La Femme de là-bas, Hideo Suzuki (1962)

La Femme de là-bas

Sono basho ni onna ariteAnnée : 1962

Vu le : 8 mars 2019

8/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Hideo Suzuki


Avec :

Yôko Tsukasa, Akira Takarada, Kumi Mizuno, Chisako Hara


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Les rapports hommes-femmes au sein de l’entreprise au Japon. Plus d’un demi-siècle plus tard, rien n’a changé ; d’une actualité étonnante. La difficulté des femmes à imposer leur travail, une préférence pour l’ombre en laissant les hommes avoir tous les honneurs même quand ce sont elles qui produisent les meilleures idées, une propension plus globalement à se laisser faire même quand elles sont plus qualifiées, une résignation parfois face à la conception masculine du travail vu comme une jungle dans laquelle il faut s’imposer et où la femme est souvent plus vue comme une conquête possible voire un objet que comme une véritable collègue (et dès lors une concurrente ou une alliée). Les dragues, les agressions sont incessantes.

Finalement, un peu comme pour reprendre le flambeau d’un Ozu ou d’un Naruse dépeignant la situation de ces femmes abusées après-guerre (Yôko Tsukasa avait notamment tourné dans Fin d’automne et dans Courant du soir), la femme que l’on croyait la mieux armée pour repousser les avances du bellâtre de la société concurrente, lui tombe dans les bras. C’est pour mieux t’escroquer mon enfant…

Tragique, mais brillant.

The Last War, Shûe Matsubayashi (1961)

La Der des Ders, nananère…

Sekai daisensôThe Last War, Shûe Matsubayashi (1961)Année : 1961

Vu le : 11 mai 2015

Note : 5/10

Liens :

lien imdb 6,2 lien iCM TVK

 

Réalisation :

Shûe Matsubayashi

Avec :

Furankî Sakai, Akira Takarada, Yuriko Hoshi, Nobuko Otowa, Sô Yamamura, Ken Uehara, Chishû Ryû, Nobuo Nakamura, Chieko Nakakita

Il y a peut-être rien de pire quand un studio décide de balancer sa propagande consensuelle à travers des films à thèse dont on est déjà sûr qu’ils brosseront les convictions du spectateur dans le sens du poil. Les films de monstres au moins ont l’honnêteté de divertir et de jouer sur les peurs réelles par le biais d’allégories et du second degré plus ou moins volontaire. Un cinéma qui se prend tout à coup au sérieux et qui balance ses vérités toutes faites, aussi louables soient ses intentions, c’est vain et puant.

Un film de monstre sans monstre, ça s’appelle un film catastrophe. Mais la catastrophe est d’abord à l’écran.

Un peu du Jour le plus long du Japon, un peu du Dernier Rivage, et un peu de Godzilla. Film choral comme une longue page publicitaire pour être sûr que tout le monde sur la planète puisse s’identifier, parce que la fin du monde nous concerne tous. Le Japon, et son industrie cinématographique, comme agitateur des bonnes consciences. On peut crever d’une guerre nucléaire, vous le saviez ça ?!

Le studio sort pour l’occasion sa plus belle photo (crépusculaire, annonciatrice du fatal cataclysme…) et toutes les stars sont appelées à contribution. Pas plus de cinq heures de tournage pour chaque, l’affaire est grave, chacun doit participer à l’effort de paix… On s’étonne juste de ne pas y voir Gérard Jugnot en barman et Jean-Jacques Goldman à la musique…

Le plus honteux peut-être, c’est de trouver ce film parmi les cents meilleurs films de la Kinema Junpo. Il fallait que les critiques contribuent à cette vaine chasse au dahu. Ce n’est pourtant pas du cinéma, mais de la propagande. Qu’elle soit nazie ou antitabac, c’est la même musique. Le cinéma n’est pas là pour jouer les pères La morale. Il interroge, n’impose pas les réponses, ne souffle pas de certitudes, et au contraire, les fracasse, parce que le spectateur, s’il est libre, comme on veut qu’il le soit, il est assez grand pour tirer les conclusions de ce qu’on lui montre. Et les publicitaires après ça iront se vanter que ce sont des maîtres en matière de suggestion. Belle prétention les gars. Regardez ce film, la propagande ne prétend jamais aller que dans le sens du public, elle veut toujours son bien. Elle le caresse, le bichonne, le client a toujours raison. La guerre nucléaire, c’est mal ? Faisons un film dessus, ce sera hautement consensuel et il n’y a rien de mieux qu’être approuvé. La Dernière Guerre ? putain, je kiffe, je like, j’approuve… qui suis-je pour trouver ça obscène et vulgaire ? Un monstre ? C’est bien ça, le monstre n’est pas à l’écran, mais derrière lui.

