Planetarium, Rebecca Zlotowski (2016)

Boule à neige

Planetariumplanetarium-rebecca-zlotowski-2016Année : 2016

Réalisation :

Rebecca Zlotowski

6/10  IMDb

Film ambitieux avec une idée de départ intéressante (un petit nabab du cinéma français d’entre-deux-guerres se met dans la tête d’innover son « art » par l’intermédiaire de deux sœurs médiums dont il espère en vain pouvoir filmer les visions paranormales), une excellente maîtrise de la structure et du montage (même si ça joue un peu trop parfois des montage-séquences*, des raccords sonores lourdingues, ou d’autres effets à la mode pour provoquer une intensité artificielle, comme on le fait beaucoup à Hollywood, qui donne une impression parfois agaçante de voir une longue bande annonce). La maîtrise d’ensemble en revanche est assez laborieuse, pour ne pas dire très déficiente. Autrement dit si la forme se met au service du fond.

Or, le récit s’effiloche à mesure qu’on comprend où Rebecca Zlotowski veut en venir (on peut même se demander si elle n’a pas choisi Emmanuel Salinger pour sa ressemblance avec Peter Lorre, qui aurait été certes parfait dans ce rôle d’ogre naïf à qui tout le monde finit par vouloir la peau). Le contexte historique du coup est mal exploité, voire pas exploité du tout, (c’est pas le tout de planter son histoire à une époque spécifique, faut-il encore que des événements extérieurs viennent déborder franchement sur le monde intime des personnages, sinon on n’évite pas l’effet boule à neige, et là on y est totalement, aucune séquence ou plan pour mettre sur le devant de la scène l’aspect et la situation historique de l’époque, on reste toujours centré sur les personnages principaux et leurs préoccupations).

Surtout le gros, l’énorme point noir du film, c’est sa direction d’acteurs. Curieusement, c’est la petite Depp qui s’en tire le mieux, sans doute parce qu’elle n’a pas grand-chose à dire ni à faire sinon offrir toujours la même face livide à la Mia Farrow. Louis Garrel, Pierre Salvadori (lui-même excellent directeur d’acteurs) ou Amira Casar ont leurs moments ; mais justement, on les sent totalement laissés à eux-mêmes et le résultat en termes d’interprétation reste très aléatoire, inégal et brouillon… Un coup c’est bien, un autre, ils le sont moins, et là aucun directeur d’acteurs pour les remettre en vol, les diriger, leur proposer une autre prise… Parfois même ce sont les dialogues qui sont si mauvais qu’aucun acteur ne sera jamais en capacité de les dire avec sincérité et justesse. Il faut parfois une certaine épaisseur, une expérience, pour être crédible dans certaines situations, et Salinger en entrepreneur, on n’y croit pas trop (qu’il s’adresse en public ou à une servante n’y changera pas grand-chose, je me souviens surtout d’un Emmanuel Salinger efficace et convaincant dans un rôle mutique, La Sentinelle).


 

*article connexe : l’art du montage-séquence