre.

On comprend, au regard, aux attentions, de la fillette qu’elle n’espère qu’une chose, que le postier l’accepte et l’adopte pour de bon comme sa fille. Il faut ici une excellente direction d’acteurs pour arriver à suggérer l’idée du manque, l’attente de l’autre (à moins que les images suffisent pour qu’on s’y laisse tromper un peu comme dans un effet Koulechov : un homme, une fille, tous deux seuls, on devine le reste). Pourtant, à l’attitude du postier, on comprend là aussi immédiatement, qu’il n’en sera jamais question. Rien n’est dit, et pourtant on comprend tout de ces enjeux contradictoires.

La fin prévisible, presque écrite d’avance, n’en est que plus cruelle : jamais on ne pense tout au long du récit qu’il pourrait en être autrement.

Une nouvelle fois, le génie est d’en faire le moins possible : on comprend tout, inutile de forcer le trait. Probable aussi que seul le format court soit en mesure de proposer l’évidence et la concision nécessaires à une histoire aussi simple et cruelle. La fulgurance des lames courtes : ni mise en garde ni parade, droit au cœur et la fuite.

C’est d’autant plus précieux que c’est un sujet très rarement traité au cinéma ou ailleurs. Il y a des amours impossibles, et il y a des paternités (ou des adoptions) impossibles. Qu’on soit au Bengale n’y change pas grand-chose. On aura rarement vu chez Ray une histoire toucher autant l’universel.

The Last War, Shûe Matsubayashi (1961)

La Der des Ders, nananère…

Sekai daisensôThe Last War, Shûe Matsubayashi (1961)Année : 1961

Vu le : 11 mai 2015

Note : 5/10

Liens :

lien imdb 6,2 lien iCM TVK

 

Réalisation :

Shûe Matsubayashi

Avec :

Furankî Sakai, Akira Takarada, Yuriko Hoshi, Nobuko Otowa, Sô Yamamura, Ken Uehara, Chishû Ryû, Nobuo Nakamura, Chieko Nakakita

Il y a peut-être rien de pire quand un studio décide de balancer sa propagande consensuelle à travers des films à thèse dont on est déjà sûr qu’ils brosseront les convictions du spectateur dans le sens du poil. Les films de monstres au moins ont l’honnêteté de divertir et de jouer sur les peurs réelles par le biais d’allégories et du second degré plus ou moins volontaire. Un cinéma qui se prend tout à coup au sérieux et qui balance ses vérités toutes faites, aussi louables soient ses intentions, c’est vain et puant.

Un film de monstre sans monstre, ça s’appelle un film catastrophe. Mais la catastrophe est d’abord à l’écran.

Un peu du Jour le plus long du Japon, un peu du Dernier Rivage, et un peu de Godzilla. Film choral comme une longue page publicitaire pour être sûr que tout le monde sur la planète puisse s’identifier, parce que la fin du monde nous concerne tous. Le Japon, et son industrie cinématographique, comme agitateur des bonnes consciences. On peut crever d’une guerre nucléaire, vous le saviez ça ?!

Le studio sort pour l’occasion sa plus belle photo (crépusculaire, annonciatrice du fatal cataclysme…) et toutes les stars sont appelées à contribution. Pas plus de cinq heures de tournage pour chaque, l’affaire est grave, chacun doit participer à l’effort de paix… On s’étonne juste de ne pas y voir Gérard Jugnot en barman et Jean-Jacques Goldman à la musique…

Le plus honteux peut-être, c’est de trouver ce film parmi les cents meilleurs films de la Kinema Junpo. Il fallait que les critiques contribuent à cette vaine chasse au dahu. Ce n’est pourtant pas du cinéma, mais de la propagande. Qu’elle soit nazie ou antitabac, c’est la même musique. Le cinéma n’est pas là pour jouer les pères La morale. Il interroge, n’impose pas les réponses, ne souffle pas de certitudes, et au contraire, les fracasse, parce que le spectateur, s’il est libre, comme on veut qu’il le soit, il est assez grand pour tirer les conclusions de ce qu’on lui montre. Et les publicitaires après ça iront se vanter que ce sont des maîtres en matière de suggestion. Belle prétention les gars. Regardez ce film, la propagande ne prétend jamais aller que dans le sens du public, elle veut toujours son bien. Elle le caresse, le bichonne, le client a toujours raison. La guerre nucléaire, c’est mal ? Faisons un film dessus, ce sera hautement consensuel et il n’y a rien de mieux qu’être approuvé. La Dernière Guerre ? putain, je kiffe, je like, j’approuve… qui suis-je pour trouver ça obscène et vulgaire ? Un monstre ? C’est bien ça, le monstre n’est pas à l’écran, mais derrière lui.

