Le symbolisme chez Tarkovski

J’ai remarqué que, lorsque j’affirmais ne pas recourir dans mes films à des symboles ou à des métaphores, l’auditoire m’exprimait chaque fois sa plus parfaite incrédulité. On me demande par exemple, avec obstination, ce que représente la pluie dans mes films, ou encore le vent, le feu, l’eau…

Et un peu plus loin pour conclure :

En aucun cas il ne faut confondre volonté artistique et idéologie, sans quoi nous nous privons de nos moyens de percevoir l’art de manière spontanée, de tout notre être…

Toujours le même principe donc, et c’est rassurant en fait. Il n’y a rien à « interpréter » dans les films de Tarkovski. Il ne fait pas appel à l’intelligence du spectateur, sa compréhension, mais à ses sens, sa mémoire.

Aucun « symbolisme » chez Tarkovski.

Paul Valéry cité par Andreï Tarkovski

Tarkovski citant Paul Valéry :

Seul atteint à la perfection celui qui renonce à tout ce qui  mène vers l’outrance délibérée.

Tarkovski se sert de cette citation pour évoquer le style épuré de Bresson. Cela peut paraître un peu étrange parce qu’il reste tout de même chez Tarkovski une poésie qui me semble être le contraire de la sécheresse bressonnienne. Le rapport qu’il fait avec le cinéma japonais me paraît bien plus compréhensible. Il parle de sobriété et de modestie, encore faut-il proposer aussi des images qui ont un sens, un mystère, une aura presque. Alors que Bresson n’a jamais cherché, et de moins en moins film après film, à tendre vers la poésie. La poésie pour lui était déjà sans doute dans cette outrance dont parle Valéry.

Autre citation de Valéry  :

Achever un ouvrage consiste à faire disparaître tout ce qui montre ou suggère sa fabrication.

Cette fois Tarkovski dit sa détestation du cinéma expérimental, de l’artiste qui se cherche plus que celui qui trouve. C’est amusant parce qu’il y a le même principe chez les acteurs à qui on apprend de gommer le superflus et à qui on demande de faire plus que de chercher en permanence. Plus drôle encore, lors de son passage aux États-Unis (je cite de mémoire l’anecdote), on organise une rencontre avec Stan Brakhage qui doit sans doute voir en Tarkovski un cinéaste fortement expérimental (justement parce qu’il propose des images poétiques, mais contrairement au cinéma expérimental elles sont comprises dans un récit, et même si le spectateur n’en perçoit pas le sens, elles sont inclues dans une logique narrative que le cinéma expérimental n’offre jamais). Très honoré donc le cinéaste américain propose de lui montrer ses films dans une chambre d’hôtel. Et là, dès le premier film, c’est un drame, parce que Tarkovski s’emporte, disant que ce n’est pas de l’art, de la merde, etc. Brakhage insiste alors comme un petit garçon soucieux de montrer ses colliers de nouilles à Michel-Ange, et à chaque fois le cinéaste soviétique s’emporte. On n’aurait jamais vu Tarkovski aussi énervé lors d’une « projection ». Et l’autre à chaque fois de continuer : « Attends, le prochain, tu vas peut-être aimer ! ». Pauvre Andreï… Quand l’artiste poète, l’un des grands génies du XXe siècle, rencontre l’un des meilleurs… en partant de la fin… On a donc l’explication ici : Tarko déteste le cinéma expérimental.

Friedrich Engels cité par Andreï Tarkovski

Plus le point de vue de l’artiste est caché, meilleure est l’œuvre d’art.

Va t’amuser après à trouver légitime les assertions critiques prétendant retraduire l’intention de l’auteur.

Un peu plus tard, Tarkovski rappelle une constante, un classique dans la description des grandes œuvres :

Les grandes créations sont ambivalentes et autorisent les interprétations les plus diverses.

En rab, la citation de Tolstoï :

Le politique exclut l’artistique, car pour convaincre il a besoin d’être unilatéral !

