Un monde nouveau, Vittorio De Sica (1966)

Un monde nouveau

Un mondo nuovo Année : 1966

Vu le : 20 février 2020

7/10 iCM TVK IMDb

Réalisation :

Vittorio De Sica


Avec :

Christine Delaroche, Nino Castelnuovo, Pierre Brasseur

Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Comme Les Séquestrés d’Altona que De Sica tourne quatre ans plus tôt, le ton peut au premier abord étonner tant il se place dans le registre du sinistre. Pas de tragédie pour autant ici, sinon de celui d’une grossesse non-désirée. De Sica semble vouloir recueillir l’air du temps, celui des nouvelles vagues européennes et des sujets brûlants. Lui et Cesare Zavattini arrivent parfaitement à dépasser l’écueil d’une telle ambition, et si pour l’occasion le duo retrouve une forme de réalisme dans la capitale française (jamais loin du mélodrame), De Sica évite les effets de formalisme à la mode et se concentre sur son sujet.

L’habilité des deux Italiens, pour commencer, consiste à raconter l’histoire d’un coup de foudre, quasi animal puisqu’il va jusqu’à un rapport sexuel dès les premières minutes. On croit relativement bien à ce coup de foudre, De Sica jouant essentiellement sur l’attirance magnétique des acteurs, sur les regards, sur l’incompréhension presque de ce qui arrive à ce jeune couple se trouvant ainsi inexplicablement attiré l’un par l’autre. Aucun jugement moral, De Sica semble même clairement démontrer qu’une telle situation est possible sans que leurs auteurs en soient pour autant des dépravés, ce qui était probablement encore reconnu comme immoral et tabou en 1966. C’est très bien montré : la fille n’a rien d’une fille facile, et l’homme n’a rien d’un séducteur opportuniste ou d’un violeur.

Pourtant, ce rapport sexuel imprévu va bouleverser la jeune fille étudiante en médecine et quittera brusquement la fête où elle avait croisé cet homme, jeune photographe. Au point qu’ils se perdent de vue. La jeune fille prend alors peur et se rend vite compte qu’elle est enceinte. Un drame évidemment pour une étudiante ne connaissant pas le père de son enfant. Ce qu’elle ignore, c’est que le photographe de son côté essaiera pendant des semaines de la retrouver en écumant les facs de médecine. Il l’avoue : il aime cette jeune fille avec qui il a couché une seule fois et qu’il n’a pas revue depuis.

Quand ils se retrouvent, De Sica sait encore une fois parfaitement mettre en scène l’amour, celui des regards incertains, de la sidération, de la peur, et du magnétisme incompréhensible qui saisit les amoureux victimes d’un coup de foudre. Mais déjà le ton est dramatique, retenu, la musique a même un petit quelque chose d’expérimental, signe que le réalisateur, derrière le roman-photo tournant au vinaigre, insuffle à son film une tonalité noire voire distante et volontairement sinistre.

Après le bonheur des retrouvailles, vient le temps de l’annonce de la grossesse. Le jeune photographe réagit comme tous les imbéciles à cette époque et à bien d’autres : ce n’est pas possible d’assumer un tel fardeau à son âge. Il dit même : « Nous disposons relativement de peu de libertés dans ce monde, dès qu’on a un enfant, on n’en a plus aucune. » D’un film sur l’amour fusionnel (le coup de foudre), cela devient un drame de jeune couple, du déchirement, des premiers conflits en individus adultes. On n’est pas tout à fait dans l’incommunicabilité à la Antonioni, mais on s’en approche. Zavattini avait l’ambition de faire un jour un film sur rien (chose que fait admirablement Antonioni), mais il ne s’y risque pas ici et se rassure en proposant à De Sica une partition bien scénarisée avec les échanges dialogués et les évolutions dramatiques d’usage. Le jeune photographe par exemple dira une autre phrase marquante : « On s’aime, et puis on découvre qu’on n’a rien en commun ». Magnifique définition du second stade de l’amour, celui des déceptions, celui que les amoureux doivent apprendre à dépasser pour s’aimer autrement et construire ensemble quelque chose, en particulier accepter un enfant qui vient et qui sera alors peut-être un temps plus libre qu’eux.

