Allô, c’est pô du journalisme ?

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Péripétie/polémique concernant davduf pas si inutile que ça. Mettre en lumière le fait qu’effectivement le travail de D.Dufresne sur ce point consiste à “signaler”. Et c’est déjà beaucoup. Réflexe citoyen, et non journalistique, certes, qu’il faudrait comparer à des signalements du type “faites tourner cette vidéo, ces Roms kidnappent des enfants” avec un lien Rom/kidnapping forcé, voire fantasmé. Ici la véracité des faits dépend de la bonne foi de la source : un signalement n’est pas un travail d’enquête. Sinon, quand un terroriste partage en direct sur les réseaux ses crimes, il faudrait que chacun enquête sur la fiabilité de la source, et donc sur la véracité de ce qu’on voit… Impossible. Signaler est un acte citoyen, ce n’est pas présenté par D.Dufresne comme du journalisme, bien qu’au final ça témoigne assez bien de la réalité d’une époque. À étudier dans tous les cours sur les médias…

En revanche, dommage que la réponse (détaillée, le lien expliquant sa méthode et probablement son intention) soit… payante, renvoyant à un site payant. Moi j’aime bien le droit à l’information pour tous, encore plus quand il n’est justement pas question de journalisme mais de civisme.

 


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Le dérailleur socialiste, ou l’histoire racontée des petits tours et puis s’en va

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Comment se hisse-t-on au second tour d’une élection présidentielle ? Mode d’emploi pour nos neuf décrochés du premier tour.

Comment ? Eh bien comme on gagne un Tour de France. Un tour, ça ne se gagne pas, mais ça peut se perdre. Gagner, c’est voir tous les autres chuter avec soi.

Les raisons du flop du candidat leader de l’équipe PS, vainqueur de l’étape des primaires ? La faiblesse de sa communication de campagne ? Peut-être, pourtant, c’est le même homme, avec un manque de charisme certain qui a gagné ces primaires, le même désintérêt de la presse aussi, bien incapable de trouver dans son discours un angle d’attaque autre que « le revenu universel est-ce bien sérieux ? », et probablement, les mêmes lacunes en termes de « storytelling » qui encore une fois avaient aidé Hamon à gagner la primaire.

Alors c’est quoi ? Comment qu’on perd la marche du premier tour alors même qu’on a gagné une primaire ?

Attention le vent tourne… Tic-tac. Réponse ? Chacun l’a sur le bout de la langue, bien sûr, on le sait tous, mais on les a entre les fesses depuis la première semaine du tour et on les sent qui frotte, et on se dit qu’éviter de les évoquer c’est oublier qu’ils existent… Personne n’ose souffler dessus ? Je vous souffle la réponse ?

Les sondages. Oui, messieurs les suiveurs, les veaux en ont plein le derche mais c’est bien par là qu’on nous les fait passer — par la vessie, par la lanterne rouge — et que ni vu nu connu je t’andouille, d’un tour de passe-passe rectumal, les commissaires n’y verront que du feu.

En vélo comme en campagne, il faut savoir d’où vient le vent pour savoir le suivre, jamais le prendre en pleine face. Pour sortir du peloton, un élan suffit pour gicler. La bonne échappée, c’est celle qu’on prend quand on a levé les bras avant la ligne pour gagner les primaires. Mais les sondages ont leur raison que la raison (ou les programmes) ignore. Une fois échappé, celui qui gagne c’est celui qui prend le moins de vent, jamais le plus fort.

Celui qui veut aller contre le vent parcourra-t-il dans un même jour autant de chemin que celui qui va dans son sens ? (citation de Sade détournée*)

Qu’est-ce qu’un sondage ? Une photographie nous dit-on. Soit. D’où vient le vent alors ? Eh bien de la multiplicité des sondages. Un sondage, c’est une photographie d’avant-tour, pas une photo-finish, pas une prévision. On est d’accord. Mais alors… plusieurs sondages ? Eh bien c’est ça le vent. La multiplicité des sondages produit une force d’attraction, un sillon invisible, que plus ou moins consciemment, parce qu’on veut influencer sa direction, le faire parvenir au but souhaité, on fait basculer dans un sens ou l’autre en soufflant dessus.

Lors d’un sondage, on ne dit pas pour qui on va voter, on exprime une « intention de vote ». Ah… le doigt mouillé, l’art de la girouette qui pense pouvoir influer sur le cours du temps. Eh oui ! la démocratie, c’est comme l’amour, il n’y a pas de vote, il n’y a que des intentions de vote (attention, une coquille vide s’est faufilée sous mon cale-pied).

Et à force de souffler sur ses genoux avant que de tomber…, on tombe.

Ceux qui gagnent (ou qui restent), ce ne sont alors pas les plus forts, pas les plus charismatiques, les plus dopés, les mieux préparés, les plus chanceux non plus. Non, ce sont ceux qui ont sorti la voile et se sont laissés porter par cette force invisible.

Une règle, celle de l’impulsion. Celle pour gicler du peloton, une autre pour sortir le premier du petit groupe d’attaquants. C’est là qu’il faut montrer le maillot, à la flamme rouge, quand on s’est calé dans la roue de son voisin pendant que lui se tuait lors des primaires. C’est qu’on est bonne pomme nous : on fait un tour de qualification qu’on appelle primaire, pour ne finalement pas en garder une fois le dernier kilomètre annoncé.

Alors oui, il faut mettre du Mercurochrome, cesser de souffler à droite et à gauche et s’interroger une bonne fois pour toutes sur la pertinence de proposer des photographies successives qu’on prendrait presque pour des lanternes magiques à force de nous recomposer le film de nos peurs passées.

Au lieu de craindre le monstre du FN, on ferait mieux d’ôter le sifflet qu’on porte à la bouche qui ne fait qu’exciter la peur, l’alimenter comme un ogre vert.

Souffler n’est pas jouer. Un sondage oui, des sondages, bonjour les dégâts.

Qui se demande d’où vient le vent récolte la tempête.

Voilà les sondages, petite mère du « vote utile ».

Au-delà des petits jeux de communication, qui sont certainement utiles en début de parcours pour prendre la bonne échappée dans les sondages, c’est bien la multiplication des sondages, notre nécessité de connaître le sens du vent avec l’illusion qu’en soufflant avec les autres ça nous fera éviter le pire, c’est bien donc tout cela qui creuse les écarts que l’on voit sur la ligne d’arrivée, et qui biaise la nature même du vote.

Au tiercé, on mise sur celui qu’on voudrait voir gagner, avant la course, pas sur celui qu’on ne voudrait surtout pas voir gagner sur la dernière ligne droite.

Autant changer les règles de scrutin et mettre dans l’urne le bulletin du candidat qu’on ne voudrait surtout pas voir en tête.

Ça sert à sert les sondages. Ils servent moins aux « commentateurs » qu’aux électeurs pour tromper leur vote. Les sondages ne sont pas des prévisions de résultat pour les sondeurs, mais ils le sont pour les électeurs qui ne peuvent voter en prévision d’un résultat craint.

Lutter ? Contre le vent ? Jamais. Toujours à l’abri.

Le vent des sondages, cette force invisible que l’on croit inerte parce qu’on ne le voit pas mais sur laquelle on compte bien à notre échelle souffler, ce film d’horreur tourné en 24 photographies par semaine, c’est un monstre auquel, je crains, aucune communication ne peut résister, aucun programme, aucune stratégie, sinon à profiter d’un couac, d’un scandale, d’une roue crevée.

Comme sur le Tour, on ne gagne pas parce qu’on a la meilleure équipe, la plus habile stratégie, mais parce qu’on a le souffle des sondages dans le dos, qu’on reste abrité pour éviter les polémiques, et qu’on tâche le plus souvent de faire fructifier un capital de départ façon roue libre.

Venez à moi les petits enfants, sinon l’ogre marine viendra.

Une fois qu’on est dans le vent, ce qui compte, c’est l’impulsion de départ, l’élan, et on surfe toujours sur lui, abrité, même du guidon, en faisant le dos rond.

On ne souffle pas une intention de vote pour faire gagner le candidat avec le programme qu’on estime être le meilleur, on souffle une intention de vote pour faire tomber les autres.

Un Tour de France, ça ne se gagne pas en un jour, mais ça peut se le perdre, eh ben un premier tour de présidentielle, c’est pareil. Celui qui attaque contre le vent le prend dans la tronche et se fait débarquer, celui qui n’a pas d’équipe reste à l’arrière avec son quota de passages en caméra 3 le temps de rire un peu de son maillot grand ouvert, sans ses porteurs d’oseille, et celui qui reste dans le ventre mou du peloton en profitant d’une jolie impulsion et en comptant les morts, a les meilleures chances pour l’emporter.

Autant en emporte les sondages. Ce n’est pas le candidat qui prend le vent, c’est le vent qui prend le candidat. Abrite-toi ! Souffle en silence. Et ne vote pas en fonction de ta conscience, mais des vents dominants.

Dès que le vent soufflera je réfléchira

Dès que les vents tourneront nous le suiverons


*véritable citation de Sade : Celui qui veut remonter un fleuve parcourra-t-il dans un même jour autant de chemin que celui qui le prend en Hamon ?

La politique nominative et les petits papiers de la cour

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Dans un jeu politique où la communication est au centre de tout, les réunions et papotages entre journalistes et « politiques » sont des exercices incontournables pour les sociétés « démocratiques » dans lesquelles nous vivons. Au premier regard, on pourrait se dire que tout ce qui produit du sens (politique) a du bon, sauf que ces rendez-vous n’en produisent aucun, et s’ils peuvent à l’occasion évoquer quelques idées ou avoir le mérite d’exprimer une position (politique), le principe en est toujours le même : jouer. En politique, il y a ceux qui jouent, et ceux qui avancent des idées.

