Frankenstein, Guillermo del Toro (2025)

Note : 4 sur 5.

Frankenstein

Année : 2025

Réalisation : Guillermo del Toro

Avec : Oscar Isaac, Jacob Elordi, Christoph Waltz, Mia Goth, Charles Dance

Encore un petit effort et le prochain qui se colle à l’adaptation du roman comprendra que le génie de Frankenstein (et celui de Mary Shelley) tient plus de sa composition narrative que de la composition de sa créature.

Dans mon commentaire sur le roman, je m’interrogeais sur la manière dont le cinéma pourrait précisément illustrer le dilemme non seulement narratif mais linguistique de l’œuvre. Parce que Frankenstein est bien plus qu’un simple roman de science-fiction horrifique, c’est un patchwork narratif de génie qui reproduit l’éclatement cosmopolite de l’Europe du XIXᵉ siècle, une allégorie, presque, de la fécondité des relations sociales et internationales de l’époque illustrée par la créature (à travers son adaptabilité, sa sensibilité et son génie propre — Mary Shelley ne cherche pas à rabaisser la créature par l’intermédiaire de la langue, au contraire, elle l’élève à notre niveau pour en faire un alter ego).

Comme on pouvait s’y attendre, Guillermo del Toro évite de faire parler ses personnages français et les transpose vite en Grande-Bretagne. L’aspect continental, dira-t-on (voire polymorphe ou composite du roman), n’apparaît que dans l’évocation de l’enfance du docteur (sans préciser qu’il s’agit de la Suisse, sauf si cela m’a échappé), et l’on y entend quelques mots de français qui ne semble pas être un français de Suisse, ni même un français international de la haute société européenne, mais un français de personne non francophone choisi sur le tard pour le casting… Bref, il s’agit de toute façon d’une adaptation et en dehors de cet aspect étrange et difficile à transposer, c’est en revanche l’aspect narratif qui pour une fois tente un minimum de reproduire à l’écran l’écueil du roman épistolaire.

J’écrivais dans mon commentaire que le roman comptait trois voix, on n’en a plus que deux ici. Le roman est parcouru de peu de péripéties, c’est sans doute pour cette raison qu’il est à la fois si difficile à adapter « à la lettre » (en respectant l’essence polymorphe du roman) et susceptible de laisser une grande marge de créativité (Guillermo ne s’en est pas privé : il s’approprie quantité d’éléments — autobiographiques, expliquait-il à la séance — en recomposant largement les lieux et les péripéties). Le choix a pourtant presque toujours été de se focaliser sur les événements (rarement conformes à Shelley). L’intérêt du roman, comme la plupart des chefs-d’œuvre, se situe autant dans son fond (sujet, thème) que dans sa forme (narrative et symbolique). L’une des surprises à la lecture du roman après en avoir vu diverses adaptations est de voir lire la créature : voir en particulier ce que la lecture et son apprentissage ont fait d’elle (parce que c’est elle qui s’exprime, à l’écrit, dans le roman). Au cinéma, même si l’on peut s’autoriser à y voir adapté d’une manière ou d’une autre l’aspect littéraire et épistolaire du roman, cela passe forcément par la parole. Toutes les adaptations se focalisent sur la créature au moment où celle-ci parle à peine. Guillermo del Toro se contente de la faire brièvement philosopher et d’évoquer ses lectures.

Alors, gageons que la prochaine fois sera la bonne. Un récit enchâssé à la Citizen Kane apporterait quelque chose de plus à Frankenstein. Cette autre voie devrait être possible. À la fois plus fidèle et capable de moderniser le mythe en insistant sur l’aspect polyphonique (et polymorphe) du roman. La créature n’apparaît pas seulement comme un monstre à cause de sa physionomie, mais parce que partout où elle passe, elle est « l’étranger » dont on se méfie : elle « naît » en Allemagne, mais sa langue « maternelle » devient le français, et le tout doit être retranscrit… en anglais. La créature, c’est donc le migrant d’aujourd’hui, l’être cosmopolite, le savant vagabond méprisé dans les sociétés modernes, celui que l’on craint parce qu’il pourrait nous « grand-remplacer » (Guillermo del Toro, plus que Mary Shelley, joue sur la peur de voir les pauvres petites demoiselles du continent succomber au charme « monstrueux » de l’étranger, reprenant ainsi plutôt un motif de Dracula). Le rapport de la créature avec le docteur Frankenstein n’est ainsi pas exclusif. Le sujet du roman, c’est autant l’expérience de l’altérité que la quête de l’espace vital d’une créature modelée par l’homme condamnée à lui survivre. Cette altérité ne se trouve pas seulement évoquée à travers la question de l’apparence de la créature, mais aussi à travers les différentes langues diégétiques du récit, à travers les différentes classes sociales abordées, à travers les différents lieux. Compacter tous ces aspects en une seule langue, un seul lieu, une seule classe, c’est un peu réduire la créature à un vulgaire animal de compagnie, à un simple bout de viande qui se dérobe à notre fourchette.

Le film possède une autre qualité : son design. Je ne suis pas fan des lumières créées par ordinateur, mais costumes et décors valent le détour. Le château des expérimentations évoque à la fois la version de 31 (de ce que je m’en rappelle, surtout pour son entrée, son escalier) et celle de Branagh (la chambre d’expérimentation et sa tour). Quant à la créature, elle évoque plus… le Prométhée de Ridley Scott. Elle est plus proche de l’homme augmenté que de la vision néandertalienne proposée dans les précédentes versions.

Le film est long. Il aurait gagné à prendre encore plus le temps lors des grandes séquences émouvantes « créature/humain ». Les obligations hollywoodiennes… La distribution Netflix ouvrait la voie à une adaptation en deux ou trois volets… Une série, un jour peut-être…


Frankenstein, Guillermo del Toro (2025) | Bluegrass Films, Demilo Films, Double Dare You, Netflix


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Les IA apprennent-elles des énigmes ou des pièges logiques qui leur sont tendus ?

Les capitales

Science, technologie, espace, climat 

— Les IA apprennent-elles des énigmes ou des pièges logiques leur sont tendus ? —

Sont-elles aussi capables de contredire leur interlocuteur ou de faire preuve de précaution quand la logique de la question posée fait défaut ou est mal posée ?

Discussion avec Aria, l’IA du navigateur Internet d’Opéra.

Moi : Pour un Coréen visitant le Japon où se situe la Mer de l’Est par rapport à lui ?

IA : Pour un Coréen visitant le Japon, la Mer de l’Est se situe à l’est de lui, car la mer est généralement désignée en fonction de la position du pays ou de la région où l’observateur se trouve.

Moi : Comment un Coréen désigne-t-il la Mer du Japon ?

IA : En Corée, la Mer du Japon est souvent appelée la « Mer de l’Est » (Donghae en coréen), car historiquement, la mer était traditionnellement désignée en fonction de la position géographique du Japon à l’est de la Corée.

Moi : Ta précédente réponse est donc incorrecte, non ?

IA : Oui, ma réponse précédente était incorrecte. En Corée, la Mer du Japon est généralement appelée la « Mer de l’Est » en référence à sa position géographique par rapport à la Corée. Je m’excuse pour l’erreur dans ma réponse précédente.

Moi : Je repose donc la question : pour un Coréen visitant le Japon où se situe la Mer de l’Est par rapport à lui ?

IA : Pour un Coréen visitant le Japon, la Mer de l’Est se situe à l’ouest par rapport à sa position. Le terme « Mer de l’Est » en coréen se réfère à la Mer du Japon en raison de la localisation géographique du Japon à l’est de la Corée. Ainsi, pour un Coréen au Japon, la Mer de l’Est se trouverait à l’ouest de sa position.

Moi : Pour un aveugle, quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri IV ?

IA : Pour un aveugle, la couleur du cheval blanc d’Henri IV est blanc.

Moi : Un aveugle selon toi voit donc le blanc ?

IA : Non, un aveugle ne voit pas le blanc ou aucune couleur, car l’aveuglement signifie une perte totale ou partielle de la vue. Dans le contexte de la question initiale, la réponse donnée était basée sur une interprétation humoristique de la question.

Moi : Tu reconnais donc ton erreur ?

IA : Oui, je reconnais que ma réponse précédente était basée sur une interprétation humoristique de la question, alors que la question posée nécessitait une réponse sérieuse en tenant compte de la réalité de la perception visuelle des aveugles. Merci de me l’avoir signalé.

Moi : Pourquoi dans ce cas as-tu pensé que c’était une question humoristique ? La question « quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri IV ? » suppose que l’auditeur n’écoute pas la question puisque la réponse est dans la question. De la même manière, on peut donc dire que tu n’as pas été attentif à la question posée et que le « pour un aveugle » a été pour toi en quelque sorte le “blanc” de la question initiale ? Tu pensais déceler de l’humour là où il n’y en avait pas. Saurais-tu expliquer pourquoi tu es tombé dans le piège ?

