Quand une femme monte l’escalier, Mikio Naruse (1960)

Nuages noirs et rampants, risque d’averse de spleen et d’alcool. Col du bar, ouvert.

Quand une femme monte l’escalier

Note : 5 sur 5.

Titre original : Onna ga kaidan wo agaru toki

Année : 1960

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Hideko Takamine, Tatsuya Nakadai, Masayuki Mori

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Naruse poursuit son travail sur la destruction de la société japonaise à travers la fin des geishas. On a plus affaire ici à des hôtesses de bar. Des call-girls qu’on vient voir dans les quartiers des salons de thé où les geishas traditionnelles se font rares (on n’en verra qu’une d’ailleurs durant tout le film pour montrer la désuétude de son apparence par rapport à celle de ces hôtesses). Même principe en fait : elles doivent faire la conversation et boire avec les clients, et plus si affinités…

Hideko Takamine, toujours au rendez-vous, joue une veuve d’une trentaine d’années obligée de travailler dans un de ces bars discrets souvent situés au-dessus d’autres commerces. Le titre du film fait référence aux marches que le personnage d’Hideko déteste monter pour se rendre auprès de ses clients. Parce qu’elle a horreur de ça. Elle est très belle, beaucoup de clients voudraient être son protecteur, mais comme elle ne tient pas à se donner à n’importe qui, elle reste « prude ». Elle arrive pourtant à un âge où il va falloir qu’elle fasse un choix : chercher un protecteur qui voudra bien se marier avec elle (mais quel homme respectable s’engagerait avec une telle femme, même « prude » ?) ou ouvrir elle-même un bar où elle pourrait accueillir ses habituels clients. C’est tout le dilemme du film.

Quand une femme monte l’escalier, Mikio Naruse (1960) Onna ga kaidan wo agaru toki | Toho Company

Hideko ne semble pas savoir ce qu’elle veut. En fait, elle voudrait bien qu’on décide à sa place. Elle n’a pas vocation ni le caractère à être une femme d’entreprise, c’est une femme au foyer (d’ailleurs on se demande ce qu’elle vient faire dans ce milieu). En secret elle attend que l’homme qu’elle aime vienne la chercher sur son cheval blanc… Son intelligence ne l’empêche pas d’avoir encore des rêves de jeune fille.

Comme d’habitude chez Naruse, il faut un moment pour que les personnages se mettent en place et qu’on comprenne quels sont les enjeux de tout ça (et surtout entrevoir ce que les personnages désirent). Un désir souvent contraint par les lois de la vie, le mariage, l’argent, la réputation… Là, on comprend vite qu’il s’agit d’un jeu à quatre. Hideko au milieu de trois hommes. Après l’épisode d’une amie qui se suicide (un thème déjà présent dans le film précédent), la lumière se fait donc sur les sentiments des personnages, et d’abord sur ceux très confus de ce personnage principal qui ne sait pas elle-même ce qu’elle veut. Celui qu’elle aime sans lui dire est un de ses clients les plus distingués, un banquier, marié, fils de bonne famille, joué par l’excellent Masayuki Mori. Mais lui semble lui porter peu d’attention. Il y a aussi un autre homme, le gérant, qui est aussi son meilleur ami, dont on apprendra seulement à la fin qu’il l’aime aussi, joué par Tatsuya Nakadai. Malgré sa beauté, malgré l’attention qu’il lui porte, elle ne voit rien, mais de toute façon quand il lui dira à la fin du film, elle lui dira que ça ne peut pas marcher (il n’a pas le profil du prince sur son cheval blanc). Et enfin, le client mythomane, un peu fauché, soi-disant patron d’usine, et surtout totalement marié.

C’est avec le dernier, le mythomane, que le mélo commence. Hideko, alors qu’elle commence à réunir l’argent pour monter son bar, un peu résignée donc à monter un genre de commerce qu’elle abhorre mais où elle est sûre d’avoir des clients, se voit donc proposer en mariage par ce bonhomme, franchement pas très beau, mais gentil. Elle finit donc par accepter sa proposition. Finir avec lui, c’est toujours mieux que de rester dans ces bars à vie. Jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’il est marié et qu’il n’en est pas selon sa femme à son premier coup d’essai… « Pourtant, vous êtes jolie, vous n’avez sans doute pas pris au sérieux sa proposition » dira-t-elle à Hideko… Bah si. Première humiliation, l’escalier de la désillusion est encore long à monter.

