Quels sont les films marquants de votre vie de cinéphile ?

Question posée par curiologie sur son blog qui en a fait une liste doc.

Contexte

Quand tu es jeune cinéphile, des claques monumentales, tu en prends tous les jours. Beaucoup sont dans la liste. Après dix ou vingt ans de visionnage, les surprises se font plus rares, on s’attache probablement alors plus à des films moins connus mais qui parlent de sujets qui remuent des choses personnelles en nous. Des films moins universels, mais peut-être des films qui arrivent à nous faire à nouveau sentir tout petits face à eux, et qui pourraient presque être des guides ou des jalons dans notre vie.

Dans les films américains, je pourrais citer :

— La Rumeur

— L’Étrange Incident.

Deux films sur notre capacité un peu trop rapide à juger, à désigner des coupables et à nous croire vertueux.

Le Plongeon aussi m’avait marqué longtemps et impressionné par sa capacité à ressembler à aucun autre : sorte d’allégorie crépusculaire racontée comme un jeu d’obstacles trivial, onirique et absurde.

Dans les films japonais :

— Le Faux Étudiant

— Samouraï (d’Okamoto)

— Kiri no hata

Deux films sur l’injustice (sociale ou judiciaire) et un sur le travestissement (ou le relativisme) de l’histoire.

En Europe, je citerai :

— Les Dimanches de Ville d’Avray

— Une vie difficile.

Deux films très différents, mais qui traitent tous les deux à leur manière des conséquences des pièges des ‘apparences’ (et de la pression sociale qui les accompagne) dont on peut parfois être tragiquement victime (et je suis pas loin de penser qu’on est pas loin des sujets cités plus haut).

Les « pansori » :

Il y a aussi des films qui m’ont surtout permis une plus grande ouverture au monde et qui ont été l’occasion d’ouvrir, là, des portes vers de nouvelles filmographies :

— La Chanteuse de pansori (folklore coréen d’un art au bord de la disparition, et dont le film a permis de raviver la flamme)

— Le Repas (qui m’a amené aux shomingeki, les films sur la classe moyenne japonaise qui n’étaient pas destinés à l’exportation)

— La Complainte du sentier (qui est un rapide coup d’œil vers une galaxie culturelle encore largement inaccessible aujourd’hui).

Bonus

Si on parle cette fois des films marquants de mon enfance (et pour échapper au film des années 60 un poil sur-représentés ici), dans l’ordre ça pourrait donner :

— E.T (vu au cinéma tout petit, j’ai imité pendant des semaines l’extraterrestre en disant : « ET téléphone maison »)

— RoboCop (j’avais traîné ma famille au cinéma, et j’étais le seul à ne pas avoir l’âge légal pour le voir ; je me suis rattrapé quand un ami m’a prêté une K7 du film vue des dizaines de fois quelques années après — un luxe pour moi, c’était une K7 du commerce, le magnétoscope ne servait à l’époque qu’à enregistrer des programmes)

— La Fureur de vaincre (après ça, j’ai fait autant de jour de cours de karaté que de jours à l’université : 1, et puis basta ; résultat aussi de soirées passées seul avec une vieille TV qui recevait mal la nouvelle chaîne M6 où passait ce genre de films, ou sur feu la 5, — le luxe alors, c’était de disposer très tôt d’un bureau à côté de ma chambre pour regarder la télévision tout seul, les parents regardant leurs trucs au salon ; est-ce que le luxe, c’est d’avoir les derniers objets de la société de consommation ou c’est avoir de l’espace pour soi ?)

— L’Empire contre-attaque (vu dans des conditions similaires ; quelques années plus tard, je l’enregistre un soir où j’ai des répétitions pour une pièce au lycée, je manque les dix premières minutes, mais j’étudie toute la composition du film plan par plan — j’ai encore tout ça dans un classeur… ; à signaler qu’à l’époque, Lucas refusait qu’il y ait des K7 de ses films, les passages à la télévision étaient donc rares)

— Danse avec les loups (vu au cinéma avec ma classe ; le soir je raconte tout le film à table… en ne me rappelant plus de la fin ; à cette époque, mon frère ne mange déjà plus avec nous ; j’en ferai de même quelque temps après ; le luxe, c’est aussi de ne plus avoir à subir ses parents au dîner et de pouvoir se préparer des pâtes comme on veut en regardant Star Wars)

— Terminator (comme pour Alien, j’ai fantasmé sur le film bien avant de le voir ; un plaisir de spectateur impossible aujourd’hui ; et probablement toujours soit sur la 5 soit sur M6)

— Fatale (fin de collège, des amies m’invitent au cinéma dans un cinéma des Ulis, on ne sait pas quoi voir, on choisit au hasard, et on tombe sur un film avec Jeremy Irons qui court à poil dans les escaliers après Juliette Binoche ; je découvre ce jour-là sans doute les ‘joies’ des films d’auteurs)

— À bout de souffle (je deviens sans doute cinéphile à ce moment-là, quand je m’abonne à Télérama et que pour la première fois je choisis les films que je veux voir, et que je note tout dans un classeur ; j’ai laissé le bureau d’à côté et sa vieille TV de la fin des années 70 pour une télévision Phillips… noir et blanc ; j’ai vu pas mal de classiques, même en couleurs, en noir et blanc à la télévision à cette époque, sur Arte, au cinéma de minuit ou dans les divers ciné-clubs de France 2 et la Cinquième)

— The Blade (peut-être le dernier film qui me rattache à mes goûts d’enfance à l’époque où je regardais les films de Bruce Lee ; j’oblige deux potes à voir le film avec moi, passion non partagée ; l’un d’eux prend tellement mes recommandations au sérieux qu’il gardera des années ma K7 de Partition inachevée pour piano mécanique sans jamais le regarder)

Ensuite, je suis devenu vieux, j’ai regardé les films sur PC couleurs pour voir des films en noir et blanc, et j’ai continué à me faire des pâtes avant de mâter cinquante fois L’Empire contre-attaque. Vingt ans après des années de cinéphilie et de découvertes, ça se résume en quelques pages.