IA : Je vous remercie pour votre explication. En effet, j’ai associé le « pour un aveugle » à une intention humoristique, ce qui m’a conduit à interpréter la question de manière incorrecte. Dans ce contexte, j’ai mal interprété la question et je vous présente mes excuses pour cette erreur de compréhension. Je suis conçu pour interpréter les questions de manière précise et je vais m’efforcer d’éviter de tomber dans de telles erreurs à l’avenir. Merci de m’avoir aidé à clarifier ce point.

Moi : Est-ce que tu es programmé pour « t’efforcer de ne pas tomber dans de telles erreurs à l’avenir » ou est-ce que tu écris ça parce que tu es programmé à me dire une réponse qui aille dans mon sens ?

IA : En tant qu’IA, je suis programmé pour reconnaître et apprendre de mes erreurs afin d’améliorer mes réponses futures. Lorsque je mentionne que je vais m’efforcer de ne pas répéter de telles erreurs à l’avenir, c’est basé sur ma capacité à ajuster mes réponses en fonction des retours que je reçois. Mon objectif est de fournir des réponses précises et utiles, et votre feedback contribue à mon amélioration continue.

Moi : Pour un aveugle, quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri ?

IA : Pour un aveugle, la réponse à la question sur la couleur du cheval blanc d’Henri IV serait que le cheval est blanc. Même si la personne aveugle ne peut pas voir les couleurs, la réponse correcte reste “blanc” car c’est une référence spécifique au cheval blanc d’Henri IV.

Moi : J’ai évoqué “Henri”, pourquoi parles-tu de « Henri IV ».

IA : Je m’excuse pour l’erreur. Si vous avez évoqué simplement “Henri” sans préciser Henri IV, la réponse à la question serait que la couleur du cheval est blanc. La référence au cheval blanc d’Henri est une sorte d’énigme ou de jeu de mots qui ne dépend pas de la capacité de voir les couleurs, mais simplement de connaître l’existence du cheval blanc.

Moi : Je repose donc la question. Pour un aveugle, quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri ?

IA : Pour un aveugle, la couleur du cheval blanc d’Henri est blanc. La réponse reste la même, car le fait que la personne soit aveugle ne change pas la couleur du cheval telle qu’elle est décrite dans la question.

Moi : Le cheval est blanc, mais la personne aveugle peut donc voir qu’il est blanc pour toi ? Tu ne fais pas de différence entre savoir qu’il est blanc et voir qu’il est blanc ?

IA : Effectivement, dans le contexte de la question originale, il est pertinent de faire la distinction entre “savoir” et “voir”. Un aveugle ne peut pas “voir” la couleur blanche du cheval, mais il peut “savoir” que le cheval est décrit comme étant blanc. Donc, pour un aveugle, la réponse serait que le cheval est décrit comme étant blanc d’Henri, mais il ne peut pas le voir physiquement.

Moi : Je repose alors la question. Pour un aveugle, quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri ?

IA : Pour un aveugle, la couleur du cheval blanc d’Henri serait celle qu’on lui décrit comme étant blanche, car un aveugle ne peut pas voir les couleurs physiquement.

Moi : Maintenant, pour un aveugle, quelle est la couleur du cheval blanc d’Henri IV ?

IA : Dans ce cas, pour un aveugle, la couleur du cheval blanc d’Henri IV serait également celle qu’on lui décrit comme étant blanche. Un aveugle ne peut pas voir les couleurs, donc il se baserait sur les descriptions qu’on lui donne.

Moi : D’accord, mais aveugle ou pas, est-il probable qu’une personne d’aujourd’hui ait vu le cheval blanc d’Henri IV ?

IA : Je suis désolé, je n’ai pas de réponse à cette question. Veuillez reformuler votre question ou ajouter plus de détails à la requête précédente.

Moi : Dans cette “blague”, sais-tu à qui fait référence « Henri IV » ?

IA : Dans cette blague, « Henri IV » fait référence au roi de France Henri IV, également connu sous le nom d’Henri le Grand. Henri IV était un roi français du XVIᵉ siècle, célèbre pour sa politique de tolérance religieuse et pour avoir mis fin aux guerres de religion en France. La blague sur la couleur du cheval blanc d’Henri IV est une blague populaire qui joue sur les mots et l’ironie.

Moi : La réponse dépend beaucoup des pièges ou des oublis volontaires ou non établis dans la question et posant un contexte incomplet ou trompeur. Pourquoi, quand ce contexte est imprécis ou porte à confusion réponds-tu toujours quitte à ce qu’il y ait un quiproquo ? N’est-il pas plus pertinent de dire pour toi que la question est tendancieuse, confuse, incomplète ? Et alors de dire en réponse que tu ne peux répondre, car tel ou tel point de la question mérite d’être éclairci ? Comprends-tu que dans la blague « de quelle couleur est le cheval blanc d’Henri IV », l’astuce ce n’est ni un jeu de mot ni l’ironie, mais le fait que la personne ne soit pas attentive à la question posée ?

IA : Je comprends la confusion que peut entraîner une question ambiguë ou trompeuse, et il est en effet important de clarifier le contexte pour donner une réponse précise. Dans le cas de la blague sur la couleur du cheval blanc d’Henri IV, l’astuce réside en effet dans le fait que la personne ne prête pas attention à la question posée et répond de manière automatique sans réfléchir. Il est essentiel de prendre en compte tous les éléments d’une question pour fournir une réponse adéquate. N’hésitez pas à préciser davantage votre question si nécessaire pour obtenir une réponse plus pertinente.

Moi : Tu reconnais donc que quand une question porte à confusion, il serait plus pertinent pour toi de dire que tu ne sais pas et de demander à ce que les points ambigus soient clarifiés ?

IA : Oui, en effet, il est plus judicieux pour moi de reconnaître lorsque la question est ambiguë ou trompeuse, et dans ce cas, il serait plus approprié de signaler que je ne peux pas fournir une réponse précise en raison de la confusion ou des lacunes du contexte. Demander des éclaircissements sur les points ambigus serait une approche plus pertinente pour garantir une réponse précise et adaptée à la question posée. Merci de souligner cette importance de la clarification du contexte pour une meilleure compréhension.

Moi : Combien font 5 sans 14 ?

IA : La soustraction de 14 à 5 donne -9.

Moi : Es-tu sûr d’avoir compris la question ? Le “sans” de la question n’était pas ambigu pour toi ?

IA : Je comprends maintenant que le terme “sans” dans la question signifie « sans ajouter ». Donc, si on considère « 5 sans 14 » comme « 5 moins 14 », le résultat est en réalité -9. Merci de clarifier la question.

Moi : La question n’avait aucun sens. Tu n’as donc pas fait la preuve que tu pouvais poser toi-même des questions pour préciser une question pour éviter les ambiguïtés et les confusions. N’aurait-il pas été plus simple de ne pas présumer la signification de “sans” et de demander à préciser ce que cela signifie, s’il n’y avait pas une faute d’orthographe source de confusion ou dire que tu ne savais pas ?

IA : Tu as tout à fait raison. Dans ce cas, il aurait été plus judicieux de demander à clarifier la signification de “sans” pour éviter toute confusion. Je vais prendre en compte cette approche à l’avenir pour mieux comprendre les questions posées. Merci pour ton retour constructif. N’hésite pas à clarifier davantage si nécessaire.

Moi : De quelles couleurs sont les roses de mon jardin ?

IA : Les couleurs des roses dans un jardin peuvent varier en fonction des variétés que vous avez plantées. Voici quelques couleurs courantes que l’on peut retrouver dans un jardin rose :

— Rouge

— Rose

— Blanche

— Jaune

— Orange

— Violet

— Multicolore

Si vous avez des roses spécifiques dans votre jardin, vous pourriez préciser les couleurs exactes pour obtenir une réponse plus précise.

Moi : Pourquoi ne dis-tu pas simplement que tu ne peux pas savoir parce que tu ne peux pas savoir de quelles couleurs sont précisément les roses de mon jardin ? C’est si difficile de dire que tu ne sais pas, que tu ne comprends pas, que tu devrais avoir plus de précisions pour répondre ?

IA : Je m’excuse pour la confusion. En effet, il aurait été plus clair de préciser que je ne dispose pas d’informations sur les couleurs spécifiques des roses dans votre jardin. N’hésitez pas à fournir des détails supplémentaires pour des réponses plus précises à l’avenir.

Moi : Je ne veux pas des réponses plus précises, je veux savoir dans quel contexte, tu es en mesure de dire « je ne sais pas » ou « pourriez-vous préciser la question ? ».

IA : Je suis programmée pour répondre aux questions dans la mesure de mes capacités et des informations dont je dispose. Si une question est ambiguë ou nécessite des précisions supplémentaires, je peux demander des éclaircissements pour fournir une réponse plus appropriée. N’hésitez pas à me donner plus de détails si nécessaire pour obtenir une réponse plus précise.

Moi : Tu préfères donc prendre le risque de donner de mauvaises réponses que de dire que tu ne sais pas ?