Les premiers sont poussés par l’ambition (la gagne). Qu’on commente le jeu ou qu’on y participe, les enjeux sont toujours les mêmes. Qui ? Qui va gagner ? Qui va se présenter ? Qui pour tel ou tel poste ? Qui a dit quoi ? Qui pense quoi de qui ? C’est ce que j’appelle la politique nominative.

Et à côté de ceux qui font ainsi mumuse, il y a ceux qui se refusent de jouer et qui conçoivent la politique comme une affaire sérieuse. Inutile de dire que quand on refuse de jouer le « jeu », soit ce qu’on dit reste inaudible, soit on finit malgré soi par y jouer. La cour, même quand on ne veut pas en être, on y est poussés de force…

Le jeu de cour, la courtisanerie, le jeu politique, la politique politicienne, la politique spectacle, ou la politique nominative, donc…, devraient être identifiés, condamnés, parce qu’ils rendent de fait illégitime, suspecte, toute décision ou affirmation.

La courtisanerie est partout : quand on papote avec un ami au sujet d’un autre, on entre dans ce jeu, peut-être inconsciemment, mais on cherche l’appui de l’autre, contre un autre, pour son intérêt personnel ; quand on discute avec sa concierge, on ne fait rien d’autre que de parler « des uns et des autres », et tout ce qu’on pourrait apprendre pourrait être utilisé contre eux… Dans un monde ou le « réseau social » est devenu si important, on comprend qu’il soit devenu la règle jusque dans la logique de l’espace public et dans l’organisation de la société par ceux qui la font. Mais en politique, l’individu, seul, est un nuisible qui agit contre l’intérêt général, pour son intérêt particulier. La démocratie est censée organiser au mieux les activités, échanges, débats, politiques, pour décider ensemble ce qui est le mieux pour tous. C’est un système pensé pour agir contre les réflexes individualistes, aristocratiques, qui sont le propre des organisations politiques primitives. Mais il arrive que « l’appareil » démocratique perde de vue ses principes fondateurs et mette en place de nouveaux usages obéissant, à nouveau, à des logiques de cour et à des guerres de personnes. Le « qui » est toujours plus facile à identifier que le « quoi » ou le « comment ». C’est pourquoi il se partage et se communique mieux. Ainsi, dans la vie (le jeu) politique française, les hommes politiques se lancent dans des carrières (politiques) comme d’autres se lancent dans le football ou la chanson. La politique, on y vient faire carrière. Les citoyens votent pour des candidats, puis applaudissent leurs représentants, et au final, tout ne devient plus qu’un jeu de cour où chacun doit user des meilleurs stratagèmes (on parle de « bons stratèges ») pour arriver à ses fins (d’abord entrer à la cour, puis se hisser au plus haut du pouvoir). Où est l’intérêt « politique » dans tout ça ? Nulle part. Mais l’honneur est sauf, parce qu’un responsable politique peut toujours chanter la Marseillaise pour prouver son attachement aux valeurs républicaines.

Il ne faudrait pas confondre « ère de l’information » avec « ère de la communication ».

Si on échange des contenus, il est souvent vide de sens, ou compressé pour être au mieux échangé : plus c’est grossier, plus ça se répand. Et si les « politiques » suivent les conseils de leurs communicants, le problème, c’est bien également que les animateurs de ces « débats politiques », ou commentateurs de cour, les journalistes, font plus de la communication que de l’information.

Ainsi, la situation ne serait peut-être pas aussi critique, si les différents acteurs de ce « jeu » n’acceptaient pas de participer de la même manière à ces enfantillages. Autrement dit, à la fois « politiques », mais également « journalistes », s’acoquinent un peu trop facilement avec les facilités (et les bénéfices) de la politique nominative. Un homme politique pourra toujours tenter de se positionner sur le terrain des idées, il sera malgré lui (ou pas) rappeler sur celui des personnes et des ambitions. Tout cela aurait été follement amusant au XVIIIᵉ siècle dans les jardins de Versailles, seulement le petit peuple a faim…

Un exemple illustre mieux ce décalage entre le jeu « politique » auquel prennent part « aristocrates de la politique » et « chroniqueurs de la cour ». Voici une transcription de la bien nommée « interview politique » à la matinale sur France Info. En gras, tout ce qui a trait aux considérations personnelles. (On voit qu’au début, c’est encore pour initier un semblant de discours sur un sujet de société réel, ensuite, on se perd totalement dans les discussions de cour.)

— Bonjour Jean-Christophe Cambadélis.
— Bonjour.
— Faut-il interdire les Nuits debout place de la République à Paris ? Pierre Aidenbaum, maire socialiste du IIIᵉ arrondissement dénonçait ce matin sur Franceinfo l’occupation permanente de la place, et ce, après des violences commises ce week-end. Que faire ?
— Dénoncer, ce n’est pas interdire. Il est vrai que tant que c’était bon enfant, on pouvait tolérer, même si l’occupation, la privatisation d’une place n’est pas totalement possible. Et même si nous sommes dans une période pour le moins troublée du point de vue des risques de terrorisme. Mais là, depuis quelques jours, la violence s’est invitée, à tel point que les organisateurs de la Nuit debout ont été chercher, le comble, les CRS pour les aider samedi dernier. Donc la difficulté est là. C’est-à-dire qu’on peut discuter, dialoguer, c’est un élément extrêmement important dans notre vie publique, dans notre moment présent. Mais si ça tourne à la violence, on ne peut pas le tolérer.
— Alors justement, qu’est-ce qu’on fait puisque nous sommes au douzième jour de ce mouvement ? (On va en dire deux mots d’ailleurs.) Que faire ? François Fillon, chez les républicains, s’étonne qu’on ait d’un côté l’état d’urgence, et de l’autre, dit-il, on tolère ce type de rassemblement.
— Écoutez, moi je crois que… il faut le tolérer. Mais il faut l’encadrer. Donc, il faut que les forces de l’ordre soient là pour…
— Une Nuit debout avec des CRS ?
— Ce serait les CRS debout… qui seront là pour faire en sorte que les violences ne viennent pas perturber ceux qui veulent discuter.
— Des CRS debout dit Jean-Christophe Cambadélis, c’est un nouveau concept ? Que dit le responsable politique que vous êtes face à ce mouvement dans lequel les politiques ne sont pas les bienvenus ?
— Pas simplement les politiques, ce qui prouve que c’est très intéressant. Pas de politiques, pas d’experts, pas de journalistes. La volonté de discuter entre soi, d’échanger de répondre à des questions, il y a une dimension contre-société, c’est pas du tout, moi, mon orientation, mais je crois que c’est une sorte de re-politisation par le bas.
— Vous y êtes passé vous-mêmes, ils ne vous ont pas reconnu d’ailleurs.
— Oui, on m’a reconnu. Il pleuvait. C’était le premier jour.
— Vous aviez un chapeau ?
— J’avais une casquette.
— C’est ça !
— Donc ils n’avaient pas l’habitude de m’voir dans cet accoutrement.
— Quand vous dites qu’il n’y a pas d’experts. Il y a par exemple Frédéric Lordon*, c’est plutôt un expert…
*  beau paradoxe, puisque Lordon refuse de se voir comme un leader, mais pour un « journaliste », il faut des noms, alors on le met en avant, et ne se pose alors plus qu’une question, fondamentale, courtisane : « Mais jusqu’où Frédéric Lordon ira-t-il ? ». Passionnant.
— Oui mais vous savez, ces émissions où on met trois experts avec un politique, et qui tourne en rond dans les chaînes d’info, etc. Bah, là, les gens en ont ras le bol. Ils veulent discuter entre eux. Je trouve que c’est pas mal.
— Jean-Christophe Cambadélis, Manuel Valls reçoit ce matin les syndicats étudiants et l’unef réclame toujours le retrait pur et simple de la loi El Khomri, qu’est-ce qu’on fait ?
— On continue…
— On continue quoi ?
–… au niveau du gouvernement, et du parlement, à améliorer la loi. Il y a un processus parlementaire qui est en marche, la commission à l’assemblée nationale a traité le sujet. Il y a pas mal de propositions qui sont intéressantes, et on va dans ce sens. Voilà. On n’a pas décidé de la retirer, donc on va l’améliorer.
— Vous entendez ces parents d’élèves qui témoignent, qui redoutent des dérapages policiers : il y a des gosses dans la rue ?
— Bien sûr.
— Qu’est-ce qu’on fait ?!
— Qu’est-ce qu’on fait… bah ils sont pas obligés de manifester. Vous êtes drôle, vous… Les manifestations, c’est une prise de risque*. Tout le monde le sait, donc aux parents de discuter avec leurs enfants, et de leur dire ce qu’ils pensent de la loi. S’ils pensent qu’il faut la retirer, bah ils manifestent, s’ils pensent qu’il ne faut pas la retirer, ils ne manifestent pas…
* la question portait sur les dérapages policiers…
— L’unef est déterminée. C’est le retrait, sinon rien.
— Écoutez, l’unef… Rappelez-moi depuis 1960, quand l’unef* a défendu une loi présentée par un gouvernement ? Jamais. Donques, là ils sont pour le retrait. Prenez les bouts de film de ma jeunesse, donc il y a quarante ans, et vous verrez que mot à mot, c’est exactement la même chose que maintenant.