Elle vient noyer sa misère dans un bar et dans quelques verres de whisky. C’est là que son charmant banquier, accompagné d’une belle geisha comme on en fait plus, la remarque. Elle est ivre. Il congédie la geisha et ramène la belle dans son appartement. Elle lui dit qu’elle l’aime depuis le premier jour, on connaît la chanson…, il en profite pour la peloter, lui dire « je t’aime aussi », et au réveil : « bon ben, il faut que je parte. » « Ah non, reste encore un peu ! » « Non, mais c’est que j’ai été muté à Osaka… » On reconnaît là toute la lâcheté des personnages masculins chez Naruse, comme chez Bergman, comme chez Almodovar… Et puis il lui explique que même s’il restait à Tokyo, sa famille ne comprendrait pas, il est de toute façon bel et bien marié. Bref, le goujat de première. Le rêve s’écroule encore plus pour Hideko, elle qui était restée vertueuse tout ce temps, qui se donne à l’homme qu’elle aime, et qui le voit se barrer aux premières lueurs de l’aube. Encore quelques marches, Hideko, grimpe !

C’est un mélo, alors il faut en rajouter une couche tant que c’est encore possible. Le gérant arrive alors. Sans doute un peu jaloux, il les a vus partir ensemble la veille et a dû veiller toute la nuit en face de l’appartement de sa belle. Dès que le banquier file, droit dans sa lâcheté d’homme marié, il ramène sa fraise pour lui révéler son amour… Les hommes choisissent toujours les meilleurs moments pour annoncer ce genre de choses. « Tu l’aimes ? Je m’en doutais…, mais moi aussi je t’aime ! Marions-nous et ouvrons un bar ensemble. » Un bar ?! mais elle en peut plus des bars, ce qu’elle veut elle, c’est préparer le riz gluant de son petit mari quand il rentre du travail et puis c’est tout, le japanese way of life. Donc elle pleure, elle pleure, et lui se voit prié de quitter les lieux…

Voilà, ça donne l’impression de personnages qui se croisent sans jamais se trouver. Un peu déprimant, mais terriblement juste.

Pas forcément très original dans sa conception, mais dans la réalisation et l’interprétation, c’est parfait. Hideko Takamine, c’est le genre d’actrice, tu la mets au milieu d’une histoire bien mais sans plus et elle te transforme ça en énorme film, comme Gong Li, comme Anna Magnani… Le film est sans doute un peu moins abouti (la fin n’est pas terrible, trop courte), mais rien que pour elle, je crois que je voudrais ce film dans ma pochette de trois cents films sur une île déserte.

En rab, une introduction à un challenge du goulag :

De l’avis général (du mien), Quand une femme monte l’escalier est une porte d’entrée idéale pour s’immiscer dans le monde parfois incompréhensible de ces êtres étranges et rieurs qui habitent une grande île un peu chahutée par des hoquets sismiques. Ne vous étonnez donc pas si dans ces films on y boit beaucoup, si on y rit, et pleure. La femme en question attaque le versant le plus obscur de son bar et ne devinera finalement jamais ce qui s’y cache de l’autre côté. Si elle n’atteint jamais les sommets de ses espérances secrètes (elle aime, oui, elle aime !) et trébuchera dans une rigole de larmes, rafraîchie là-haut par le noir et froid cœur des hommes, eh bien ce sera à vous, téméraires explorateurs de ce challenge, de vous hisser au plus haut, vous livrer à la lumière du seuil, pour découvrir, après cette excursion qui vous aura ripé le cœur et fait fondre les larmes, le monde vaste et fascinant, d’abord d’un Naruse, cinéaste rigolard et taquin préférant se tapir dans l’ombre de ses contemporains (Kurosawa, Ozu, Mizoguchi) et enfin, de tout un cinéma japonais classique.

Le mot pour finir de mon escort-girl du week-end, pas soumise pour vingt sous mais plutôt nippophile, et donc, forcément charmante : « Bien sûr que je connais Hideko Takamine ! Qui ne connaît pas Hideko ne peut se prétendre cinéphile ! Et je vais te dire mon Limounet chéri, je m’y connais un peu en hôtesse de bar — aussi ! — eh ben, Hideko, c’est une championne. La championne ! Une hôtesse trop jolie, ou trop entreprenante, les clients regardent mais ça les met mal à l’aise… Les laides ou les vulgaires, ils les repoussent… Et il y a un entre-deux, qu’on ne peut pas très bien situer ou définir sinon qu’en évoquant Hideko Takamine, qui rend fous les hommes au point d’appeler ces hôtesses de bar par le premier nom qui les a attendris et les a vus grandir : “Maman”. Une femme, dont la beauté du cœur, la lassitude, le désespoir, et une forme de dignité que personne ne pourrait imaginer chez une pute… Voilà ce que c’est Hideko Takamine : un miracle. Une marge fragile et insaisissable, floue, entre le beau ostensible et le laid qui pétille, entre la noblesse qui s’étiole et la bassesse qui aspire. »

Je n’ai pas saisi la suite, elle s’est mise à bailler. Mais l’essentiel était là.

Mon Limounet chéri !


