Les Voyages de Sullivan, Preston Sturges (1941)

Humble proposition pour empêcher les pauvres Negroes de Louisiane…

sullivan travel
Note : 6

https://mesmaeker.files.wordpress.com/2013/10/333.pngTVK  Les voyages de Sullivan (1941) on IMDb 8,1/10

Vu en juin 2011

Réalisateur : Preston Sturges

Avec : Joel McCrea, Veronica Lake
… ou d’ailleurs d’être à la charge de leurs maîtres ou de leur pays et pour les rendre utiles au public*

 

Un réalisateur voudrait toucher du bout des doigts la pauvreté de la rue pour qu’elle puisse transparaître dans ses films. Pour cela, il entreprend de se faire passer pour un vagabond. L’aventure tourne court et il rencontre une actrice sans emploi à qui il promet du travail. Touché par ce qu’il y a rencontré, tout en étant conscient qu’il n’a pas vécu ce que eux vivent au quotidien, il se jette une nuit dehors avec l’idée de donner à ses pauvres gens quelques dollars. Il se fait agresser, voler tout son argent et est laissé inconscient dans un wagon. Suite à un quiproquo, ses amis apprennent sa mort qui est annoncé dans les journaux.

Ayant perdu la mémoire, accusé d’une agression sur un employé des chemins de fer, il est alors envoyé au bagne pour six ans. Il découvre lors d’une séance de cinéma dans une église que le plus grand cadeau qu’on puisse faire au petit peuple, ce sont des comédies. Il trouve alors l’idée pour recouvrer son identité : se faire accuser de son propre assassinat. Ses amis voient sa photo dans les journaux et le reconnaissent. On le libère et lui demande s’il va faire un film de tout cela, comme il l’avait imaginé au tout début de cette histoire, mais il n’a qu’une idée en tête : pour divertir ces petites gens, il n’y a rien de mieux que la comédie…

(fin du spoiler — le début devait être quelque part là-haut — ah zut ! j’ai oublié)

Assez inégal comme film. Ça saute d’une digression à une autre, ressemble à une histoire vraie, absolument pas à une histoire avec un parcours logique. Pas d’unité d’action. On sent bien l’idée de départ, vouloir comprendre ce que c’est qu’être pauvre, les goûts des gens d’en bas… Idée parfaitement louable à la Benigni, de montrer une certaine empathie. Mais on prend le risque de les regarder de haut. Et c’est bien l’impression que ça m’a laissée. Parce qu’au-delà du scénario fourre-tout, il y a la morale de l’histoire. La fin semble oublier que le réalisateur s’est bien rendu coupable de l’agression de cet employé de chemin de fer. Or dès que son identité est révélée, il échappe à la justice. Comme si le fait d’être un homme puissant l’affranchissait de sa sentence. Pour un film voulant se ranger du côté du public, des pauvres, c’est une vision assez contraire à l’idée d’égalité… L’autre idée voulant qu’il faille faire des comédies parce que c’est ce qu’attend le public est peu convaincante. On n’est pas loin de l’idée d’opium du peuple. Sturges nous dit que les films à message c’est nul et qu’il vaudrait mieux regarder des bons films comiques qui prennent pas la tête, sauf que ça si c’est pas un message, c’est quoi ?…

Heureusement que le film est sauvé par les acteurs. Joel McCrea est l’homme idéal pour ce rôle. Tellement propre sur lui, plein de bonnes intentions. Certains diraient lice. Et bien sûr Veronica Lake… la vamp adolescente qui sert un peu de prétexte à l’introduction du personnage féminin dans l’histoire. Elle est totalement hors sujet. Elle est la raison pour laquelle on a droit à une demi-heure sinon plus de digression. Comme dirait le cinéaste, il faut toujours un personnage féminin… Sauf que mettre une romance au milieu de toute cette histoire, soit on en fait réellement une comédie romantique comme il y en avait des tonnes à cette époque, soit on fait un autre film. On ne plante pas un personnage comme ça au début du film pour le lâcher en route à la fin parce que le héros doit suivre son chemin…

Reste quelques dialogues savoureux. Comme quand le réalisateur et son actrice se lance à la rencontre des pauvres, et là, face à un couple de vagabonds, le cinéaste demande : « Alors, qu’est-ce que vous pensez des problèmes de la classe ouvrière ? » Le reste…

*référence à un pamphlet écrit par l’auteur des Voyages de Gulliver.