Mikio Naruse un maître du cinéma Japonais, Audie E. Bock (1983)

Mikio Naruse un maître du cinéma Japonais (1983)

Entre dépliant d’opérette et catalogue indigeste

Vous voyez ces petits dépliants qu’on nous refile à l’opéra ou au théâtre pour qu’on comprenne mieux ce qu’on nous présente ou pour nous faire patienter ? Eh ben là, c’est un peu la même chose, sauf qu’au lieu d’avoir ça sur une œuvre, on l’a sur tout une filmo. Exhaustif oui, et inutile. Deux pages de préface de Max Tessier, puis 25 pages d’introduction par l’auteure (où elle s’attache à trouver des thèmes récurrents chez le cinéaste… le bon ragoût flétri typique des critiques et universitaires, comme si on ne pouvait apprécier des œuvres que pour elles-mêmes et qu’il fallait les mélanger dans une soupe unique pour en comprendre le sens et le goût). Le reste, c’est plus de cent pages catalogues de type wikipedesque (réal, prod, studio, décorateur, type de matériel utilisé pour le café…), de longs résumés (quand elle a vu les films) et une référence sur dix lignes à ce que pensent les deux ou trois revues d’époque ou les copains narusophiles (au nombre de 3 en 1983 — réunion deux fois par an dans un restaurant français de Manhattan, chacun payant à tour de rôle). Pour le meilleur, on a droit, quelques fois (sans que je puisse comprendre d’où elle tirait ça), à deux lignes de Naruse concernant le film en question. Ainsi saura-t-on qu’il appréciait les Acteurs ambulants et que White Beast a été interrompu deux ans à cause de la grève des techniciens.

Ça fait très peu en anecdotes de tournage ou en information. Reste que c’est assez amusant de voir la permanente cacophonie des critiques d’époques sur les films, voire l’extrême nullité de ce qui est reproché ou apprécié chez le cinéaste. Un critique n’est certes pas un technicien jugeant objectivement de la qualité d’un film (ce serait d’ailleurs impossible), et juste un cinéphile de plus exprimant ses goûts, ses préférences pour telle ou telle chose. Parfois, Audie Bock ne fait pas autre chose, allant même jusqu’à se citer elle-même pour un ouvrage paru cinq ans auparavant (ça sonne bizarre quand un auteur parle de lui-même à le troisième personne), ou à adouber tel ou tel commentaire de la Kinema Junpo ou d’un Richie par exemple.

Autant lire des autobiographies. Quitte à se citer soi-même et à travestir la réalité, autant que ce soit fait par quelqu’un dont le travail nous intéresse. Pas la peine de passer par les dépliants publicitaires de l’opéra chourés à l’accueil alors qu’on a aucune place… Intérêt très limité. En 1983, ça pouvait servir de catalogue ; aujourd’hui, on a Internet. Moi aussi, en un clic, je peux passer chronologiquement d’un film de Naruse à un autre.