Le 17e Parallèle : La Guerre du peuple, Joris Ivens & Marceline Loridan (1968)

Note : 4 sur 5.

Le 17e Parallèle : La Guerre du peuple

Année : 1968

Réalisation : Joris Ivens & Marceline Loridan

Deux heures au cœur des tranchées au plus près des Vietnamiens dans la zone nord bombardée par les Américains. D’astuce en astuce, d’une attaque après l’autre, les deux cinéastes montrent la persévérance des villageois à faire face aux envahisseurs. Rarement, on aura montré aussi bien l’absurdité d’une guerre injuste menée par des brigands dont les crimes de guerre contre ces populations valeureuses n’ont bien sûr jamais été reconnus. Jusqu’à quel point le couple a dû suivre les pas de la propagande et par conséquent se garder de ce qui fâche (les moments de doute, les avancées ennemies) restera une inconnue. D’autres documentaires (qui adaptent au contraire le point de vue américain faute d’accès au camp opposé, celui des victimes) ont montré une cruauté similaire. La brutalité avec laquelle le pot de fer étatsunien s’est abattu contre le pot de terre vietnamien ne fait plus aucun mystère. Cet accès à « l’autre camp » change toutefois beaucoup la perception des choses.

Loin des yeux, loin du cœur. C’est peut-être ça la contribution à l’histoire des guerres au cinéma. Sans images, les morts ennemis comptent pour du beurre. Quand on prend conscience à travers elles (si elles existent) que leurs vies valent autant que les « nôtres », on commence peut-être à douter de la légitimité à imposer sa force aux « plus petits ». (En revanche, les guerres actuelles tendent aussi à nous montrer que le témoignage des images n’a que peu d’effets sur notre perception des injustes batailles que certains prétendent encore mener en notre nom.) Si les Américains ont tardé à le comprendre, et s’ils se sont échinés malgré les images et les morts à agresser un peuple souverain, depuis, même si occasionnellement, on fait mine de l’oublier en espérant à des « opérations » vite gagnées, la valeur donnée à la vie et le regard porté sur d’éventuels ennemis semblent avoir changé. Ce qui n’empêche pas quelques crétins à lancer de nouvelles croisades qu’ils ne s’autorisaient jamais s’ils ne considéraient pas les étrangers intrinsèquement comme des êtres inférieurs…


Le 17e Parallèle : La Guerre du peuple, Joris Ivens & Marceline Loridan (1968) | Argos Films, Capi Films



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