La Chevauchée de la vengeance, Budd Boetticher (1959)

Psychologie de saloon, constellation de critiques et trois unités

Note : 4 sur 5.

La Chevauchée de la vengeance

Titre original : Ride Lonesome

Année : 1959

Réalisation : Budd Boetticher

Avec : Randolph Scott, Karen Steele, Pernell Roberts, James Best, James Coburn, Lee Van Cleef

Quand on dit que Budd Boetticher ne fait pas de psychologie, j’avoue ne pas bien comprendre ce qu’on entend par psychologie. Quoi de plus psychologique qu’une situation où chacun se méfie de l’autre, doit sans cesse rester sur ses gardes et prévoir les coups à l’avance ? En présentation de séance, le film était comparé à un jeu de poker. Tout à fait. Et là encore, qu’est-ce qu’un jeu de poker sinon un jeu psychologique ? Alors certes, il s’agit d’une psychologie brute, qui renoue peut-être avec la mythologie du western, mais il s’agit bien de psychologie.

Les analyses critiques n’en finissent pas de me laisser songeur… Tout ce que la critique de cinéma à voulu voir dans les évolutions du western des années 50, soi-disant une évolution intelligente, qui s’interroge sur ses propres mythes, n’est en fait que le reflet d’une certaine propension de la critique à surinterpréter ce qu’elle voit. Les films soi-disant intelligents censés avoir émergés au cours de cette décennie d’après-guerre, que ce soient les westerns ou autre chose, qui s’interrogent sur leurs propres codes, il y en a eu en réalité à toutes les époques. D’ailleurs, comment interpréter ce finale où un arbre de potence est brûlé, sinon comme un acte symbolique, voire politique, qui ne limite pas ses auteurs à de simples faiseurs d’histoires ou de westerns ?… Tout cela n’a aucun sens. Il y a eu des films perçus comme intelligents, modernes ou quoi qu’est-ce, en toutes périodes, comme il y a toujours eu des films plus simples en apparence. Je trouve assez fabuleux cette manie des critiques analytiques à vouloir structurer l’histoire du cinéma dans une homogénéité cohérente et logique. Pas étonnant qu’ils aient à peu près tous recours aux mêmes méthodes interprétatives de la psychanalyse… L’interprétation doit être au cœur de la critique de film, mais elle doit rester personnelle, affirmer une conscience et une perception d’un film, essayer de la situer dans une histoire (là aussi, assez souvent aussi personnelle, vu l’état de connaissance de ces critiques au moment où ils recontextualisent une œuvre par rapport à son contexte ou à ses références supposées), pas prétendre dévoiler une réalité inconnue de tous, révélée parfois même aux auteurs eux-mêmes qui pourront toujours s’échiner à les contredire, la fable inventée par leurs exégètes étant trop belle pour être ignorée. (Ah, dans la « politique des auteurs », peut-être que je n’avais pas saisi que dans « auteurs », il fallait entendre « critiques ». Les critiques parleraient-ils d’eux-mêmes dans cette expression ?… Les cinéastes dessineraient des étoiles dans le ciel, charge aux critiques d’en définir les constellations…)

Bref, je m’égare… Car en apparence, oui, si La Chevauchée de la vengeance semble n’être qu’un film d’action, ou plus précisément un western élégamment mis en scène et brutal, si on y prête un tant soit peu attention, on remarque que la structure du récit est plus complexe que certains voudraient le laisser penser. (Et par « certains », j’entends ceux que l’on nomme jamais mais qu’il est bien pratique d’évoquer par contradiction afin d’asseoir une affirmation péremptoire qui ne manquera pas de faire une jolie impression, monsieur le Président.)

Tension psychologique au camping

En fait, ceux-là sont trompés par quelques principes dramaturgiques hérités du théâtre, voire de la « poétique » ou de l’esthétique, héritée, elle, de l’Antiquité (des mythologies ou non), et qu’on peut retrouver ici ou là, en particulier dans des scénarios de westerns, et que les critiques, tout occupés à regarder ailleurs, ne savent pas voir. Et cela n’est pas forcément surprenant : on voit un film en fonction de sa propre histoire. J’ai une formation théâtrale (pratique et théorique), je vois les films à travers ce prisme spécifique. Un médecin, une tireuse à l’arc ou un planteur de betteraves auront eux aussi, du moins je l’espère, leur manière de voir des films. C’est heureux, l’uniformisation du regard, c’est peut-être ça qui tue la « critique ». Parce que personne ne peut y croire.

