Us, Jordan Peele (2019)

Us et Coutures

Us Année : 2019

3/10 iCM  IMDb

 

Réalisation :

Jordan Peele

Comme l’étrange impression d’assister aux mêmes symptômes que ceux continuellement aperçus dans les films de Shyamalan. La même fascination pour les films de Spielberg de la première heure (Jaws est même cité) et une volonté presque trop évidente de proposer de la série B avec des prétentions de série A. Avec Spielberg, c’est toute la culture du cinéma de genre des années 80 à laquelle on pense avec sans doute la même nostalgie que Peele : Carpenter surtout (et surtout à travers là encore sa volonté à toucher à tout sur son film jusqu’à la musique).

Us pourrait également faire référence à un Them! encore plus ancien. Et il vaut mieux fermer les yeux si on suspecte Peele d’y avoir insufflé un petit caractère racial (de l’un de ceux qui font polémiques pour ne jamais être compris, comme Tueurs nés).

Bref, de Shyamalan, en dehors des références lourdes et la volonté malhabile de marier série A et B, on retrouve le même attrait pour les effets tape-à-l’œil (Peele à ce niveau me paraît avoir beaucoup moins de talent que Shyamalan), les mêmes incohérences de scénario (c’est ce qui arrive quand on axe son écriture sur des passages obligés, qui ne sont en fait que des effets gratuits, fruits d’une torsion forcée de la logique narrative).

En plus de ça, Peele parsème son film d’un humour étrange, toujours à contre-temps, au point de nous demander à chaque fois si c’est volontaire ou non, mais qui prive encore plus le film d’une cohérence qu’il peine à trouver. L’humour, c’est bien quand on fait mouche, sauf que si les personnages pensent plus à plaisanter qu’à fuir et sauver leur peau, s’ils ne sont en réalité jamais traumatisés par ce qu’ils vivent (même si, à la lumière du twist contractuel final, on pourrait imaginer que tous jouent — mal — la peur), ça n’aide pas à prendre ce qu’on voit au sérieux. Comme dans une fête foraine ou dans un grand cirque. Si tout cela n’est pas si sérieux, inutile alors de nous abreuver des références et des symboles lourds.

Tout cela aurait été en fait bien plus divertissant si Peele ne se prenait pas tant au sérieux, et s’il avait joué à fond la carte de l’humour absurde sans qu’on puisse le suspecter d’y mêler une quelconque morale ou sens caché ou s’il s’était contenté de faire ce qu’on ne sait plus faire aujourd’hui : une vulgaire série B qui ne se prend pas pour ce qu’elle n’est pas…