À voir tout de même pour les amateurs de maquettes Playmobil et des familiers de l’école de théâtre de l’ambassade américaine à Tokyo. Toutes les séquences militaires, d’agitation, de foule, arrivent à être plus ridicules que les mêmes dans Godzilla. Mention spéciale au casting américain donc, et à la magistrale séquence de l’Arc de Triomphe pulvérisé à la carabine. (Ah et, une scène tire-larme magnifique entre la demoiselle et son jules qui échangent leurs derniers mots… en morse. Le bon goût chaussé en moon boots. Mémorable.)

Une vie difficile, Dino Risi (1961)

I Satirisi

Una vita difficileune vie difficile_Année : 1961

Vu le : 18 avril 2015

9/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Dino Risi


Avec :

Alberto Sordi, Lea Massari


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La splendeur de la comédie italienne. Encore un peu sociale sous influence néoréaliste, moyennement burlesque, absurde, nihiliste et désenchantée, il y a une valeur qui est propre à la comédie italienne et qui se cache souvent derrière des satires cruelles, une valeur qui est aussi la marque de beaucoup de grands films : l’empathie. Le regard sur l’homme, bien que s’appliquant toujours à le montrer petit, vil, lâche ou escroc, est souvent tendre et compréhensif. Ce qui commence par être cruel finit par nous émouvoir.

Qui a dit qu’il fallait rire des hommes médiocres, des ivrognes, des incompétents ou des malchanceux ? Ici comme ailleurs, oui, au début, on rigole et on se moque, mais très vite cela ne peut plus tourner qu’au drame. Silvio Magnozzi est une sorte de Bob Saint-Clar rêvé par les autres, le panache de Bebel en moins, mais il est magnifique à sa manière, à la manière des laissés-pour-compte de De Sica ou de Fellini. La tragédie n’en est que plus sublime parce qu’au début on croit en lui, on sait que les escrocs s’en sortent toujours, et puis tout s’écroule, à mesure que l’Italie sort de la guerre et se reconstruit, lui s’enfonce dans sa médiocrité. Silvio n’est pas un escroc qui arrive comme ceux parfois interprétés par Gassman à séduire ; Silvio n’a en fait qu’un seul talent, celui de se tirer toujours plus vers le bas. Et si on y croit pendant une heure, c’est que Silvio n’aura finalement réussi qu’une chose dans sa vie, sans doute la plus importante et la seule qui vaille : trouver la femme de sa vie. Parce que le film n’est pas l’histoire d’un pauvre type, mais l’histoire d’un pauvre type vue à travers les yeux de sa femme. Ça change tout, parce que l’enjeu n’est plus d’amuser comme dans une pure comédie ou de montrer la misère humaine et sociale, mais de mêler tout ça pour traduire en deux heures, — une heure de rire et une autre de larme bien secouées — tout ce qui fait nos vies. Silvio a commencé par tromper la femme qui lui avait sauvé la vie, il n’en voulait pas et se résigne en traînant des pieds à la seule chose positive qui lui arrivera dans la vie. Et c’est quand il s’en rend compte, un peu tard, et qu’il la perd, que le film bascule dans le drame et gagne une nouvelle dimension.

Il fallait bien s’inspirer des comédies américaines pour penser à la comédie du remariage et initier un nouveau virage dans la comédie italienne. À la fois cruelle et tendre donc (à moins que ce soit une suite logique de ce que faisait De Sica à la fois acteur et réalisateur).