Mais les deux amoureux ne s’entendent pas, ou de moins en moins, et cela, même sans se le dire. On le devine. Parce qu’en apparence, ils s’aiment encore et disent vouloir s’entendre et résoudre cette situation ensemble. Comme l’enfant que la jeune étudiante porte en elle, les conflits et les désaccords restent comme encore abstraits. Ils se mettent d’accord finalement pour un avortement après avoir un temps évoqué le mariage (c’est la décision de l’homme qui prime, clairement), et puis, face à l’attention factice des avorteuses tournant vite à l’insolence de grandes donneuses de leçon, elle prend peur et y renonce.

Je ne pense pas qu’on puisse y voir là un film ni féministe ou ni anti-féministe, au contraire, la réussite du film est de présenter les enjeux, et de surtout montrer la réalité des difficultés liées à la possibilité d’un avortement en 1966 dans un pays où la pratique est encore clandestine, sans tomber dans le piège du film à thèse. Au moins, le film pose les bases pour une bonne compréhension de la situation des femmes souhaitant se faire avorter à une époque où la pratique est encore illégale, parce qu’il montre une réalité sans porter de jugement sur le fond. Le drame au final devient presque plus le désaccord des deux amoureux sur une décision qui scelle leur avenir, quoi qu’ils en décident, commun, et donc, un peu moins libre qu’ils ne l’étaient avant de se rencontrer. Il y a toujours des conséquences à l’amour, et la première d’entre elle, c’est peut-être de faire le deuil de son insouciance, de son individualisme.

Un monde nouveau, Vittorio De Sica (1966) | Compagnia Cinematografica Montoro, Sol Produzione, Les Productions Artistes Associés

Un beau film. Peut-être inabouti, ou étrange comme son prédécesseur de 1962, mais un bon et beau film qui mériterait d’être redécouvert.

La seule interrogation me concernant, c’est de savoir s’il existe une version française non doublée. Seul l’acteur principal étant Italien dans le film, il serait plus logique de pouvoir disposer d’une copie française… Le film étant rare, on s’en contentera.

À noter l’apparition de quelques vedettes vieillissantes dans les seconds rôles : Pierre Brasseur, George Wilson, et sauf erreur de ma part, la paire flippante d’avorteuses, Madeleine Robinson et Isa Miranda.

Rien n’est trop beau, Jean Negulesco (1959)

Rien n’est trop beau

The Best of Everything (1959)

Réalisation : Jean Negulesco

Avec : Hope Lange, Stephen Boyd, Suzy Parker, Joan Crawford, Louis Jourdan

iCM TVK IMDb | Vu le 11 mai 2019 | 7/10

MyMovies: A-C+

 

Assez similaire à La Femme de là-bas d’Hideo Suzuki vu il y a deux mois. On peut imaginer, vu les similitudes, que le film japonais soit largement inspiré de celui-ci.

On entame une période douloureuse pour Hollywood, celle de la fin du code Hays, de la concurrence avec la télévision, et pour nous cinéphiles, celle des films des diverses nouvelles vagues prenant leur essor à l’orée de la nouvelle décennie. Si certains films de grands cinéastes américains de cette époque donnent le ton, il faut reconnaître qu’on retrouve dans toute la production hollywoodienne ce même penchant pour des excès parfois incontrôlés. On craint donc le pire quand au générique tout sent déjà le prémâché, tout scintille et dégouline derrière la partition orchestrée par Alfred Newman. Tout cela alors qu’une simple secrétaire, belle comme une gravure de mode, sort de la foule pour pénétrer dans un grand building où une grande partie de l’action du film se jouera. Ce ne sera probablement là qu’une des seules images tournées en extérieurs du film.

Le sujet semble bien ancré dans la réalité, mais la mise en scène en fait déjà des tonnes, et on imagine mal le sujet imiter l’audace de Baby Face, par exemple, dans lequel Barbara Stanwyck s’imaginait en bas d’un même immeuble gravir un à un les étages jusqu’au sommet grâce aux faveurs qu’elles accorderaient aux hommes. Pourtant, si la suite demeure dans les clous de la bienséance, tout du moins du point de vue du code et des bonnes mœurs, il faut noter la justesse pour ce qui est de la peinture sociale et psychologique d’une époque. Le constat sur les rapports hommes femmes au travail est plus d’un demi-siècle plus tard, après une révolution sexuelle et après des avancées certaines en matière d’égalité, quasiment identique.

