Blood Diamond, Edward Zwick (2006)

Jennifer sur le gâteau

Blood Diamondblood-diamond-edward-zwick-2006Année : 2006

 

Réalisation :

Edward Zwick

5/10  lien imdb
 

Vu le : 20 mars 2007

 

Dans le genre « c’est beau, c’est pauvre l’Afrique, mais les Occidentaux y foutent la merde et n’y arrangent rien »…

Le personnage que joue Jennifer Connelly est de trop : l’histoire d’amour avec Leonardo édulcore à la fin le film qui aurait plus gagné en unité d’action. Rester sur la quête du diamant, la fuite — ou en tout cas mieux intégrer le rôle de la journaliste dans l’histoire. Si c’est un personnage principal elle doit rester avec eux jusqu’à la fin et son personnage doit suivre une vraie évolution ; s’il est secondaire, il faut lui donner un peu moins d’importance et surtout ne pas la faire réapparaître dans une scène ridicule où DiCaprio, à l’agonie, l’appelle avec son cellulaire : lui dans la brousse, elle à une terrasse d’un café en Europe… — Ridicule.


La Guerre du feu, Jean-Jacques Annaud (1981)

Un Annaud pour les amener tous, et dans la lumière les guider

La Guerre du feuLa Guerre du feu, Jean-Jacques Annaud (1981) Année : 1981

Liens :
IMDb   iCM

✓ Une histoire du cinéma français

Réalisateur :

Jean-Jacques Annaud

7/10

 

Le film commence par une idée et une quête simple : la tribu perd le feu, il va falloir le rechercher. À partir de là, l’histoire va être une suite d’échecs où ils ressortiront victorieux, mais l’intérêt vient de l’évolution de la quête en cours de route. Il y a ce point de départ, facilement compréhensible, excitant, et il y aura une quête, ou une découverte, parallèle. Parce que le feu, nos hommes préhistoriques se le réapproprient assez vite, et alors la lumière peut être faite sur les relations, les conflits, les découvertes faites par des hommes qui nous sont aujourd’hui bien étrangers. La question n’est plus alors de ramener le feu à la tribu, mais comment passer à travers les divers événements, obstacles, intérieurs ou extérieurs, qui se présenteront à eux. Ainsi nos hommes rencontreront des tribus de mangeurs d’hommes, des mammouths, mais aussi et surtout une tribu, ou une espèce d’hommes plus évolués. Déjà le choc des cultures, déjà l’attrait pour l’étranger. Une confrontation offrant à nos hommes, le feu cette fois de la connaissance, de l’intelligence et de la culture, car la question n’est alors plus de partir à la recherche d’un quelconque feu comme on tire parti de son environnement, ou comme on part cueillir les cerises, mais de transmettre un savoir aux siens. Entretenir le foyer. Avoir l’idée de ne plus tirer profit de son environnement, mais de faire fructifier les graines du savoir pour tirer le meilleur de la terre (ne serait-ce que pour des queues de cerise). Et quand on n’en est pas capables, tout n’est pas perdu pour autant. On voit bien ici, l’origine (et l’utilité) de la guerre, des conflits entre tribus : quand l’herbe semble plus verte chez le voisin, on n’oublie pas qu’on peut encore tirer avantage de notre héritage de « chasseur-cueilleur ». L’avantage évolutif qu’a su se pourvoir les hommes, c’est bien celui d’être opportuniste. Il faut pouvoir manger à tous les râteliers. Quitte à prendre la tête (et la queue) de son voisin, pour une cerise (ce n’est pas sale, l’autre jour je regardais deux limaces en manger une autre, c’est beau la nature !…).

Un retour aux sources, tout aussi historiques que cinématographiques. Rien ne passe bien sûr par les dialogues. La communication se fait par signes, difficilement, surtout entre tribus étrangères. Ces hommes se font alors anthropologues. Comprendre déjà, partager. Et nous, on se met à rêver au devenir de ces tribus, à toutes ces histoires sans histoire. À tous ces hommes, ces tribus, ces conflits, ces découvertes oubliées, tout cela dont nous ne cessons aujourd’hui de vouloir pénétrer les mystères. C’est peut-être la part de notre histoire la plus fabuleuse, la plus décisive, et il est curieux de voir qu’elle n’est pas plus souvent traitée au cinéma. Où est le cinéma préhistorique, les films anthropologiques ? Les raconteurs d’histoires ont su très bien s’approprier une frange de la science, mais ce domaine, lié au passé, à nos origines n’a curieusement jamais été pris en compte par les auteurs. Pourtant, il n’est pas moins passionnant de se questionner sur « d’où l’on vient » que sur « là où on pourrait aller ». Les deux sont marqués par la même incertitude. Incertitude, propice aux fantasmes et aux interrogations les plus fascinantes.

