The Last War, Shûe Matsubayashi (1961)

La Der des Ders, nananère…

Sekai daisensôThe Last War, Shûe Matsubayashi (1961)Année : 1961

5/10 IMDb  iCM 

 

Réalisation :

Shûe Matsubayashi

Avec :

Furankî Sakai ⋅ Akira Takarada ⋅ Yuriko Hoshi ⋅ Nobuko Otowa ⋅ Sô Yamamura ⋅ Ken Uehara ⋅ Chishû Ryû ⋅ Nobuo Nakamura ⋅ Chieko Nakakita

Il y a peut-être rien de pire quand un studio décide de balancer sa propagande consensuelle à travers des films à thèse dont on est déjà sûr qu’ils brosseront les convictions du spectateur dans le sens du poil. Les films de monstres au moins ont l’honnêteté de divertir et de jouer sur les peurs réelles par le biais d’allégories et du second degré plus ou moins volontaire. Un cinéma qui se prend tout à coup au sérieux et qui balance ses vérités toutes faites, aussi louables soient ses intentions, c’est vain et puant.

Un film de monstre sans monstre, ça s’appelle un film catastrophe. Mais la catastrophe est d’abord à l’écran.

Un peu du Jour le plus long du Japon, un peu du Dernier Rivage, et un peu de Godzilla. Film choral comme une longue page publicitaire pour être sûr que tout le monde sur la planète puisse s’identifier, parce que la fin du monde nous concerne tous. Le Japon, et son industrie cinématographique, comme agitateur des bonnes consciences. On peut crever d’une guerre nucléaire, vous le saviez ça ?!

Le studio sort pour l’occasion sa plus belle photo (crépusculaire, annonciatrice du fatal cataclysme…) et toutes les stars sont appelées à contribution. Pas plus de cinq heures de tournage pour chaque, l’affaire est grave, chacun doit participer à l’effort de paix… On s’étonne juste de ne pas y voir Gérard Jugnot en barman et Jean-Jacques Goldman à la musique…

Le plus honteux peut-être, c’est de trouver ce film parmi les cents meilleurs films de la Kinema Junpo. Il fallait que les critiques contribuent à cette vaine chasse au dahu. Ce n’est pourtant pas du cinéma, mais de la propagande. Qu’elle soit nazie ou antitabac, c’est la même musique. Le cinéma n’est pas là pour jouer les pères La morale. Il interroge, n’impose pas les réponses, ne souffle pas de certitudes, et au contraire, les fracasse, parce que le spectateur, s’il est libre, comme on veut qu’il le soit, il est assez grand pour tirer les conclusions de ce qu’on lui montre. Et les publicitaires après ça iront se vanter que ce sont des maîtres en matière de suggestion. Belle prétention les gars. Regardez ce film, la propagande ne prétend jamais aller que dans le sens du public, elle veut toujours son bien. Elle le caresse, le bichonne, le client a toujours raison. La guerre nucléaire, c’est mal ? Faisons un film dessus, ce sera hautement consensuel et il n’y a rien de mieux qu’être approuvé. La Dernière Guerre ? putain, je kiffe, je like, j’approuve… qui suis-je pour trouver ça obscène et vulgaire ? Un monstre ? C’est bien ça, le monstre n’est pas à l’écran, mais derrière lui.

À voir tout de même pour les amateurs de maquettes Playmobil et des familiers de l’école de théâtre de l’ambassade américaine à Tokyo. Toutes les séquences militaires, d’agitation, de foule, arrivent à être plus ridicules que les mêmes dans Godzilla. Mention spéciale au casting américain donc, et à la magistrale séquence de l’Arc de Triomphe pulvérisé à la carabine. (Ah et, une scène tire-larme magnifique entre la demoiselle et son jules qui échangent leurs derniers mots… en morse. Le bon goût chaussé en moon boots. Mémorable.)

Kill, la forteresse des samouraïs, Kihachi Okamoto (1968)

Je suis yakuza !