Avec la différence sans doute qu’aujourd’hui les sujets de l’inégalité ou des diverses mufleries dont sont capables les hommes de pouvoir, si on en parle beaucoup et si les mentalités ne semblent pas beaucoup changer, eh bien, je doute qu’ils puissent être encore abordés au cinéma avec la même rigueur et approche objectives. Un tel film ne pourrait être autre chose de nos jours que partisan, dénonciateur, voire lourdement inquisiteur. Il enfoncerait les portes ouvertes, prendrait délibérément le parti des victimes, sans nuances possibles, tombant dans la caricature, et finalement n’expliquerait en rien les dilemmes et enjeux posés à une société ainsi gangrenée par le sexisme. De cette génération de mamies, de leurs luttes, il en reste aujourd’hui quelque chose. Même si les hommes n’ont pas tous changé, et s’ils continuent de profiter quand ils l’ont du pouvoir qu’ils peuvent exercer sur des femmes, qu’elles soient désireuses tout comme eux de tirer profit d’un rapport sexualisé ou qu’elles soient entièrement victimes, les années qui suivront dans cette génération serviront au moins à garantir un certain nombre de progrès en matière d’égalité. Il faut croire que parfois les usages législatifs prennent de l’avance sur les mœurs. À moins que ce soient les nouvelles générations qui aient opéré un recul par rapport à leurs aînées…

Qu’y trouve-t-on donc ici ? Trois personnages principaux féminins. Trois secrétaires. Trois parcours sentimentaux et professionnels.

La première est plutôt ingénue et multipliera malgré elle les situations embarrassantes, les malentendus, et qui sera, presque classiquement, la victime d’un fils de bonne famille lui faisant d’abord miroiter le mariage avant de chercher insidieusement à la faire passer par la case avortement. Celle-ci, on lui pince les fesses, on lui propose de rester plus tard pour travailler, de la raccompagner, et malgré sa grossesse contrariée, c’est un peu the girl next door, la secrétaire classique, gentille et jolie, mais bas de plafond au point de devenir à tout bout de champ une cible facile pour les baratineurs de tout poil.

Vient ensuite la secrétaire de circonstance rêvant de percer sur les planches. Celle-ci, au contraire de la première, est plutôt futée, elle n’a même aucun remord à se faire porter pâle pour auditionner pour un rôle, seulement l’intelligence n’est pas le talent, et si elle fait preuve de caractère pour en dénicher un, elle ne renonce pas à assurer son avenir (ou un simple rôle) en acceptant les avances à peine voilées du metteur en scène : elle sait ce qu’elle fait, elle le fait sans doute par lassitude de ne jamais décrocher aucun rôle, mais les conséquences inattendues de son carriérisme, loin des clichés et des facilités, seront terribles. L’intelligence est une chose, le sentimentalisme une autre ; et aimer pour ce genre de femmes peut se révéler être un poison parce que l’amour semble bien leur ramollir le cerveau et les rendre dangereusement obstinées.