29 août 1996


Sur La Saveur des goûts amers : 

Sujets & débats : 

Les génies provoquent-ils eux-mêmes les chefs-d’œuvre ou profitent-ils toujours de conditions favorables préexistantes ?


Le Signe de Zorro, Rouben Mamoulian (1940)

Relecture starwarsienne

The Mark of Zorro
Année : 1940

Vu le : 4 mai 1997

7/10 iCM IMDb

Réalisation :

Rouben Mamoulian


Avec :

Tyrone Power, Linda Darnell, Basil Rathbone, Gale Sondergaard, Eugene Pallette

 

4 juin 1997

En voyant ce film, on comprend mieux le succès et la qualité de Star Wars. On trouve dans Zorro les mêmes personnages caricaturaux (et donc précis) que dans la trilogie de Lucas. Le thème de la rébellion contre un pouvoir despotique. Dans les deux l’action prime, c’est la grande tradition du roman d’aventure, du conte, de l’épopée, des légendes, ce à quoi Star Wars se réfère toujours en reprenant les vieilles recettes et en y introduisant un nouvel élément propre au XXᵉ siècle : la science-fiction (ou le high-tech).

Contrairement à son image de la modernité, la trilogie utilise de vieilles méthodes dramatiques, classiques, et presque littéraire ancestrales, elle a bien un scénario à la manière d’un feuilleton ou d’une série avec des thèmes puérils comme aller se battre contre le ma, sauver la princesse puis Han Solo. On a aussi un thème (souvent unique dans le récit classique d’aventure), c’est l’initiation.

Zorro ressemble aussi au Pirate interprété par Gene Kelly dans le film de Minnelli ou encore à Batman, à Robin des bois… La même recette qui marche toujours.

Dans Star Wars, en plus de l’environnement spatial high-tech on bénéficie également d’une forte imprégnation des mythes merveilleux et s’éloigne ainsi de la science-fiction par son côté « anticipation » que Lucas désamorce dès les premières secondes du film en situant son film dans un espace si lointain et dans un temps si éloigné qu’on se rapproche effectivement du merveilleux.

Là où d’autres héros ont besoin d’un contexte historique, même mal défini, pour s’établir.

Star Wars rappelle la quête crypto-spirituelle du Graal avec celle de la Force.

Star Wars peut également être vu comme un film de cape et d’épée, de pirates (avec ses batailles navales), comme un western galactique (au bord des mondes inconnus).

Zorro c’était déjà en soi une forme d’avènement ou d’expression d’un certain « universalisme ». Ce film est un classique indémodable, bien mené permettant de comprendre l’évolution du cinéma, en particulier dans l’art du récit. Il n’y a pas cent et une manières de les raconter : l’originalité n’existe pas. L’identité, oui. Et Zorro et Star Wars ont bien une sorte de parenté.


Le Salaire de la peur, Henri-Georges Clouzot (1953)

Le Salaire de la peurle-salaire-de-la-peur-henri-georges-clouzot-1953 Année : 1953

Réalisation :

Henri-Georges Clouzot

8/10  IMDb

Les Indispensables du cinéma 1953

Cent ans de cinéma Télérama

Journal d’un cinéphile prépubère #

Ce qui est étonnant de ce grand film, c’est la marque presque anglo-saxonne de la réalisation (comme toujours chez Clouzot). C’est pragmatique, montrant essentiellement ce qu’il y a à montrer sans prise de partie avec une caméra objective, un récit froid plein de distanciation et d’humilité, en arrivant pourtant à nous faire entrer dans l’action et nous permettant d’avoir peur pour les personnages.