En revanche, on pourrait dire que le « politique » constitue un formidable personnage de fiction. Parce qu’en tant qu’individu « excluant » l’art, et donc le doute, la multiplicité des points de vue, l’artifice, et au contraire cherchant l’efficacité du discours de l’instant sans tolérer, en apparence, la moindre inflexion dans son discours, il est un de ces monstres insaisissables, escrocs, subversifs, changeants, qu’affectionnent l’art. D’abord d’apparence inflexible au point de vue et aux idées franches, sur la longueur, l’inconsistance de son discours visant à convaincre ceux qui l’écoutent au moment où ils l’écoutent, tout ça pour ce personnage, forme une matière dramatique insaisissable, infinie, obscure, indescriptible, qui constitue un des meilleurs moteurs de la fiction.

Il n’y a que les monstres qui passent la rampe. Peut-être parce qu’on les craint et qu’on se demande toujours s’ils existent. Et qu’à force de les craindre, on finit par les voir partout. Comme le rêve, la fiction (ou l’art), nous place face à ce dont on a peur, presque pour le transcender, au moins par contradiction, en nous obligeant à réagir face à eux.

La Compagnie noire – Les Annales de la compagnie noire, tome 1 (1984), Glen Cook

L’univers n’est pas inintéressant mais c’est plutôt mal exploité. L’écriture paraît au premier abord efficace avec une bonne densité d’action, des descriptions habiles, un vocabulaire nourri et une bonne dose de mauvais “garçons” ; seulement tout ça cache mal l’inanité de la quête (ou mission) et surtout le développement du bousin dramatique.

Aucune structure. Un canevas qui s’étire mollement tel un chewing-gum sans fin. Pertinence douteuse du choix des scènes (de choix en fait il n’y en a aucun, c’est raconté comme… « des annales », au jour le jour, sans relief, sans ellipse). L’auteur pourrait changer ou couper la plupart des “scènes” ça ne changerait rien à l’affaire, tout est interchangeable (or l’idée d’un canevas réussi donne l’image d’une pyramide inversée ou d’un château de carte ; on enlève une pièce et tout s’effondre – ça reste une impression, en réalité c’est sans doute rarement le cas).

Parce que des objectifs, des enjeux, on les a jamais en tête, ce qui rend la lecture plutôt laborieuse. On avance de bataille en bataille, et pour meubler les longues soirées, on enfile les scènes de parties de cartes… Le jeu de carte pourtant, ça devrait faire tilt, c’est signe qu’il ne se passe rien… Toutes les situations semblent ainsi se ressembler : soit on attaque, soit on se repose et on papote.

Des personnages et de la densité donc, mais ça lasse très vite comprenant que ça mène nulle part et que la maîtrise dramaturgique laisse à désirer. La structure, c’est l’armature première d’un récit ; il ne suffit pas d’imaginer un univers, il faut le mettre en scène à travers une histoire qui répond souvent à des règles simples, vieilles comme le monde (même dans un premier tome on doit trouver un semblant de structure avec un début, un milieu et une fin). Sans structure, le roman donne l’impression d’avoir été vite pissé et improvisé, écrit au jour le jour et vite consommé. Pas ce qu’il y a de mieux pour captiver un lecteur médiocre comme moi.

Poèmes fantastiques (Fungi de yuggoth), Lovecraft

Paradoxalement, c’est un peu en lisant ces poèmes qu’éclatent au grand jour ce qui fait la particularité et le talent de Lovecraft… dans ces nouvelles.

Tout l’univers lovecraftien est là. C’est lugubre, torturé, poe-tique… Mais n’étant pas particulièrement versé dans le fantastique, mon intérêt pour lui a toujours été ailleurs. Un malentendu sans doute, mais comme la relation entre lecteur et auteur se limite souvent à cette incompréhension, ça ne me chagrina pas plus que ça. Ça explique aussi sans doute beaucoup pourquoi l’auteur a couru et eu si peu de reconnaissance de son vivant. Si on en croit certains, il était plus intéressé par la poésie que par ses récits fantastiques, qu’on imagine donc lui servir pour se les faire publier, au moins, dans des magazines, échanger avec des auteurs ou des lecteurs, sans compter ces innombrables travaux de réécritures qui pour ce que j’en ai lus portent bien sa patte. Désintéressé par le succès, Lovecraft a aimé l’obscure jusqu’à ce point de refuser la lumière, la reconnaissance… Un peu effrayant quand on y pense, et paradoxalement, après sa mort, c’est peut-être aussi ce qui a assuré sa renommée sans cesse grandissante, parce qu’il est vrai qu’il est toujours plus payant de se faire sa publicité par d’autres…

Je ne vais pas m’attarder sur les écueils habituels de la poésie tant cela semble être un art particulièrement lié à la langue. Et moi qui suis plutôt adepte des traductions strictement littérales, je ne peux que remarquer que même parfaitement invisible pour laisser place à l’auteur, les traducteurs peinent à rendre ce qui, en anglais, aurait peut-être, ou pas, ce qui apparaît dans ses nouvelles et pas ici.