Parmi ces principes dramaturgiques, on y retrouve par exemple certains utilisés dans le théâtre classique français (lui-même influencé des penseurs de l’Antiquité) : unité de temps, unité d’action, unité d’espace… Cette manière de raconter et de présenter des histoires est assez commune dans le cinéma américain. Sans qu’il y ait pour autant une quelconque influence : ce sont des principes universels qui se retrouvent sous différentes formes dans diverses cultures. Pour ne citer que deux exemples au cinéma adoptant plus ou moins des règles strictes ou détournées de ces trois unités : Point limite zéro et Assaut.

Ainsi La Chevauchée de la vengeance possède une unité d’action assez stricte. On n’ouvre de nouvelles portes ou voies dramatiques que pour présenter les personnages : l’action en quelque sorte les prend en cours de route, à la fin de leur propre parcours, ce qui permet de créer un voile sur un passé à découvrir et fixer un objectif clairement défini qui en retour se devra d’atteindre souvent un but similaire mais légèrement différent qu’attendu. Prendre les personnages à la fin de leur parcours permet aussi de condenser l’action et de se faire croiser différentes trajectoires personnelles en un même lieu propice aux dévoilements : c’est une technique souvent employée par Quentin Tarantino par exemple. Dans un tel système « classique », la parole est essentielle parce qu’elle permet d’évoquer des actions passées sans passer par les images ou le découpage, et de précéder l’action (souvent brutale et radicale dans le western ou chez Tarantino, tragique au théâtre).

Si l’espace se construit autour de trois ou quatre décors naturels (qui forment les longues séquences du film), et si les personnages sont toujours en mouvement, comme dans un road movie ou comme dans une quête initiatique, ils ne font en fait qu’évoluer toujours dans le même espace : ici, un désert parsemé de trois ou quatre oasis, où les humains sont rares, soit limités à des figures menaçantes ne venant pas participer à l’action, soit à des figures amenées très vite à s’intégrer au récit. Autrement dit, il n’y a peu de seconds rôles. C’est un procédé utilisé dans la mythologie grecque, dans le théâtre classique, ou encore, dans un style complètement différent, dans En attendant Godot. Et cela alors que les constructions dramatiques des films américains reposent souvent plus sur un héritage différent : le théâtre élisabéthain par exemple (donc Shakespeare et compagnie) est beaucoup plus fourni en termes de personnages, d’espaces et de temporalités.

L’arbre de Godot

Dernière unité justement : l’unité de temps. L’action se déroule sur à peine deux ou trois jours. Les seules limites temporelles du film sont celles imposées par le sommeil des personnages. Si au théâtre, on structure sa pièce en acte pour pouvoir changer les chandelles au bout d’un certain temps ; au cinéma, la continuité temporelle du récit est par la force des choses avortée par la nuit. Le reste tient en quelques longues séquences glissant sans heurts sur la vague du temps.

Quand on parle d’action d’ailleurs, à part aller d’un endroit à un autre du désert, le film n’est pas tant que ça une suite d’actions ininterrompues, c’est-à-dire avec des événements imprévus, des rebondissements, des rencontres… Au contraire, tout le récit du film tient, et se structure, autour de ses dialogues. Les évolutions et les résolutions de conflits, les objectifs affichés ou cachés, tout cela avance non pas avec l’intrusion d’événements extérieurs (sauf en introduction donc, avec l’apparition de nouveaux personnages), mais à travers des confrontations verbales. À la façon du Crime de l’Orient-Express, de Dix Petits Nègres ou de Douze Hommes en colère. Au lieu d’être enfermés dans une pièce pour en faire jaillir la vérité, les cowboys de La Chevauchée de la vengeance le sont dans le désert. Avec la même finalité. Un classique : le huis-clos dehors. Aussi appelé parfois dans sa variation moderne (pour faire plaisir aux critiques) : road movie.

Bon, les critiques préfèrent « western intelligent et moderne sans psychologie ».

Ah, et si on devait chercher un auteur au film, et si on se donnait, comme ça, fortuitement, mission de suivre une « politique des auteurs » ne visant pas à créditer un seul homme histoire d’afficher une cohérence factice à la politique en question en faisant croire à une patte personnelle dans la moindre série B…, peut-être serions-nous alors bien inspirés de créditer tout autant que Budd Boetticher, son scénariste habituel : Burt Kennedy. Car en plus d’adopter une forme héritée du théâtre ou de la mythologie, Kennedy écrit une structure complexe (tout en se limitant petit bras aux phrases simples) pour créer un passé aux personnages, le révéler au moment opportun, créer les bons rapports de force entre les personnages, faire cogiter ces mêmes personnages, le tout créant ainsi une sorte de psychologie, primaire certes, mais particulièrement photogénique, et ménageant à la fois les moments de tension et ceux plus légers dans lesquels Kennedy fait jouer sa repartie.