KiruKill, la forteresse des samouraïs (1968) Kihachi OkamotoAnnée : 1968

9/10  IMDb iCM

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Jidai-geki à lame

Réalisation

Kihachi Okamoto

Avec :

Tatsuya Nakadai
Etsushi Takahashi
Yuriko Hoshi
Tadao Nakamaru
Akira Kubo
Shigeru Kôyama

Plus encore qu’avec Sergio Leone, c’est avec la comédie italienne qu’on peut faire le lien, et avec les pièces historiques de William Shakespeare. J’ai même cru voir le visage de Vittorio Gassman un instant dans une mimique ahurie de Tatsuya Nakadai. Et c’est vrai qu’on navigue sans cesse dans ce second degré, ce double jeu si commune aux comédies italiennes. Le personnage de Tatsuya Nakadai manipule les puissants comme autrefois Brighella ou Scapin. Toujours faux-cul à un tel point dans l’excès ou la caricature que c’en est presque un aparté : pas besoin de se tourner vers la caméra comme on pourrait le faire en commedia dell’arte pour créer une connivence avec le spectateur. Elle se fait d’elle-même par l’exubérance du jeu. On comprend de suite qu’il joue un rôle, et qu’on est les seuls, à voir ce qu’il trame quand les autres personnages s’y laissent prendre. Cette connivence avec le héros solitaire et rusé est jouissive pour le spectateur.

Je pense à Vittorio Gassman notamment dans la Grande Guerre. Tellement italien dans l’esprit.

Quand ce n’est pas avec le spectateur, cette connivence, elle se fait avec un autre personnage. On peut revoir Vittorio Gassman dans son irrévérence, son impertinence, ses ruses, dire hypocritement quelque chose à un homme haut placé (un maître, un général, un samouraï…) et se tourner tout de suite vers un autre, hausser les épaules et lever les yeux au ciel.

Ce qui est encore plus remarquable, c’est qu’il ne s’agit qu’un ton employé dans la mise en scène et le jeu d’acteur. Rien dans le scénario ou les dialogues ne laisserait penser qu’on est dans cette impertinence permanente. Seule la volonté du héros d’être toujours entre les lignes, de manœuvrer avec les uns et les autres pour les tromper et les mener là où lui décide de les mener laisse voir la parenté avec les bouffonneries italiennes ; l’humour n’est pas forcément évident.

Tout tient dans la subtilité du jeu des acteurs. Ce qui m’ennuie souvent dans les comédies japonaises, c’est que l’humour est forcé, chaque scène et dialogue est construite pour arriver à cet effet, le rire, et ce n’est pas toujours très fin. Pour une fois, c’est tout le contraire, et c’est là qu’on se rapproche des pitreries de Eli Wallach dans Le Bon, la Brute et le Truand ou de quelques personnages secondaires dans Il était une fois dans l’Ouest. L’humour effleure les choses, c’est une insolence sourde, c’est le petit regard complice en coin. On passe d’une chose à une autre, un lazzi à la fois, les meilleures sont les plus courtes. Une image, on comprend, on sourit, et on passe à autre chose au lieu de s’éterniser sur une situation, forcer le rire, et dire « vous voyez comme elle est drôle mon image ? ».

Shakespearien aussi dans l’alternance des scènes. Montage alterné, passage d’un camp à un autre. Effet qu’on peut bien sûr utiliser à l’intérieur d’une même séquence, comme a été le premier à le faire Ford au cinéma. Mais à l’échelle des scènes, Shakespeare utilisait déjà le procédé : un camp, puis un autre, puis retour au premier, etc. L’angle et l’unité dramatique ne ressort pas d’un seul personnage, mais de l’action dans sa globalité. Ce qui compte, c’est de suivre les événements tels qu’ils se déroulent, permettant ainsi, en avançant par ellipses, d’avancer rapidement et de ne pas se perdre en psychologie. Seul compte ce qui fait avancer l’action et quelques lazzis bien assez suffisants pour identifier les personnages et apporter du piquant à la situation.