La dernière des trois, c’est aussi notre personnage principal. Elle est belle, qualifiée, éduquée. Elle est ambitieuse et connaît sa valeur. Elle aussi est sentimentale : son prince charmant, amour d’enfance, part pour affaire à Londres, et elle pense encore à la possibilité d’une relation longue distance. On la voit peu à peu gagner en responsabilité dans cette maison d’édition grand public. De secrétaire, elle passe lectrice, et finira éditrice. Si elle est ambitieuse, elle n’est pas prête à tout pour réussir, du moins pour commencer, mais elle n’aura pas à se rabaisser comme son amie actrice, par chance peut-être d’être promue assez rapidement, et est assez habile pour repousser les avances grossières de ses supérieurs. C’est sur ce dernier point que les similitudes avec le film de Suzuki se font le plus sentir. Il y a une certaine dignité dans ce genre de personnages ; certaines féministes diraient une résignation. Elle marche droit dans la tempête, sans s’arrêter ni se rebeller (à la première main au cul). Image de la réussite de la femme dans la société, un modèle de vertu, mais pas une idole combattante pour les féministes des années à venir. Le fruit plutôt d’une société occidentale prônant des valeurs comme l’individualisme et la réussite professionnelle. À côté de ces émois professionnels, assez lisses et sans accrocs, la vision qui nous est rapportée de sa vie sentimentale est au contraire plutôt cynique et juste (contrairement à ses deux amies, son histoire échappe au tragique ; elle est cyniquement banale, on dira). Son jules se marie avec une fille de bonne famille capable de lui assurer un avenir professionnel radieux, et quand il vient lui rendre visite à New York, c’est pour essayer de faire d’elle sa maîtresse. Elle comprend d’abord qu’il veut divorcer, parce qu’il lui assure que c’est elle qu’il aime, et ne pense pas un instant qu’il puisse dans son esprit séparer la raison sentimentale et matrimoniale. Elle comprend sur le tard que pour un homme de ce genre, il y a les sentiments (qui pourrait sans doute cacher plus trivialement chez eux un simple appétit sexuel) d’un côté, et la carrière, de l’autre. Un mariage n’est qu’une façade, un tremplin potentiel, pour avancer sur la voie du succès. Heureusement pour elle, il y a un collègue, un peu porté sur la bouteille, fêtard, qui semble être de prime abord un énième homme à femmes, avec qui elle sympathise tout au long de son histoire et qui paradoxalement pourrait être le bon (la justesse dans l’écriture, c’est de ne pas tomber dans les facilités des stéréotypes ou des accusations). Si tous les hommes semblent être malhonnêtes dans le monde qui est décrit ici, lui ne semble pas déroger à la règle. Une seule chose peut-être le différencie des autres : la lassitude de sa vie menée, le besoin réel de trouver son âme-sœur. Les femmes attrapent sans doute les hommes ainsi, à l’usure… Un homme est fait pour être infidèle et menteur, mais arrive un moment où il a besoin de se poser et de cesser de jouer les séducteurs… Le repos du guerrier… (et du mufle). Assez juste, et pas forcément flatteur pour les hommes ; parce qu’une fois casé, reposé, assuré de retrouver sa petite bourgeoise tous les soirs dans son cocon pour s’occuper de sa progéniture, il repartira de plus belle dans l’espoir de se vider les bourses dans le premier vagin sur pattes venu. Et avec les mêmes mauvais tours affligés aux femmes.

En retrait de ces trois parcours de femmes, celui qu’interprète Joan Crawford n’est pas moins intéressant. Elle représente la femme ayant réussi dans un monde d’homme, mais qui paie son succès d’une solitude voilée : une aridité sentimentale voire amicale, qui la rend d’abord cassante et crainte par les secrétaires travaillant pour elle. En réalité, on comprendra peu à peu sa détresse, on imaginera les sacrifices accomplis pour en arriver au sommet, et on finira par la trouver sympathique (voire un peu pathétique) quand elle remettra sa démission : se voyant vieillir, elle se rappellera de la proposition d’un homme qu’elle avait autrefois refusée. Cela pourrait ressembler à une nouvelle résignation, et à un mauvais signal envoyé aux femmes (la femme à succès type, dont on pourrait dire qu’elle est passée à côté de sa vie familiale, et qui renonce au bout du compte à sa carrière pour mener une bonne petite vie bourgeoise auprès d’un homme qu’elle n’aime pas), sauf qu’elle reviendra peu de temps après (le tablier de bonne mère de famille qu’on se résigne à endosser n’est peut-être pas taillé à notre mesure après toute une vie à se convaincre qu’on est fait pour autre chose). Il ne faudrait donc pas trop se hâter à vouloir tirer une morale et des intentions cachées derrière ces différents portraits. Si le film est juste, c’est qu’il se limite comme il faut à établir le constat d’une époque, pas à chercher à en tirer des conclusions.

Les hommes dans tout ça ? Des lâches, des obsédés sexuels, mais aussi des enfants : ce côté joueur, dangereusement puéril que certaines féministes reprochent aujourd’hui à leurs aînées de ne pas s’en offusquer suffisamment. Il est fort à parier que la vision contemporaine du personnage de l’éditeur, séducteur, joueur (à en pincer les fesses de ses secrétaires), ne passe plus comme autrefois. La persistance dans ses agressions passerait aujourd’hui pour du harcèlement. Pourtant, tel qu’il est interprété, il demeure toujours sympathique aux yeux du spectateur, et la mise en scène, le récit même, semblent nous dire que tout cela ne prête pas à conséquence (même quand hors-champ une employée finit par lui répondre par des gifles). Un goujat profitant de sa position ne serait encore ici qu’un enfant mal élevé cherchant à jouer (au docteur). On imagine donc bien le hiatus entre deux générations de femmes et de féministes : celles de cette époque ayant lutté durement pour leurs droits, et les autres, jouissant précisément de ces nouveaux droits acquis (l’ignorant parfois), et en guerre, elles, contre les comportements déplacés de leur contemporain masculin, au point de ne pas comprendre que ces aînées (anciennes combattantes parfois des luttes féministes) refusent de se révolter comme elles contre ce qu’elles (les aînées) jugent puérils et anecdotiques face aux problématiques plus sérieuses pour lesquelles elles luttaient alors.