Parce que, qu’est-ce qui fait le talent de Lovecraft ? Eh bien, tout ce qui fait la qualité d’une nouvelle. Est-ce l’univers décrit, la beauté de la langue, la justesse psychologique, l’analyse comportementale ou sociale, la réflexion ou le regard porté sur le monde ? Non, Lovecraft, comme dans l’art de la nouvelle, est fort pour poser un contexte en quelques lignes, faire apparaître, et transformer au cours du récit, un personnage principal (souvent le narrateur lui-même) ; enfin il est habile dans la construction de la trame parce que ses histoires sont toujours simples et d’une efficacité redoutable. Contextualisation, caractérisation, et l’art plus globalement de lier tout ça pour raconter une histoire.

Lovecraft mettait lui-même le doigt sur une technique narrative, qui est très largement oublié dans ses poèmes (à peine croit-on le voir lancer quelque chose, sans doute par habitude, qu’il y renonce aussitôt). Il parlait de mêler à la fois ce qui est lié au descriptif et au narratif. Même si à mon avis, un récit entremêle bien autre chose (la toute puissance de l’omniscience, même celle d’un narrateur à la première personne, son efficacité, étant liée selon moi à la capacité de l’auteur à faire interagir plusieurs niveaux de modes narratifs, de temps, de points de vue, afin de donner toutes les informations, factuelles ou sensorielles, impressionnistes presque, symboliques, pour comprendre au mieux une situation, puis lui permettre de l’imaginer ; la difficulté étant alors pour l’auteur d’en donner assez pour donner à “voir”, mais pas trop, pour éviter de lui imposer les images que le lecteur aime à inventer).

Il suit dans ces poèmes une tout autre logique. L’accent est très fortement porté sur le descriptif au point que le narratif y est comme noyé. Aucune contextualisation (on a souvent l’impression d’être dans un rêve, donc nulle part), aucune caractérisation (des “je” apparaissent furtivement, mais on ne saura jamais rien sur lui) quant à la trame en elle-même, elle n’a donc aucun intérêt. Si toutes ces descriptions valent autre chose en langue originale, ou si certains se laissent “émerveiller” par la nature de ce qui y est décrit, ce n’est évidemment pas mon cas. Lovecraft pourrait adapter la Recherche du temps perdu, qu’il arriverait à rendre ça passionnant. Ce n’est jamais le quoi, mais le comment. Et des poèmes, oui non, ça se lit comme un missel satanique, pas pour moi.


Sur Babelio

La Grève, Ayn Rand (1957)

La Grève, Ayn Rand (1957)

(quelques notes)

« L’argent est un outil. L’argent est fondamentalement bon. C’est quand les corrupteurs utilisent l’argent non pour produire mais pour corrompre que l’argent cesse d’être l’outil du bien. »

OK. Mais alors pourquoi dire que l’argent est fondamentalement bon si, en tant qu’outil, il est utilisé pour corrompre ? Ça tient pas. Ou plutôt, ça ne tient pas si les corrupteurs sont toujours parmi ceux qui ne produisent pas et s’enrichissent sur le dos de ces “producteurs”. En l’occurrence, elle dénigre l’état populiste, comme seul capable d’organiser une telle corruption quand les entrepreneurs seraient par essence d’une probité sans failles.