* on change le cheval pour une écurie, c’est pareil.
— Ce matin, on lit dans la presse, Monsieur Gattaz qui dit qu’il en veut plus. À gauche, on en veut pas. Monsieur Gataz n’en veut plus… Enfin, on a l’impression, d’un incroyable embrouillamini.
— Écoutez, on ne fait pas des réformes sous le diktat, ou la recommandation, de Monsieur Gattaz. On fait des réformes pour l’ensemble des Français. À partir du moment où on veut une réforme équilibrée, évidemment que Monsieur Gattaz est contre. Parce que lui, il veut une réforme qui soit en résonance avec les revendications du MEDEF. Moi, je veux des réformes qui soient équilibrées, où il y a à la fois de la souplesse, mais en même temps, de la sécurité pour les salariés. Je sais que ça défrise, mais ça, c’est pas mon sujet.
— Jean-Christophe Cambadélis, vous êtes le premier secrétaire du PS, c’est ça hein ?
— Absolument.
— Il y a une question à vous poser ce matin. Parce qu’on discutait entre nous avant cette interview, est-ce qu’il y aura un jour une primaire à gauche ? On n’a pas très bien compris c’que vous aviez dit lors du conseil national du parti socialiste. Est-ce que vous pourriez nous expliquer ce qui va se passer, concrètement, quoi ? (Quelque chose de simple.)
— Vous z’avez pas compris parce qu’on a voté à l’unanimité. Je remarque que quand le parti socialiste vote à l’unanimité, les journalistes ne comprennent pas. Parce que, c’est pas possible… les socialistes…
— C’est une synthèse.
— Non, pas du tout ! À l’unanimité. Donc, c’est très simple. Donc, c’est très simple… Nous sommes, pour répondre positivement, à l’appel de notre primaire. Point un. Nous sommes pour une primaire, sans préalable, sans préjugés, avec une seule condition (toute petite condition, très simple) : que tout le monde soit derrière le gagnant.
— Donc, si au mois de décembre François Hollande, président sortant, décide de se représenter, il en passera par la primaire, c’est ça ?
— Il passera par la primaire s’il le souhaite, et à ce moment-là…
— Nan, nan, c’est pas s’il le souhaite…
— Jusqu’à présent, ce n’est pas le parti socialiste qui dicte au président de la république. Donc il passera par la primaire s’il le souhaite. Moi, je le souhaite. Mais à lui de décider. C’est dans le texte. Si vous lisez les textes du parti socialiste, c’est « si le président de la république le souhaite ».
— Donc, il n’y aura pas de primaires si François Hollande se représente et ne veut pas passer par la primaire.
— Mais il (le) passera par la primaire, si tout le monde est dans la primaire. Si c’est simplement un regroupement de personnes qui sont contre sa politique, il peut pas y passer.
— Mais il y a des gens, sauf erreur de ma part, qui ont dit qu’ils ne seront pas dans cette primaire. Donc on est en train de parler d’un truc qui n’aura pas lieu.
— Ça j’en sais rien, mais en même temps moi je souhaite la primaire, parce que, c’est très simple s’il y avait une primaire, ce serait le moyen le plus économique de rassembler la gauche. On discuterait, à la fois sur le bilan de ce que nous avons fait, on serait en capacité de (se) projeter dans l’avenir, et le premier janvier, c’est terminé, le débat à gauche est fini : on se tourne vers la droite. Ce serait tout de même très économique. Bah voilà, maintenant, il faut essayer de la construire, il faut essayer d’apaiser les craintes des uns et des autres. J’ai bien compris que la crainte du parti communiste et des verts, c’était que François Hollande gagne la primaire, m’enfin bon… quand on est pour une primaire, il faut quand même accepter le résultat du match.
— Donc, rendez-vous, au mois de décembre.
— Avant. Rendez-vous au mois de juin où on prendra les décisions définitives.
— Jean-Christophe Cambadélis, vous avez vu Emmanuel Macron au 20h de France2, hier soir ? Le ministre de l’économie est « en marche ». Et il va faire du porte-à-porte. Est-ce que c’est la bonne idée, est-ce que c’est la bonne méthode ?
— C’est vachement moderne. De faire du porte-à-porte. Nan ?… C’est vachement moderne !
— Et pan !
— Moi je trouve ça vachement bien. Voilà, il faut du porte-à-porte… D’ailleurs je l’invite dans le XIXᵉ à le faire ensemble.
— Vous lancez l’invitation ce matin à Emmanuel Macron ?
— Oui, oui. Viens Emmanuel, on va faire du porte-à-porte tous les deux dans le XIXᵉ arrondissement.
— Sérieux ? C’est ironique ?
— Pourquoi ce serait ironique ?
— Bah, parce que ça l’est !
— Mais pas du tout !
— Donc vous invitez le ministre de l’économie… enfin vous voulez l’accompagner dans sa démarche… de porte-à-porte.
— Non. Je veux qu’il vienne avec moi dans le XIXᵉ arrondissement de Paris, c’est ma circonscription. Donc, on ferra les cages d’escalier ensemble.
— Il revendique 13 000 adhérents depuis le lancement de son mouvement. Un toutes les trente secondes, a-t-il dit. Vous le croyez ?
— Pourquoi ne devrais-je pas le croire le ministre de l’économie ? Je crois ce qu’il dit. Il est ministre du gouvernement, je n’ai pas raison de mettre en cause la parole d’un ministre du gouvernement de la gauche.*
* la question porte sur le nombre d’adhérents d’un homme politique, pas sur une question économique, c’est beau comme du Jarry.
— Franchement, Jean-Christophe Cambadélis, il est candidat, intrinsèquement, vous le sentez candidat ?
— Mais écoutez, tout le monde sait que Emmanuel Macron ne sera pas candidat contre le président de la république s’il se présente. Tout le monde sait qu’il est comptable du bilan de Manuel Valls au gouvernement. Tout le monde sait qu’il n’est pas au parti socialiste. Et tout le monde a compris qu’il voulait cette idée un peu baroque, mais que je regarde avec attention, c’est faire triompher la gauche dans la droite. Voilà, c’est très bien.
— Faire triompher la gauche… dans la droite ?!
— C’est ça, non ? Quand on est ni de droite ni de gauche.
— Il dit, ni gauche, ni droite…
— Voilà… Donques, c’est faire triompher la gauche dans la droite.
— Il prône une solution radicale.
— Oui, c’est quoi les solutions radicales ? Pourquoi il les a pas proposées au gouvernement ?
— Donc pour vous, vous n’y croyez pas.
— Mais c’est pas que je ne le crois pas ! J’écoute. Moi je fais ça avec tout le monde. J’écoute et j’essaie de comprendre. Vous voyez, il n’y a pas que les journalistes qui ont du mal à comprendre.
— Il vous agace terriblement, monsieur Cambadélis.
— Pas du tout. Mais pas du tout.
— Au ton qui est le vôtre, on voit bien…
— Si on veut faire un peu d’humour, on est agacé. Mais moi je ne suis pas agacé par monsieur Macron. Je trouve que… il est de quelqu’un de très intéressant dans l’espace public en ce moment. Les médias en raffolent. Tant mieux, comme ça on parle pas du reste.
— Quand vous voyez Emmanuel Macron qui agace un peu autour de lui, peut-être vous, on ne sait pas ce matin, que vous voyez Ségoleyne Royale critiquée pour sa gestion de la région Poitou-Charente, par Alain Rousset qui a récupéré la grande région, que dites-vous ce matin ? Halte au feu ?
— Oui, un peu. Je crois qu’on peut essayer de trouver des solutions. Il y a un audit qui a été fait. À partir de là, il ne s’agit pas de s’envoyer le bilan à la face des uns et des autres (la droite le fait assez). Mais d’essayer de surmonter… S’il y a eu des difficultés, moi je connais pas le dossier, mais s’il y a des difficultés, il faut les surmonter ensemble. On est quand même membre de la même famille.
— Jean-Christophe Cambadélis, vous allez lancer cette semaine, comment ça s’appelle… l’alliance ?
— La belle alliance populaire ! Pourquoi…
— C’est quoi… comme « en marche », c’est encore un machin politique.
— C’est « marchons ensemble », là. Il s’agit de rassembler des citoyens qui seront majoritaires dans l’affaire. Des syndicalistes, des responsables associatifs, et des politiques de différents horizons, il y aura quelques surprises, vous verrez… et qui veulent réfléchir… ensemble*. Et faire des propositions, travailler à ce que sera un nouveau progressisme dans le moment que nous traversons.

* l’idée du progrès, ce n’est donc pas d’échanger des idées, mais de se réunir. C’est une partouze en fait, et on peut dire qu’elle est politiquement correcte parce que non discriminante… Tout le monde peut venir, on se fout de vos idées, seul votre cul compte.
— Et il y a quand même un décalage absolument phénoménal quand on vous observe les uns les autres comme on peut vous observer ici tous les matins, entre ce que vous nous dites et les gens qu’on croise dans la rue… La belle alliance populaire, OK super, en marche, Manuel Valls de son côté… Enfin tout ça n’est pas un peu lunaire, monsieur Cambadélis ?
— Pas du tout. À partir du moment où vous avez cette capacité à mettre au centre des citoyens… Vous me dites les citoyens, ceux qu’on rencontre dans la rue… eh ben là, on les met dans un regroupement. Nous, nous ne nous opposons pas…
— À un an des élections, toujours… on fait des regroupements citoyens et après on les abandonne.
— Pas du tout. C’est pour ça que nous avons fait les états généraux dès que je suis arrivé au parti socialiste. Mais nous, nous n’opposons pas, comme certains, le citoyen aux organisations politiques…
— Ça, c’est pour Emmanuel Macron.
— Pas du tout, pas du tout. Nous pensons, que nous devons gagner ensemble. Et que nous devons proposer ensemble. Et qu’il n’y a pas d’experts ou de politiques au-dessus du citoyen, et qu’il n’y a pas de citoyen qui sait sans aussi dialoguer avec les experts et les politiques. Donc, nous allons travailler… ensemble.
— Jean-Christophe Cambadélis, le chef de l’État va parler aux Français, sur France2, jeudi soir. Comme Chirac d’ailleurs, avril 2005, c’était il y a onze ans. À quoi ça sert ?
— Il me semblait… je sais pas, j’avais lu un peu partout que… on s’étonnait que le président de la république ne parle pas. Donques, quand il ne parle pas, on le critique, quand il parle, on le critique. Ça fait partie du Hollande-bashing, c’est très porté en ce moment. Il s’exprime dans un dialogue, avec des Français, c’est bien ce qu’on lui demande ? Je crois qu’il doit faire la pédagogie de son quinquennat, expliquer ce qu’il a voulu faire, ce qu’il a fait, ce qu’il a réalisé, ce qui a le moins marché.
— Tout à l’heure, vous moquiez, avec sympathie, le porte-à-porte d’Emmanuel Macron, là aussi, ça va être une émission, qui va être intéressante, mais c’est aussi une recette un peu déjà vu : le président qui souhaite s’adresser directement aux Français.
— C’est une sorte de porte-à-porte devant l’ensemble des Français. Je trouve que c’est une très bonne idée. La vie est cruelle, c’est ça le slogan du jour, non ?
— Très sincèrement, vous pensez que le chef de l’État peut rebondir avec ce type de dialogues ?
— Mais il ne cherche pas à rebondir. Il cherche à s’expliquer. Après, on verra s’il rebondit… C’est pas le sujet du jour. Ne réduisez pas une intervention à une déclaration qui viserait à changer la face de la France dans le moment présent. Il s’agit simplement de dialoguer. Je crois que c’est nécessaire pour notre pays.
— Merci à vous.