À voir tout de même pour les amateurs de maquettes Playmobil et des familiers de l’école de théâtre de l’ambassade américaine à Tokyo. Toutes les séquences militaires, d’agitation, de foule, arrivent à être plus ridicules que les mêmes dans Godzilla. Mention spéciale au casting américain donc, et à la magistrale séquence de l’Arc de Triomphe pulvérisé à la carabine. (Ah et, une scène tire-larme magnifique entre la demoiselle et son jules qui échangent leurs derniers mots… en morse. Le bon goût chaussé en moon boots. Mémorable.)

Chronique de mon vagabondage, Mikio Naruse (1962)

Chronique de mon vagabondage

Hôrô-ki Année : 1962

Réalisation :

Mikio Naruse

Avec : Hideko Takamine, Akira Takarada, Daisuke Katô

8/10  lien imdb
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Limeko – Japanese films

Vu le : 29 mars 2013

Mikio Naruse rend hommage à l’écrivaine à succès Fumiko Hayashi dont une grande partie de ses films d’après-guerre est tirée (Nuages flottants[1], Le Repas[2], L’Éclair[3], Épouse, Chrysanthèmes tardifs).

C’est donc ici à la fois la mise en image de l’autobiographie de Fumiko Hayashi et son adaptation puisque étrangement le premier grand succès de l’écrivaine avait été le récit de sa vie jusqu’à cette période, et non des histoires qui seront adaptées au cinéma (toute la fin tragique de sa vie n’apparaît bien sûr pas dans ce premier roman, et c’est donc Naruse qui se charge de la suite, aidé de ses scénaristes habituels).

La boucle est bouclée : Naruse fait un de ses derniers films ici avec son actrice fétiche, Hideko Takamine, en évoquant la vie de celle qui était décédée l’année même où il réalisait Le Repas.

Courant du soir, Mikio Naruse (1960)

Yoru no nagare

 Courant du soir, Mikio Naruse (1960) Yoru no nagare
Note : 9

   Courant du soir (1960) on IMDb 7,2

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Films de Naruse commentés

Réalisateur Mikio Naruse, Yûzô Kawashima
Année 1960
Avec Yôko Tsukasa, Isuzu Yamada, Akira Takarada, 

Tatsuya Mihashi, Yumi Shirakawa, Takashi Shimura

Vu en août 2008 C+ réhaussé

Encore une histoire qui se passe dans une maison de geisha et encore plus désespéré que Au gré du courant tourné quatre ans plus tôt. Cette fois Naruse y ajoute la couleur Technicolor, mais c’est franchement pas plus réjouissant. On est encore à un stade encore plus avancé dans la destruction de la société traditionnelle, et comme toujours la description des maisons de geisha est parfait pour illustrer cette fin d’un monde de plus en plus occidentalisé.

Naruse nous présente encore cinquante personnages en même temps au début… On peine à y voir clair d’une scène à l’autre ; faire le tri entre les personnages qui deviendront les personnages principaux et les autres. Et puis, le récit se resserre sur quelques personnages, un peu comme pour signifier encore plus la mort, la destruction des choses et des êtres, comme dans un récit du type Dix petits nègres ou Alien

Ça y est l’occidentalisation des mœurs est là, et ça nous saute à la figure, et l’effet et d’autant plus réussi avec ce Technicolor très agressif. On voit les jeunes geishas se trimbaler en maillots de bain à la piscine municipale, se faire mâter par quatre ou cinq idiots — bref, le Japon comme on l’imagine et le connaît aujourd’hui.

