Le Bonheur d’Assia, Andreï Konchalovsky (1966)

Tango et Cash

Istoriya Asi Klyachinoy, kotoraya lyubila, da ne vyshla zamuzhLe Bonheur d'Assia, Andrey KonchalovskiyAnnée : 1966

6/10 iCM  IMDb

Cent ans de cinéma Télérama

Réalisation :

Andreï Konchalovsky


Avec :

Iya Savvina, Lyubov Sokolova, Aleksandr Surin

J’ai décidément bien du mal avec Andreï Konchalovsky. Une nouvelle fois, exaltation creuse de la ruralité (je n’ai pas dû voir le même film que les autorités soviétiques, celui-ci ayant été reçu froidement par le pouvoir, car jugé trop dur), des signes d’un bon savoir-faire, mais un résultat plutôt baroque et sans grand intérêt.

L’idée de mêler acteurs professionnels et non-professionnels n’est pas en soi une mauvaise chose, mais le pari ne marche quasiment jamais tant Konchalovsky ne parvient jamais à faire rencontrer les deux univers, les deux types de “jeu”, entre les acteurs habitués à être dirigés, avec leurs codes, et les autres en permanence dans l’improvisation ou l’innocence.

Ça se ressent également dans le rendu formel du film où cohabitent des séquences, voire des plans, très travaillés, réussis, et des images prises à la volée, quasi-documentaires. D’un côté, de superbes plans de la campagne russe, des panoramiques bien sentis, et de l’autre, des plans statiques écoutant le récit de petites anecdotes touchantes de certains de ces acteurs réels du monde de la campagne… Le montage, aidé par l’utilisation de deux ou trois caméras façon documentaires, s’en sort plutôt bien, mais l’écueil relatif au pari de départ n’est jamais dépassé. La cohérence d’ensemble sent le fabriqué.

Question scénario, c’est pas mieux. C’est vide de sens comme du Konchalovsky. Un amour contrarié, un intriguant honnête, une femme têtue, un bébé à naître, et le retournement attendu aussi prévisible et ennuyeux que les blés qui poussent. Entre-temps, ça vit, et ça improvise surtout. Les situations ne font rien avancer à la chose, et on se console en regardant les images du paysage, les filouteries innocentes du gamin (et opportunes pour qui n’a rien à montrer à l’écran), et l’essentiel, toujours, les yeux d’Assia. Ce ne sont certes pas ceux d’une fille commune, mais bien ceux d’une actrice, qui n’a rien, elle, d’innocent, qui sait quand on la regarde, et surtout qui sait comment entretenir la tension et les regards sur elle… Les acteurs sont des putes. C’est à ça qu’on les reconnaît. Une femme avec un tel regard, celui qui vous dit « je veux de toi », qui sait capter la lumière en frisant la paupière et en tenant la pause regard fixe sur son partenaire… ne peut pas être une femme ordinaire, et honnête. T’as de beaux yeux, et si on te le dit, c’est bien qu’on ne voit que ça…

C’est curieux, les autres ne se laissent pas regarder, ont le regard vague, mais la vie elle est là, quand ils racontent leur histoire. Chaque histoire est photogénique à sa manière. Certains racontent, d’autres cherchent la lumière. Les premiers sont dans le sens, l’évocation du passé ; les seconds se limitent précisément à un sens, celui de la vue, et jouent à être là, au présent. L’opposition est intéressante, mais trop évidente pour qu’on puisse accepter d’entrer dans ce double jeu.