C’est ça. Merci à tous de saloper la vie politique en la réduisant à une chronique de cour.

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La politique qui en impose

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À la question de la difficulté de reformer en France, un commentateur explique qu’un homme politique élu doit profiter des premiers mois de son mandat pour « imposer ses vues ». Ainsi, si la « France » est dans la rue en ce 9 mars 2016, ce serait parce que Hollande serait resté inactif pendant cette période.

« Imposer ses vues », et cela, donc, juste après que les urnes ont parlé.

Et on parle encore de démocratie ?

Non pas que je sois un fou de démocratie, mais j’avais cru comprendre que c’était le système qui était le nôtre.

Et en fait, ce n’est pas ça. Le système se décrit lui-même presque comme une escroquerie, personne en a honte, et on vient ensuite s’étonner qu’il y ait une « crise de la démocratie ».

Qui la fait la démocratie ? Ceux qui votent « mal » ? Ou ceux pour qui le principe du système, c’est de proposer le « meilleur programme », autrement dit, la plus belle arnaque, pour gagner la course, et une fois au pouvoir… ne pas faire ce pour quoi on a été élu, et parfois, ou souvent, le contraire ?

Deux saloperies gangrènent la vie politique à notre époque. La stratégie et la communication. Les deux bouffent le « système » en le rabaissant à une course au pouvoir. Comment gagner le pouvoir, et comment le mieux faire gober au petit peuple qu’on ne fait pas autre chose.

Les gagnants sont toujours les escrocs. Et les courtisans, commentateurs, ne sont pas autre chose, parce qu’ils jouent le jeu en refusant de parler d’arnaque, d’escroquerie, de supercherie, de mensonge, et ne s’intéressent, comme « eux », qu’à la course au pouvoir.

Cette saloperie « politique », c’est l’élection de Miss France, en pire.

Oui. Tous pourris. Peut-on qualifier autrement des responsables qui une fois élus font le contraire de ce pour quoi ils ont été élus ? Est-ce que la politique a encore un sens ou est-ce que ce n’est qu’un jeu où seule compte la victoire pour ceux qui y participent ?

Parce que pour d’autres, non. Ce n’est pas un jeu.

Hollande aurait peur des « manif » ? Bien sûr. C’est la réalité qui vient gueuler à sa fenêtre. Quand la justice laisse traîner ces salopards mettre en place leurs escroqueries, ceux qui en sont victimes finissent, parfois, par gueuler.

« Mais nous, on sait ce qui est bon pour le pays. Le monde change ! »

Vous savez que dalle. Les escrocs n’ont aucune parole. La règle, c’est la démocratie. Ce n’est pas « ma » démocratie, ou la vôtre, c’est celle que nos « anciens » ont imaginée pour nous. Et vous, vous vous torchez avec. Si vous voulez changer de logiciel, faites-le, proposez-nous-le, arrêtez de véroler et de dénaturer ce que d’autres ont imaginé pour nous.

Qu’importe si le petit Français qui vote, et à qui on demande son avis, a raison ou non. Aucune raison en « démocratie ». Ce n’est ni une technocratie ni une sophocratie. C’est la démocratie. Celui qui vote, c’est celui qui décide. Or, quand il décide, on lui enfile le bras dans le derche. Ce n’est pas joli à voir. Et c’est ça la crise.

Celui qui est élu, qui représente la majorité, et qui décide « d’imposer ses vues » est un escroc.

Et l’escroc a inventé une expression pour légitimer son arnaque : « faire preuve de courage politique ».

Autrement dit : je vous arnaque, mais c’est pour votre bien.

On manie aussi très bien l’aphorisme pour justifier l’escroquerie : « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient ».

La politique, vue par ceux qui la font (ou la défont), c’est donc de faire des « promesses », pour gagner des voix, et ne jamais les tenir… puisque ce ne sont que des promesses. Et celui qui s’y laisserait prendre ne serait qu’un naïf, qu’un « croyant ». On ne se fait jamais berner que par des escrocs, c’est vrai. Et les honnêtes qui ne joueraient pas le jeu des surenchères « promessethiques » n’auraient aucune chance de se faire entendre. Vive le cynisme.

En démocratie, on coule ensemble, pas à cause de certains aristocrates qui décident, et pensent savoir, pour les autres.

Le monde ne change pas. Il a changé. Et il est géré par des escrocs et des imposteurs. Des joueurs et des poètes.

Charlie Hebdo, c’est quoi ?

Les capitales

Violences de la société

Charlie, c’est l’exercice du 4ᵉ pouvoir et ½ dans une société qu’on peut encore qualifier de libre et de paisible. 4ᵉ pouvoir, celui de la presse, ou des médias en général, ½, comme dans Dans la peau de John Malkovich où le personnage travaille au 7ᵉ étage et ½ d’un immeuble. Chez les Grecs, on donnait des représentations sur quatre jours, les trois premières, on y présentait des tragédies où le sacré était à l’honneur ; et le dernier jour, on y présentait une comédie pour désacraliser tout ça. La désacralisation de ce qu’on aurait vite fait de contempler comme des objets de culte inamovibles me semble avoir un rôle indispensable pour la bonne santé d’une société. L’agitation, la discussion, le rire, la moquerie, la dérision : ce sont ces marques d’une société libre et paisible. Les sociétés où plus rien ne se dit, où la peur, la censure, le dogme ou l’autocensure règnent, ont toute l’apparence de l’ordre puisqu’on opprime toute possibilité de contestation, justement, au nom de l’ordre.

Et dans l’espace public, Charlie, c’était un des derniers poils à gratter dans un univers où tous les médias, tous ces éléments du 4ᵉ pouvoir, tendent vers l’ordre, la bienséance, le politiquement correct, le sacré, toujours au nom de l’ordre et de la bien-pensance. Mais même Charlie pouvait lui-même être victime de ce conformisme béat. Ce qu’on s’autorisait à faire pour les musulmans ou pour d’autres, on se le refusait pour les juifs. Preuve qu’il y a encore un tabou juif dans notre société qui tendrait à desservir la cause qu’il prétend défendre (comme tous les tabous). Personne n’est donc à l’abri de la connerie, surtout pas Charlie (ou Val). C’est en soi une leçon qui doit nous pousser à réfléchir.

Parce que si on organise le sacré pendant trois jours, à quoi sert-il donc de se pousser à tout détricoter le quatrième ? Eh bien, justement par peur de se prendre trop au sérieux et de voir certaines règles s’ériger en dogmes ou en fanatismes. Le rire déconstruit les structures savantes de la société, démystifie le pouvoir du roi, apaise et dévoile les frustrations. Dans l’idée de dérision, il y a la volonté de montrer autrement les choses. Souvent en grossissant un trait, en accentuant un caractère connu de tous, mais finalement tellement commun, qu’il finit par devenir invisible. C’est le principe de la caricature. Elle ment à la fois parce qu’elle est injuste en discriminant certains points au détriment de quelques autres, mais elle ne ment pas non plus justement parce qu’elle se présente comme une caricature. Celui qui regarde rit d’abord parce qu’il remarque un trait gênant qu’il ne voulait plus voir, qui le dérange, le gêne, et dont il peut tout à coup s’excuser en le purgeant dans le rire. Mais si tout va bien, il questionne ce qu’il voit et se demande si ce que cela dévoile nécessite examen de sa conscience. « Ah, tiens, je ris, c’est con. Mais au fait, qu’est-ce que cela dit sur moi et sur les autres ? » La caricature est toujours injuste, peut-être même inju-rieuse, mais elle sert de révélateur. C’est l’inspecteur des travaux finis. Celui qui déconstruit quand on croit que tout est bien conforme et parfaitement mis en place.

C’est pour cela qu’il ne doit y avoir aucune distinction (ou presque) entre le traitement fait à un groupe de personnes et à un autre. Les juifs tout autant que les musulmans ont droit de passer au radar de la caricature. Est-ce qu’on doit s’interdire d’user de son pouvoir de dérision par peur de se voir traiter d’antisémite ? Si une caricature est toujours injuste et grossière, elle est forcément, quand on y décrit des juifs, antisémite. Le rire discrimine. Mais il y a deux formes de discrimination. La discrimination dont la discrimination est la finalité, et qui est par nature une idéologie du rejet et de la peur de l’autre. Et il y a la discrimination sans laquelle aucune intelligence ne serait possible. Pour distinguer une chose d’une autre, on discrimine, c’est ça l’intelligence. Et là, elle n’est donc pas la finalité, mais un outil d’examen et de compréhension. La finalité de la caricature, est-ce l’exclusion de l’autre, la stigmatisation facile, l’injure, le mépris ? Non, c’est un outil de révélation. Peu importe si la caricature est mal habile, injuste ou blessante, parce qu’elle a un rôle d’examen, de déconstruction, de démystification et de réflexion.