Et si ce n’est Kennedy, c’est donc son frère.

Je ne serais pas étonné que Quentin Tarantino apprécie particulièrement le film… On y retrouve pas mal de munitions thématiques ou formelles qu’on l’imagine très bien avoir ramenées à sa « auteur ».

 


 

La Chevauchée de la vengeance, Budd Boetticher 1959 Ride Lonesome | Ranown Pictures Corp.

Duel sans merci / The Duel at Silver Creek, Don Siegel (1952)

Duel sans merci

Note : 3 sur 5.

Duel sans merci

Titre original : The Duel at Silver Creek

Année : 1952

Réalisation : Don Siegel

Avec : Audie Murphy, Faith Domergue, Stephen McNally, Susan Cabot

Malgré quelques trouées dans le scénario, l’histoire tient la route. Pourtant Siegel, s’il est déjà bon au découpage et à la direction d’acteurs pour ce quatrième film, peine à mettre du relief et du cœur dans l’affaire. On est trois ans après l’excellent Ça commence à Vera Cruz, et je ne m’explique pas cette si longue absence à la mise en scène.

Quoi qu’il en soit, on se rend compte ici une nouvelle fois qu’une tête d’affiche, ça peut parfois faire la différence. Siegel a beau être un très bon directeur d’acteurs, tout le monde n’est pas Robert Mitchum, et rares sont les bons acteurs capables de jouer sur différents tableaux et tonalités dans un film. Le charme, l’ironie, l’aisance tranquille, ça ne s’invente parfois pas. Alors si tous les seconds rôles sont comme d’habitude, on pourrait presque dire parfaits, le rôle principal, ainsi que son principal opposant, jouent leur rôle au pied de la lettre, avec le sérieux et la rigueur de deux courtiers en assurances, et ne sont clairement pas à la hauteur pour faire passer cette production à un niveau supérieur. Stephen McNally est un très bon acteur, il a l’autorité qu’il faut pour le rôle, mais aucune fantaisie, aucune prise de risque pour s’écarter à minima des lignes de dialogues ou de la situation, et par conséquent aucun charme, aucune nuance notable dans son jeu.

Le scénario offrait pourtant des pistes à Siegel pour faire de ce shérif un personnage intéressant, et si l’un ou l’autre, réalisateur ou acteur, avaient pris un peu plus le temps d’offrir ces nuances, ou si Siegel avait hérité d’un acteur capable de jouer sur les failles du personnage proposées dans le scénario, ç’aurait vraiment pu donner quelque chose d’intéressant.

On est à la limite du western noir, du moins, c’est ainsi que c’est écrit puisqu’on y retrouve pas mal d’éléments propres aux films policiers de l’époque, à savoir la voix off du détective (ce qu’est un shérif) et une figure américaine d’anti-héros (sur beaucoup de plans, le shérif est crédule, voire aveugle, un effet renforcé par le fait qu’on connaît tout de suite qui sont les coupables recherchés, et que pendant tout le film, il se fait rouler par eux sans le voir, en particulier par la femme fatale et son soi-disant frère, chef de la bande).

Ce qui brouille peut-être les pistes, ce sont les deux rôles beaucoup plus affiliés aux stéréotypes du western : le jeune à la gâchette facile cherchant à se venger des brutes qui ont tué son père et la jeune fille à papa amoureuse du vieux héros et habile, elle aussi, de la gâchette (un modèle de la femme républicaine : une main sur le fusil, une autre sur le rouleau à pâtisserie). L’opposition était pourtant intéressante entre le jeune blanc-bec qui se révèle vite à la fois plus intelligent (ou lucide) que son patron et plus habile (le shérif a été blessé à l’épaule et cherche à cacher qu’il ne peut correctement tirer : c’est cette faille qui est mal exploitée par Siegel), et peut-être que Siegel n’a pas compris cet aspect du scénario et a préféré jouer sur le charisme mou de son acteur principal, allez savoir. On le verra souvent diriger par la suite de grandes carcasses à contre-emploi, et c’était sans doute ce qu’il fallait ici. Même John Wayne, avec sa nonchalance légendaire, aurait suffi pour en imposer dans ce personnage et jouer en quelques notes immédiates et compréhensibles la faille qui était celle de ce shérif. Même si, à y réfléchir de plus près, on imagine mal John Wayne accepter de jouer un personnage aussi naïf et trimbalé autant par ses ennemis… Alors, mettons… Gary Cooper, plus adéquate, certes, plus antihéros, le Gary Cooper du Train sifflera trois fois, tourné la même année, et qui est un western qui prend beaucoup plus son temps que celui-ci (c’est le moins qu’on puisse dire, preuve s’il en est, que le rythme, la concision, ce n’est pas toujours ce qu’il y a de mieux, même dans un western — ce qui deviendra une évidence avec les westerns spaghettis).

