La Salamandre, Alain Tanner (1971)

Le petit arpenteur

La Salamandre Année : 1971

6/10 iCM IMDb

Réalisation :

Alain Tanner

Avec :

Bulle Ogier, Jean-Luc Bideau, Jacques Denis

Listes :

Une histoire du cinéma français

Un peu de mal à se mettre en place, ou difficile de se faire à un cinéma à la fois très écrit, sans être littéraire, et naturaliste (certains diraient « intimiste »).

Y a un petit quelque chose d’Eustache, mais l’efficacité du montage en moins ; quelque fois la fantaisie des Arpenteurs (tourné l’année suivante et avec le même Bideau), mais le film convainc surtout dans la seconde moitié en se faisant plus resserré et plus irrévérencieux (voire anar). Fuck la police, fuck les parents, fuck le travail, fuck le loyer, ou… l’inspecteur de la défense civile (!).

C’est pas bien brillant, mais il faut surtout remarquer le travail, pas facile dans ces conditions, des acteurs (texte affreusement difficile à déclamer car plein de longueurs et de “naturalismes” sans prendre le parti du jeu comme chez Bresson, Eustache ou Godard du “faux” — le choix du son direct par exemple).

Bideau mélange le bon, le moyen et l’excellent, mais ce sont surtout les envolées de Bulle Ogier qui selon la formule consacrée tient tout le film sur ses épaules… La spontanéité et la douce vulgarité qu’il faut. Elle a une manière de jouer l’exaspération ou l’étonnement… ça s’envole dans des hauteurs maîtrisées, l’équilibre parfait, la justesse. C’est pas toujours le cas, vu la partition imposée, mais le talent est évident, et sans elle, le film devient indigeste. (Direction d’acteurs pourtant inexistante, c’est dire la prouesse : les dialogues, comme chez Rohmer, et rien d’autre, aucune situation ou très peu, donc ça bavarde, et on laisse les interprètes se démerder avec ça.)

(À noter le télescopage amusant dans la programmation au lendemain de la diffusion du Petit Soldat de Godard, se passant aussi en Suisse, mais offrant surtout une séquence archétypale identique, celle du photographe/journaliste photographiant une femme dans un appartement. C’est bien plus convaincant chez Godard, à le faire presque passer pour un génie — ah, bah… oui, OK, quand on y songe…)