La Vie d’un tatoué, Seijun Suzuki (1965)

Puzzle spatial

Irezumi ichidai

la-vie-dun-tatoue-seijun-suzuki-1965Année : 1965

Réalisation :

Seijun Suzuki

9/10 lien imdb TVK lien iCM
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Avec :

Hideki Takahashi
Masako Izumi
Akira Yamauchi
Yûji Odaka
Vu le : 2 novembre 2016

On trouvera toujours quelque chose de surprenant dans cette dernière décennie de l’âge d’or du cinéma japonais… Le film souffre de quelques excès tout à fait charmant qui frise la parodie (ce que le Lézard noir[1], vu récemment, était incapable de faire), mais La Vie d’un tatoué est probablement un de ces films étranges où tout s’accorde par hasard pour en faire, parfois, un chef-d’œuvre.

Il y a bien sûr la présence de Seijun Suzuki à la réalisation, qui fait notamment preuve de son extravaguent talent visuel dans la dernière séquence, un affrontement « un contre tous », avec notamment une contre-plongée presque sidérante prise sous le tatami et une plongée en plan-séquence sur le ballet des duels au katana (façon Old Boy).

Pourtant ce sont deux autres aspects qui m’ont fasciné dans ce Irezumi ichidai : l’histoire et le lieu où les personnages évoluent. Les deux sont liés, et si on a affaire à un film de yakuza, on y retrouve l’aspect serial de certains films de l’époque (Zatoichi, La Pivoine rouge — et des Ninkyo eiga qui me restent inconnus) ou même de certains films de samouraïs où on retourne à la campagne pour croiser ces populations autochtones comme dans les vieux contes, ces auberges tantôt accueillantes tantôt inquiétantes, toujours d’étranges lieux de passage et de rencontres. On pourrait presque être chez Dumas ou dans Miyamoto Musashi.

Seijun Suzuki (1965)

L’histoire est simple, d’un grand classicisme, mais c’est l’alliance de ses éléments qui forment une sorte d’alchimie efficace. Un yakuza et son frère se sont faits truander par leur propre clan et échappent de peu à la mort. Ils entreprennent alors de rejoindre la région qui apparaît comme la terre promise, l’Eldorado d’alors : la Mandchourie. Faute d’argent, à nouveau truandés, ils se voient obligés de travailler dans une mine. D’abord mal vus, ils parviennent à gagner la sympathie des mineurs et l’intérêt de la fille du propriétaire. La suite est merveilleusement prévisible, bien huilée comme une symphonie au phrasé déjà connu, jamais dissonant. Et il y a donc dans cet univers, une gestion de l’espace qui rappelle certains westerns ou épopées : chaque scène propose presque un nouveau décor tout en restant souvent dans un lieu reconnaissable, si bien qu’on finit par nous reconstituer mentalement la représentation de l’espace qui crée une forme de jouissance imaginative qu’on retrouve dans assez peu d’autres films. Pour ça, il faut aussi retrouver certains espaces mythiques voire archétypaux (la rivière et ses chutes, l’intérieur de la mine, la cellule de prison, la maison du propriétaire, et les ruelles avec leurs nombreuses échoppes…).

Certains événements sont tellement traités avec désinvolture ou excès qu’on est à la limite de la dérision (c’est trop bien mené pour croire à une véritable série B). Par exemple quand le héros vient à s’évader, ou à sortir plutôt, de sa cellule, ou la manière dont est traitée l’histoire d’amour, le jeu de séduction, on peine à croire en toutes ces circonstances heureuses, mais c’est si bien fait que ça n’apparaît plus que comme un jeu.

Un vrai grand plaisir.


[1] Le Lézard noir

La Marque du tueur, Seijun Suzuki (1967)

Tirez sur le bassiste

Koroshi no rakuinLa Marque du tueur, Seijun Suzuki (1967)Année : 1967

Réalisation :

Seijun Suzuki

7/10  lien imdb
 

Vu le : 22 avril 2007

C’est dingue le nombre de films asiatiques qui passait à l’époque à la trappe en Europe ! Il n’y avait guère que Kuro, Mizo et Kobayashi qu’on connaissait (Ozu il me semble qu’on ne l’a découvert que dans les années 80′). Ils faisaient quoi dans les festivals, les distributeurs ? (remarque, il a peut-être fait le tour d’Europe, j’avoue ne pas avoir recherché). Il y a en plus une parenté très forte avec la Nouvelle Vague française : entre Godard et Melville, avec également un montage rapide à la mode dans le cinéma italien dans ces années-là.

L’histoire est un peu sans intérêt (les vicissitudes d’un tueur dans la mafia qui rate un coup et qui devient à son tour la cible…). Elle est même parfois un peu compliquée à suivre. C’est vraiment la mise en scène qui prime, dans la pure tradition de la Nouvelle Vague ou des “errances” qu’on trouve beaucoup dans le cinéma italien des 60′. C’est daté, parfois un peu obscure, mais si on aime ce genre de ciné ça vaut vraiment le coup de le voir.

J’ai vu peu de films de Suzuki pour l’instant. Élégie ne m’avait pas franchement convaincu (très excessif, dans le même genre et à la même époque, je préfère et de loin, les films d’Imamura), tandis que j’adore la Jeunesse de la bête. Il faudra encore quelques films pour me faire une idée.*

*La Vie d’un tatoué[1] est très bien.

Seijun Suzuki

Ses meilleurs films concentrés en seulement deux ans… Toute une époque, un âge d’or…
Classement :

10/10

  • Histoire d’une prostituée (1965)

9/10

8/10

  • La Barrière de chair (1964)

7/10

6/10

  • Élégie de la bagarre (1966)

5/10

4/10

  • Mélodie tzigane (1980)
  • Pistol Opera (2001)

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Seijun Suzuki