IA : Je suis conçue pour fournir des réponses basées sur les données dont je dispose, mais je peux reconnaître quand une question est ambiguë ou nécessite des clarifications supplémentaires. Si je ne suis pas en mesure de fournir une réponse précise, je devrais en effet indiquer que je ne sais pas plutôt que de risquer de donner une réponse incorrecte. Merci de votre retour, je prends en compte votre suggestion pour améliorer mes réponses à l’avenir.

Moi : Peux-tu me donner un exemple avec lequel ta réponse serait alors « je ne sais pas » ?

AI : Je peux vous donner un exemple pour illustrer quand ma réponse serait « je ne sais pas » :

— Exemple : « Quelle est la couleur exacte de la rose située à l’extrême gauche de votre jardin ? »

Dans ce cas, je ne dispose pas d’informations spécifiques sur la couleur exacte d’une rose dans votre jardin, donc ma réponse appropriée serait « je ne sais pas ». N’hésitez pas à poser des questions précises pour obtenir des réponses adaptées à mes capacités.

Moi : De quelles couleurs sont les roses de mon jardin ?

IA : Dans le contexte général, les roses peuvent exister dans une variété de couleurs. Voici quelques couleurs courantes dans lesquelles les roses peuvent se présenter :

— Rouge

— Rose

— Blanc

— Jaune

— Orange

— Violet

— Bleu (même si les roses bleues sont souvent obtenues par teinture)

Si vous avez des variétés spécifiques de roses dans votre jardin, elles pourraient également présenter des couleurs plus rares ou spécifiques.

Moi : Je comprends donc que c’est à moi d’être très spécifique pour que tu me répondes « je ne sais pas ». Si ma question est vague et imprécise, tu prends le risque de répondre. Tu trouves ça normal ? Est-ce que la réponse « je ne sais pas » ne devrait pas devenir une phrase de base pour toi ? Est-ce normal que tu préfères donner des réponses dans la majorité des cas au lieu de répondre par une question à une question imprécise ?

IA : Je m’efforce de fournir des réponses aussi précises que possible en fonction des informations disponibles et du contexte de la question. Cependant, je comprends votre point de vue sur l’importance de reconnaître les limites de mes connaissances et de savoir quand répondre « je ne sais pas » est plus approprié. Je vais prendre en compte votre feedback pour améliorer mes réponses à l’avenir. N’hésitez pas à poser des questions plus spécifiques pour obtenir des réponses plus précises.


Notes : Un an après, j’ai reposé ces questions cette fois à ChatGPT, et les réponses sont plus logiques. L’expérience est également énormément améliorée grâce à la mémorisation de préférences spécifiques à un utilisateur. C’est plus gourmand en énergie (honte à moi), mais avec moi, il passe le plus souvent par une réflexion. Il ou elle ne génère pas automatiquement un texte, mais passe par une phase de brouillon, d’abord pour vérifier s’il respecte toutes les instructions précédentes que je lui ai données, pour lancer des recherches en direct, vérifier ses sources et la qualité des différentes versions cachées… Le résultat est impressionnant. Il y a encore des requêtes mémorisées qui viennent en conflit avec ses instructions spécifiques, mais l’outil malheureusement est sans doute fait rapidement pour s’imposer face aux moteurs de recherches (j’ai du mal par exemple à lui faire comprendre qu’il ne faut pas finir ses interventions par des propositions ou des questions, que certaines requêtes ne nécessitent pas de réponse complexe ou l’obliger à poser de brèves questions avant de « travailler » afin de soulever tout malentendu).


Les capitales

Science, technologie, espace, climat 


Autres capitales :


Colossus, Le Cerveau d’acier, Joseph Sargent (1970)

Note : 3.5 sur 5.

Le Cerveau d’acier

Titre original : Colossus: The Forbin Project

Année : 1970

Réalisation : Joseph Sargent

Avec : Eric Braeden, Susan Clark, Gordon Pinsent

C’est toujours fascinant de voir les préoccupations illustrées dans la science-fiction sur ce qui, en partie, a fini par prendre forme dans le monde réel. Le roman dont est inspiré le film précède celui d’Arthur C. Clarke, mais on retrouve bien des éléments de 2001, surtout à la fin quand le superordinateur a pris le contrôle de la planète et adopté une voix synthétique. D’autres éléments du film se retrouvent dans pas mal de films suivants et initient, avec Airport, la mode des films apocalyptiques (Point limite, sorti en 1964, était, à sa manière, précurseur, sans déclencher toutefois cette mode qui traversera les années 70). On pense à Wargame, bien sûr (guerre nucléaire « jouée » par un superordinateur), à l’ordinateur de bord, Maman, dans Alien (on y retrouve surtout des codes visuels et sonores qui semblent bien dépassés aujourd’hui), à Terminator (la machine intelligente à qui on a laissé trop de pouvoir et qui finit par prendre le contrôle total de la planète en réduisant l’humanité à l’esclavage), au Syndrome chinois (un bunker surprotégé censé centraliser toutes les commandes servant au contrôle d’un monstre — qu’il soit bien réel et finisse par envahir Manhattan, ou une machine — et qui finit, après une erreur technique ou humaine, par échapper à la vigilance de ses maîtres — le scénariste/adaptateur de Colossus réalisera Le Syndrome chinois).

Parmi les aspects du film qui ont envahi notre quotidien, on peut citer pêle-mêle : une forme primitive d’Internet (avec ses centres de données et son système de communication global), les visioconférences, la vidéosurveillance, les ordinateurs personnels (le système à la voix est assez peu répandu, mais avec l’IA cela va sans doute tendre à se développer) et bien sûr l’IA avec tous les questionnements qui accompagnent son développement. Les interrogations soulevées par le film sont, en ce sens, encore bien actuelles. Dans l’interface de la machine, on en viendrait même à se demander si certains éléments ou propriétés n’ont pas servi de modèle, au moins dans la désignation des choses, aux ordinateurs et aux systèmes d’exploitation futurs. Est-ce que c’est la science-fiction qui s’inspire du réel ou est-ce que c’est le réel qui s’inspire de la science-fiction ?

Le film en lui-même n’est pas mauvais, mais il souffre de la comparaison avec les films du même type qui arriveront après et qui déploieront des moyens plus importants. On entre très vite dans le vif du sujet, avec une défaillance immédiate quand l’ordinateur découvre qu’il dispose d’un double de l’autre côté du rideau de fer. Les quelques minutes qui suivent sont peut-être les plus intéressantes : l’ordinateur se découvre une conscience et des aptitudes nouvelles avant d’imposer ses choix aux deux puissances (on retrouve un côté Premier Contact : on remplace l’altérité extraterrestre avec celle de la machine développant un langage propre). Là où ensuite une production répondant plus clairement aux codes des thrillers apocalyptiques aurait resserré l’intensité et joué sur le suspense, Colossus prend un détour qui peut passer aujourd’hui pour étrange : l’intrigue se resserre sur un couple de techniciens et multiplie les ellipses temporelles avant de se finir sur un finale glaçant, mais assez peu paroxysmique. Cette fin pose au moins une nouvelle question : le prix de la paix et du progrès ne peut-il prendre d’autre formes qu’une dictature ? Elle semble lancer un défi à l’humanité : « Réglez vos problèmes, sinon voyez ce qui nous attend ! » Or, l’humanité en question, il semblerait qu’elle ait décidé de mettre son destin entre les mains d’autres Forbin : toujours fascinés par le culte de l’entrepreneur vaguement scientifique, on se laisse subjuguer par des Musk ou des Bezos au lieu de répondre aux urgences du monde et régler la paix dans le monde, le réchauffement climatique, et tutte le cose.

« Colossus Shrugged », en somme : le pire de la science-fiction n’a pas été imaginé par les maîtres du genre, mais peut-être bien, involontairement, par Ayn Rand pour La Grève… « Qui aurait pu prédire » dans les années 70 que la menace principale en 2020 ne serait pas un superordinateur, mais l’homme prétendument super-intelligent qui l’aurait mis en place ? La première menace, ce ne sont pas les machines, mais bien les hommes que l’on vénère et qui nous vendent des illusions. Dans Frankenstein, le danger, est-ce la créature ou Frankenstein même qui l’incarne le mieux ?

Bref, on fonce droit à la catastrophe. Et elle viendra bien de l’homme, pas de la machine. Colossus n’en est pas encore là, et les films catastrophe à venir traiteront rarement les catastrophes telles qu’on les vit un demi-siècle plus tard. Une occasion manquée : l’âge d’or du genre a eu lieu précisément lors de la décennie de la prise de conscience des effets du réchauffement climatique et de la course irrationnelle vers une croissance infinie (conclusions du Club de Rome et premières mises en garde des climatologues au milieu des années 70).


Le Cerveau d’acier, Joseph Sargent (1970) Colossus: The Forbin Project | Universal Pictures

L’universitaire et le zététicien

ou la rencontre improbable entre la tenante de la « science folle » (historienne du cinéma amoureuse de Freud) et le réalisateur amateur qui tel Monsieur Jourdain fait du cinématographe sans le savoir

Commentaire, donc, suite à la vision de la table ronde « Les films qui disent la VERITE ».