Et puis, au bout d’une heure (enfin), c’est la révolution. On commence à se familiariser avec les personnages principaux, à connaître les enjeux de leur vie, les conflits. Et là, ça sonne comme du Altman, avec toutes ces histoires racontées en même temps, autour d’un même lieu mais avec des personnages différents. Petit à petit, on est alors plus dans du Altman, on tombe (avec bonheur) dans le mélo, avec les bouleversements des révélations. On ne se focalise maintenant plus que sur deux histoires, toutes les deux basées sur un trio amoureux.

D’abord, la mère et la fille sont amoureuses d’une même homme, en secret… le cuisinier de l’établissement, ancien déporté de guerre en Sibérie, et qui aimerait franchement se trouver ailleurs qu’entre ces deux nanas (d’ailleurs, il va finir pas se barrer). Ensuite, une geisha, heureuse avec son amant avec qui elle compte se marier (et donc par conséquent abandonner le métier de geisha une fois qu’elle aura assez d’argent — on ne peut pas être mariée et geisha), mais qui voit l’arrivée de son ancien mari qui a fait un petit séjour en hôpital psychiatrique et qui compte bien la voir revenir avec lui…

C’est une fois que toutes ces révélations sont faites, et que tout le monde sait qui est qui, que le mélo se met donc en place. Les scènes poignantes entre la mère et sa fille qui se disputent un homme (qui lui ne les aime pas) ; le dilemme de la geisha et de son amant pour faire comprendre à l’ancien mari qu’il n’est plus rien pour elle, sans qu’il pète les plombs. Et bien sûr, comme dans tout bon mélo, ça se termine par une tragédie. L’une des histoires se terminant tragiquement ; l’autre restant ouverte, comme pour dire « la société japonaise survit encore, mais pour combien de temps ? ».

Parmi les histoires secondaires du film, il y en a une ou deux savoureuses. Il y a notamment cette geisha qui termine souvent bourrée, avec un caractère bien trempé (signe que les geishas ont bien changé… elles qui doivent par exemple connaître l’art de la conversation pour distraire ces messieurs qui viennent se détendre dans un salon de thé) : elle se comporte comme une garce et n’hésite pas à renverser deux verres de bières sur ses messieurs quand ils disent quelque chose qui ne lui convient pas. Et encore, la fille d’une des geishas de la maison, qui passe son temps à vouloir se suicider. Ses tentatives paraissent à la fois désespérées et comiques. Le récit n’a aucune pitié pour elle : elle se plante, sa mère arrive et lui dit que si elle veut se suicider qu’elle le fasse proprement pas en ennuyant tout le monde.

Bref, toujours le même plaisir de retrouver ces incroyables actrices, capables d’exprimer trois cents émotions à la minute. Impressionnant, dur au début, mais captivant au final.

Onna no rekishi, Mikio Naruse (1963)

Une histoire de femme

 Onna No Rekishi une histoire de femme a woman life naruse
9/10

  L'histoire d'une femme (1963) on IMDb 7,5

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Films de Naruse commentés

Réalisateur Mikio Naruse
Année 1963
Avec Hideko Takamine, Akira Takarada, Tsutomu Yamazaki, 

Tatsuya Nakadai, Yuriko Hoshi

Vu en juillet 2008  B+

Le début est un peu difficile, on se perd avec les flash-back, il faut se concentrer pour suivre parce que Naruse ne prend pas trop le temps de bien nous préciser qui est le personnage principal (en même temps le titre aurait dû me mettre sur la voie, mais comme je ne l’avais pas retenu…).

Finalement, l’histoire prend de l’ampleur en s’installant dans une époque, celle de la guerre et le bombardement américain. Ça devient épique (même si on sort jamais vraiment de Tokyo), et surtout, c’est très mélo. Dans le bon sens du terme, ça reste très digne, très mesuré. J’ai pensé à ce moment à Docteur Jivago, un peu comme si le récit adoptait le point de vue de Laura ─ les histoires de femme, c’est toujours plus intéressant.

Les décors sont incroyables avec toutes la tradition du mobilier ou des habillements japonais ; et guerre oblige, pas les plus raffinés.

On retrouve avec plaisir un acteur fétiche de Kurosawa (et du Sabre du mal[1],  en autres), Tatsuya Nakadai. Mais surtout, Hideko Takamine, l’actrice de Nuages flottants[2]. Jai rarement vu une si bonne actrice…


 

[1] Le Sabre du mal

[2] Nuages flottants