On passe d’un camp à un autre comme d’un ton à un autre. Souvent même, différentes tonalités affleurent au même instant à l’écran. Quand on a Scapin et son maître dans une même scène, on perçoit le sérieux du maître et la duperie de Scapin. C’est la force de ces situations où chacun possède une tonalité propre, et où elles vibrent ensemble jusqu’à s’accorder ou rentrer en conflit et être la source de nouvelles situations.

On voit bien dans le jeu des acteurs qu’on n’est pas dans le réalisme. Tout est exacerbé. Comme dans une pièce de Guignol, c’est pour faire ressortir l’identité et la personnalité de chacun. On pourrait leur mettre des masques que ce serait pareil. C’est l’art du grotesque (et des masques) qu’on retrouve dans toutes les cultures anciennes : de la Grèce à l’Italie, en passant par le Japon, partout. On reste aujourd’hui beaucoup dans un réalisme et cet art précieux l’exubérance et de la grossièreté légère si elle est bien mesurée a tendance à se perdre. Elle joue pourtant un rôle de dévoilement, elle montre par la satire, la caricature la réalité d’un trait de caractère, d’un type de personnage. Cet esprit a encore perduré dans les comédies italiennes, certains westerns spaghetti (qui ont malheureusement inspiré le duo Bud Spencer et Terence Hill) et donc ici. Pas un genre — ce n’est pas une comédie — mais bien un esprit, un ton.

Comme une épouse et comme une femme, Mikio Naruse (1961)

Tsuma to shite onna to shite

Tsuma to shite onna to shitecomme une epouse et comme une femme naruse Tsuma to shite onna to shite Année : 1961

Réalisation :

Mikio Naruse

Avec :

Hideko Takamine, Chikage Awashima, Masayuki Mori,Tatsuya Nakadai, Yuriko Hoshi, Kumi Mizuno, Keiko Awaji, Chôko Iida, Chieko Nakakita

9/10 IMDb iCM 

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Voilà sans doute le film le plus mélodramatique de tous ceux que j’ai vus jusqu’à présent de Naruse. Le lien avec le monde des geishas, parce qu’on a toujours un pied à Genza le quartier des bars de Tokyo, demeure, même s’il est plus précisément question ici de la condition de la maîtresse.

Comme d’habitude, la première demi-heure introduit calmement les personnages, puis l’intrigue se resserre autour de cinq personnages dont on apprend à connaître le secret commun. Une famille des plus communes avec le père, la mère, la fille et le fils, et à laquelle vient donc s’ajouter la maîtresse. Ça c’est le point de départ du film. Ensuite tout se complique quand la maîtresse se plaint que son mari (on peut presque l’appeler comme ça) ne vient pas assez souvent la voir. Elle voudrait cesser de se cacher, voudrait profiter de lui, enfin, après vingt ans de mensonge. Comme d’habitude, les hommes sont lâches (peut-être plus ici que dans les autres films de Naruse), et pour lui, la meilleure solution est encore… de ne rien faire. Vient alors une scène fabuleuse où on nous expose à travers différents récits le passé des personnages. Le fait important du film : les deux enfants ne sont pas de l’épouse, mais de la maîtresse… (On ne peut pas rêver mieux comme nœud dans une intrigue). Bien sûr eux ne le savent pas. Mais la mère, l’épouse, sait donc que son mari a une maîtresse ; entre les trois adultes ça n’a jamais été un mystère. L’homme est donc pas loin d’être polygame. Une femme, et une femme « non officielle ».

Comme une épouse et comme une femme, Mikio Naruse 1961 Tsuma to shite onna to shite | Toho Company

La maîtresse est mise face à son destin en quelque sorte parce qu’elle ne supporte plus sa solitude. Et un dilemme de plus pour elle : elle est gérante d’un bar à Genza, propriété de… la femme de son amant ! Encore plus tordu, toutes les dépenses relatives au bar, elle les sort de sa poche… Si elle décide de quitter son amant, elle risque de tout perdre. Elle va voir l’épouse et lui propose une certaine somme d’argent et en échange elle quittera son mari. Mais l’épouse ne s’en laisse pas compter, elle sait qu’elle est dans son droit et renvoie la maîtresse « à sa vie facile ».