Dernière chose sur eux, les hommes : qu’ils soient corrects ou mufles, la même constance : si un homme peut s’intéresser (sexuellement et sentimentalement) à une femme sans position, sans richesse, il en sera tout autre pour une femme vis-à-vis d’un homme. Les hommes présentés ici sont certes des salopards dont les femmes peuvent bien se plaindre, il faut noter qu’aucune de ces femmes ne portera jamais les yeux sur un homme sans argent ni position. Elles peuvent dire qu’elles ne cherchent « qu’un homme qui les aime », en réalité, elles ne fréquentent que des hommes, riches et bien placés, qui leur courent après (metteur en scène, fils à papa, cadres). Si on ne veut pas être du gibier, peut-être faudrait-il songer aussi à chasser. Si une femme ne postule jamais à un poste dans la vie professionnelle (et attendra une promotion, acceptera sans discuter du salaire, etc.), il est aussi à remarquer qu’une femme (du moins celles décrites dans ces histoires) ne « postule » pas plus quand il est question de trouver l’homme de sa vie et que leur choix s’arrêterait presque toujours sur un type d’hommes bien particuliers (de ceux qui ne font pas de la figuration). Les hommes sont volontaires, opportunistes, ambitieux, audacieux et à l’occasion trompeur ; les femmes attendent qu’on leur offre des fleurs… Et là, on est bien encore dans les conventions du code : les femmes du pré-code étaient bien plus audacieuses, entreprenantes, chasseuses que celles décrites ici ou que n’importe quelle femme qu’on pourrait voir encore aujourd’hui au cinéma. En un siècle, les droits des femmes ont avancé, mais les libertés prises par elles en matière de séduction ou d’entrepreneuriat au sens large ne semblent pas avoir tant évolué que ça. Et pas sûr que ce soit la faute des hommes cette fois. Dans « entreprendre », il y a « prendre », pas « se laisser saisir pour disposer ensuite ». Au niveau professionnel ou sentimental, il serait temps ainsi que les femmes apprennent à « proposer », c’est-à-dire aller au-devant de leurs désirs plutôt qu’attendre que d’autres (souvent des hommes) viennent à leur imposer les leurs (parfois avec insistance), et voir si elles peuvent alors s’y conformer. Cesser de ne postuler que pour les rôles de secrétaires, de maîtresses et de bonniches en somme. Ça ne devrait pas être si compliqué, les hommes ne sont que des enfants turbulents finalement : ils se font une raison quand on leur fait comprendre qui est le patron.

 

 

Les Plaisirs de l’enfer, Mark Robson (1957)

 No dolls, no valley

Peyton Place

 Peyton PlaceAnnée : 1957

Réalisation :

Mark Robson

8/10 lien imdb   lien iCM
Listes :

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Avec :

Lana Turner
Lee Philips
Lloyd Nolan
Arthur Kennedy
Russ Tamblyn
Terry Moore
Vu le : 25 janvier 2017

Brillant. On retrouve paradoxalement pas mal d’éléments de La Vallée des poupées[1] (un paradoxe parce que La Vallée est une torture). La fine couche qui sépare parfois ce qui est subversif et ce qui est vulgaire…

C’est osé pour 1957 (viol, inceste, suicide, avortement illégal, éducation sexuelle, désir sexuel des célibataires, etc.), mais c’est toujours traité de manière très juste. C’est bien la notion d’auteur qui explose, parce que tout ça on ne le doit pas à Robson (les risques du classicisme), mais au sujet, à l’intrigue initiale adaptée d’un roman, à l’excellent casting (peut-être vu une des scènes les plus juste jouée par des « jeunes premiers » entre Russ Tamblyn et Diane Varsi), tout ce qui était déjà probablement bien vulgaire dans le roman initial de… La Vallée des poupées

De la flamboyance des années 50 à la vulgarité de la décennie suivante.


[1] La Vallée des poupées