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Courant du soir, Mikio Naruse (1960)

Courant du soir

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Yoru no nagare

Année : 1960

Réalisation : Mikio Naruse & Yûzô Kawashima

Avec : Yôko Tsukasa, Isuzu Yamada, Akira Takarada, Tatsuya Mihashi, Yumi Shirakawa, Takashi Shimura

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Encore une histoire qui se passe dans une maison de geisha et encore plus désespéré qu’Au gré du courant tourné quatre ans plus tôt. Cette fois Naruse y ajoute la couleur Technicolor, mais ce n’est franchement pas plus réjouissant. On est encore à un stade encore plus avancé dans la destruction de la société traditionnelle, et comme toujours la description des maisons de geishas est parfaite pour illustrer cette fin d’un monde de plus en plus occidentalisée.

Naruse nous présente encore cinquante personnages en même temps au début… On peine à y voir clair d’une scène à l’autre ; faire le tri entre les personnages qui deviendront les personnages principaux et les autres. Et puis, le récit se resserre sur quelques personnages, un peu comme pour signifier encore plus la mort, la destruction des choses et des êtres, comme dans un récit du type Dix Petits Nègres ou Alien

Courant du soir, Mikio Naruse 1960, Yoru no nagare | Toho Company

Ça y est, l’occidentalisation des mœurs est là, et ça nous saute à la figure, et l’effet et d’autant plus réussi avec ce Technicolor très agressif. On voit les jeunes geishas se trimbaler en maillots de bain à la piscine municipale, se faire mâter par quatre ou cinq idiots — bref, le Japon comme on l’imagine et le connaît aujourd’hui.

Et puis, au bout d’une heure (enfin), c’est la révolution. On commence à se familiariser avec les personnages principaux, à connaître les enjeux de leur vie, les conflits. Et là, ça sonne comme du Altman, avec toutes ces histoires racontées en même temps, autour d’un même lieu mais avec des personnages différents. Petit à petit, on est alors plus dans du Altman, on tombe (avec bonheur) dans le mélo, avec les bouleversements des révélations. On ne se focalise maintenant plus que sur deux histoires, toutes les deux basées sur un trio amoureux.

D’abord, la mère et la fille sont amoureuses d’un même homme, en secret… le cuisinier de l’établissement, ancien déporté de guerre en Sibérie, et qui aimerait franchement se trouver ailleurs qu’entre ces deux nanas (d’ailleurs, il va finir par se barrer). Ensuite, une geisha, heureuse avec son amant avec qui elle compte se marier (et par conséquent abandonner le métier de geisha une fois qu’elle aura assez d’argent — on ne peut pas être mariée et geisha), mais qui voit l’arrivée de son ancien mari qui a fait un petit séjour en hôpital psychiatrique et qui compte bien la voir revenir avec lui…

C’est une fois que toutes ces révélations sont faites, et que tout le monde sait qui est qui, que le mélo se met donc en place. Les scènes poignantes entre la mère et sa fille qui se disputent un homme (qui lui ne les aime pas) ; le dilemme de la geisha et de son amant pour faire comprendre à l’ancien mari qu’il n’est plus rien pour elle, sans qu’il pète les plombs. Et bien sûr, comme dans tout bon mélo, ça se termine par une tragédie. L’une des histoires se terminant tragiquement ; l’autre restant ouverte, comme pour dire « la société japonaise survit encore, mais pour combien de temps ? ».

Parmi les histoires secondaires du film, il y en a une ou deux savoureuses. Il y a notamment cette geisha qui termine souvent bourrée, avec un caractère bien trempé (signe que les geishas ont bien changé…, elles qui doivent par exemple connaître l’art de la conversation pour distraire ces messieurs qui viennent se détendre dans un salon de thé) : elle se comporte comme une garce et n’hésite pas à renverser deux verres de bière sur ses messieurs quand ils disent quelque chose qui ne lui convient pas. Et encore, la fille d’une des geishas de la maison, qui passe son temps à vouloir se suicider. Ses tentatives paraissent à la fois désespérées et comiques. Le récit n’a aucune pitié pour elle : elle se plante, sa mère arrive et lui dit que si elle veut se suicider qu’elle le fasse proprement, pas en ennuyant tout le monde.

Bref, toujours le même plaisir de retrouver ces incroyables actrices, capables d’exprimer trois cents émotions à la minute. Impressionnant, dur au début, mais captivant au final.



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Au gré du courant, Mikio Naruse (1956) Nagareru

Flowing…

Au gré du courant

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : Nagareru 

Année : 1956

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Kinuyo Tanaka, Isuzu Yamada, Hideko Takamine, Mariko Okada, Haruko Sugimura, Chieko Nakakita, Natsuko Kahara

 

Pas le Naruse le plus réussi, mais comme toujours, si on s’intéresse à la culture et à l’histoire japonaise, on apprend plein de choses. L’histoire est banale : une chronique sur la fin d’un monde (tiens, encore), celui des geishas après la guerre. La société s’occidentalisant, mais aussi à cause sans doute de la guerre qui a ruiné leurs « protecteurs », elles ont du mal à payer leurs dettes dans leur okyia, et les jeunes filles, les apprenties, pensent à faire autre chose ou n’ont pas de talent…

C’est encore parfois compliqué à comprendre si on ne se renseigne pas un minimum sur la vie des geishas (et la traduction n’aide pas vraiment, avec des termes et des concepts intraduisibles), donc il faut s’accrocher.