C’est prendre un peu ses désirs pour la réalité. Et ça se dit philosophe avec des entraves avec la logique la plus élémentaire. On est en plein dans l’idéologie. Rand est capable de tordre la réalité pour la faire coïncider avec ses idées. Elle tire les conséquences avant de tirer les plans de sa pensée. Elle ne déduit pas, elle veut. Et toute sa démarche cherche à prendre l’allure de la rigueur, de la science, de la logique, de la rationalité, justement parce qu’elle en est dépourvue. Une arnaque. Pour elle, les anticapitalistes sont des pilleurs, des profiteurs, des escrocs n’ayant qu’un seul but : profiter des gens honnêtes et remarquables que sont les entrepreneurs ou les ingénieurs. Dans cette croyance niaise, l’entrepreneur et l’ingénieur, trouvent, ont du génie, parce qu’ils cherchent. L’ambition et le travail seraient toujours récompensés par le succès. Et le progrès, ce serait ça. C’est beau (et con) comme un conte de fée. Dès lors, ceux qui profitent, c’est toujours parce qu’ils ont renoncé au travail, par manque de génie ou de persévérance. Tu es pauvre ? bien fait pour ta gueule parce que si tu voulais inventer le moteur à eau, tu pourrais ! il suffit de vouloir ! Rand ne fait d’ailleurs qu’illustrer la bêtise de son propos avec des exemples techniques et scientifiques qui ne font que révéler son ignorance du sujet. C’est bien beau de se faire valoir de la logique, de la science, de la rationalité, quand on n’a pas les outils ou les moyens qu’on prétend avoir. Il faudrait la prendre aux mots, et la mettre au défi, d’inventer, de monter son entreprise. Si sa logique tient la route, elle devrait être capable de le mettre en application, seulement elle n’a aucune idée de ce dont elle parle. Le monde qu’elle dépeint n’existe seulement pas et n’est que le reflet de ses fantasmes.

Croire que le monde, l’économie, puissent fonctionner selon des principes immuables, en toute indépendance, sans liens ni rapports avec des facteurs difficilement prévisibles et mesurables, que la raison puisse déceler tous les rouages d’un monde révélé à l’intelligence (celle de Rand), c’est bien du domaine de la croyance. Peut-être même du délire, et en tout cas, telle que présentée, cette philosophie est une vaste escroquerie.

Pourtant le monde continue de tourner en fonction de certains de ces principes foireux. Où est-donc la logique dans tout ça, on se le demande… Même quand de telles idioties font la preuve de leur escroquerie, on ne remet pas en cause le modèle, on dit qu’on l’a mal appliqué, ou on l’adapte, randant encore plus caduque une logique qui ne tient la route, il faut le croire, que dans l’esprit de ceux qui y croient. Sur la grève, je me suis vu léviter…

Que les tenants de cette “philosophie” cessent donc de brandir la raison pour justifier leurs prétentions, parce que la “science”, elle par exemple sait tirer les conséquences de ses erreurs. Justement parce que le principe de la “science”, c’est de ne rien dire des mécanismes généraux du monde. La science « ne dit pas », elle constate, elle doute, se remet en permanence en question, et avance ainsi, en se contredisant sans cesse, petites touches par petites touches. Si des modèles sont conçus, c’est pour mieux appréhender ce qui a déjà été observé dans le monde ; et il suffit que notre regard se modifie, évolue, se fasse plus précis, pour que la science n’hésite pas alors à changer ses modèles ou en imaginer d’autres comme elle ne cesse d’ailleurs de le faire dans certains domaines où “elle” n’explique rien, mais observe en déclarant bien fort qu’elle ne comprend pas (encore). Rand elle n’a plus rien à découvrir ni à douter, puisqu’elle a déjà tout compris. C’est un Atlas aux pieds d’argile.

Rand ne pouvait d’ailleurs pas plus se tromper en cherchant à faire de son escroquerie une “science”. Parce que là où elle pense y voir le culte de l’individualisme, il y a en fait un travail coopératif qu’elle ne veut pas voir. L’idée d’un chercheur révolutionnant le monde dans son laboratoire… Eh bien non, la science, c’est avant tout la coopération. Une notion qui la fait peur parce qu’elle représente tout ce qu’elle exècre. Son savant (fou), s’il invente une machine destructrice, c’est bien parce qu’il l’aurait mis au profit d’un pouvoir… La science serait, comme l’économie, bienveillante et source de progrès quand elle est générée par des individus, et source de problèmes dès qu’elle serait ici de la coopération des hommes ?… Ce n’est pas de la philosophie et il y a là matière à se faire psychanalyser… Même s’il y a une part d’individualisme dans la science (à travers les parutions – non exemptes d’escroqueries par ailleurs), la connaissance, les usages, les applications qu’on fait de toutes ces avancées, n’est jamais phagocytée par une poignée d’individus. D’abord, la recherche scientifique œuvre pour le bien commun. Et la somme des connaissances peut encore être crédible et avoir une utilité pour le monde, parce que s’il y aura toujours des individus qui chercheront à tirer à eux la couverture, tous les travaux, recherches, avancées techniques, doivent avant tout faire la preuve de ce qu’ils prétendent. L’individu, fort heureusement, ne vaut plus grand-chose face aux idées et aux applications bien réelles qui en découlent. La science n’est pas faite de prétentions, mais bien pleinement de réalisations.