J’ai tendance à dire que ceux qui sont prompts à montrer du doigt ce qui leur semble raciste, injurieux, antisémite ont eux-mêmes un problème avec ce qu’ils s’empressent de défendre ou prétendre défendre. On crée ainsi une psychose, une peur, on cherche qui dérive de la bienséance pour se ranger du côté des infâmes monstres qui s’attaquent à notre si chère paix sociale. Les inquisiteurs de la bonne morale, de l’uniformité trouveront toujours comme premières cibles ces clowns chargés de faire dévier le réel, dévoiler le furoncle, ou désacraliser nos certitudes. Parce que le clown est visible et que tous les autres se cachent. Mais que faisons-nous quand il n’y a plus de clown pour se moquer du roi ?

Avec « je suis Charlie », je préfère penser qu’il y a derrière ce grand élan de compassion, un désir d’abord de communion, pendant trois jours, et puis un retour des fous irrévérencieux, le quatrième jour. En quelque sorte, malgré tout, les « je ne suis pas Charlie » (et toutes les variantes), c’est déjà un retour de la dérision. Être ou ne pas être, telle est la question ; être ou ne pas être Charlie. L’ordre, c’est le désordre cantonné au 4ᵉ jour, c’est le maintien du 4ᵉ pouvoir et ½. C’est être et ne pas être Charlie. Car il n’y aurait rien de plus totalitaire (et de finalement discriminant) que de dire ce qui est et ce qui n’est pas. La dérision, c’est le trouble, l’incertitude. Le droit à la connerie et à la maladresse. Le droit de se sentir blessé et de l’exprimer. Le droit de rire de ou avec pour que jamais on n’ait peur. Peur, non pas des terroristes, mais de nous-mêmes. La seule terreur dont il faut se méfier, c’est celle qui restreint en nous la capacité, l’envie, le droit de nous moquer de tout et de tous. Parce que rire de quelqu’un, c’est peut-être aussi un peu le respecter. Comme pour le mettre au scanner pour dévoiler en lui ses blessures. Si le rire dévoile et démystifie, pourquoi le rendre responsable de ce qui nous ronge ? Oui, l’islam est rongé de l’intérieur par le fanatisme. Ce n’est pas en fermant les yeux que le mal disparaîtra. Et oui, les juifs ont tout autant droit à leur quatrième jour. Parce qu’ils ne sont pas différents, et qu’on devrait s’interroger dès qu’on parle d’exception pour les juifs. Et parce que sans désacralisation, sans 4e jour, l’antisémitisme se trouvera une voie royale pour se développer.

Et puis, tout de même, sans le respect de ce 4ᵉ pouvoir et ½, on finirait tous à travailler 48 h par semaine. Charlie Hebdo, c’est aussi ça. L’égalité pour tous. Si on tue des gosses de 70 ans parce qu’ils dessinaient sur leur table et appliquaient la semaine des 4 jours et ½, où va le monde, Charlie ? Où va le monde… ? (Il fallait bien terminer par une connerie déstructurante, je respecte infiniment les règles, moi, monsieur le commissaire)

Pour des athées, c’est normal d’être islamophobe. Cette tolérance vis-à-vis des religions, c’est aussi ça qui conduit des débiles mentaux à tuer des gens au nom de leurs croyances délirantes. Il n’y a pas, par exemple, ni islam fanatique ni islam modéré (même si à l’usage, c’est pratique). Il y a une complaisance dans l’ignorance et la bigoterie qui mène naturellement des individus qui n’ont rien à attendre de la vie à une interprétation différente des “textes”. Je vois mal pourquoi il y aurait un bon islam et un mauvais islam. Les deux reposent sur un mensonge, et c’est bien parce qu’on est dans le délire et le mensonge que tout est permis.

Je suis loin de penser que Charlie Hebdo passait son temps à provoquer les “musulmans”, mais rire des cons où ils se trouvent, c’est plutôt une bonne chose parce que ça participe à l’éducation de ces esprits mal formés. Si on est capable de vouer sa vie à un dieu, ça laisse peu d’espoir pour le reste. Si tu ne dis jamais au type que tu as en face de toi qu’il a un morceau de salade ridicule coincé entre les dents, ce n’est pas l’aider. Le terme islamophobe est d’ailleurs un peu dur, mais ça va plutôt dans le bon sens. La société française s’est pas mal purgée de sa chrétinitude et de sa judéité, une grande partie des Français catholiques, protestants ou juifs sont athées (tout en se revendiquant souvent d’une culture religieuse), il y a à espérer que les musulmans aillent dans ce sens. Il n’y a rien à gagner dans une société à aller dans le sens de l’irrationnel et de la connerie.

Deux mots au sujet de la situation après les attentats de Charlie Hebdo

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Violences de la société

Comme je ne sais ni dessiner ni rire (d’autre chose que de moi-même — et encore), j’ai pris ma pelle et mon sot (moi) pour en faire un pâté.

Quand je vois certaines discussions interminables (je ne parle que de celles des autres bien sûr) concernant le rôle de l’islam dans ces attaques terroristes, ou de l’échec de « l’intégration », il me semble qu’on cadre assez mal le problème et qu’on tombe dans le piège des terroristes. (J’ai raison, vous avez tort.)

Parler d’islamistes, c’est exactement ce que les terroristes veulent nous voir faire. Qui sont les terroristes ? Les (des) musulmans ? Non, ce sont des groupes étrangers qui prennent une religion en otage pour légitimer leur soif de puissance et qui trouvent comme ambassadeurs de leur folie, non pas des musulmans, mais des repris de justice qui se trouvent sur le tard une vocation de djihadiste pour faire un doigt d’honneur au monde dans lequel ils peinent à s’intégrer. La religion est un moyen tout indiqué pour gagner du pouvoir, et les victimes sont tout d’abord ceux qui croient sincèrement à leurs fadaises (pour changer). Le problème ne vient donc pas des musulmans, ni de l’islam, mais de ceux qui utilisent l’islam et les musulmans pour leurs desseins pas très catholiques. Ce serait une erreur de se tourner vers ces zozos pour leur demander des comptes alors que leurs seuls torts (ce qui ne les libère par pour autant de leurs responsabilités), c’est leur crédulité et leur incapacité à dissiper la confusion voulue par ces « fous de Dieu ».

Qui sont donc ces groupes qui se revendiquent ouvertement de l’islam ? D’un côté Al-Qaïda et de l’autre DAESH. Rien que cette alliance étonnante laisse rêveur sur la manière dont auraient été commanditées les attaques terroristes. Entant « qu’ONG terroriste » on croyait Al-Qaïda sur le déclin face à un groupe militarisé qui profitait du chaos issu à la fois de la guerre en Irak et en Syrie pour s’imposer cette fois en tant que force militaire capable de revendiquer un territoire. Si les talibans sont tombés en Afghanistan à cause des « opérations extérieures » de leurs petits copains terroristes, non parce qu’ils étaient directement en guerre avec l’Occident, DAESH n’a aucun problème à considérer l’Occident comme son ennemi vu qu’il s’oppose à sa progression militaire avant même que le groupe puisse revendiquer son fauteuil aux Nations Unis. Mais de là à penser qu’ils s’organisent sérieusement pour mener une guerre de terreur contre l’Occident alors qu’ils sont encore focalisés à prendre le contrôle de l’Irak et de la Syrie, il y a de quoi rester sceptique… Commander et déléguer, ce n’est pas tout à fait la même chose. Il y a sans doute une opportunité saisie pour eux de frapper leurs ennemis de l’extérieur, mais s’ils daignent y investir quelques forces, cela vient à mon avis surtout d’un autre facteur qui là les toucherait plus directement dans leur combat sur place. Pour gagner la guerre, c’est leur intérêt d’appeler au djihad partout où c’est possible, et donc particulièrement sur le Net pour recruter de nouveaux combattants parmi les musulmans ou désaxés venus d’Occident (ou d’Asie). Comme dans toutes les guerres idéologiques (à l’image des Brigades internationales lors de la guerre d’Espagne pour soutenir les forces républicaines), il est de l’intérêt de ceux qui se revendiquent de cette idéologie d’accueillir des combattants étrangers, et donc d’inciter l’arrivée de ces nouveaux combattants. Ces hommes venus d’Europe pour l’essentiel sont utilisés pour combattre dans les zones de guerre (ils sont en général dociles car souvent « plus royalistes que le roi »), mais ils peuvent se révéler également utiles pour faire pression contre les pays occidentaux et aimanter à leur tour des soldats vers les zones de combat. Deux méthodes : l’enlèvement et leur meurtre d’Occidentaux, souvent par des recrues occidentales, et le terrorisme. Dans les deux cas, on est dans une guerre de propagande dont on sait l’Occident très vulnérable. Paradoxalement, l’intervention timide des Occidentaux est une aubaine pour ces groupes, parce que leur implication militaire est limitée (refus d’envoi de troupes), et qu’en retour, ils peuvent se poser en victime, trouver une légitimité à une contre-attaque, et encore une fois, comme dans toutes les guerres idéologiques, peuvent espérer voir débarquer des hommes qu’ils n’auraient pas eus autrement. Depuis plus de dix ans en fait, cette situation est le résultat des errances politiques des Occidentaux dans cette région. Et les attaques contre Charlie Hebdo, les policiers et la supérette casher sont les conséquences directes de ces erreurs passées. Là encore, avant d’accabler les « musulmans », commençons par nous-mêmes, nos dirigeants, et nos propres idéologies.

La difficulté est sans doute de déterminer le degré d’implication de ces groupes pour commanditer des opérations à l’extérieur, mais pour savoir comment répliquer à son tour, ou mieux, éviter les vocations, il est avant tout important de comprendre les origines du mal et qui se cache derrière ces attaques.