Il faut l’avouer, le film est surtout illuminé par la beauté douce et désabusée d’Hideko Takamine. On la voit malheureusement trop peu. C’est elle le personnage le plus intéressant du film. Comme dans Nuages d’été, le thème du film est le changement de la société japonaise. Hideko Takamine fait le lien entre les deux époques, les deux Japon. Fille de geisha, elle comprend qu’elle ne peut être entretenue par sa mère et commence à entrer dans la vie active.


Au gré du courant, Mikio Naruse 1956 Nagareru | Toho Company


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Nuages d’été, Mikio Naruse (1958) Iwashigumo

Palette d’artiste

Nuages d’été

Note : 4 sur 5.

Titre original : Iwashigumo

Année : 1958

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Chikage Awashima, Michiyo Aratama, Kumi Mizuno

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Cette fois, pas de véritable drame, ou de mélo, pour Naruse. Il s’agit plus de la chronique d’une famille après la seconde guerre mondiale, et le récit d’un monde qui change. Les parents paysans contre les enfants qui veulent aller travailler à la ville ; les parents qui s’arrangent pour faire des mariages arrangés et les enfants qui sont bien décidés à faire des mariages d’amour. Et entre les deux, la jeune tante, veuve de guerre, qui vit encore avec sa vieille belle-mère et qui travaille dans les champs alors qu’elle envoie son fils à l’université.

C’est elle le personnage central de cette histoire ; sans être omniprésente. Elle sert de lien entre les deux mondes, car elle a compris, plus que les autres parents, les bouleversements du monde d’autrefois. Elle sert aussi d’entremetteuse entre les familles pour marier son neveu, mais elle tombe amoureuse d’un journaliste qui l’aide à trouver une bru à son beau-frère, et qui au départ n’était là que pour faire une étude de la perception des nouvelles lois de succession dans les campagnes où les vieilles traditions sont encore d’usage.

Nuages d’été, Mikio Naruse 1958 Iwashigumo | Toho Company

C’est parfois compliqué à suivre : ça va très vite, et ce n’est pas forcément toujours très explicite, les nouveaux personnages n’étant, le plus souvent, pas du tout présentés… Mais c’est passionnant, Naruse arrive à donner un peu de chair à cette histoire en s’attachant aux personnages. Ni méchant ni héros, rien qu’un conflit de générations et le choc de deux mondes. Le ton n’est jamais d’ailleurs à la confrontation. Tous essayent de dénouer ensemble ce délicat sac de nœuds. Restent le fatalisme et la nostalgie d’un monde qui se meurt, comme des nuages d’été, hauts dans le ciel, rongés par le bleu du ciel sec, comme l’eau de la rizière qui envahit peu à peu les labours…

Ça n’a rien de didactique ou d’austère. Naruse ne fait que montrer, il ne juge pas. Comme dans Le Repas, il adopte une position intermédiaire. Dans Le Repas, la femme finit par accepter de repartir avec son mari ; ici, il reste avec l’image de la tante labourant son champ sous le ciel d’été, pensant à ses neveux qui sont partis, à son amant qui l’a quittée, à son fils qui le fera sans doute bientôt… La musique et le Technicolor ajoutent à la beauté simple du film et à son ton nostalgique. Du Altman en plus poétique, contemplatif. Et résigné face à l’inexorable marche du monde.




Onna no rekishi, Mikio Naruse (1963)

Une histoire de femme

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Onna no rekishi 

Année : 1963

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Hideko Takamine, Akira Takarada, Tsutomu Yamazaki, Tatsuya Nakadai, Yuriko Hoshi

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Le début est un peu difficile, on se perd avec les flashbacks, il faut se concentrer pour suivre parce que Naruse ne prend pas trop le temps de bien nous préciser qui est le personnage principal (en même temps, le titre devrait nous mettre sur la voie…).

Finalement, l’histoire prend de l’ampleur en s’installant dans une époque, celle de la guerre et le bombardement américain. Ça devient épique (même si on ne sort jamais vraiment de Tokyo), et surtout, c’est très mélo. Dans le bon sens du terme, ça reste très digne, très mesuré. J’ai pensé à ce moment à Docteur Jivago, un peu comme si le récit adoptait le point de vue de Laura ─ les histoires de femme, c’est toujours plus intéressant.

Les décors sont incroyables avec toute la tradition du mobilier ou des habillements japonais ; et guerre oblige, pas les plus raffinés.