L’économie (ou la philosophie randienne) n’est pas une science parce qu’elle ne peut simplement pas prendre en compte autant de facteurs entrant en jeu. L’idée d’environnement, d’où jaillirait des causes imprévues à tout un joli mécanisme bien pensé, est totalement exclu dans la représentation de l’économie pensée en tant que science. Prétendre le contraire est certes séduisant mais reste du domaine de la pseudoscience, de la pseudo-philosophie. Une arnaque, une croyance.

Kafka sur le rivage, Haruki Murakami (2002)

Kafka sur le rivage

Quel ennui… Au début, c’est plaisant à suivre. C’est écrit simplement et ça se lit rapidement. Et puis ça ronronne. Il faut avouer que c’est osé d’arriver à tourner en rond avec le même principe de montage alterné sur chaque chapitre tout en évitant soigneusement d’en arriver au but. Désolé, au bout de trois cents pages, je suis en droit de comprendre où je suis et où je vais. Le côté volontairement abscons, énigmatique est à la mode. Efficace au début, ça attire l’œil, et puis… Encore des énigmes pour répondre aux premières. Parce qu’il n’y a pas d’issu. Puzzle d’impressions, de symboles qui mène nulle part. On a en face de nous un terroriste qui prétend avoir une bombe dans sa poche, capable de la faire exploser à tout moment et nous avec, et puis à force d’insister, on commence à penser qu’il n’y a aucune bombe… De l’arnaque.

J’ai été patient jusqu’aux premières trois cents pages, et j’ai commencé à lire en diagonale. Jusqu’à lire en exo-latéro-horizontale. Une brise est passée et je me retrouve par miracle à la dernière page. Ouf.

« T’es con ! t’as raté quand ça devenait intéressant ! t’as rien compris à l’histoire donc ! Tu sais pas qui est sa mère et sa sœur ! »

Rien à foutre ! Trois cents pages à me faire arnaquer, je rentre pas dans ce jeu. C’est jamais la faute du lecteur, et toujours celle de l’auteur. Au revoir.

Il y a quand même quelque chose qui m’échappe. Dans ce que j’ai lu la très vaste majorité des scènes, des descriptions n’ont absolument aucun intérêt. C’est du remplissage. Ça ne définit par le ou les personnages et les événements, quand ils surviennent, pourraient être retranscrits en beaucoup moins de mots. L’art de l’écriture, c’est souvent la parcimonie. On n’oblige pas un lecteur à prendre le chemin le plus long pour passer d’un endroit à un autre. Et même sans être friand de ce type d’histoire sans queue ni tête, on pourrait lire ce genre de machin avec plaisir si au moins c’était plus court. Il y a à peine la matière à une nouvelle là-dedans ! Le reste, c’est de la branlette, du remplissage. L’écriture est certes efficace, mais la simplicité, il aurait fallu la mettre au service de l’histoire, pas du style… Parce qu’au finale, elle ne fait qu’illusion.

Les personnages sont d’ailleurs à vomir. Le narrateur de 15 ans est l’archétype de l’élève intello rejeté et incompris. Pratique. Mais assez difficile à rendre sympathique. Sans compter que pour un petit génie, son écriture est plutôt celle d’un enfant de dix ans. À l’image de son comportement à la limite de l’autisme ou de l’extrême timidité. Quant au pépé idiot… Encore pratique. Quand on ne met en scène que des idiots ou des autistes, on s’affranchit un peu de la nécessité de l’intelligence…

Je lis assez peu de romans contemporains, eh bien je crois que je vais retourner à mes films, et à mes vieux bouquins.