Je repose donc la question. Les musulmans ? Non. Une coalition DAESH-Al-Qaïda ?… Sérieusement ? Tous deux peuvent s’y retrouver en ayant un intérêt commun, car un ennemi commun (l’Occident) mais ils n’ont, en tout cas pour le premier, pas un grand intérêt à porter ses attentions vers l’extérieur que là où ils en ont le plus besoin, sur le terrain. Si cela dénote une réelle volonté de leur part de toucher l’Occident, il faut donc pour eux, en quelque sorte, sous-traiter ces opérations, ou laisser se créer des franchises capables de se revendiquer de leur cause si elles parviennent à entrer en action, et cela pour limiter leurs coûts humains, en ressources, en force… S’ils peuvent espérer d’un tel « coup médiatique » un retour avec un afflux de combattants, je persiste à penser que pour DAESH, qu’un tel coup peut se révéler être à double tranchant pour eux (retour de bâton façon talibans après les attaques du 11 septembre) ; alors qu’il y a plus d’intérêt à accueillir les Occidentaux et à les embrigader sur le Net, pour s’en servir dans leurs combats en Syrie et en Irak ; parce que leur priorité, leur attention, elle est là, et qu’ils n’auraient pas forcément intérêt à voir les forces occidentales s’intensifier en réponse à des attentats trop sanglants alors qu’elles ne parviennent pas pour l’heure avec leurs frappes aériennes à les ralentir comme ils le voudraient (et ça semble déjà commencer à changer avec la perte de la ville de Kobané…). Il est donc plus probable que ces attaques ne soient que tolérées dans le cadre d’une idéologie générale et peut-être dans l’espoir de créer des tensions en Europe qui leur fournirait alors toujours plus de combattants faciles à manipuler.

S’il n’y a qu’une forme de volonté molle de toucher l’Europe en son sein (quand on légitime sa violence par l’idéologie, il faut bien faire des concessions à cette idéologie et se résoudre alors à voir des combattants ne plus être que des VRP de leur cause idéologique), il faut donc que la volonté la plus ferme de s’impliquer dans ces attaques vienne de ces combattants occidentaux. Il semblerait que celui qui ait été le moteur principal des attaques soit Coulibaly.

Or là, le profil du terroriste est presque toujours le même. Des locaux se revendiquant d’un combat extérieur, sur fond d’idéologie religieuse ou de choc des civilisations, pour légitimer des attaques locales. Ce ne sont non pas des musulmans, mais des petites crapules des quartiers. L’islam, toute zozoterie qu’elle est, est à la fois l’otage et le ciment idéologique d’une logique de confrontation avec l’Occident.

Est-ce la preuve de l’échec de l’intégration (ou de l’assimilation), de la réinsertion ? La question ne doit pas se poser en ces termes à mon avis. Se poser la question de l’intégration, c’est en soi affirmer son échec… et le perpétuer. On est intégré quand on arrête de se poser la question de l’intégration. Les problèmes sont sans doute révélateurs de nombreux maux que cumule la société française, pas un groupe d’individus en particulier. Si on tient tant que ça à pointer du doigt la « communauté musulmane », il faudrait sans doute évoquer le fossé générationnel et culturel existant parfois entre membres d’une même famille. L’absence du père, mais aussi celle des aïeux censés véhiculer les valeurs de l’islam à leurs jeunes. La crise identitaire commence quand on ne parle correctement la langue de ses parents et qu’on est incapable alors de suivre un prêche à la mosquée délivré en arabe. Entre une génération d’immigrés qui ne fait pas de vague en préférant rester transparente et une autre née en France qui manque de repères, il y a un grand écart, et c’est peut-être bien aux anciens de prendre conscience qu’ils vont devoir se forcer à réapprendre leur intégration pour montrer la voie à ces jeunes qu’on a balancés trop vite dans le monde en leur disant qu’il fallait se contenter de la liberté et de rester caché. C’est moins un problème d’intégration qu’une dissociation profonde entre des générations d’une même « communauté ». Quand on parle de fossé générationnel, il me semble qu’il est encore plus grand dans certains ghettos où la transmission des aïeux vis-à-vis des plus jeunes est défaillante, parce qu’ils estiment peut-être à tort que la république ou l’école de la Nation doivent jouer ce rôle. Or la première des intégrations, c’est l’intégration identitaire à sa propre famille, à sa propre histoire. La notion d’identité française ne veut pas dire grand-chose, ça ne s’apprend pas à l’école, on ne devient pas Français. En revanche, l’identité personnelle, elle, passe par la transmission de valeurs que seul l’entourage peut offrir aux plus jeunes. Si les anciens laissent cette place en pensant qu’elle revient naturellement à « la république », ces enfants auront toutes les chances de manquer de repères et de se trouver fragilisés face aux obscurantismes.

Autre mal de la société révélé par cette jeunesse tourmentée des « banlieues », la responsabilité de l’État dans la situation de certaines régions, ou zones, qu’on l’appelle « banlieues » ou « ghettos ». Une responsabilité qui à mon sens ici est totale et coupable. Depuis les premières politiques « de la ville », on a sans doute eu beaucoup de belles idées, mais très peu de résultats. Pour une raison simple : ces villes n’ont jamais été bâties pour être des villes. C’est bien parce que ces zones n’avaient rien de « villes » qu’elles ont fini par être la caricature d’elles-mêmes et que les classes moyennes les ont désertées. Il leur manque une chose essentielle : l’activité. Personne ne veut habiter des zones qui sont entièrement ou presque dédiées à l’habitat. Si certaines « villes-dortoirs » de riches sont possibles, c’est que le cadre de vie est tout autre. Barres d’immeuble, puis barres d’immeuble, belle idée de l’aménagement du territoire. Il n’y a qu’à voir la vénération qu’on a pour les îlots directionnels pour comprendre en quoi ce pays souffre d’un trop-plein de béton. Et pour dormir, le béton, ce n’est pas terrible.

Depuis 20-30 ans, l’échec de la ville, il est là. La résolution du problème commençait par l’abandon du concept de zones (urbaines, commerciales, industrielles). Dans une ville, une vraie, tout se mêle et l’activité devient un foisonnement positif où chacun a sa place parce que personne ne sait précisément qui est qui est pourquoi il est là. Un individu qui se rend à une zone commerciale, va travailler, un autre qui retourne le soir à une zone résidentielle rentre chez lui… C’est Kafka, chacun se définit en fonction de son activité et de sa zone. Le début de « l’intégration » commence alors par une forme de fourmillement « sans étiquette ». On a Paris sous les yeux et personne ne semble la voir !… Et c’est cette impression de mal-être, d’abandon et d’éloignement du pouvoir et de l’activité, qui force l’aliénation et la criminalité. Le chômage est haut dans ces zones et ça devrait être de leur faute ? L’intégration de l’activité, elle se fait où ? Au milieu des barres d’immeuble, sur les toits, sur les terrains vagues ? La seule fois qu’on y implante des activités, ce sont des tribunaux ou des CAF. Il y a des vocations qui se créent… Le premier des aménagements à faire, c’est donc de respecter les normes parisiennes en matière de hauteur de bâtiments : l’exception culturelle sans doute, celle des termitières laissées aux seuls banlieusards. On aime le béton ? Qu’on construise de vraies villes sur le modèle français de centre urbain.

Et qu’on construise des prisons. Avant de taper sur ses délinquants, la France ferait bien de commencer par cesser de l’être en étant sans cesse montrée du doigt pour la condition dans laquelle elle traite ses détenus. Avec des prisons dans un tel état, je suis même surpris de voir qu’il n’y ait pas encore de gangs entiers qui se forment pour ravager le centre parisien.

Tout cela a un coût ? Oui, mais le bien-être et la paix n’ont pas de prix (Les Chefs-d’œuvre du sophisme, Ed. de La Palice).

Est-ce qu’il est donc si raisonnable de nous attaquer aux musulmans, à l’islam ? Ce serait accepter de rentrer dans une guerre idéologique où on aurait tout à perdre, et c’est exactement ce dont ont besoin ceux qui nous combattent.

N’est-ce pas ce que fait précisément Charlie Hebdo, pourrait-on se demander ?

Il y a quelques mois, se posait la question de savoir comment nommer ce groupe militaire qui intervenait au Moyen-orient. D’ « État islamique » on est passé à DAESH. Mine de rien, la suppression du terme « islamique » est très importante, parce qu’il enlève symboliquement à ce groupe la possibilité de se revendiquer de l’islam. La guerre est d’abord guerre de propagande, et quand on n’a pas conscience d’être en guerre (non pas contre « le terrorisme » mais contre des groupes terroristes et contre des groupes armés se revendiquant par ailleurs de l’islam ; les conseillers en communication seraient bien avisés de regarder à qui sont destinées nos bombes), on ne peut que la perdre. Il est donc important de choisir les termes qui servent nos intérêts plutôt que ceux de l’ennemi. Celui qui a le choix des armes a un avantage, et comme les mots peuvent aussi être des armes de propagande… autant choisir ce qui est à notre avantage.

Est-ce qu’il est donc de notre intérêt de continuer à faire le jeu de ces groupes en parlant « d’islamistes », de « musulmans », de « djihadistes » et d’opposer « musulmans modérés » à « musulmans intégristes ». Entre d’un côté des zozos qui tuent et de l’autre des zozos qui se taisent, qui ont honte, et qui sont en aucun rapport avec les groupes terroristes, pourquoi force-t-on un rapport qui n’est pas à notre avantage et qui ne fait que multiplier nos tensions internes ? Il n’y a pas de bons et des méchants musulmans, il y a des musulmans qui vivent en paix et des groupes barbares qui se revendiquent de l’islam. Il n’y a vraiment pas beaucoup de rapport entre les deux et forcer le lien, c’est pousser des zozos bien de chez nous à aller se perdre chez les zozos barbares pour finir par en revenir tout aussi zozos et bien plus barbares. Alors certes, dans un monde sans propagande organisée, on laisse ça derrière la responsabilité et l’intelligence de chacun, mais s’il faut se forcer, c’est justement à distinguer qui sont les ennemis, non à accabler les innocents ou les prier en permanence de se distinguer des « fous d’Allah ». On ne serait pas si rapides à pointer du doigt son voisin pour l’accabler de tous les torts qu’on aurait sans doute la tête un peu plus sur les épaules et les yeux en face des trous pour voir en réalité qui nous menace. Je suis rationaliste et en tant que rationaliste la religion musulmane comme les autres peut être la cible de mes piques, mais il n’est pas question de cela ici ; il ne faudrait pas s’y tromper : ce n’est pas l’islam ou les musulmans qui s’attaquent à Charlie ou à des Juifs.

