Les Chemins flottants – Quand on se perd

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Quand on se perd, c’est à l’intérieur.

 

Ta main était venue se poser sur mon cœur. Et tu avais souri… Tu étais réapparue devant moi sous les traits ordinaires d’un corps. Une illusion, un rêve… Tu avais ouvert les yeux, aboli ton mystère.

Tu es mon âme, mon amour. Alors qu’importe qui je suis, qu’importe qui nous sommes. Seule compte ta présence.

Un vide éphémère me bouscule et mes sensations s’éteignent dans le néant de l’amour naissant. Je vois mon rêve en plein jour. Les illusions m’assaillent comme une ombre jetée sur l’horizon dorée de la terre. J’erre, difforme, pénétré, dans cette immensité éclatante, non plus au milieu du monde, comprenant par ondes perceptibles les trésors ordinaires de la terre, mais comme un esprit délié et flottant, ivre de participer à ce tout, indifférent aux échelles du temps. Balancé par un sentiment étrange, je me sens saisi par l’allure d’une œuvre fabuleuse et inconnue. Je suis ivre de cette plénitude jamais atteinte. Je perds un part de mon identité visible et connue pour me rattacher à cet univers constant et glorieux… Mon cœur bondit et s’essouffle face à ce qui s’offre à lui : un monde versé dans l’harmonie des formes, des couleurs et des styles. Mon corps pensant, comme sauvé de son obscurité, exalté par une lumière qui lui est invisible, se sent transformé en une masse imperceptible. Il converge vers un idéal presque irréel. Pourtant, très vite, je me sens retomber dans les méandres inextricables du doute ; je chavire dans le rêve : il est l’exaltation fiévreuse de mes sens — son étendu est un chaos. Ébloui par l’épaisseur de ses effets, mon esprit s’interroge face au vide qu’il initie. Une fenêtre tournée vers l’inconnu s’est ouverte près de lui. Les piliers de ma raison tangue comme un navire mis à mal dans la tempête. Je me plonge malgré moi dans les flots houleux d’une incertitude sans fin ; je me laisse entraîner vers les pentes dangereuses des chemins perdus de la conscience, rongé par le ridicule et l’orgueil de l’homme sentant sa fin.

Je m’évanouis… Et avant que la folie ne se change en une obsession, une vague de vie me délivre du chaos. Je m’échoue sur une rive boueuse du rêve qui devient un champ exotique parsemé de fleurs d’évidence dont les parfums rappellent l’existence de ce royaume perdu qui aspire, anéantit les étrangers.

Dans le désordre des palpitations, je me recueille un instant.

J’étais arrivé à un seuil. La lumière du dedans avait laissé place au trouble. Et celle qui me tirait de tout cela, c’était toi.

Tes yeux ont la vérole ; ils me bercent le sang. Ta bouche languissante verse sur les joues de mes illusions des baisers langoureux : tes lèvres glissent sur ma peau rougissante et les formes attendrissantes qu’elles tracent sur leur passage sont des nuées qui sombrent, amoureuses, dans les pores déchirées de ma peau endormie — petite bruine écarlate plongeant jusqu’au cœur telle un venin, petite larme noire embrassant le cœur de ma folie. Oui, ton âme délicate m’apaise et me préserve d’un grand orage.

J’ai besoin de toi, tout entière.

— Approche-toi de ma rive. Cette rive autrefois tant aimée, vaguement retrouvée.

Tes yeux baisent d’un dernier regard l’âme incertaine qui s’est établie dans mon cœur. Mais je n’ose te retrouver. Tu poursuis ton chemin de mon côté. Ta voix est en moi. Je l’entends respirer à mon oreille, exploser en moi comme pour en combler le vide ; je l’entends qui murmure et qui me prie de te suivre…

Tu es là, prête à me dévorer. J’aime ça.

 

La suite :

C’est dans le cœur des merveilles

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