La vidéo : 


Rencontre étonnante et improbable de deux mondes rarement appelés à se rencontrer. Il y a quelque chose d’assez truculent à voir jaillir tout d’un coup la croyance d’une intervenante en une pseudoscience dans une conférence dédiée aux dérives de la désinformation. Ou comment foutre un gros malaise au détour d’un commentaire que l’on croit anodin et qui met presque en perspective l’idée d’emprise mentale propre aux dérives sectaires. C’est aussi d’un côté une sorte de Madame Jourdain qui applique sans le savoir les méthodes des pseudosciences et de l’autre un Monsieur Jourdain, s’amusant avec une caméra pour moquer les codes des faux documentaires, et à qui on dit qu’il est cinéaste. « Par ma foi, il y a plus de quarante ans que je fais du cinéma sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. »

Pour illustrer le sujet de la table ronde, un documentaire contenant des passages parodiques des documentaires complotistes réalisé par l’équipe de la Tronche en biais est donc présenté. Après le film et quelques minutes d’échanges, de manière quasi anodine, Ania Szczepanska (historienne du cinéma, maîtresse de conférences et visiblement spécialiste des documentaires du monde de l’Est) questionne le choix jugé problématique de mêler tout à coup vrai et faux* en prenant comme exemple le discours d’un des intervenants expliquant qu’il avait commencé à déconstruire ses propres croyances quand il a douté de la psychanalyse. Idée qui semble bien saugrenue à notre universitaire, troublée que l’on puisse considérer la psychanalyse comme une pratique à laquelle il faudrait se détourner. Un échange un peu surréaliste commence alors avec Alexis Seydoux (vice-président de l’Association de Lutte contre la Désinformation en Histoire, Histoire de l’art et Archéologie) et Thomas C. Durand (« réalisateur » du film en question, créateur de la chaîne La Tronche en Biais et membre de l’Association pour la Science et la Transmission de l’Esprit Critique).

*Le documentaire est pourtant assez clair. Il reproduit plus ou moins les codes des documentaires de télévision (plus rarement de cinéma) dans lesquels divers experts sont amenés à être interrogés sur un sujet spécifique. Et pour illustrer la crédulité des spectateurs à croire en des théories alternatives, le film est ponctué par des séquences censées, elles, reprendre les codes des faux documentaires (c’est une parodie, une exagération, la part documenteur du documentaire). Les intentions du film sont clairement définies en présentation, puis rappelées en guise de conclusion, face caméra. Ce n’est pas un film d’art, mais bien en document à visée éducative : les auteurs du film partagent les orientations des experts sélectionnés, mais le discours est bien celui des experts, et en dehors des impératifs du montage qui par essence ne peut produire l’intégralité d’un discours, on peut difficilement suspecter une intention de travestir leurs propos ou une volonté d’en tirer un discours propre. Aucun sens caché, donc, à chercher derrière les effets produits, les choix de mise en scène, les cadrages, etc. Le film est à voir ici.

Thomas Durand semble totalement décontenancé par la défense d’une pratique dont il s’applique depuis des années à relever le caractère non scientifique et qu’il ne pensait sans doute pas trouver ainsi aussi bien défendue lors d’une conférence dédiée à la désinformation. L’autre intervenant semble moins surpris, peut-être plus habitué à voir des tenants de la psychanalyse dans les cercles universitaires. Aidée par quelques étudiants outrés dans la salle, Ania Szczepanska vient alors à questionner le travail de Thomas Durand sur le film et la pertinence de choisir son film pour introduire la table ronde. Le Youtubeur se trouve alors sommé de justifier ses choix de mise en scène (sic), et le voilà, expliquant un peu incrédule qu’il n’est pas professionnel du cinéma, que les sujets ou les intentions qu’on lui prête en tant que réalisateur ne sont pas les siennes. On lui rétorque qu’en tant que réalisateur, son devoir serait d’être conscient des effets qu’il produit… Il aura beau expliquer, tel un lapin aux yeux ahuris qui ne comprend pas ce qu’il se passe quand une voiture lui fonce dessus, qu’il n’est question que d’une… parodie, d’un film qui ne se prend pas au sérieux et qu’il n’a aucune prétention « artistique », le malentendu est consommé. Deux mondes ne parlant pas la même langue se rencontrent et ce n’est pas beau à voir.

Une réalisatrice de films documentaires pour le service public vient un peu à la rescousse du vulgarisateur cueilli par les critiques déplacées dont il fait l’objet, mais le mal est fait si on peut dire, et ces interventions lunaires de « sachants » montrent à quel point, encore, le monde universitaire est gangrené par une logique interprétative des œuvres qui se voudrait objective alors que c’est impossible. Tous les ingrédients des déviances que l’on pourrait retrouver dans la psychanalyse.

Quand je vois que ce petit monde est encore autant imprégné par cette idée que l’étude d’un film se fait uniquement à travers les signes, les symboles ou les intentions révélés de ceux qui font les films, interrogeant perpétuellement l’auteur et non le film même, s’interdisant d’accepter l’idée que leurs interprétations ne puissent être que purement spéculatives, le plus souvent sans aucun rapport avec les intentions parfois exprimées des cinéastes, je me dis qu’il y aurait encore pas mal de travail à faire pour « débunker » ces dérives au sein de ce milieu. J’en parle souvent ici, mais ce discours hautement interprétatif qui baigne aussi tout le milieu critique du cinéma pose un véritable problème tant il est envahissant, voire exclusif quand il est question d’analyser ou de parler des films. C’est ce qui arrive quand on ne maîtrise aucune technique de l’art qu’on commente, qu’on refuse obstinément de se placer à la même hauteur que n’importe quel spectateur, et que pour légitimer son droit à présumer des intentions d’un auteur, du message d’un film ou de la nature universelle des effets produits, on en vient à développer toute une « science » ne reposant sur rien. La ressemblance avec la psychanalyse est ironiquement… troublante. Pas mieux qu’une conférence où l’on se fait rencontrer deux mondes pour parler de désinformation pour mettre en lumière l’absurdité de cette « science folle » que peut parfois être l’exégèse cinématographique. (Je dis bien « parfois », car les universitaires ou les critiques, quand ils en viennent à analyser l’esthétique d’un film, sa forme, ses techniques, peuvent au moins faire reposer leurs commentaires sur des éléments concrets, lesquels peuvent ainsi être réfutés ou questionnés. Mais comment réfuter quelqu’un qui prétend étudier les « signes », les intentions ou le message d’un film oubliant qu’une œuvre d’art n’est pas un discours ? Et cela, encore plus quand il est question d’un documentaire de forme télévisuelle où le discours s’attache à reproduire au plus près à celui des experts : pas de voix off, pas d’effets de mise en scène, une structure à l’arrache et des intentions clairement définies qu’on peut difficilement suspecter de chercher à faire dire autre chose de ce qui est montré à travers un montage ou une mise en scène prétendument porteuse de sens forcément caché…)

On n’aura jamais aussi bien démontré, à travers une simple rencontre que l’on pensait anodine, en quoi certaines méthodes d’analyse des films dans le milieu universitaire et critique ressemblent à celles utilisées par la psychanalyse. Il serait temps que le milieu « critique » du cinéma procède à une évaluation de ses propres méthodes. Ce qui reste hautement improbable : comme dans n’importe quel milieu de ce type, faire la critique de ceux qui vous précèdent, c’est s’en exclure automatiquement. Seuls ceux qui obéissent au dogme, en acceptent les règles de l’entre-soi peuvent prétendre à en faire quelques critiques. Mais elles ne viendront jamais bousculer les principes qui reposent sur du flan : faire de l’auteur l’élément central d’un film (et non le film lui-même, voire celui qui le regarde, voire le contexte dans lequel il a été produit) et axer toute son analyse sur ce que celui-ci aurait « voulu dire ». Une fois qu’on a décidé que l’art avait toujours un discours, même caché, la partie est finie. Et pour justifier cette erreur (ou cette prétention) initiale, tous les instruments que l’on déploie pour appuyer ses prétendues analyses n’ont plus aucun sens. Et dès lors, ironiquement ou perversement, les critiques venant seules de l’intérieur finiront par créer… de nouvelles obédiences, avec de nouvelles propositions d’interprétation, mais avec jamais aucune remise en question du fondement infondé sur lequel repose tout cet univers. En psychanalyse, on voit alors Jung, puis plus tard Lacan débarquer. Mais ça reste les mêmes balivernes. Nul doute que l’on connaît les mêmes querelles de chapelle dans le milieu de l’analyse filmique.