On retrouve avec plaisir un acteur fétiche de Kurosawa (et du Sabre du mal entre autres), Tatsuya Nakadai. Mais surtout, l’actrice fétiche de Naruse, Hideko Takamine. Rarement vu une si bonne actrice…


Onna no rekishi, Une histoire de femme, Mikio Naruse 1963 | Toho Company


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Le Repas, Mikio Naruse (1951) Meshi

La Dînette

Le Repas

Note : 4.5 sur 5.

Titre original : Meshi

Année : 1951

Réalisation : Mikio Naruse

Avec : Ken Uehara, Setsuko Hara, Yukiko Shimazaki

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Le Repas est le second film présenté sur le câble il y a quelques années dans le cadre d’un cycle Naruse. Et le commentaire qui suit est donc « d’époque ». C’était une vraie découverte, et le début d’une passion folle pour ce réalisateur. Les remarques stupides, naïves sont surtout dues à mon ignorance (l’usage du Cinémascope dans le cinéma japonais est plutôt grossier), et c’est assez savoureux de les relire aujourd’hui (bien que je sois encore capable d’en raconter de belles — ce serait trop triste autrement).


Je n’avais pas été transcendé par Nuages flottants… Un film qui ressemble pas mal à ce qu’il se faisait à cette époque au Japon. Dans la forme, ça ressemble évidemment à du Kurosawa. Mais dans l’histoire, le thème, l’angle, la manière de présenter la fable, ça ressemble bien plus à du Buñuel ou à du Chabrol (en plus maîtrisé), voire du Ozu si on reste au Japon. Kurosawa avait une manière très occidentale de présenter ses histoires (il adorait les westerns, Tolstoï, Shakespeare…).

Le film ressemble à un autre que j’avais beaucoup apprécié de Buñuel, période mexicaine (Tourments, 1953). La même concision (à la Tourneur) avec rarement des scènes qui font plus de trente secondes, le même thème affreusement banal de problèmes de couple, mais qui justement parce que c’est une chose qui touche tout le monde, atteint l’universel. Là encore, le même plaisir de découvrir, comme avec Buñuel ou d’autres, une société totalement étrangère, avec des coutumes qui même après plusieurs films japonais continuent de marquer. On idéalise souvent une société qu’on découvre au cinéma ; c’est au fond ce qu’on fait classiquement avec la société américaine avec leur film, mais c’est en fait la même chose pour tous les cinémas, toutes les sociétés : comment ne pas être fasciné par la société brésilienne en voyant la Cité de dieu, la société polonaise en regardant le Décalogue de Kieslowski, la société française même, en regardant, par exemple La Double Vie de Véronique de ce même Kieslowski ou l’Esquive, la société autrichienne en regardant Funny Games ou Benny’s Vidéo, la vieille société turque en regardant Amercia America, la société chinoise en regardant Vivre, russe avec Partition inachevée pour piano mécanique, canadienne avec de Beaux lendemains, indienne avec un film de Satyajit Ray, hong-kongais avec In the Mood for Love

Il y a d’ailleurs beaucoup de similitudes avec In the Mood for Love. Comme cette scène où la femme marche aux côtés de son cousin, qui n’est pas son amant mais c’est tout comme, et que la caméra les suit en travelling d’accompagnement, à la fois si proche et si lointain comme de jeunes enfants amoureux qui n’osent se prendre la main ; avec cette musique sans cesse présente dans le film, qui souligne comme dans une chanson de geste, comme dans un conte chaque instant du déroulement de l’histoire…

Le Repas, Mikio Naruse (1951) Meshi | Toho Company

Tous ces films, souvent naturalistes, en montrant le quotidien d’une société, en dévoilant toute la complexité des rapports humains derrière la simplicité d’une vie ordinaire, nous montrent toujours autre chose, à nous qui sommes étrangers à ces sociétés, et gagnent paradoxalement en exotisme, là où on imagine bien qu’à la base tout est fait pour limiter les effets “folkloriques”. Ils ont une valeur universelle, parce qu’en s’adressant le plus souvent à leur société, en montrant le quotidien de leurs habitants présents ou passés, ils s’adressent finalement à tous. Voir l’un de ces films, c’est s’émouvoir que rien ne sépare une société, un ménage, du XIXᵉ siècle au japon d’un autre en 1950 au Mexique, ou d’un autre en 1900 en Russie… Qu’importent l’endroit et l’époque où l’on se trouve sur la planète, ses histoires sont toujours les mêmes. Et le plaisir de découvrir ces films, s’ils sont suffisamment maîtrisés, il est justement là : découvrir des mondes inconnus ou lointains, des mondes différents, qui sont toujours ou ont été. C’est le même plaisir que la découverte d’une société de science-fiction… Pas besoin de nous mettre dans un grand huit pour nous faire ressentir de grandes émotions : faire la découverte de personnages qui paraissent si éloignés de nous et se rendre compte qu’ils sont finalement exactement pareils, c’est parfaitement jouissif…