La maîtresse rentre donc chez elle (il faut voir Hideko Takamine chanter son désespoir !) et là sa grand-mère qui vit avec elle (paradoxalement, cette présence renforce sa solitude) lui conseille de reprendre ses enfants. Alors qu’elle-même avait conseillé à sa petite fille de les abandonner à leur père pour qu’ils aient une vraie famille… La maîtresse informe donc son amant qu’elle compte reprendre au moins l’un d’entre eux, le plus jeune, qui a maintenant quinze ans. Comme d’habitude, le mari ne fait rien, c’est comme si elle ne lui avait rien dit… Elle part donc à la sortie de l’école et passe la soirée avec son fils, qui la connaît pour être la gentille gérante du bar que possèdent ses parents. Finalement, le fils apprend la nouvelle et rentre chez lui.

Vient alors la grande scène de dénouement où les masques tombent. Le fils boude et s’enferme dans sa chambre. La fille qui ne sait encore rien arrive. Son frère lui révèle tout. C’est à cet instant que leur mère, la vraie, arrive. Cette fois ce sont les parents qui enferment les enfants dans leur chambre pour qu’ils n’assistent pas au règlement de compte. Ça se chamaille comme dans un film de Naruse (c’est-à-dire en papotant), ça pleure. Les deux femmes cherchent vainement à convaincre l’autre que les enfants sont les leurs. Quand on demande au mari d’intervenir, il dit préférer ne rien dire justement pour ne pas froisser l’une ou l’autre. Il propose alors un peu pour se dérober de ses propres responsabilités de convier les enfants à la discussion (plus on est de fous…). Pas la peine, ils ont tout entendu. « Papa, maman, je vous hais ; et vous je vous hais encore plus. » Voilà tout le monde est malheureux, c’est merveilleux et nous on pleure parce que ça fait une heure que les scènes se suivent, intenses, avec la bonne musique d’ambiance pour bien accompagner nos larmes. C’est pas vraiment la fin du film, mais c’est tout comme. Dans l’épilogue, on voit que la fille a quitté le foyer, et que le fils attend de rentrer à l’université pour la suivre…

Joli mélo !


Onna no rekishi, Mikio Naruse (1963)

Une histoire de femme

Onna no rekishi Onna No Rekishi une histoire de femme a woman life naruseAnnée : 1963

9/10 IMDb iCM

Réalisation :

Mikio Naruse

Avec :

Hideko Takamine, Akira Takarada, Tsutomu Yamazaki, Tatsuya Nakadai, Yuriko Hoshi

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Le début est un peu difficile, on se perd avec les flash-back, il faut se concentrer pour suivre parce que Naruse ne prend pas trop le temps de bien nous préciser qui est le personnage principal (en même temps le titre devrait nous mettre sur la voie…).

Finalement, l’histoire prend de l’ampleur en s’installant dans une époque, celle de la guerre et le bombardement américain. Ça devient épique (même si on sort jamais vraiment de Tokyo), et surtout, c’est très mélo. Dans le bon sens du terme, ça reste très digne, très mesuré. J’ai pensé à ce moment à Docteur Jivago, un peu comme si le récit adoptait le point de vue de Laura ─ les histoires de femme, c’est toujours plus intéressant.

Les décors sont incroyables avec toutes la tradition du mobilier ou des habillements japonais ; et guerre oblige, pas les plus raffinés.

On retrouve avec plaisir un acteur fétiche de Kurosawa (et du Sabre du mal entre autres), Tatsuya Nakadai. Mais surtout celle, fétiche de Naruse, Hideko Takamine. Rarement vu une si bonne actrice…

Onna no rekishi, Une histoire de femme, Mikio Naruse 1963 | Toho Company