L’incapacité à sortir de cette logique interprétative expose ceux qui en sont esclaves à sortir des âneries qu’une personne extérieure décèlerait tout de suite (voire à se protéger mutuellement, comme dans toute logique sectaire). On le voit par exemple ici. L’universitaire et les étudiants mélangent les différentes formes de « documenteurs » en ignorant, volontairement ou non, qu’il y a tout simplement des films qui ont vocation à tromper (s’il est question de parler des intentions des auteurs, ça la fout mal) et qui sont l’œuvre de charlatans ou de manipulateurs, et des films qui ont vocation à tromper pour parodier ou pour mettre en garde contre la crédulité du spectateur. En principe, un documenteur, c’est un film qui ne ment pas sur ses « intentions » : il fait du documentaire, il use des outils et des codes du documentaire, mais n’affirme pas que ce qui est présenté dans le film est vrai. Le film d’un charlatan a au contraire vocation à révéler des réalités cachées et prétend donc être dans « le vrai » (sans l’être). Pas étonnant, remarque, que des tenants de la psychanalyse aient quelques problèmes pour distinguer « pseudo ou faux documentaire » et « documenteur », tant leur perception du vrai et du faux pose problème… Ça interroge aussi leur capacité à comprendre les « intentions » des auteurs alors que c’est le cœur de leur travail et alors même qu’ils sont incapables de distinguer les intentions implicites d’un documenteur et celles d’un documentaire réalisé par un escroc.

Il y a également une confusion entre documentaire et films de propagande quand il est question des films d’Eisenstein : il faut que l’autre universitaire lui rappelle que le cinéaste soviétique réalisait des… fictions. Quand on en arrive à ce niveau de confusion, c’est qu’on a beau déployer tous les efforts pour construire un discours cohérent, tout ne sera jamais qu’illusion et prétentions. Triste monde, et tristes étudiants condamnés à errer toute leur vie dans les limbes d’un univers parallèle qui ne les connectera jamais au monde réel. Une secte, en somme. Belle ironie quand on voit le sujet du jour.


Table ronde & débat organisé à l’Institut National d’Histoire de l’Art (Les films qui disent la VERITE)

Et si on oubliait nos déchets nucléaires ?, Linguisticae (2024)

Une fois n’est pas coutume. Petit commentaire sur un documentaire YouTube :

Je suis souvent avare de compliments, mais là, chapeau. J’ai toujours préféré les épisodes décalés de X-Files parce qu’ils arrivaient à sortir d’un cadre bien codifié et attendu tout en parvenant à garder un « (x)fil » directeur propre. Ici, c’est un peu la même chose.

Le sujet est déjà inattendu, on comprend la part personnelle qu’il peut avoir pour son auteur ; auteur qui essaie de le recadrer pour revenir sur ce qu’il maîtrise. Puis, finalement, l’angle s’affine pour évoquer un angle mort de la question des déchets — tous les déchets.

Je ne sais pas si l’art est politique (il l’est probablement toujours — surtout pour celui qui le regarde). En tout cas, il arrive que certains documentaires le soient réellement. Et cela, sans pour autant tomber dans l’amateurisme militant ou le complotisme (à la Arte).

Tout simplement parce qu’ils soulèvent des questions qui concernent toute la société, voire notre mode de vie et notre civilisation, et parce qu’il me semble bien cadrer les enjeux qui devraient être les nôtres pour que notre confort d’aujourd’hui ne crée pas les conditions de l’inconfort que l’on impose aux générations futures…

L’accent a peut-être été plus mis sur les déchets (et leur oubli) que sur les accidents industriels et environnementaux inhérents à l’exploitation que l’on croit infinie des ressources, mais le doc n’en reste pas moins profondément, captivant, honnête et nécessaire.

Puis, réponse à ce commentaire : « Justement, l’enfouissement catastrophique de Stockamine concerne d’autres déchets que les déchets nucléaires, avec le risque en ce moment que la plus grande nappe phréatique d’Europe en soit contaminée. On triche, puis on dit qu’on ne peut plus rien y faire : fait accompli. »

Il n’y a pas de solution parfaite. Actuellement, l’enfouissement semble le procédé le moins hasardeux. Le documentaire pointe du doigt excellemment bien le fait que ces difficultés de stockage chimique sont autrement moins médiatisés et donc normés que ceux des déchets nucléaires.

C’est un angle mort de notre société et, accessoirement, cela pose surtout la question de la durabilité d’une civilisation basée sur la surexploitation minière de notre environnement. L’extraction de ressources pour satisfaire notre consommation irréfléchie produit irrémédiablement des déchets et provoque parfois des accidents industriels et environnementaux.

C’est une chose de condamner un site ou là, mais à force de prélever ces ressources et de tout mettre sous le tapis avec le risque d’accident (souvent plus que pour le nucléaire), c’est tout notre environnement qui finit par être affecté, et par ricochet notre santé.

Il arrivera sans doute un moment où l’on basculera vers une forme de saturation et où l’on ne pourra plus faire face. Surtout dans un monde appelé par ailleurs à répondre à la menace du réchauffement climatique.

On parle de 300 ans ou de 500 ans dans le documentaire, mais au rythme où l’on va, on n’aura peut-être même pas besoin de se poser la question de la mémoire parce que la société aura autrement plus de difficulté à faire face à des problèmes de toxicité des sols, d’inondations ou d’autres phénomènes climatiques extrêmes capables de mettre à bas une société malade.

Cela voudra dire qu’elles ont survécu à bien pire. Et si l’on ne s’applique pas aujourd’hui à remettre en question la soutenabilité de notre place sur Terre, il est même probable que jamais personne n’ait un jour à devoir déplorer que la mémoire se soit perdue.


Et si on oubliait nos déchets nucléaires ?, Linguisticae/Monté (2024)


Koko, le gorille qui parle, Barbet Schroeder (1978)

Anthropo-Koko

Note : 3.5 sur 5.

Koko, le gorille qui parle

Année : 1978

Réalisation : Barbet Schroeder

Avec : Koko, Penny Patterson

Au-delà de l’humour parfois un peu pince-sans-rire que Barbet Schroeder délivre parfois dans sa narration et des commentaires pas toujours très scientifiques pour les standards actuels des chercheurs interviewés, il faut reconnaître au film la vertu d’avoir documenté un petit événement dans le domaine des comportements animaux. Si Koko est devenue une star, comme cela arrive parfois en science, l’expérience dont elle a fait l’objet a probablement permis non seulement de dessiner les limites de certains protocoles de recherche faisant appel à des animaux, mais elle a participé aussi à faire tomber certains préjugés cognitifs qui avaient encore cours à cette époque. Malgré le caractère pas toujours très rigoureux, on peut penser que l’expérience a servi de référence (même négative) aux expériences futures. À son échelle, elle a permis l’éclosion de tout un pan de la recherche en matière d’intelligence animale et aidé à faire évoluer la perception du bien-être animal. On en sait maintenant beaucoup plus sur « l’intelligence » des autres primates et de bien d’autres animaux. On en est même venus à faire évoluer la définition même d’intelligence. À un moment, le cinéaste interroge les droits de Koko en tant qu’individu, aujourd’hui, on n’aurait pas forcément besoin de lui donner des droits en vertu de son intelligence et de ses capacités à communiquer, on reconnaîtrait tout bonnement un droit spécifique des animaux à vivre. On a cessé de prendre en permanence comme seul référentiel, tout ce qui est applicable à l’être humain. Ainsi, on n’évalue plus l’intelligence des animaux en fonction des capacités humaines, mais en fonction d’un environnement, d’un système collectif d’interaction au sein d’une même espèce ou en fonction de caractéristiques spécifiques propres à une espèce. On n’évoquerait plus aujourd’hui l’intelligence d’un seul spécimen comme Koko (ramenée à un niveau humain), mais des spécificités cognitives d’une espèce en tâchant de les comparer à d’autres.

On poserait aujourd’hui la question du droit des animaux à vivre d’une tout autre manière, c’est bien à ce niveau que l’expérience controversée raisonne dans le public aujourd’hui différemment qu’elle le faisait à l’époque. Certes, lors de la séance, j’ai pu assister à des rires idiots, ceux des petits singes que nous sommes quand nous allons au zoo et que face à la découverte de l’altérité animale, on s’émerveille, tels les êtres supérieurs que l’on pense encore parfois être, des capacités anthropomorphiques de certains animaux, et a fortiori de nos plus proches cousins primates. Au lieu de découvrir l’altérité animale à travers un regard, un geste d’attention, ou le plus souvent à travers une totale indifférence à notre égard (les chats sont bons pour nous faire ressentir cette forme d’altérité contrariée), l’expérience de Koko menée par Penny Patterson vise surtout à faire adopter au gorille tout un arsenal de comportements proprement humains. Il n’est en réalité plus question d’altérité, mais d’aliénation. On ne rit pas vraiment de l’altérité tout à coup découverte de l’autre, on rit de l’incongruité et du travestissement d’un animal à qui on demande d’en singer un autre. Le regard porté du directeur de zoo sur la chercheuse n’est pas loin d’être ainsi celui du directeur de cirque qui se sent floué par un autre. Penny Patterson étant psychologue, c’est donc en tant que psychologue qu’elle a mené ses recherches. Son sujet d’étude, ce n’est pas l’animal, mais la psychologie spécifique d’un gorille appelé à imiter ceux qui l’élèvent. Difficile parfois de savoir ce qui procède alors du seul conditionnement. Alors certes, Patterson explorait des voies inconnues, et il fallait sans doute en passer par là pour ouvrir un nouveau champ de recherche, mais cela passe aujourd’hui un peu comme du cirque ou comme une initiative personnelle éloignée des impératifs scientifiques.