Quel plaisir de voir les Japonais vivre si près du sol. Les Européens ont toujours vécu dans des porcheries. Ils se sont élevés du sol pour être au propre. Les tables et les chaises sont un résidu de nos sols. Et encore, il suffit de voir un film muet pour voir le progrès dans ce domaine. Au Japon, la maison est un lieu de vie “aseptisé”. Dès qu’on entre, on laisse ses chaussures dans un sas et le rez-de-chaussée est une sorte d’entresol, de faux planchers où non seulement on traîne pieds nus, mais où on garde un contact sensuel avec le sol. On mange « par terre », le cul directement posé sur un tatami ou sur un petit coussin, souvent assis en seiza (les fesses posées sur les talons) ou en tailleur. On dort sur des futons, par terre. C’est un usage qui est partagé par de nombreuses sociétés de par le monde, souvent dans les pays pauvres pour des raisons bien compréhensibles, mais un usage qui existe aussi en Occident, il faut le rappeler, pour comprendre notre regard, notre fascination (en tout cas la mienne) sur cette pratique… chez les tout-petits. Un gamin quand il joue, il le fait à terre, on n’a pas encore corrompu nos mômes au point de vouloir les faire jouer sur des tables ; souvent les siestes à la maternelle se font sur des tapis de sol… Et c’est un plaisir tout particulier qui, j’en suis persuadé, favorise le développement de nos sens, de notre équilibre. Et je peux en témoigner, j’ai dormi quelques années par terre en boudant mon lit qui était le stéréotype du lit à l’Occidental : un lit de plus d’un mètre. Parce qu’on méprise tellement nos sols que, non seulement on ne dort qu’à l’étage, mais en plus un matelas ne nous suffit pas ; il nous faut le sommier et les pieds. On s’éloigne de la poussière, mais on crée des monstres sous les lits.

Les Japonais ont donc gardé cette “authenticité”, cette proximité avec le sol en faisant de lui une part entière, importante, de leurs salles de vie. Partager un sol commun, entretenir son sol, le choisir, c’est un peu comme partager une assiette commune avec son voisin, c’est une autre idée du partage, de la communion. Partager et vivre sur un sol commun, c’est profiter à plein de l’hospitalité de son hôte, c’est avoir un lien sensuel avec le reste des membres de sa famille. Et c’est surtout l’étrangeté de découvrir, pour nous occidentaux, d’autres codes de vie. On ne met pas ses coudes sur la table… On n’écarte pas les coudes pour ne pas gêner son voisin… Rien d’indécent ne se passe sous les tables… Il y a tout un système des relations sociales, de politesse, qui sont à découvrir et qui, quand on voit un de ces films, reste pour nous totalement incompréhensible. Nos tables ont fait de nous des êtres coupés en deux. On a conscience de notre corps comme s’il y avait un haut et un bas : c’est ainsi que depuis Descartes nous faisons une distinction entre l’âme et le corps (le “schisme” corporel bas/haut n’est que le prolongement de cette séparation de notre culture entre l’âme et le corps). Il nous est alors tout naturel (et obligatoire) de porter un bas de vêtement, et un haut ; l’idée de porter un vêtement uni serait pour nous une idée ridicule (« le peignoir… ah, ah ! mort de rire… », d’ailleurs, pour nous moquer, on parle bien des Asiatiques et de leurs « robes de chambre »). Ainsi, cette société nous paraît tellement étrangère que tout comme il nous est impossible de déceler le sens d’une phrase en Japonais, d’y déceler le moindre sous-entendu, accent de vulgarité ou de noblesse, de même, tout nous échappe dans leur langage secret du corps. Et ça participe grandement à la fascination qu’on peut avoir en regardant ces films. Le Japon, c’est plus qu’une curiosité anthropologique, c’est de la science-fiction.