La mise en scène classique, un peu passe-partout, « technique », n’est pas sans talent : l’essentiel est présent, le spectacle. L’émotion provient plus du récit que de la mise en scène, de l’enchaînement des événements, que de la manière dont ils sont traités. Cela ne veut pas pour autant dire que la mise en scène soit pour autant négligente ou creuse, mais c’est le drame, l’action, qui suggère les émotions, en est à l’origine, plus que son traitement et le point de vue que peut en offrir Clouzot (vu qu’il est quasi inexistant).

La valse finale, funèbre, du camion préfigure 2001, Odyssée de l’espace (?!). Le personnage de Charles Vanel est exceptionnel.

(révision en 2017)


Le Salaire de la peur, Henri-Georges Clouzot 1953 | CICC, Filmsonor, Vera Films


Rivière sans retour, Otto Preminger (1954)

Viagara, la devanture humide en Cinémascope

Rivière sans retour

Note : 3.5 sur 5.

Titre original : River of No Return

Année : 1954

Réalisation : Otto Preminger

Avec : Robert Mitchum, Marilyn Monroe, Rory Calhoun

Journal d’un cinéphile prépubère

Bon film, agréable, avec des atouts, mais avec un tel sujet, et surtout la manière dont il est traité, difficile de faire mieux.

Le lyrisme, ou le tragique, qu’aurait pu initier ce sujet, semble trop fade. Ce manque d’ambition est surtout palpable dans l’épilogue quand Mitchum enlève Monroe : traitée de manière presque anecdotique (comme le reste du film), sans effets ni procédés, sans mise en relief, ça laisse une impression de désinvolture. Pourtant, la mise en scène est propre, dans la continuité des réalisations « classiques » hollywoodiennes, mais c’est justement ce trop grand classicisme qui pénalise le film. Il faut se positionner entre nécessité d’unité et recherche de profondeur. L’audace, le traitement qui est fait dans les moments intenses, tout ça manque furieusement (c’est vrai aussi que l’histoire n’est pas propice aux grandes envolées, quand le sujet, lui, s’y prêtait).

Le manque d’identification aux personnages (et à l’action) n’arrange rien. L’emploi systématique du champ-contrechamp dans certaines scènes, laissant les décors de ce qui est censé être un western, en arrière-plan, comme un paysage de carte postale, paraît trop formel et découpe les personnages de leur environnement. On retrouve aussi une mauvaise habitude, propre à ce cinéma, de vouloir accélérer artificiellement le rythme en diminuant les possibilités de pauses, et cela, au détriment de la sensibilité, du mystère, de l’imagination, et donc de l’identification.

Malgré ces contraintes techniques imposées par une grosse production, les acteurs s’en tirent plutôt bien, et sans eux, les spectateurs se détourneraient totalement des enjeux de leur aventure. Le film tient en 1 h 30, la brièveté n’est pas toujours une vertu, et c’est peut-être ici le signe que la Twentieth Century Fox cherchait à profiter à moindres frais de sa star, d’un nouveau format spectaculaire et de « paysages somptueux » (comme plus tard avec Niagara). Raisons pour lesquelles Preminger, sans doute, n’aurait pas cherché à tirer le meilleur de cette histoire. L’accent ayant été mis ailleurs, il n’en avait peut-être pas les moyens. Mais sans cette volonté de vouloir proposer au public le meilleur traitement possible, le spectateur, lui, se laisse emporter par la lassitude.

Malgré tout, même avec un drame plat (unité simple), on peut y trouver la marque d’un certain savoir-faire. Le sujet de base reste intéressant. On remarque aussi un sens agréable des dialogues. Reste une certaine fadeur dans les rebondissements et un manque d’audace dans le « tragique ». La rencontre avec les « chasseurs », les Indiens, et les rapides sont attendus, mais presque décevants. On n’y rencontre pas grand monde dans ce Rivière sans retour. Le meurtre du fils rappelant celui du père est bien introduit et reste une bonne idée. Et la beauté de Marilyn est insoutenable durant la scène de la « caverne ». Quand elle revient après une bonne douche dans des chutes, les cheveux peignés comme une princesse, on rigole, mais on a encore les yeux mouillés. Très bonne présence aussi du gamin, surtout dans la première scène du développement, avant que les deux autres arrivent.


Rivière sans retour, Otto Preminger (1954) | Twentieth Century Fox