Les mains sales

Ordre de tuer
Titre original : Orders to Kill
Année : 1958
Réalisation : Anthony Asquith
Avec : Eddie Albert, Paul Massie, Irene Worth, James Robertson Justice, Lillian Gish
Après une longue introduction d’entraînement à une mission d’espionnage censée avoir lieu dans un Paris occupé pendant la Seconde Guerre mondiale, le récit prend tout son sens une fois que l’espion rencontre sa cible. Alors que l’entame pouvait nous suggérer une déviance pathologique de l’apprenti espion pour en faire un psychopathe (fausse piste pas forcément bien nécessaire, alors qu’il aurait suffi d’insister sur la légèreté un peu triviale de l’ancien aviateur durant son entraînement, et à moins que j’aie, moi, surinterprété cette piste…), le film finit par adopter un tournant plus philosophique et psychologique. À contre-courant du genre (à supposer qu’on puisse placer le film dans la catégorie « film d’espionnage »), l’espion se révèle immature et incompétent. Mais son inexpérience et son incapacité à passer inaperçu le rendent aussi plus humain : en ayant la faiblesse de se laisser approcher par sa victime, il suspecte une erreur et commence à se poser des questions morales.
Le scénario est adapté d’une pièce de théâtre, et l’on sent bien cette origine lors de la séquence de confrontation avec son agent de contact « tante Léonie ». Il y a dans cette scène un petit quelque chose des Mains sales de Jean-Paul Sartre… La morale de l’histoire n’honore pas vraiment les services de renseignements de l’Alliance. Si l’apprenti espion s’est révélé mal préparé, inexpérimenté et incompétent, que dire de la chaîne de commandement et de renseignements des armées de la résistance française, britannique et finalement américaine, censée fournir un agent pour accomplir la sale besogne ?
Film d’espionnage, satire de guerre, film sur la culpabilité : encore un de ces œuvres au genre indéfinissable. Parfois déroutants (toujours dans cette étrange introduction, on y croise Lillian Gish, et l’on se demande bien pourquoi), ces films hybrides permettent de sortir des sentiers battus et de proposer des expériences filmiques transversales. Montrer une autre manière de raconter des histoires, cela peut avoir un coût (déboussoler le spectateur peut le pousser hors de la salle) : la prise de risque étant plus grande, il faut apprécier les quelques imperfections qui en résultent. Au bout du compte, à force de tracer un sillon hors des cadres habituels, si le sujet en vaut la peine, le spectateur peut être amené à adhérer plus que de coutume à un genre (propre et unique) et à une histoire.
Il faut du courage pour dénoncer ou pointer ainsi du doigt les lacunes d’une guerre et d’une chaîne de commandement et de renseignements. Comme on le dit si bien dans le film, à la guerre, il n’y a pas que les coupables qui périssent : coupables et victimes se prennent la main pour suivre le même chemin vers la mort. Une bombe qui tombe sur un quartier ne discrimine pas les seconds des premiers, et parfois, les renseignements désignent de mauvaises cibles. Souvent, personne n’en saura rien. C’est la dure réalité de la guerre. Le film réhabilite un personnage résistant dont la famille ignorait les activités patriotiques et secrètes, mais combien, dans toutes les guerres du monde et de l’histoire, sont morts dans l’indifférence, combien ont vu leur réputation salie par des informations tronquées, et combien de héros (ou des généraux comme dans le film) se révèlent être des incompétents ou des usurpateurs ? Cette incompétence est aussi la nôtre : restons modestes face à l’histoire et acceptons parfois notre propre incapacité à juger un individu ou une situation au regard des maigres informations dont nous disposons (c’était le cas dans le film : les éléments à charge étaient ridicules).
Ordre de tuer, Anthony Asquith 1958 Orders to Kill | Lynx Films, British Lion Films
Listes sur IMDb :
Liens externes :
Si vous appréciez le contenu du site, pensez à me soutenir !
Réaliser un don ponctuel
Réaliser un don mensuel
Réaliser un don annuel
Choisir un montant :
Ou saisir un montant personnalisé :
Merci.
(Si vous préférez faire un don par carte/PayPal, le formulaire est sur la colonne de gauche.)
Votre contribution est appréciée.
Votre contribution est appréciée.
Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel




















Année : 

