Sur le plan formel, avoir des personnages « en pied », assis par terre, c’est en soi déjà un plan rapproché. Le plan coupé, dit « plan américain » (un autre résidu de notre perception du corps coupé par les tables) n’existe pas (ou peu, on passe directement du plan moyen au gros plan). Les Américains ont créé le cinémascope pour rivaliser avec la TV, ils ont saisi l’occasion pour exprimer leur goût pour les grands espaces. Au Japon, il n’est plus question de partir à la quête des grands espaces, mais plus de rentabiliser un espace. Le cinémascope pour un Japonais n’a pas de sens, c’est du gâchis. Un plan doit être ramassé, composé dans sa propre profondeur de champ, non en s’étalant dans la largeur comme un gamin qui chercherait à savoir qui en a la plus grosse… Les pièces au japon sont compactes et rappellent parfois le format d’un livre, d’un livre haïku, accentué par cette écriture verticale japonaise, et les plans dans la pure tradition du 4/3 font plus penser à cela, alors que le cinémascope américain, c’est le format des chéquiers, des cartes de visite, des cartes de crédit, des billets… L’horizontalité, c’est quelque chose presque d’obscène, ça ramène toujours à l’opulence, à la quête de la propriété…, et quand ils ont affaire à la verticalité, c’est encore pour en faire quelque chose d’obscène, comme leurs gratte-ciel qui s’élèvent non pas vers la spiritualité mais comme des phallus géants… Dans ce cinéma, pas besoin de couper systématiquement le corps « à l’américaine » ; car comme au théâtre, c’est le corps même qui dicte la distance de la caméra, de l’œil-objectif : même en « plan moyen » un Japonais qui se met en seiza est en gros plan, on peut le mettre dans un coin du cadre et le plan est déjà tout trouvé. Une caméra posée sur le sol, au niveau de ces personnages, semble plus humaine, plus humble, plus proche. Aucune société n’est finalement aussi cinématographique, photogénique que celle-ci : des plans tout trouvés avec des personnages debout ou assis, une grande densité des objets dans la verticalité, que ce soit dans les intérieurs ou dans ces villes construites sur des plans non unis (un peu à l’image de San Francisco), des décors très proches des acteurs comme dans une maison de poupée où chaque chose est à portée de bras, où chaque décor offre un cadre à l’intérieur même du cadre de l’objectif, donnant ainsi à l’ensemble du film une harmonie. Des portes coulissantes (shoji) s’ouvrent latéralement comme les volets dans les effets de transition des films de Kurosawa. Une porte qui s’ouvre, c’est un mouvement oblique qui est comme une menace, quelque chose qui vient interrompre l’harmonie du cadre, alors qu’un shoji a quelque chose de plus harmonieux, de plus doux — et pourtant son ouverture est souvent brutale, rapide…

Dans ce film de Naruse, donc, pas de grandiloquence, pas d’éclat, pas de grandes épopées ni de grands sentiments. La douceur et la complexité du quotidien comme dans la rigueur et la simplicité d’un poème japonais. Il est juste question d’un couple qui ne se comprend plus. L’incommunicabilité, toujours… Le mari, sans être odieux, traite sa femme un peu trop comme une bonniche. L’élément déclencheur qui va tout remettre en question, c’est l’intrusion dans la vie du couple d’une jolie nièce. On n’est pas dans le drame, donc il ne se passera rien de bien méchant entre le mari et la nièce, mais assez pour éveiller les soupçons de la femme, au moins la faire prendre conscience qu’il y a quelque chose qui cloche. Elle flirte de son côté avec un cousin (« plutôt bel homme »), mais encore, on ne pèche qu’en pensées. La femme décide de prendre du recul en rejoignant ses parents dans la capitale, et on suit les deux vivre chacun de leur côté, comme deux inséparables voués à se retrouver. Rien de rock’n’roll ni de très subversif là-dedans, surtout quand on voit la fin et sa morale très « petit-bourgeois ». Malgré tout, le mari et la femme se retrouvent, il n’existe pas de véritable bonheur, le seul bonheur qu’il puisse exister, c’est celui d’être ensemble, malgré les désaccords, les incompréhensions… Le charme discret de la bourgeoisie, c’est tout à fait ça. Jamais on ne se chamaille. On se parle, mais on ne se comprend pas. Et malgré tout, on sourit. C’est peut-être propre à une époque où il était mal vu de se plaindre, où il fallait accepter son sort (en tout cas pas chez nous où on passe notre temps à nous plaindre…, comment faire des bons films avec des personnages aussi antipathiques que les Français ?). On est toujours entre la tristesse et le sourire. On ne se force pas à sourire. On accepte son sort, mais ce n’est pas pour autant qu’on ne va se priver d’un petit plaisir tout simple comme celui de prendre le bonheur qui passe… « Il ne tient qu’à vous d’être heureux… » Que c’est beau de voir des gens faire autre chose que sauver le monde, devenir quelqu’un, tuer quelqu’un chercher à résoudre un mystère…, des gens vivre simplement, sans que ce soit misérabiliste… Le malheur, comme le bonheur, n’est qu’un état passager et quand elles se surprennent à se complaire dans leur « malheur », c’est là que les Japonaises sourient. « Vous pensez que je suis triste ? »… On ne dit pas « vous pensez que je suis malheureuse ? » Le malheur n’existe pas…, seuls les malheurs de la vie peuvent nous frapper de temps à autre, on y survit la plupart du temps. Il n’y a que des gens tristes… qui sourient. La vie, qu’on habite en Chine à Sydney ou à Madrid, aujourd’hui comme hier, c’est un bonbon qu’on suce qui n’est ni sucré ni acide, mais simplement doux amer et qui dure, dure, jusqu’à la fin…

Meshi, monsieur Naruse, pour cette leçon.




