Tsuruhachi et Tsurujiro, Mikio Naruse (1938)

Tsuruhachi et Tsurujiro

Tsuruhachi TsurujirôAnnée : 1938

Réalisation :

Mikio Naruse

Avec :

Kazuo Hasegawa
Isuzu Yamada
Kamatari Fujiwara

8/10 IMDb iCM

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Limeko – Japanese films

L’amour, c’est simple et c’est compliqué. Duo classique de l’homme et de la femme un peu condamnés à travailler ensemble, s’aimant à la folie sans le dire… et passant à côté de cet amour. Tout aussi classique, le contexte : c’est un peu les Stone et Charden du shamisen (luth japonais) ; lui récite-chante, elle, l’accompagne au shamisen. Le duo a un grand succès, seulement voilà… ils n’arrêtent pas de se disputer (un couple quoi).

Romance somme toute assez convenue (assez semblable à New York New York, Adieu ma concubine[1] — mais ici pas de contexte historique pour ajouter du mélodrame : ça s’envoie pépère des saloperies sur le tatami et on part en claquant la “porte”), mais l’exécution est parfaite. Rien déborde ; à chaque scène une nouvelle situation, et le tout souvent ponctué par des intermèdes de leur représentation. Incroyablement dense (respect strict d’une unité d’action, et chaque séquence représente souvent une période différente du “couple”, donc ça avance très vite et on est focalisé sur la même chose).

Le film m’a assez fait penser également à La Chanteuse de pansori[2] (gros hit coréen à son époque — sorte de Choristes coréen, en mieux bien sûr). Même type de rapport entre les deux artistes (élevés ensemble auprès d’un maître)  ; et surtout deux arts particulièrement proches. On est plus proche de la chanson de geste que du récital. Ici, c’est l’homme qui chante (ou récite) alors que dans la Chanteuse… c’est dans le titre. L’autre accompagne, soit du tambour (en Corée) et ici du shamisen. Ce qui est compréhensible, vu que c’est un art itinérant (l’instrument lui-même apparemment est né en Chine, comme pas mal de chose au Japon) et forcément les idées et les pratiques sont allées d’un côté à l’autre. Dommage que la chanson de geste ait elle totalement disparu en Europe. C’est assez amusant de voir qu’aux mêmes périodes d’un bout à l’autre de la planète on adoptait les mêmes usages artistiques, signe sans doute d’un art très ancien…

Isuzu Yamada (qu’on voit essentiellement dans les Mizo) est excellente comme d’habitude, mais ce n’est pas encore Takako Irie (et ses yeux de madeleine), voire Ranko Hanai et son sourire charmant qui lui fait plisser les yeux quand on lui demande le sel (il est vrai qu’il est plus facile d’oublier un visage quand on a tourné dans Un visage inoubliable, court métrage “propagandiste” de Naruse).

Avant de s’intéresser aux destins des femmes modernes et de l’adaptation des geishas dans un monde de plus en plus occidentalisé, Naruse avait un autre thème de prédilection, celui des petits acteurs, des troubadours… (les geishas, c’est le même sujet), à moins que c’était un thème assez répandu à l’époque (Ukigusa par exemple). On retrouve d’ailleurs ici un des acteurs des Acteurs ambulants[3] (qui joue l’assistant, le rabibocheur, le confident).


[1] Adieu ma concubine

[2] La Chanteuse de pansori

[3] Les Acteurs ambulants