Ne pas confondre esclavagisme et racisme. Une méprise qui n’aide pas à la lutte des stigmatisations, ostracismes ou différentes xénophobies.

Discoursusation résultat de commentaires sur le colonialisme.

L’esclavagisme, c’est une idéologie dont la finalité est de tirer profit de la négation de l’autre. Sa barbarie n’en est pas sa finalité, mais le moyen. L’esclavagisme institutionnel a aujourd’hui disparu : ses victimes sont rares et les lois les protègent.

Le racisme en revanche est rarement idéologique. Il existe, c’est vrai chez les suprématistes blancs, par exemple. Mais le racisme, c’est surtout un biais cognitif auquel nous sommes tous potentiellement… esclaves. Il est partout. Tous, cela signifie, tous, sans distinction de couleur de peau. Le racisme ne fait aucune distinction entre ceux qui s’en rendent, parfois sans le savoir, coupables. On ne peut pas lutter contre le racisme si on ne s’attaque qu’à ses idéologues et à ses expressions les plus extrêmes dans nos sociétés, ou si on le confond avec une barbarie dont plus grande-monde n’est victime aujourd’hui (certaines sociétés sont plus permissives que d’autres, et des exemples peuvent ça et là faire l’objet de poursuite, mais l’esclavagisme institutionnel, lui, a disparu).

Le racisme, c’est la peur de l’autre, sa mise à l’écart pour sa différence apparente ou supposée. Et c’est avant tout un réflexe, ou un raccourci, intellectuel qui dans l’histoire humaine (ancienne, hein) a probablement servi à renforcer les liens de son propre groupe. Ce qui, dans l’évolution humaine a plutôt servi l’espèce, est devenu chez l’homme civilisé un lourd fardeau à l’origine non seulement de la mise à l’écart des moutons noirs du groupe, mais aussi des luttes entre clans, puis des guerres (parfois même préventives : la peur de l’agression du voisin justifie l’agression du voisin). La peur de l’autre serait ainsi ce qui nous maintiendrait à la fois en vie et ce qui nous pousserait à nous combattre. Le racisme est présent en chacun de nous, c’est un processus cognitif biaisé contre quoi on apprend plus ou moins à lutter. Mais pour cela, encore faut-il en comprendre l’origine.

Ça touche donc tout le monde, le racisme est partout, il touche tout le monde : le racisme n’est pas… discriminant. Le « racisme de couleur », c’est son exemple le plus évident, mais la stigmatisation peut tout aussi bien toucher les vieux, les pauvres, les femmes, les étrangers, les imbéciles, les homos, les nains, les roux, les juifs, les gros, les malades, les riches, les Noirs, les jaunes, les musulmans et… les Blancs. Même si pas grand monde ira se plaindre que, parfois, les groupes privilégiés soient stigmatisés. Mais je ne parle pas ici de juste de pas juste, mais des origines d’un biais cognitif. C’est exactement le même processus cognitif qui est à l’œuvre qu’il s’attaque à tel ou tel groupe, et c’est ce même processus qui est derrière les idéologies ouvertement racistes, quand celles-ci n’ont pas en plus d’autres buts, mais qui ne viennent jamais que se plaquer sur des biais déjà existants.

Maintenant, dire qu’il y a des victimes de racisme plus importantes que d’autres, bien sûr. Dire que la discrimination des Noirs ou des musulmans en France sont sans commune mesure avec le racisme anti-blanc, c’est autre chose que de dire que le racisme anti-blanc ne peut pas exister… par principe. Parce que ça, c’est nier l’essence du racisme, c’est prétendre que seuls ceux qui en sont majoritairement victimes peuvent en être victimes.