Des rares comédies du remariage italiennes que j’avais vues, je les trouvais moins efficaces que les comédies avec Gassman et ses potes, que celles où Anna Magnani ou Giulietta Masina trimballaient leur trombine solitaire (oui Fellini faisait des comédies italiennes). C’est sans doute parce que Risi échappe au mauvais goût en demandant à Lea Massari de jouer dans un registre comique. Elle n’est pas non plus glamour, mais simplement, “néoralismement”, belle. On pourrait croire son personnage un peu trop effacé, mais c’est surtout parce que son rôle est de porter un regard (celui qui deviendra vite le nôtre) sur son loser de mari. Il faut comme toujours doser ses effets et trouver le ton juste, et Risi le trouve exactement quand il montre cette femme prendre conscience qu’elle aime encore son mari en même temps qu’elle voit le raté qu’il est devenu et combien elle pourrait en avoir honte si elle ne l’aimait pas. Cela pourrait être de la pitié mais c’est de l’amour. Risi va donc ainsi plus loin que le réalisme miséreux parce qu’il nous convainc en nous rappelant que parmi tous ces ringards de la terre, il y a, ou pourrait avoir, une femme aimante. Les hommes ne sont jamais que des petits garçons et les femmes avant tout des mères. Où est passée la comédie à ce moment quand la femme de Silvio le regarde les yeux plein d’amour alors que lui l’ancien journaliste aux grands principes, l’ancien héros de la résistance, finit ainsi humilié et larbin de ceux qui l’avaient précipité dans le gouffre ? Le personnage d’Alberto Sordi continue d’être ridicule mais on a cessé de rire. Parce qu’on l’aime aussi. La voilà l’empathie. Il n’est plus question de se moquer mais de réfléchir sur notre regard quand il se porte avec mépris ou dégoût vers ces pauvres types qui n’ont rien fait de leur vie. La femme de Silvio dit à son môme que son père n’a pas de chance… Une manière bien arrangée de présenter les choses. Même les abrutis ont droit à un peu d’amour au cinéma. Chez Risi, on est cruel, on plonge au plus profond de la médiocrité humaine ; si profondément qu’on finit par s’apitoyer de ces miséreux et à vouloir leur tendre la main. Mais c’en est d’autant plus cruel car Risi renverse ainsi les rôles : en nous prouvant qu’il peut nous faire prendre conscience qu’il faut regarder avec empathie toute cette misère humaine, il fait de nous des incapables et des lâches. Celui-là, on le regarde autrement parce qu’on sait d’où il vient, parce qu’on connaît son histoire, on a vu le film ; et dans la vie, on ne lèverait pas le petit doigt pour lui, et on le mépriserait.

Combien de comédies peuvent se vanter de nous amuser une heure durant et de nous rejeter de la salle blanc de honte ?

Certificat de naissance, Stanislaw Rózewicz (1961)

Les Enfants d’Ivan

Swiadectwo urodzenia Certificat de naissance, Stanislaw Rózewicz (1961)Année : 1961

Vu le : 19 septembre 2013

9/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Stanislaw Rózewicz


Avec :

Henryk Hryniewicz, Beata Barszczewska, Andrzej Banaszewski


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Savoir-faire et techniques de l’école polonaise. Une idée simple, parfaitement menée de bout-en-bout, structurée autour de trois histoires différentes. Ce film est un petit bijou inattendu à voir absolument pour les cinéphiles appréciant les films sur l’enfance, et sur la guerre. L’Enfance d’Ivan n’est pas loin.

L’idée de départ, c’est de montrer l’invasion allemande en Pologne à travers le regard de trois enfants plus ou moins du même âge. Trois histoires distinctes mais les mêmes errances, les mêmes peurs. Et toujours le refus de tomber dans le pathos. Les enfants de la guerre ne pleurent pas. Ils survivent.

Dans l’une ou l’autre histoire, peu de choses sont expliquées pour comprendre comment ils sont arrivés à ces situations d’abandon. C’est mieux comme ça. On entre directement dans le sujet, et le sujet, c’est eux. Trois contes. Trois Petits Poucet devant trouver leur chemin pour échapper aux ogres. Dans la première histoire, un garçon cherche sa mère sur les routes et se lie d’amitié avec un soldat aux premières heures de l’invasion. Dans la seconde, l’aîné doit aider ses plus jeunes frères en l’absence de leur mère partie chercher de la nourriture à la campagne. Chaque jour, il croise des soldats allemands procéder à des contrôles ; chaque jour, il passe devant un camp de prisonniers qui, un jour, se vide… Dans la troisième histoire, sans doute la plus poignante, une jeune fille juive erre dans la ville à ne pas savoir où se réfugier. Quelques “justes” se relaient et la font placer dans un orphelinat jusqu’à ce que des officiers allemands viennent y fourrer le nez… Sublime finale, à la fois ironique et cruel.

Il y avait matière à faire n’importe quoi. Très peu de lignes de dialogues, on ne fait que suivre les enfants, sans explication, on est mis à leur niveau. Il aurait été facile de tomber dans le pathos, la démonstration, la surenchère. Comme toujours l’art de la mise en scène est une question de bon goût, de juste niveau, de bon angle, de bon ton. Juste, sensible, mais discrète et délicate : la maîtrise est totale. Rien qui dépasse, pas un plan, pas une expression qui tirent vers la mauvaise direction. Ça reste un cinéma orienté, c’est sûr, mais aussi pudique et subtil. Souvent une gageure quand on met en scène des enfants.