La première chose à faire est donc de laisser nos zozos musulmans en paix en évitant de leur faire un faux procès. Ils ne sont nullement responsables des atrocités perpétrées par des barbares, au Moyen-orient, comme en Europe. Et leur demander des comptes ne ferait qu’augmenter leur propre sentiment d’insécurité (voire leur donner la preuve de leur non « assimilation ») et que les pousser à rejoindre une cause qui n’est pas la leur.

En revanche, puisque les musulmans sont aussi les premiers à côtoyer ces fous, il ne serait pas inutile qu’ils se déniaisent, ne serait-ce que du point de vue de leurs propres croyances, en pointant du doigt, eux, leurs faux prophètes, et que, tout en prenant soin de ne pas faire le lien avec les terroristes, qu’ils se questionnent sur ce qui les gêne tant dans ces caricatures. Si on parle d’amalgame, il est à regretter qu’il naisse aussi d’un discours maladroit et peu clair à l’attention d’une pratique qui, selon leurs principes, n’a aucune raison de les choquer.

On pourrait aussi penser que si certains apprentis zozos sont assez stupides pour filer en Syrie en la prenant pour la terre promise de l’islam, c’est bien qu’ils sont zozos de haut niveau, et que, sans espérer les voir garnir les rangs de la sainte église athée, il serait bon qu’ils arrivent à faire face à leur irrationalité. À cette irrationalité, seule, c’est-à-dire à leur fantastique capacité à croire. Si on joue le jeu du choc des cultures et des guerres idéologiques en leur demandant des comptes, on a déjà perdu… Il est vain de demander à des croyants de faire preuve d’un peu de logique, mais on peut leur demander de l’être dans la logique de leurs croyances…

Alors, Charlie Hebdo manque-t-il de respect à l’égard des religions ? Oui, et c’est son droit. Mais quand on dit qu’il n’y a pas de délit de blasphème, c’est reconnaître que cela peut en être un. Or pourquoi s’emmerder à créer un monstre quand on peut l’éviter ? Le propre de la zozoterie, c’est bien d’être suivie par des idiots. Il ne faut donc pas jouer les idiots à son tour et expliquer en quoi des caricatures ne sont pas « blasphématoires ». Même pas. En tant que musulmans, vous vous sentez offensés ? Pourquoi ? Rien ne dit dans le Coran que le prophète ne peut être représenté. Il y a même des exemples où il était représenté au début de l’islam. Faudrait-il brûler ces documents ? En tuer les auteurs ? S’offusquer ? Le plus amusant par ailleurs, c’est qu’il est probable que cet usage ait été influencé… par la religion juive, et cela, à une époque où « l’ennemi », le « croisé » n’était pas « Israélien » mais européen et chrétien (avec tous les excès ostentatoires et iconographiques de la contre-réforme et de l’orthodoxie). Il faudrait peut-être une bonne foi(s) pour toute qu’on leur rappelle à tous ces zozos monothéistes que le dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans, c’est censé être le même. Et que les musulmans en particulier ouvrent leur bouquin et le lisent (je l’ai fait et c’est une véritable torture) qu’on y parle d’Abraham, de Moïse et de Jésus comme de prophètes. Je sais que la bêtise et l’ignorance sont les premières alliées des religions, mais un petit effort sur ce point ne serait pas inutile. Si donc, pour les cathos, les juifs ou les athées, il est mal venu de demander des comptes aux musulmans quand trois tarés viennent répandre la terreur, il ne serait pas inutile non plus que les musulmans eux-mêmes sortent de leur propre racisme et comprennent leur propre religion. Et ça commence en écoutant ce qu’en disent les anciens…

Aux musulmans qui s’entre-tuent ou s’attaquent à tout ce qui est en rapport à l’Occident en ce moment même en Afrique, il n’y a sans doute rien à espérer, mais des musulmans français, ou Français musulmans (ou Français, et musulmans), on peut espérer au moins faire appel à leur intelligence. Et encore une fois, il est plus que nécessaire de leur demander ce qui les choque dans ces dessins. Quand la caricature d’un personnage présenté explicitement comme étant le prophète vient à violer une chèvre ou des nonnes, l’offense, bon, pourquoi pas. Mais il n’est même pas question de cela. Ce qui offense la religion et le prophète, c’est la caricature d’un personnage présentant vaguement des traits arabes en couv’, portant une pancarte « Je suis Charlie », et surmontée d’un message d’amour qui dit « tout est pardonné » ? Dieu… quelle offense ! Où est-il dit qu’il était question du prophète ? D’une part. Et d’autre part, cette interdiction, cet usage, de ne pas montrer les traits du prophète, quelle en est la raison, l’origine ? On dit que le prophète est « sacré ». Avec ma grande ignorance, j’avais pourtant compris le contraire : si la non-représentation du prophète est une référence à l’usage dans la religion juive, elle se rapporte à l’interdiction de vénérer des idoles. Donc non seulement cette interdiction ne s’applique qu’aux croyants, mais c’est tout le contraire du sacré. Si on n’y touche pas, c’est justement pour ne pas le vénérer. Le prophète est censé être un guide, pas un dieu. Seul Dieu est sacré. (Enfin, de ce que j’en comprends…) Qui blasphème, alors ? Si certains veulent voir « un peu plus de musulmans s’expliquer sur les agissements de nos trois barbares », il y a une seule chose, moi, que je leur demanderais (ah…, s’ils pouvaient, pour me répondre, se réunir en concile et délivrer au monde une parole audible !) : comprenez votre propre religion. (À défaut de faire comme tout adulte qui se respecte ; cesser de croire au Père Noël.)

C’est surtout une guerre entre la bêtise et l’intelligence. Certains prétendent que les caricatures de Charlie Hebdo sont stupides et provocatrices. Pour moi, leur provocation est un appel à l’intelligence. Ils ne provoquent pas pour insulter ou blesser, mais pour révéler nos contradictions, nos petites bêtises. Ça a toujours été le rôle de la caricature. La caricature est-elle raciste ou islamophobe ? Par essence, une caricature est injuste et grossit le trait. Donc oui, une caricature est raciste ; oui une caricature stigmatise. C’est son rôle. Mais non pour attiser la haine, ou blesser, mais pour éveiller les consciences, stimuler l’intelligence. La caricature joue sur les différents degrés de représentation. On est d’abord choqués, gênés, et puis on prend conscience que ce n’est qu’un dessin, qu’une représentation, qu’une grossièreté. Une caricature est injuste parce qu’elle joue sur les apparences, les croyances, les perceptions, les préjugés. Mais le sens de la dérision, c’est de grossir le trait pour nous rappeler que tout cela n’est bien sûr pas à prendre au sérieux, ou au premier degré, et que la caricature déforme pour nous pousser à voir autrement. Elle est là l’intelligence. En montrant l’artifice, on nous pousse à voir au-delà des artifices. Quand on nous montre Sarkozy en petit diable, on est amené à nous interroger sur la pertinence d’un tel rapprochement. Même chose pour Marine Le Pen en Bavaroise. La caricature est injuste et ne fait que nous amener à réfléchir sur notre propre capacité à nous écarter de nos propres préjugés, croyances et perceptions. Et ça, manifestement, certains n’en sont pas capables. Parce « qu’on leur dit » qu’il s’agit du prophète, c’est forcément le prophète. Puisqu’on leur dit que c’est forcément offensant, c’est offensant. Est-ce que la religion est-elle capable de laisser les individus réfléchir par eux-mêmes ou sont-ils condamnés à être esclaves de leur bêtise ?

Qu’on ne me réplique pas que je suis intolérant. Il n’y a aucune tolérance à avoir face à la bêtise. Donc face aux religions. Et par ailleurs, puisque ce n’est pas mon intolérance à leur bêtise qui les empêchera de croire et d’aller au paradis où est donc le problème ? Qu’on me laisse creuser ma place en enfer, ça ne regarde que moi. Quant à mon sort ici-haut, il n’y a pas encore de délit d’intolérance face à la bêtise. Et si je me goure sur toute la ligne ? Eh bien, c’est le principe Charlie : l’intolérance à la bêtise quand il est question du droit de l’exprimer, mais également la tolérance à la bêtise au niveau du droit. La bêtise ne se condamne pas pénalement. On a, en même temps, le droit d’être stupide et le droit de révéler (par des caricatures ou autre) la bêtise de l’autre. Si notre bêtise ne nous permet pas ou plus d’aller dans l’espace ou de retrouver les traces des dinosaures sous nos pieds tant pis pour nous, c’est notre droit le plus strict. Parce que p’t-être bien qu’en faisant les cons parfois on touche juste. Mieux vaut en rire donc. Eux, de la nullité des caricatures de Charlie, nous (Charlie) de leurs zozoteries.

Alors, il faut reconnaître, que peu de musulmans sont venus expliquer que de simples dessins n’avaient en soi rien d’offensant pour la religion… Mais oui, où sont-ils tous ces musulmans dont on parle ? Où se cachent-ils ces fripons ? Mais…, mais… Mais, doit-on, peut-on, en même temps leur en vouloir ? Et face à ces événements gravissimes est-ce si important ? D’une part, les personnalités musulmanes invitées dans « les médias » sont assez rares, et surtout en leur reprochant ce silence, on ne ferait encore une fois qu’aller dans le sens de ceux qui ne voudraient que voir des « communautés » s’opposer les unes aux autres dans notre pays.