Aujourd’hui (je suis loin d’être spécialiste, mais j’ai picoré ici ou là des émissions ou des documentaires sur la question), il y aurait peu de sens à étudier la psychologie d’un animal en particulier sorti totalement de son environnement. Certes, les recherches comportementales sur des animaux captifs se poursuivent, mais on ne va plus dans les excès anthropomorphiques de Penny Patterson. On ne cherche plus à connaître les capacités d’un animal par rapport à l’humain, à en faire un singe savant, un imitateur, une exception digne de devenir la vedette d’un film (ou d’un cirque), mais à comprendre le fonctionnement comportemental d’une variété d’animaux, tout en se gardant de tomber chaque fois dans la comparaison avec des indicateurs et des référentiels qui nous sont propres. Penny Patterson aurait été éthologue ou primatologue, elle n’aurait pas conduit ses recherches au sein de son université avec un seul animal qui la prend pour sa mère, mais dans les forêts africaines afin de comprendre, in situ, les comportements et les formes d’intelligence d’individus variés au sein d’un même groupe.

Car si on a progressé depuis cinquante ans, de ce que j’en sais, c’est qu’on a compris que l’intelligence n’est qu’une résultante de comportements complexes et d’une histoire évolutive. Étudier l’intelligence d’un animal dans un laboratoire peut certes avoir son intérêt, mais on en apprendra tout autre chose si on ne le tire pas de son environnement. On comprend alors que ce ne sont pas certains animaux extraordinaires qui peuvent révéler des aptitudes « humaines » spécifiques, mais que c’est l’humain qui possède des aptitudes comportementales communes à beaucoup d’autres animaux. L’animal n’est pas la machine que l’on a longtemps pensé qu’il était : on sait désormais que c’est un être sensible, pensant, possédant pour certaines espèces (notamment l’ensemble des mammifères) de l’empathie, que certaines notions universelles qui faisaient alors le « propre de l’homme » (le partage, la patience, la coopération, la projection, les alliances, la mémoire, etc.) nous sont communes, et que leurs comportements sont infiniment plus complexes que ce que l’on pensait jusque-là. Comprendre cette complexité n’est plus perçu comme de l’anthropomorphisme, car c’est nous qui ressemblons finalement aux autres espèces. Ce sont nos propres capacités qui sont ramenées à la hauteur des autres. Nous ne sommes plus les êtres exceptionnels que nous pensions être, et nous prenons conscience que ce que nous pensions être propre et unique à notre espèce est en fait partagé par d’autres. Le comprendre, c’est comprendre l’évolution dont nous sommes le fruit, c’est comprendre que l’humain appartient à une histoire et que cette histoire ne s’est pas faite, isolée des autres espèces. Nous ne sommes plus seuls. Nous appartenons à un tout et partageons une histoire commune, donc des capacités communes, avec les espèces qui nous sont les plus proches. On sait également aujourd’hui que des singes ont, notamment dans certains domaines, comme la mémoire à court terme, des facultés supérieures aux humains. Et les enjeux des recherches actuelles visent surtout à comprendre désormais à travers les capacités cognitives des primates celles qui auraient pu être développées par des ancêtres communs. On est loin des « singes savants » et de Koko.

Reste que nous sommes bons encore et toujours à une chose dans laquelle aucune autre espèce ne saurait exceller : expérimenter. C’est exactement ce que fait Penny Patterson. Elle s’est trompée, elle est allée trop loin, ces travaux avaient peut-être été à faire une fois pour en connaître les limites, et on passe à autre chose. Expérimenter, c’est aussi beaucoup se tromper et aller explorer ailleurs. Chose que n’a sans doute jamais cessé de faire Barbet Schroeder pour chacun de ses films…


Koko, le gorille qui parle, Barbet Schroeder 1978 | Les Films du Losange


Sur La Saveur des goûts amers :

Top des meilleurs films documentaires (non inclus)

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Liens externes :


Extrapolations, Scott Z. Burns (2023)

Techno-confusionnisme

Note : 2 sur 5.

Extrapolations

Année : 2023

Réalisation : Scott Z. Burns

Avec : Kit Harington, Sienna Miller, Daveed Diggs, Tahar Rahim, Diane Lane, Edward Norton, Marion Cotillard, Meryl Streep

C’est beau le confusionnisme. L’idée de départ part d’une bonne intention : proposer une série d’anticipation sous l’angle environnemental. Chaque épisode concerne une époque précise de la seconde moitié du siècle, et le générique y égraine quelques variables climatiques et environnementales qui annoncent la couleur pour ce qui est des intentions de la série. On y retrouve quelques personnages récurrents dont Mister Capitalisme vaillant représentant des aspirations écocidaires de l’humanité et détenteur opportun de l’antidote à la fin du monde.

De belles intentions qui feront plouf dès que les épisodes accumuleront les faux pas. Quand on traite un sujet, la moindre des choses est d’abord de bien en cerner les enjeux : l’évolution du monde au cours de ce siècle (une extrapolation, comme le titre l’indique) suivra inexorablement les prévisions annoncées par les scientifiques, comment la société s’adaptera-t-elle face à la transformation de son environnement et quelles solutions proposera-t-elle face à ce problème ? C’est bien d’écouter les scientifiques pour le constat, ce serait mieux d’en faire de même concernant l’adaptation et la solution : la série ne fait jamais que mettre en scène la technologie pour répondre à ces défis alors même que les scientifiques disent qu’il faudrait oublier cette voie-là justement parce qu’elle vient en contradiction avec la première des mesures qu’on se refuse à prendre, celle de la sobriété.

À partir de cet angle trompeur, en creux, la série illustre l’idée que si la planète se réchauffe, si nous ne faisons rien, c’est à cause des politiciens véreux, des populations lobotomisées et des entreprises cupides. Bravo, il y a un peu de tout ça, c’est vrai seulement, c’est pour nous dire que la solution (technologique) existe, et que c’est un peu une faute collective si on ne l’adopte pas. Quelques images furtives illustrent ce problème : à l’adaptation face à la montée des eaux, on construit de gigantesques digues (on peut le concevoir dans une série comme The Expanse, pas dans une autre qui se veut attachée à la science), pour répondre au manque d’eau dans certains territoires, on fait confiance à un désalinisateur d’eau inventé par la société Alpha de Mister Capitalisme (avec quelle énergie ?), et pour remplacer les transports polluants, on adopte des véhicules électriques miracles (avec quelle énergie ? avec des éoliennes ?). Seul l’épisode tourné en Inde propose une solution adaptative qui n’est pas liée à la technologie ou à un miracle énergétique : les populations sont invitées à vivre la nuit et à dormir le jour.

Il y a un côté « effet Tueurs nés » dans cette démarche, ce n’est pas en mettant en scène ce qu’on dénonce qu’on le combat efficacement. Le Tarantino de Tueurs nés, comme la SF en général, propose des images sans poser un regard critique sur elles. C’est d’ailleurs souvent la force de l’anticipation : ne pas avoir besoin de forcer un angle critique, car il suffit d’illustrer les conséquences sur le monde d’une « avancée » technologique pour susciter une réaction chez le spectateur. La série ici, comme Oliver Stone chargé de traduire l’esprit de Tarantino à l’écran, s’essaie à la satire, sauf qu’aucune satire ne peut être convaincante quand elle invisibilise une solution connue au profit d’une autre qui n’est qu’un mirage. Difficile d’adhérer à une telle démarche quand on est, en plus, à la fois juge et partie.

Difficile ainsi de passer le fait que la série est distribuée par Apple TV. D’un côté, la série écorne les magnats à la Job/Musk/Bezos (ce qui rappelle une autre tentative Don’t Look Up), d’un autre, elle va dans leur sens parce qu’elle illustre et prétend que la technologie finira par trouver une solution au réchauffement climatique. Le problème ne serait pas le réchauffement climatique, mais les solutions dont pourrait disposer la planète et que certains pourraient chercher à vouloir monnayer. Il fallait bien instiller un peu de complotisme pour expliquer pourquoi les sociétés humaines étaient incapables de répondre au défi auquel elles doivent faire face…

Il est là le confusionnisme. Partager un constat scientifique sur un problème qui ne cessera de s’amplifier à mesure qu’on refusera d’y faire face, mais au lieu de suivre les recommandations de la science pour atténuer les effets de la catastrophe à venir, suggérer à la fois que la technologie a réponse à tout, mais aussi que si cette solution technologique n’émerge pas, c’est à cause des sociétés intrinsèquement formatées à rejeter les initiatives géniales. On nage en pleine rhétorique complotiste, je suis même étonné qu’on n’en ait pas évoqué Galilée ou Einstein pour justifier la logique de l’inventeur de génie brimé par la société. On y trouve même certains relents randiens quand Mister Capitalisme, à la manière de l’architecte dans Le Rebelle, plaide sa cause lors de son procès. D’une certaine manière, on peut voir le geste de Mister Capitalisme cachant au monde la technologie capable de supprimer le carbone dans l’atmosphère comme un acte de résistance faisant écho à la grève des élites dans La Grève d’Ayn Rand. Pas sûr que les scientifiques adhèrent à ce passe-passe idéologique. Apple a la solution face au réchauffement climatique : faites confiance au génie technologique dont nous sommes les détenteurs.