Les enfants justement, ce qui impressionne, c’est leur jeu. La mise en scène consiste à leur laisser la liberté d’être eux-mêmes et d’attendre de voir ce qui arrive. Le résultat est toujours naturel, mais souvent inintéressant. La méthode polonaise du jeu d’acteur ne doit pas être très éloignée de la russe. C’est une école qui se forme sur les planches, l’école de la rigueur. Même jeunot, un acteur doit être capable de comprendre son personnage, donner du sens à ce qu’il fait, et proposer matière à voir. On ne dit pas qu’il faut être “naturel”, mais “juste”. Quand on dit à un acteur, jeune ou pas, qu’il doit passer à tel ou tel endroit, qu’il doit exprimer tel ou tel sentiment ici ou là, il ne discute pas, il le fait. Il comprend les enjeux, les objectifs, l’état d’esprit, les craintes de son personnage, et alors, il fait, il montre. Et rien ne dépasse : s’il doit être à tel moment à tel endroit, il le respecte. Et pourtant, au milieu de cette rigueur, de ses passages obligés pour donner du sens à une interprétation, les bons acteurs, sont capables d’offrir une aisance et une liberté qui laisse croire que c’est tout le contraire de quelque chose de construit. Seulement, quand vous avez la caméra qui vous attend à un endroit en gros plan, c’est tout sauf le hasard. Et c’est une mécanique digne des plus beaux ballets. Que des gamins arrivent à maîtriser cela, chapeau. Et cela, avec une même constance, une même logique, qui obéit à un désir dans la mise en scène de montrer l’enfance dans sa dignité, son courage face à des événements sur lesquels ils n’ont aucune emprise. Les adultes peuvent être lâches, avoir une peur bestiale, eux sont des héros capables d’affronter sans broncher les vicissitudes de la guerre. Seule la fille dans le dernier volet est parfois à la limite de craquer, mais c’est aussi parce qu’elle est la plus exposée (pis, c’est une fille). Mais elle ne se plaint jamais, elle ne réclame rien, elle n’insiste jamais, et est toujours tendue, à l’affût du danger. Ce sont des roseaux ballottés dans la tempête : inflexibles, droits. Il faut être souple et ferme en même temps. Et c’est pour cela qu’ils sont si sympathiques. Ce ne sont pas des pleurnichards, et même quand ils pleurent, ils regardent leurs bourreaux droits dans les yeux, pour les défier, et pour leur rappeler qui sont les héros, qui sont les véritables « grandes personnes ».

La Vie d’un homme amoureux, Yasuzo Masumura (1961)

Un coup pour rien

A Lustful man, Koshoku ichidai otokoAnnée : 1961

Réalisation :

Yasuzo Masumura

7/10  lien imdb
Vu en janvier 2012

(Aussi appelé L’Homme qui ne vécut que pour aimer)

Étrange farce du réalisateur de Une femme confesse et de L’Ange rouge[1].

On est dans la commedia del arte ou pas loin du Casanova[2] de Fellini. Une seule chose intéresse le personnage principal : les femmes. Au contraire de Casanova de Fellini, ici le personnage n’a aucun cynisme, au contraire, il aime réellement les femmes et veut les rendre heureuse. Il est complètement idiot, fils d’un riche commerçant, il n’hésite pas à dilapider l’argent de son père pour faire plaisir aux femmes. Sa philosophie de la vie est très limitée, mais il s’y tient. Son caractère est plus naïf que celui de Casanova, mais il est tout aussi absurde. Il a la mémoire d’une bête. Capable de s’émouvoir de la mort d’une femme qui l’a rendue heureux et de se consoler aussitôt avec une autre…

Le rythme du film est très rapide et on passe d’une séquence à une autre, d’une conquête à une autre. La psychologie est délibérément réduite à néant : c’est un pantin qui ne pense qu’à ses femmes. Et elles lui rendent bien parce qu’elles sont le plus souvent à ses pieds.

Le film se termine avec l’actrice fétiche du cinéaste, Ayako Wakao, que ce bon gros casanova n’arrivera jamais à rendre heureuse…

Dispensable.


[1] L’Ange rouge

[2] Casanova-Fellini