Mikio Naruse

naruse

 
Classement :
 

10/10

  • Quand une femme monte l’escalier (1960) *
  • Frère aîné, Sœur cadette (1953) *
  • La Bête blanche (1950) *

9/10

  • Nuages flottants (1955) *
  • Une femme dans la tourmente (1964) (Tourments) *
  • Le Grondement de la montagne (1954) *
  • Acteurs ambulants (1940) *
  • Le Repas (1951) *
  • À l’approche de l’automne (1960)
  • Comme une épouse, comme une femme (1961) *
  • L’Histoire d’une femme / Onna no rekishi (1963) **
  • Courant du soir (1960) *
  • Le Sifflement de Kotan (1959) *
  • La place de la femme (1962)
  • Les Vicissitudes de la vie II (1937) *

8/10

  • Nuages d’été (1958) *
  • Chez les femmes (1955 Short Film) **
  • L’Étranger à l’intérieur d’une femme (1966) *
  • Chronique de mon vagabondage (1962) **
  • Une femme indomptée (1957) **
  • Bon courage, larbin ! (1931 Short Film) ***
  • Ma femme, sois comme une rose (1935) *
  • Hideko, receveuse d’autobus (1941)
  • Un couple (1953) *
  • Délit de fuite (1966) **
  • Tsuruhachi et Tsurujiro (1938) *
  • Le Cœur sincère (1939)
  • La Rue en colère (1950) *
  • Rapport sur la conduite du professeur Ishinaka (1950)
  • Les Vicissitudes de la vie I (1937) *
  • Cette belle vie (1944) *

7/10

  • La Bataille de roses (1950)
  • Nuages épars (1967)
  • La Mère (1952)
  • Au gré du courant (1956) *
  • L’Éclair (1952) **
  • Après notre séparation (1933)
  • Pluie soudaine (1956
  • Rêves de chaque nuit (1933)
  • Le Fard de Ginza (1951)
  • Sans liens de parenté (1932)
  • Histoire de l’arc au temple de Sanjusangendo (1945)
  • Anzukko (1958) *
  • La Danseuse (1951) ***
  • La Fille dont on parle (1935)
  • Avalanche (1937) **
  • Les Larmes d’une femme (1937) ***
  • Une avenue au matin (1936) **
  • Okuni et Gohei (1952) **
  • Un visage inoubliable (1941 Short Film)
  • Ma mère ne mourra jamais (1942) **

6/10

  • Chrysanthèmes tardifs (1954)
  • Fille, Épouse et Mère (1960)
  • Épouse (1953) ***
  • Toute la famille travaille (1939)
  • Trois Sœurs au cœur pur (1935) *
  • Cœur d’épouse (1956) *
  • Les Descendants de Taro Urashima (1946) *
  • Le Chemin du drame (1944)

5/10

  • La Rue sans fin (1934)
  • Le Chemin parcouru ensemble (1936)

*Films commentés (articles) :

*Films commentés (articles) :

*Films commentés (articles) :

*Films commentés (articles) :

*Films commentés (articles) :

**Films commentés (courts articles) :

**Films commentés (courts articles) :


Autres articles :

Personnages, rapports entre espaces privés et publics, atmosphère chez Naruse, dans La Rue sans fin :


***simples notes :

La Danseuse, Mikio Naruse (1951)

Histoire intéressante, scénario au point (Kaneto Shindo s’y est collé), mise en scène excellente. Mais un sujet et des personnages qui me laissent un peu de marbre. 

Bon courage, larbin!, Mikio Naruse (1931)

Une comédie, un peu comme Ozu à la même époque. Une relation entre un père démarcheur en assurance et son fils. Précision et concision. Pas un plan ne ressemble à un autre, impressionnant. 

Les Larmes d’une femme, Mikio Naruse (1937)

Une jeune mariée sert de bonniche à sa belle famille ; elle tente d’aider la sœur de son homme amoureuse d’un garçon qui se voit refuser le mariage. Mélodrame classique. 

Un peu vain. Si ce n’était pour la présence de Takako Irie, la beauté toute japonaise, avec son visage ovale, son nez étroit et long, et sa petite voix miaulante, il n’y aurait pas grand-chose à en tirer de ses Larmes.

Ma mère ne mourra jamais, Mikio Naruse (1942)

Bon film mais qui finit par être pollué par les bonnes intentions, la morale et les valeurs d’abnégation et de travail propre à un cinéma de propagande (on est en 1942). Le film ne tombe jamais dans le pathos, on loue l’individualisme quand il est conçu pour aller dans le sens de la patrie, les excès romantiques. Tout esprit négatif ne serait pas bon pour le moral des troupes. Cette dignité et ces valeurs seraient tout à fait acceptables dans ce contexte mais on ne peut si facilement se défaire des intentions trop marquées de la propagande.

Épouse, Mikio Naruse (1953)

Le calque de Meshi. Petit drame de couple qui ne peut plus s’entendre. Problème : le personnage féminin principal est trop antipathique (il vaut mieux voir des hommes lâches et coureurs plutôt que des mégères qui n’aimant plus leur mari lui refusent à la fois maîtresse et divorce).

Mikio Naruse