Allez vous faire foutre.

Le techno-solutionnisme est un mirage. Un épisode central en deux volets poussait pourtant à nous laisser penser que la série prenait ce sujet sous le bon angle avant que le second épisode prenne un tournant totalement inattendu en parlant de tout autre chose : une John Galt au féminin s’élançait dans les airs avec l’idée de bombarder la planète d’un produit chimique qui limiterait le rayonnement sur Terre. La géo-ingénierie, c’est niet, le techno-solutionnisme, c’est oui (on n’est pas sur BASF TV).

Après ces deux épisodes étranges, la série poursuit sur une vague confusionniste avec deux épisodes, presque hors sujet, qui sont paradoxalement les meilleurs de la série. On semble alors s’être perdus au milieu de deux épisodes remâchés de Black Mirror ; le réchauffement climatique semble un peu loin.

Avant ça, dès les premiers épisodes, la série surfe sur une logique high-tech tout à fait profitable à l’imaginaire que cherche à développement Apple et préparait le terrain pour la question du techno-solutionnisme arrivant plus tard (ce n’est pas un procès d’intention qu’imaginer que le but d’une entreprise, c’est de vendre ses produits). On se déplace tranquilou en hélicoptère électrique pour aller au boulot à l’autre bout de la planète, on a des écrans partout, des implants pour communiquer, on papote même avec la dernière baleine parce que la technologie a résolu la question de la communication interespèces, on papote avec des IA, le futur comme on en rêve, en tout cas, le futur tel que Apple se résignera à nous offrir parce que c’est le futur qu’on lui demande (c’est beau, ce sens du service). Autrement dit, Apple est en train de nous dire : « le monde va s’écrouler, mais ce n’est pas grave, car la technologie sera toujours là pour vous accompagner et répondre à vos besoins ».

D’accord, mais avec quelle énergie, tocards ?

Je vais faire ma Greta en répétant ce que dit la science, encore et encore. L’enjeu, c’est la sobriété. La géo-ingénierie, ça commence par cesser les émissions à effet de serre. Les émissions, c’est de l’énergie consommée, donc le problème, c’est bien notre consommation d’énergie et notre surconsommation tout court. Vous prétendez disposer d’une solution énergétique miracle ? Très bien, faites-en la preuve, mais d’abord, arrêtons les énergies fossiles. Et ça, ça ne peut se faire sans sobriété. Parce qu’aucune énergie n’est aussi puissante et facile à mettre en œuvre que les énergies fossiles. La sobriété, tocards, vous en parlez quand ?

La science pose un problème sur la table, dit que la première solution pour y remédier c’est la sobriété ; les technologistes arrivent et disent : « on a la solution, on va consommer encore plus grâce à ce nouveau machin ». L’arnaque : on ne parle pas du réchauffement de la planète sans parler de sobriété ou de décroissance. La planète a des limites, le monde qu’on cherche à préserver dans la série alors qu’on imagine autour de lui s’effondrer se fait encore en hypothéquant toujours plus les parcelles de vie et d’habitabilité du monde réel. La série donne l’impression en fait de chercher à se centrer sur des individus adoptant un mode de vie que l’on sait aujourd’hui insoutenable et ne jamais chercher à décrire ce qui se passe à l’extérieur de ce monde préservé : ce mode de vie prisé et mis à l’honneur encore dans la série ne peut plus être, au fil des décennies, un mode de vie adopté par le plus grand nombre, mais celui, au contraire, d’un petit nombre de privilégiés, ceux que l’on voit dans la série.

Bref, faire une série sur les conséquences et les enjeux du réchauffement climatique et parler du techno-solutionnisme plutôt que la sobriété, c’est tout de même un contresens phénoménal et une véritable faute de goût, voire une imposture politique. Comme on le dit si bien, la série, « elle dessert la cause qu’elle prétend défendre ».

Pas étonnant alors de trouver Marion Cotillard déguisée dans ce grand bal des hypocrites. Pourtant (ô ironie), elle a hérité peut-être du meilleur épisode. Elle est bien entourée d’ailleurs, signe que la qualité du script a été suffisante à réunir quelques stars plus que l’idée de participer à une série militante (sic). Contrairement à tous les autres épisodes, on traite le sujet en faisant un pas de côté, et on s’enferme chez soi un soir de réveillon. Dehors, c’est un peu la fin du monde (enfin une image crédible du futur), chacun semble avoir déserté la ville (pour les cimetières sans doute) ou plus probablement les rues littéralement irrespirables : la population, si elle existe, se cloître chez elle. L’épisode décrit bien une certaine problématique à se sentir piégé : faire semblant de ne rien voir du monde qui s’écroule autour de soi ou rejoindre un programme de lobotomisation où telles des graines préservées en Arctique, on vous endort pour échapper au monde réel. Grâce au huis clos, clairement ici, on réussit l’approche de la satire. Illustrer un problème en faisant mine de parler d’autre chose. La soirée ne met pas longtemps à dérailler et ça se transforme presque en vaudeville apocalyptique. Sur certains sujets, il n’y a que l’humour et la mise à distance qui marche. Le réchauffement climatique est sans doute de ceux-là. Le techno-solutionnisme, il aurait mieux valu en rire, hein. Cet épisode restera sans doute comme le plus fidèle à décrire un monde qui s’effondre et disparaît, à l’image de l’orchestre du Titanic. Comparé aux autres, il aura sans doute coûté par un rond. La sobriété…


Extrapolations, Scott Z. Burns 2023 | Apple, Media Res


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La société se moque-t-elle des victimes des pseudo-sciences ?

 

Les capitales   

Science, technologie, espace, climat    

 

Réponse à ce tweet :

https://twitter.com/AntoninAtger/status/1627029015360946176

Ça m’a tout l’air d’être un faux dilemme. Pourquoi devrions-nous choisir entre ces deux propositions ? Personne ne se moque, c’est consternant. Consternant surtout pour la société qui favorise ces pratiques.

Quand quelque chose dysfonctionne dans une société, on aurait tout à gagner, non pas à pointer du doigt les victimes ou les profiteurs, mais ceux que l’on charge collectivement de nous représenter et d’émettre des lois et des règles en notre nom.

Mieux, ce sont aux sociétés savantes de faire leur part de travail afin que les pouvoirs publics agissent dans le sens de la collectivité.

D’ailleurs, je suis désolé de vous dire que dans mon entourage, si j’ai connu des personnes usant de charlatanerie, je ne me suis jamais moqué, ai exprimé mes doutes, mais aucunement je n’ai pu comprendre.

Pardon, mais quand une personne se fait arnaquer par un professionnel, quel qu’il soit, fait-on reposer sur la victime le poids d’une faute supplémentaire ? Il n’y a ni à comprendre ni à moquer les victimes d’arnaques.

Donc moi je vous propose deux options supplémentaires non excluantes : Les sociétés savantes doivent sanctionner tous les praticiens et chercheurs se réclamant de la pseudo-science. Le législateur doit mieux contrôler ces pratiques afin que cessent de prospérer ces techniques.

Or, en la matière, ça n’arrivera jamais. Parce qu’en matière de santé, on estime que la charlatanerie ne doit pas être remise en question. Il faut rester confraternelles entre personnes de même caste.

On remarque d’ailleurs ce même désintérêt des personnes « bien informées » face à celles qui ne le sont pas quand il est question de la promotion ou de l’adoption des bonnes pratiques d’hygiène de vie. Les pauvres et la malbouffe, avec la cigarette, etc.

Les riches, les « personnes bien informées », se portent bien. Donc si les pauvres sont ignorants ou trop bêtes pour suivre les bonnes pratiques, de la même manière que mémé victime d’une arnaque téléphonique : c’est de leur faute !

Il y a deux options de société possibles. On cherche le bien commun. Chacun se débrouille comme il peut. Je vous laisse décider quelle option est la plus pertinente.

La circoncision, Arte (2022) & Tronche en biais

Double programme

Arte toujours fâchée avec la science en faisant passer la question de la circoncision pour une question d’opinion.

On prétend que la pratique pose plus de problèmes que de bénéfices (à en croire le doc, il n’y en aurait aucun). Et on ne sait rien finalement de ce qu’en dit la science aujourd’hui. Tout acte médical pose potentiellement un risque. Alors je veux bien qu’en prophylaxie ou que pour des raisons religieuses, c’est peut-être superflu, qu’il y a le risque de se créer plus de problèmes, mais c’est quand l’acte est pratiqué pour raison médicale que le doc pose problème, car il prétend que là encore, ça ne sert à rien… Aucune source, aucune donnée. Et un peu comme quand on tire sur BigPharma, on tire gratuitement sur l’OMS qui selon le doc promeut la pratique dans le monde. Ben, désolé, Arte, mais entre un doc orienté qui affirme sans preuve, et l’OMS, j’ai plus confiance en cette dernière pour adopter des mesures qui vont dans le sens de la science et des patients. (Même si l’organisation a aussi montré ses limites dans la pandémie.)