 


Duel sans merci, The Duel at Silver Creek, Don Siegel 1952 | Universal international 

Sur La Saveur des goûts amers :

Les 365 westerns avoir avant de tomber de sa selle

Liens externes :


Terror in a Texas Town, Joseph H. Lewis (1958)

Terreur au Texas

Terror in a Texas Town Année : 1958

4/10 IMDb
Réalisation : Joseph H. Lewis Avec : Sterling Hayden, Sebastian Cabot, Carol Kelly Sur La Saveur des goûts amers : Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Il suffit parfois de voir un très mauvais film pour prendre conscience de la difficulté d’en réaliser un.

En dehors du scénario (Dalton Trumbo à l’écriture — incognito, listé oblige, il est crédité en Ben L. Perry —, avec cette amusante et symbolique histoire de harpon : arme et image inattendue d’un type de pionniers bien réels dont on parle assez peu dans le mythe de Far West), rien ne marche :

  • aucun rythme : c’est outrageusement lent, et pas une lenteur pour instaurer une atmosphère, c’est lent parce que la direction d’acteurs est inexistante, et parce que les acteurs semblent presque attendre des indications pour qu’on vienne les sauver ou parce qu’ils attendent qu’on leur souffle leurs répliques.

  • une caméra posée façon TV, apathique, incapable de saisir les évolutions dramatiques à l’intérieur d’une scène (faut dire que sans un réel metteur en scène pour guider les acteurs et souligner ces avancées, ça n’aide pas non plus), si bien que tout est joué avec la même intensité (le tueur à gages est particulièrement mauvais à jouer toujours « en dessous » des autres), la même humeur.

En revanche, c’est amusant, on retrouve certaines des bonnes idées dans cette histoire qui feront le succès de Il était une fois dans l’Ouest : le riche propriétaire, l’homme de main qui assassine froidement le pauvre propriétaire assis sur « une mine d’or », l’enfant face au tueur, la putain blasée mais ferrée aux pieds du tueur… Je suis pas sûr que le harpon ait pu faire plus recette que l’harmonica en revanche.



Stars in my Crown, Jacques Tourneur (1950)

Stars in my Crown

Stars in my Crown
Année : 1950

Réalisation :

Jacques Tourneur

Avec :

Joel McCrea
Ellen Drew
Dean Stockwell

8/10 IMDb iCM

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Listes sur IMDb :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite westerns

No-western sans arme ou presque (ça commence par un coup d’éclat du pasteur pour s’intégrer à la communauté). L’accent est porté sur les relations entre les différents protagonistes et notamment l’opposition entre le jeune médecin athée et le pasteur. Celle-ci tourne très largement à l’avantage du dernier, mais assez curieusement, on échappe aux bondieuseries grossières. Au-delà de son penchant pour la religion, cette histoire parle surtout très bien de morale et de justice.

Aspect noir très appréciable avec utilisation notable d’une voix off et d’un noir et blanc très contrasté. Sublime reconstitution de l’Ouest également, avec un design soigné pour les intérieurs, loin des pétards de cow-boys ou des saloons faisant tomber pas mal de films du genre dans le folklore. L’autre Ouest, le plus intéressant, pas celui des mythes de la gâchette, mais du développement de la civilisation sur de nouvelles terres.

La version western du Journal d’un curé de campagne.


Le juge Thorne fait sa loi, Tourneur (1955)

Stranger on Horseback

Stranger on Horseback
Année : 1955

Réalisation :

Jacques Tourneur

Avec :

Joel McCrea
Miroslava
Kevin McCarthy

8/10 IMDb iCM

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Listes sur IMDb :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite westerns

Même veine que Stars in my Crown, le juge itinérant remplaçant celui du pasteur.

L’atmosphère presque bressonnienne, sans musique, sans éclats, au rythme de traînard, fait particulièrement plaisir avant que Tourneur fasse appel aux violons, et sans que cela jure avec ce qui précède d’ailleurs.

