The Act of Killing, Joshua Oppenheimer (2012)

Nous sommes tous des Corleone

The Act of Killingthe-act-of-killing-joshua-oppenheimer-2012Année : 2012

Vu le :  Juin  9 2014

Note : 8/10

Liens :

lien imdb 8,2 lien iCM TVK

Listes :


MyMovies: A-C+

 

Réalisation :

Joshua Oppenheimer

 

Il ne faudrait pas s’y tromper sur la nature des assassins qu’on nous présente ici. Ce sont des bourreaux, des exécuteurs, des petites mains. Ce que montre en filigrane le film, c’est la responsabilité de l’Occident, en particulier de l’Amérique, dans ces crimes. Malgré le grotesque, le kitsch, la folie niaise de ces bourreaux, ils révèlent eux-mêmes pourquoi et pour qui ils exécutaient. Tout ça était fait au nom des valeurs de l’Occident. Ce que les États-unis n’ont eu de cesse de faire l’apologie avec la finesse d’un régime dictatorial : la liberté, c’est eux, la démocratie, c’est eux. C’est tellement évident…

Si ces bourreaux se confient aussi facilement et s’ils sont aussi bien vus dans leur pays (par le pouvoir, parce que le peuple les craint toujours), c’est que c’est une caméra occidentale qui les filme. Ils n’ont aucune pudeur parce qu’ils pensent avoir agis pour ces valeurs, pour l’Occident, pour cette liberté tant vantée par l’ami américain.

La présentation du film fait un rapprochement avec le nazisme. Inutile de comparer un monstre à un autre. Comme le rappelle un des protagonistes, et comme le rappelait lui-même McNamara dans The Fog of War, la justice, c’est toujours celle du vainqueur. Les criminels de guerre, on ne les trouve que chez les perdants. Il faut donc regarder derrière l’image ridicule de ces bourreaux appelés à jouer leur propre rôle. Il faut oser se regarder dans une glace. Ces crimes, ce sont les nôtres. Ils ont été perpétrés au nom de notre liberté, de nos valeurs.

Le cinéma américain a servi de propagande. L’arme de destruction massive de l’Amérique, c’est sa culture. Au même titre que les vendeurs de tabac sont des vendeurs de morts, l’Amérique a vendu du rêve. Qu’importe les moyens, il faut que le petit peuple du monde participe à l’effort et s’acquitte de son impôt. La consommation, c’est le tribut payé aux seigneurs. Autant un mirage qu’une drogue.

Pour les États-unis, liberté, démocratie, c’est synonyme de capitalisme, et tous les moyens sont bons pour stopper l’avancée des communistes dont les valeurs s’opposent aux leurs. Une comparaison au nazisme bien ironique, oui. Avant leur entrée en guerre, les États-unis avaient en sympathie le nazisme, justement parce qu’il s’opposait aux communistes. L’antithèse des valeurs américaines, c’était le communisme, pas le nazisme. Et c’est seulement pour préserver leurs propres intérêts qu’ils se sont finalement opposés aux nazis. La chute du nazisme n’a fait que précipiter l’opposition entre capitalisme et communisme. L’Amérique a juste meilleure presse, est meilleure en propagande, et surtout… elle a gagné la guerre. Le pire monstre c’est encore celui qu’on ne voit pas à sa porte ou dans son lit ; c’est celui que l’on suit sans vouloir regarder son véritable visage. Qu’est-ce qui fait qu’un individu, puis un autre, et toute une société, collaborent ? Est-ce que c’est par conviction politique ? Quand ce n’est pas la peur, c’est le confort. La carotte du capitalisme, pour endormir le petit peuple, c’est le confort. Le mythe d’une prospérité. Une prospérité qui est surtout celle des plus forts. On l’a bien compris lors de ces dernières années. Il faut d’abord préserver les capitaux des puissants, et quand ils font des erreurs, c’est toujours à ce même petit peuple qu’on demande de passer à la caisse. Pour son propre intérêt. Le communisme n’est même plus une possibilité. Le dieu consommation est le plus fort.

Alors, pour protéger nos intérêts, on est capables non seulement d’accepter qu’ailleurs des dictatures brutales fassent le sale travail, mais pour éviter d’y foutre les pieds comme au Vietnam, on est prêt à favoriser ces régimes au détriment de la démocratie et des libertés les plus fondamentales. Les populations inféodées se retrouvant à l’autre bout du monde, les princes peuvent continuer à vivre comme des pachas, ou comme des chefs mafieux. Finalement, comme Al Capone, il n’y a qu’au portefeuille qu’on peut nous atteindre. Parce que le sale travail, on le fait faire par d’autres, on ne se salit jamais les mains. Peu de choses nous relie à ces assassins. Sauf notre prospérité. La prospérité des rois, des voyous. On est clean et on pourra même les montrer du doigt, comme un exemple de la brutalité de certains régimes. Un comble. Dormons tranquilles.