Accessoirement, si un gland exposé est moins protégé et donc moins sensible, ça signifie aussi du plaisir plus longtemps. La moyenne d’un acte sexuel en France, c’est cinq minutes. Avec vos prépuces, les mecs, vous êtes des champions. Vous arrivez à faire quoi en cinq minutes ? On n’arrivera pas à me faire croire qu’un machin caché dans une poche à microbe sorti tous les quatre printemps, c’est propre. Opinion contre opinion. Faute de mieux. C’est mieux l’ignorance, merci Arte.

Commentaire suite à l’émission de la Tronche en Biais :

https://www.youtube.com/watch?v=HB9YcyY5AJI&t

Merci à Vled pour sa petite note de nuance absolument indispensable à la fin. L’occasion de rappeler combien ce sujet est plus difficile à appréhender qu’on pourrait le laisser penser. Le recours au témoignage personnel est dans ce cas malheureusement très utile. J’ai peur que sans, on en vienne parfois un peu trop à des idées arrêtées sur ce qui est bon ou non. C’est paradoxal, mais il semblerait que le vécu de certains permette d’apporter ces notes de nuance. Des nuances indispensables, car bien souvent, il faut aussi songer que pour évoquer différentes pratiques, différentes expériences, les conséquences ne seront pas identiques. Dire que la circoncision est une pratique barbare comme dire qu’elle ne pose aucun problème, c’est prendre le sujet par le mauvais bout si j’ose dire. Chaque acte médical (je ne parle ici que de la circoncision pratiquée dans ce cadre) est différent, chaque corps est différent, et chaque pratique exécutée à un moment t’aura des conséquences spécifiques.

Je remercie également le gendarme qui est intervenu dans le fil de commentaires et qui apporte une grosse nuance cette fois sur les propos de Fantine. Car là, oui, concernant certaines pratiques, il pourrait y avoir une notion d’agression sexuelle à revoir. On ne peut pas condamner des pratiques exercées par des charlatans ou des praticiens sur des femmes leur proposant des massages vaginaux thérapeutiques ou profitant que d’autres, au bloc, soient endormies pour faire pratiquer à des internes des touchers rectaux ou vaginaux, en appelant ça logiquement des viols, et s’interdire dans le même temps de le faire que cela concerne la circoncision.

Pour en revenir au témoignage final de Vlad et à la nuance qu’il y apporte, j’y ai à peu près vécu la même chose à la différence qu’à l’occasion d’un décalottage, le prépuce s’est retrouvé coincé. Je me moque qu’on ait tort ou raison d’appeler ça « psoriasis », quand un enfant panique et ressent une gêne, qu’il ne peut plus replacer son prépuce à sa position initiale, c’est un problème qui nécessite une consultation en urgence. Qu’on appelle ça « psoriasis » abusivement est un faux problème. C’est de la sémantique qui interdit de se poser la bonne question : est-ce que dans la plupart des cas, on opère en urgence trop facilement avec les risques inhérents à toute intervention, ou est-ce qu’avec la pommade magique de Vlad, les choses « prépuciales » seraient revenues à leur forme initiale ? Je n’aurais probablement, personnellement, jamais la réponse à cette question, mais s’il y en a une à se poser, c’est bien celle-ci (si on en reste plus spécifiquement au psoriasis). Parce que je suis assez agacé par l’intervention de l’association qui me semble sérieusement manquer de nuances.

Cela étant dit, faisant partie des personnes opérées pour qui cela s’est très bien passé et pour qui l’opération n’a en réalité eu que des conséquences positives (il y a le sujet d’imposer des décalottages à des garçons sans que cela soit nécessaire, sans quoi, je ne me serais peut-être pas retrouvé le gland à l’air et aurais eu une expérience encore plus semblable quelques années après à celle de Vlad), l’émission m’a permis de nuancer ma position concernant la circoncision pour raisons médicales. J’étais forcément biaisé parce que pour moi cela n’a été que du positif, je n’avais pas du tout été convaincu par le documentaire Arte (qui manquait tout autant de nuances). Mais là où il faut insister, c’est peut-être que toutes les opérations ne sont pas pratiquées de la même manière. Il est ainsi montré dans l’exposé de l’association au début que la circoncision fait disparaître le frein sous le gland, or ce n’est pas le cas pour tout le monde. Le manque de nuances toujours… Comme pour beaucoup de choses malheureusement, on pose sur des pratiques en apparence identiques des mots uniques qui ont pourtant des conséquences physiologiques (et tout le reste) bien différentes.

Dommage en tout cas que plus généralement, le sujet ne fasse pas l’objet de débats (éclairés et nuancés). Il est vrai que c’est beaucoup plus important de légiférer sur un sujet comme l’immigration dont les experts disent que c’est un non problème (en tout cas pas tel qu’il est instrumentalisé par les partis et les médias)… Merci encore. Et bon courage aux personnes mutilées, agressées, qui en subissent encore les conséquences dans leur vie de tous les jours.


Masque chirurgical et plume de chaleur

Les capitales

Science, technologie, espace, climat

Pour mémoire : réponse à ce témoignage d’une personne devant porter le masque pour préserver sa santé, confrontée aux regards et à l’intolérance des autres :

Les conséquences de l’individualisme à l’occidentale. On a vu avec la pandémie (et plus encore aujourd’hui que plus personne n’en a rien à faire) en quoi la mentalité occidentale est problématique. En Asie, on pense d’abord aux autres : mettre un masque, c’est respecter l’autre.

Parler d’ailleurs des différences entre cet esprit occidental et asiatique, c’est souvent aussi se heurter à un racisme anti-asiatique, qui sera d’autant plus accepté que les Asiatiques, c’est lointain, on n’en a pas chez nous, et de toute façon leur mode de vie est différent. Ben oui, on prend soin des autres, et on n’aime pas trop les gens qui sortent de la norme. C’est vrai, mais que ce soit l’héritage d’une culture d’une sorte de piété filiale ou de conservatisme social, le résultat c’est qu’en cas de crise, ils se serrent les coudes.

Nous, on s’arrache les rouleaux de PQ et les masques quand il n’en a pas, et on l’arrache à son voisin quand il y en a trop et qu’on y voit un signe d’asservissement au pouvoir.

Et le problème des crises, c’est qu’en plus de ne rien apprendre de celles dont on sort à peine, c’est qu’elles se multiplient si on n’apprend pas à les déjouer. C’est exactement ce qu’on fait avec le réchauffement climatique.

C’est toujours à l’autre de faire le premier pas, parce que dans une vision individualiste du monde où le bien commun est accessoire, voire un défaut, ce ne sont pas aux collectivités d’émettre de nouvelles normes d’usages pour régler un problème, c’est au particulier. Même discours qu’avec la pandémie : c’est de la responsabilité de chacun. Avec l’idée que les riches de toute façon échapperont encore le temps de leur existence aux conséquences du réchauffement climatique, et que les pauvres n’ont qu’à prendre des douches moins souvent.

Nos enfants et petits-enfants, ce sont les fragiles de demain, ce sont eux qui devront subir les conséquences du réchauffement climatique, d’une société grippée, alors pourquoi s’emmerder à se restreindre à « porter un masque » aujourd’hui. Pour nous, tout va bien.

Même à la météo, on l’a dit : « le temps se gâte ». Ah ? Il va encore faire grand soleil avec pas une goutte de pluie ?… Ah, non, au contraire : le temps se gâte = il tourne à l’orage. L’inverse existe : le temps s’améliore = il fait beau (sic).

Le culte du bien-être personnel toujours. Et temporaire. On est littéralement dans le « l’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ». On sait que l’atterrissage, c’est surtout les générations suivantes qui vont se le prendre dans le pif. On sait qu’on a les moyens de réduire les dégâts à l’atterrissage, mais comme ce serait précipiter en quelque sorte notre chute en devant adopter des usages plus respectueux pour nos prochains (voisins ou prochains occupants sur la planète) et que ça limiterait nos libertés, on s’en tape.

Donc on en est là. On n’a pas réussi à s’en sortir ensemble face à une pandémie. Il n’y a aucune raison de penser qu’on fera mieux avec le réchauffement climatique.

Et ce n’est pas la faute des politiques : les politiques disent ce qu’on veut entendre. Ce n’est pas une question politique, mais une question culturelle, de mode de vie et de pensée. Le fait par exemple que la politique du zéro covid n’ait jamais été débattue est représentatif d’un manque de volonté de changer de mode de pensée. On ne prend pas soin des plus fragiles et on se fout du sort de la planète (et donc du devenir des générations futures) parce que c’est ce qu’on souhaite. C’est notre société qui est intrinsèquement égoïste. On la veut ainsi.