Les Amants passionnés, David Lean (1949)

It Rains Trevors and Todds

The Passionate FriendsAnnée : 1949

Réalisation :

David Lean

8/10  IMDb

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L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

David Lean retrouve Trevor Howard (Brève Rencontre) pour un nouveau mélo avec Ann Todd et Claude Rains. Histoire banale mais très bien menée ; on s’y laisse prendre du début à la fin.

Le cinéaste britannique est un maître quand il s’agit d’exposer l’imagination des personnages : pris plein cadre, il les laisse vivre, l’œil perdu dans le vague. Et puis… mouvement de caméra en gros plan (lean closer en anglais de Londres), et voilà les vagues qui apparaissent. Mais cette fois… il se contentera des feuilles dans les arbres (il fera la même chose dans Docteur Jivago). Quel poète ce David.

L’une des nombreuses qualités du film, c’est son rythme. Il va à l’essentiel. Deux ou trois phrases dans une scène suffisent, parfois un regard. Il suit le principe de Hitchcock qui disait filmer les scènes de crime comme des scènes d’amour et des scènes d’amour comme des scènes de crimes. Deux acteurs hitchcockiens ça aide aussi.

(Claude Rains a un petit air de DSK, mais là, c’est lui qui joue le cocu.)

David Lean

Mon classement de ses films :

(Films commentés)

Liens IMDb
1. Lawrence d’Arabie (1962) 10/10
2. Le docteur Jivago (1965) 10/10 *jivager
3. La fille de Ryan (1970) 9/10
4. Les grandes espérances (1946) 9/10
5. Brève rencontre (1945) 9/10
6. Les amants passionnés (1949) 8/10  amanter (note)
7. Pygmalion (1938) 7/10
8. La route des Indes (1984) 7/10
9. Oliver Twist (1948) 7/10
10. Le pont de la rivière Kwaï (1957) 7/10
11. Vacances à Venise (1955) 6/10

 

 

David Lean

Le Docteur Jivago, David Lean (1965)

Le Docteur Jivago

Doctor ZhivagoLe Docteur Jivago, David Lean (1965) Année : 1965

Réalisation :

David Lean

Avec :

Omar Sharif
Julie Christie
Geraldine Chaplin
Rod Steiger
Alec Guinness
Ralph Richardson

10/10 IMDb iCM

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Adaptation de roman comme je les aime : épique et historique, sentimentale et humaniste. Lean s’en tire admirablement bien ; quand on traduit un livre à l’écran, il faut arriver à ressortir de plusieurs difficultés : choisir ses scènes, la manière de les mettre en scène, le rythme à aborder, et surtout trouver un style propre qui fera du film un œuvre à part entière, unique. L’attention dans un roman peut être porté sur des détails, on peut évoquer des images, un passé, s’attarder pour commenter ; et souvent, le développement de l’histoire, de la fable, la force des événements présentés ne sont pas les éléments majeurs d’un récit. Or le cinéma montre plus qu’il n’évoque, il est contraint à de plus grandes contraintes temporelles. Le roman dispose de nombreuses échelles chronologiques et l’art du récit est justement de manier ces différentes échelles pour offrir au lecteur une vision multiple d’une situation ; le pouvoir de la concordance des temps en quelque sorte… Le cinéma impose souvent la scène, donc le présent, comme seule unité, et le pouvoir évocateur de l’image sera toujours moins puissant et plus lent que le verbe, et même que la musique (le cinéma peut utiliser l’un et l’autre mais « l’échelle-maître », toujours, reste la scène). Il n’est par exemple pas si simple de montrer au public que le temps a passé ; on utilisera des plans larges, muets, des fondus… ; car cela affecte l’unité du récit et de la continuité nécessaire au confort du spectateur. Lean semble échapper à ce problème avec des choix judicieux (et probablement une réelle transformation de la matière du livre). Il en montre le plus possible, pour éviter de devoir évoquer à travers des procédés lourds (dialogues explicatifs, retours en arrière) qui sont la raison principale de la longueur du film. Le film est long, mais pas ennuyeux, parce qu’il adopte la durée idéale pour qu’on ait pas à nous dire dans un sens qu’il aurait pu couper des scènes inutiles ou dans l’autre que les raccourcis affectent la compréhension du récit.

Le découpage technique est par ailleurs des plus classiques pour ne pas prendre le risque une nouvelle fois d’écarter le spectateur de sa compréhension du déroulement de l’histoire. La tradition est toujours ce qui se fait de mieux. Le montage des plans sert au spectateur un rythme ni trop lent ni trop rapide (du Greenaway pendant trois heures, ça lasse, et on sort inévitablement de l’histoire ; quant au montage trop rapide, il a tendance à fatiguer) ; à une époque où on contestait souvent ce classicisme, c’est à souligner, et on ne cessera jamais depuis à tâcher de retrouver ce rythme idéal pour captiver au mieux l’attention du spectateur.

Le travail sur les décors et la photographie est aussi remarquable, comme le choix, ou la composition, des extérieurs, qui me rappellent d’une certaine manière les plans du début de L’Empire contre-attaque (on retrouve d’autres similitudes : la volonté d’un découpage classique, parfaitement transparent pour servir au mieux l’attention, et l’omniprésence de la musique, seule capable d’évoquer une forme de psychologie et de profondeur aux personnages, et la même scène quasiment, quand Jivago passe à travers une tempête de neige en cherchant à rejoindre sa famille).

Journal d’un cinéphile prépubère : 29 décembre 1996