La chute et la mort du père de la témoin est ratée, faute peut-être de matériel, ou par bienséance (montrer un cheval tomber d’un ravin, c’est pas top). Quoi qu’il en soit, même sans montrer la scène en détail, la réaction de la fille est mal amenée voire absente. Le twist presque littéral du juge à la fin est aussi assez mal mené, avec une sorte de ruse de sioux prépubère pour surprendre ses ennemis… Tout ce qui précède est bien construit. Le film peine toutefois à reproduire l’enthousiasme final de Stars in my Crown.


L’Or et l’Amour, Jacques Tourneur (1956)

L’Or et l’Amour

Great Day in the Morning Année : 1956

6/10 IMDb

Réalisation :

Jacques Tourneur

Avec :

Virginia Mayo, Robert Stack, Ruth Roman

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Je ne peux pas saquer Robert Stack (j’ai l’impression de le voir bourré dans chacun de ses films et il m’est prodigieusement antipathique, ça doit être physique, il y a un air faux-cul qui rend mal à l’aise chez lui, l’impression qu’il va te faire une couille par-derrière), Raymond Burr est étrangement mauvais (jamais eu le souvenir qu’il était si mauvais acteur mais quand on finit à la téloche y a peut-être bien une raison — enfin… finir… Raymond Burr, c’est LA télévision — et toute ma jeunesse…).

Le scénario a des aspects intéressants, surtout les passages polygames-bicolores (la blonde, la brune) et l’adoption du morveux habituel. Tout le reste est chiant, je préfère l’amour à l’or, et on n’a malheureusement pas le choix, faut se coltiner les deux. Pis la fin est moisie, au lieu de finir avec l’une ou l’autre (la blonde ou la brune), on se paie un finale avec le prétendant unioniste. « Tu voudrais pas ma gourde ? — Mais j’en ai jamais voulu de ta blonde… — Non, mais je te parle de ma gourde, t’aurais moins soif. — Ah, merci, t’es un mec sympa, et tu me laisses partir en plus ?! — Bah, je suis unioniste, et je croyais être cocu mais comme tu dis que tu ne veux pas de ma gourde… — Je vois qu’on se comprend entre hommes. » La scène d’amour finale la moins bandante depuis des lustres.


Wild and Woolly, Douglas Fairbanks, John Emerson (1917)

Arizona, me voilà !

Note : 4 sur 5.

Wild and Woolly

Année : 1917

Réalisation : John Emerson

Avec : Douglas Fairbanks, Eileen Percy, Sam De Grasse

Quel bonheur de voir Fairbanks s’agiter dans tous les sens. On retrouve le même principe dans ses films de 1917 : Douglas est un grand naïf rêvant d’un hier meilleur, et patatras il se trouve projeté dans son rêve.

Fairbanks vit à NY et est le fils d’un riche entrepreneur. Son rêve, c’est le Far West. Il en est tellement gaga qu’il passe son temps dans son bureau à chevaucher un cheval mécanique (le dimanche le jeune homme en chevauche un vrai à Central Park), s’habille à la cow-boy, joue au lasso et fait tournicoter ses six coups (une séquence le présente avec un joli travelling arrière pour le montrer au milieu d’un environnement typique jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il est dans son bureau — travelling arrière pour provoquer un effet comique, chapeau). On pourrait en rire, sauf qu’on sait que tout naïf qu’il est, le Douglas est un acrobate hors pair et un dérangé du ciboulot qui lui fera faire les pires bêtises.

Son père flaire un bon coup en Arizona et souhaite y envoyer son petit sur place, histoire de tâter le terrain. Douglas Fairbanks est euphorique, mais il ne se doute pas encore que pour l’amadouer les gens du coin joueront à fond la carte du Far West. On est en 1917, et c’est une des qualités du film : il énumère tous les clichés circulant déjà dans le cinéma à propos de l’Ouest sauvage. Les habits folkloriques, les armes, la rudesse des relations, le tabac à mâcher ou à rouler, le petit sac à ficelle qu’on mord avec les lèvres le temps de se rouler la clope, les Indiens, les crapules intéressées par le butin transporté dans un train, les gobelets en fer… Tout est prévu en Arizona pour faire plaisir au jeune homme jusqu’à ce que Sam de Grasse, opposant idéal de Douglas, décide de faire capoter la fête. Les villageois avouent à Douglas Fairbanks que c’était un jeu pour lui faire plaisir mais que celui-ci a visiblement mal tourné. Le grand naïf se mue en héros de l’Ouest, s’en va sauver sa belle, et châtier les méchants.

Alors si le sujet vaut déjà de l’or, les pirouettes électriques de Fairbanks sont fabuleuses, et la mise en scène tout en montage alterné frénétique est impressionnante.