F.W. Murnau

Classement :
10/10
9/10
- L’Intruse (1930)
8/10
- L’Aurore (1927)
- Tabou (1931)
- Tartuffe (1926)
7/10
- La Terre qui flambe (1922)
- Le Fantôme (1922)
6/10
- Le Dernier des hommes (1924)
- Faust (1926)
5/10
- La Découverte d’un secret (1921)
- Nosferatu le vampire (1922)
Articles :
Simples notes :
Tartuffe (1926)
Même qualité que Le Fantôme et un même indifférence pour les sujets de Murnau. Le dispositif narratif reste intéressant : à la manière d’Hamlet, la mise en scène d’une pièce (ou d’un film) à l’intérieur du film peut servir de prétexte à faire ouvrir les yeux sur la réalité de la situation. La différence, c’est que le dispositif, à la manière d’un film avec un long flashback, prend tout le développement, pas une simple scène comme chez Shakespeare. Au-delà de l’astuce narrative, l’intrigue de Molière reste pauvre dans ces conditions. L’angle moraliste, si prégnant dans certains films muets (typique du dramaturge français) s’adapte mal au cinéma à une époque où ces questions morales ne sont guère plus d’actualité. Les hypocrites n’ont pas disparu, mais la religion est moins au cœur de nos sociétés (en tout cas pas ainsi d’individu à individu).
Le reste est fantastique. Les décors, peut-être un peu trop blanc chantilly (à la manière russe), aux proportions irréalistes sont un plaisir pour les yeux. Le découpage de Murnau est exceptionnel, accentuant de la meilleure des façons les expressions comiques des personnages. Murnau revient rarement à un plan initial après un nouveau plan, histoire d’éviter le champ-contrechamp et de proposer une forte inventivité des angles. Un plan rapproché sur Elvire en plongée rappelle un autre, le plus fameux, du Fantôme. Jolie sensualité. Et les jeux de profondeur de champ sont parfois tout bonnement déments comme ce plan dans lequel les chaussures apparaissent au premier plan et que la vieille entre dans le cadre au second plan.
Le Fantôme (1922)
Scénario, comme souvent, extrêmement représentatif de l’état d’esprit de l’époque : la cupidité, la luxure, la culpabilité, la rédemption… C’est du mélo religieux plutôt pénible à voir aujourd’hui. Une sorte de Faust des temps modernes. La réalisation en revanche est impressionnante. Murnau fait un excellent travail avec sa caméra et avec ses acteurs, mais le point le plus positif vient des décors. L’architecture extérieure et intérieure rappelle que le goût allemand avait pu être autre chose qu’ignoble avant-guerre : beaucoup de bois, des proportions d’armoires normandes à tous les étages, des recoins alambiqués, des escaliers en colimaçon, des maisons à créneaux, des pavés bien robustes. On devine à travers ces choix de décors (accentués par les quelques effets spéciaux) que l’on va tendre vers l’expressionnisme le plus dégénéré (celui de Caligari, à la limite du cubisme et du carton-pâte). Même certaines cages d’escalier, parce qu’elles semblent étriquées et désorganisées, peuvent vite se transformer en décors aux proportions hallucinées. Les hallucinations ici existent, mais ils sont produits surtout à partir d’effets de montage et de lumière. Du cinéma, quoi. Tandis que Caligari, c’est du théâtre, un parc d’attraction pour névrosés.