Certes, parfois il suffit de peu de choses. Par exemple, les déclarations du frère du policier assassiné lâchement sur le trottoir m’ont mis la larme à l’œil. Il y avait chez lui une volonté non seulement de bien identifier les auteurs de cet acte comme des fous, et certainement pas des musulmans, mais surtout, il a évoqué à plusieurs reprises des termes comme antisémite et synagogue pour les mêler à « raciste » et « Mosquée ». Il ne prêchait pas pour sa paroisse, il parlait en français excédé de la folie des hommes. Il ne se posait pas en victime d’une communauté face à une autre, il identifiait parfaitement les fous, et ceux que ces mêmes fous voudraient voir s’opposer pour grandir les rangs des fous. Reprocher aux musulmans de ne pas s’exprimer, c’est donc un peu fort, puisque quand l’un d’entre eux prend la parole, on ne l’écoutera plus à partir du moment où il ne se revendiquera plus comme étant musulman mais Français ou simple victime de la folie humaine. Il faut aussi savoir écouter. On ne peut pas réclamer aux musulmans de prendre la parole pour se revendiquer presque de ne plus l’être, et leur reprocher quand ils le font, de devenir transparents. Alors, si les musulmans ne prennent pas la parole pour évoquer un tragique fait divers, et se contentent entre eux d’en discuter comme n’importe quel Français le fait, accoudé au bistro du village, moi foi, je n’ai rien contre ; quand on peut faire l’économie de quelques bondieuseries, c’est toujours pas plus mal.

Allah là, que ferait-on sans les querelles de clochers.

Dernières choses concernant l’éducation et la liberté d’expression.

Il semblerait que comme réponse à tout ce chaos, le gouvernement, toujours bien prompt à proposer des solutions qui ont de la gueule plus que de la crédibilité et du fond, a décidé de lancer de grands débats, heures de cours, de formation, etc. concernant l’apprentissage des religions. Personnellement, je trouve ça bien idiot. Avoir de bonnes intentions et déniaiser ses petits bouts de chou, ce serait plutôt une bonne chose si on était en capacité de le faire. Le problème, c’est qu’on se heurte ainsi à plus de nouveaux problèmes qu’on en résout. Parler d’histoire des religions peut être intéressant si on se limite à l’histoire des religions et rien d’autre. Or je doute qu’on puisse (les enfants surtout) se détacher de ses propres croyances pour juger de simples faits historiques, et la question de la foi (de certains) arrivera forcément à un moment ou à un autre, et on risquerait alors de voir des dérives pas franchement en accord avec le principe de laïcité. Rien ne prouve d’ailleurs que même relayées sans problème, ces connaissances aient une quelconque utilité concernant les divers problèmes liés aux religions. Si le premier problème est la connaissance même de ces religions par les croyants, c’est une connaissance liée au culte, aux croyances, aux usages, pas (ou peu) à l’histoire. Ensuite, le problème majeur en classe, c’est que mettre au cœur de l’école ce qui ne sont que des sujets de société, c’est inutile et passablement foireux. Une école est un lieu où on étudie, on apprend des faits concrets, pas où on discute de tout et de n’importe quoi et avec n’importe qui. Les élèves sont comme tout le monde, ils discutent de ces sujets en dehors des cours. Apporter ces sujets en cours n’y apportera rien de plus concret, sinon un avis, pas plus éclairés ou accepté, qui sera celui du grand guide spirituel qu’est le professeur. L’école n’est pas là pour dire la bonne parole ou faire de la morale. Quand autrefois on avait des cours d’éducation civique, c’était pour apprendre du concret, pas pour exposer ses idées sur la peine de mort ou l’IVG. Et les professeurs auraient d’autant plus de mal à être dans le concret qu’il faudrait expliquer les propres incohérences de la république. Ainsi, comment expliquer à des mômes, que la liberté d’expression à travers des caricatures, c’est « sacré », et que la liberté d’expression pour un spectacle qu’on juge antisémite avant d’être donné, c’est moins « sacré » ? Je veux bien croire que parmi les profs beaucoup arrivent à s’en tirer, mais s’il y a des partisans de Dieudonné par exemple parmi ces profs (qu’on ne me dise pas que c’est impossible) est-ce qu’on est certain que ceux-là arriveraient à faire comprendre toutes les subtilités de la république et faire accepter ses incohérences ? Non, on pourrait tout aussi bien faire l’économie de tels débats dans nos écoles. Apprendre à être citoyen, c’est déjà savoir qu’on est libre d’échapper à toutes ces discussions au sein de l’école. Les avis, les opinions, les croyances n’ont pas leur place à l’école. Ça commence au comptoir du bar et ça finit dans un isoloir, mais entre les deux, il n’y a certainement pas l’école. C’est ça aussi la laïcité. Ne pas se laisser polluer par les débats foireux de l’extérieur. Des faits, pas de l’opinion ou de la croyance.

Par ailleurs, si on veut commencer à lutter contre les croyances folles et la bêtise, il faudrait commencer par nos propres croyances, en particulier celles qui nous permettent en tant que « nation » de nous gargariser d’être le centre du monde et des valeurs suprêmes. Deux exemples. Non, la France n’est pas le « pays des droits de l’homme ». Belle suffisance, vive l’ignorance. On dirait une vieille fille essayant de se convaincre qu’elle est toujours belle en se rappelant une beauté supposée d’autrefois. La France est le pays de sa « déclaration des droits de l’homme et du citoyen », point. Ce texte n’a aucune valeur universelle dans le monde (peut-être autrefois dans nos colonies et encore). Non seulement, on se plaît à confondre ce texte issu de la Révolution française avec le texte établi par l’ONU au sortir de la seconde guerre mondiale et qui lui a une valeur universelle, c’est-à-dire reconnu par la grande majorité des pays du monde ; mais en plus, il n’a aucune influence sur quoi que ce soit par ailleurs. Au contraire, le texte, dans le même esprit, est précédé par d’autres qui ont eu eux beaucoup plus d’influence dans l’histoire, et en ont encore beaucoup aujourd’hui, en particulier un texte britannique et un autre américain (1689 pour le premier, 1776 pour l’autre). Pays des droits de l’homme, donc, et mon cul… Allez dire à un Italien ou à un Japonais que la France est le pays des droits de l’homme…

Autre exemple, l’idée que la France est le pays de la pensée des Lumières… C’est évidemment faux. Le siècle des Lumières est un mouvement philosophique qui s’est répandu à travers toute l’Europe au XVIIIe siècle… Pas plus en France qu’ailleurs. Pour un courant basé sur la lutte contre les obscurantismes et les crétinismes, ça le fout mal de se prévaloir de lui tout en ignorant précisément ce dont il s’agit. On pourra donc toujours s’émouvoir devant ces musulmans incultes n’ayant jamais lu le Coran, on en fait autant. C’est encore à se demander ce qu’on apprend en cours d’histoire et en cours d’éducation civique (et j’avoue mon ignorance, je ne sais pas si ça existe encore) si c’est en effet pour nous raconter de telles conneries. Essaie-t-on de présenter aux élèves une vision de l’histoire qui soit plutôt objective et détachée du culte de la « nation » ? Quand il est question d’évoquer les dinosaures (oui j’aime bien les dinosaures — le ciel leur est tombé sur la tête et c’était même pas… Dieu), là, ça ne pose pas de problème (enfin j’espère). Mais dès qu’on arrive à l’histoire moderne, au mieux, elle est centrée sur l’Europe (d’où le principe de Moyen Âge, précédant l’époque dite moderne — et on aurait bien raison d’occulter — nous les Lumières — une époque florissante pour le monde… arabe), au pire, centré sur la France. Ce n’est pas de l’histoire, mais de la propagande. Une propagande nationocentrée (et ça, ce n’est pas du français).

(On est tout autant centré sur notre petite personne en littérature, mais c’est vrai qu’on peine à savoir à partir de quand — ou si seulement — on commence à passer d’un cours de langue française à un cours de lettre — perso je n’ai pas bien compris s’il y avait un basculement, et s’il y a, on ferait bien de se questionner sur la nécessité de garder un véritable cours de français jusqu’au bac, et garder la littérature, toutes les littératures, à un autre cours — la langue, la grammaire française est assez subtile et son domaine d’étude suffisamment vaste pour qu’on puisse en faire une discipline à part entière pendant toute la scolarité).

Concernant enfin la liberté d’expression. On voit là encore toutes les limites d’un système restrictif à la française (oui là encore, désolé de taper sur la France quand les libertés sont mieux respectées ailleurs). Quand on définit des limites à cette expression, on se heurte forcément à la difficulté de définir ces limites et on laisse alors le soin à un magistrat d’interpréter la loi. C’est surtout l’expression d’une société réactionnaire et qui, s’étant séparée de l’Église, est tentée de délivrer sa bonne morale. Ce n’est pas à l’État ou la loi à définir ce qu’est l’histoire, encore moins de définir des groupes pour qui il serait plus intolérable de se montrer intolérant. Les seules limites à la liberté d’expression tiennent au devoir de la collectivité de protéger les plus vulnérables, ses bambins, ainsi que chacun de ses citoyens des propos diffamatoires. Ce qui concerne donc tout le reste, je serais pour une fois plus favorable à une loi « à l’américaine » dans laquelle tout serait permis. Que les cons puissent s’exprimer librement, on aurait au moins l’avantage d’échapper à leur publicité quand ils délivrent leurs conneries. Et des propos dits dans le cadre d’un spectacle ne pourraient pas à mon sens être alors perçus comme diffamants étant entendu qu’un spectacle, comme une caricature, n’est pas la réalité, mais un travestissement de la réalité pour obliger le spectateur à se questionner sur ses rapports avec cette même réalité… Si les fous du roi sont d’intérêt public en riant du roi, les rois eux-mêmes auraient tout intérêt à ne pas tenir autant à ressembler à leurs caricatures.

(Je disais ça comme ça. C’est juste qu’il me restait du sable de l’autre jour qui me démangeait entre les doigts de pieds…)