
Le Ninja du vent
Titre original : Kaze no bushi / 風の武士
Année : 1964
Réalisation : Tai Katô
Avec : Hashizô Ôkawa, Hiroko Sakuramachi, Naoko Kubo.
Du roman de gare comme on les aime. Le début tarde à se mettre en route : je ne me satisfais jamais autant que lorsque les personnages vagabondent, se traquent, se suivent à la trace, partent en quête, en itinérance… Ici, ça pioche, ça trépigne, ça tourne en rond avant de prendre enfin la poudre d’escampette (indispensable aux ninjas).
Cette aventure un peu tirée par les cheveux trouve ensuite un savoureux mélange entre La Forteresse cachée (une princesse qui doit revenir sur ses terres, un village isolé du shogunat qui pourrait tout aussi bien être les cités d’or de la série du même nom) et Le Sabre de la bête (recherche d’une mine d’or, la carte au trésor, les montagnes). Jeu de dupes garanti. Avec double ration s’il vous plaît (mission qui ne dit pas son nom, les traîtres qui se retournent tant de fois que l’on a renoncé à comprendre qui jouent les méchants).
Les dix dernières minutes fondent délicieusement en bouche. Durant tout le film, Katô se moque bien des acrobaties et des confrontations au sabre ou au shaken (au point de sombrer gentiment, et furtivement, dans des délires peu crédibles : marche sur les murs, accélérés). Même si l’on n’échappe pas au catalogue habituel des techniques du ninja, le réalisateur s’attarde surtout sur les rapports humains et en particulier amoureux. Le héros croise bien trois personnages féminins. Coureur et oisif, il se trouve même confronté au début à deux d’entre elles dans une séquence amusante. Une première fois, Katô joue de la sensibilité et de la lenteur en marquant le départ du héros. Elle qui l’aime le regarde partir en espérant de lui un dernier geste. C’est mignon et triste comme tout. Et l’ingrat file vers l’aventure (et son véritable amour) sans lui donner ce qu’elle attend.
Le ninja parti en mission croise alors un autre personnage féminin élevé par l’espion chargé de le suivre et de le surveiller. La jeune ninjaiko (?) est attachante (prise très tôt en formation par le « chat », elle rêve manifestement de se trouver un autre homme), mais à une ou deux reprises la relation capote faute d’avoir compris parfaitement les enjeux de la scène (c’est le travail de Katô de s’assurer que les acteurs rendent la logique de la situation au mieux).
Ce n’est pas plus mal : honneur aux princesses. Dans les romans de gare, pas de chichi, les prolétaires peuvent finir zigouillés comme des malpropres sans « jeter le moindre regard pour eux », le spectateur (lui-même simple roturier) n’a d’yeux que pour les personnages finement costumés et aux titres ronflants. Son menton prognathe et ses yeux vitreux n’y changent rien : c’est la princesse, et parce qu’elle a de l’allure, on lui courrait bien après aussi. Les sous-titres, bien puritains, ont sauté à un moment délicat : son chaperon à l’air rustre dévoile son palanquin vide au héros qui blêmit… Morte ? Disparue ? Suspense… Après vingt minutes de rafistolage, on aura le fin mot de l’histoire : déflorée ! (Toute la salle a poussé un grand « ah » de consternation feinte comme dans un film des frères Zucker.)
Que vaudraient mes petits commentaires sans déflorer un tant soit peu l’histoire, hein ?
Bref, aux futurs spectateurs putatifs, rassurez-vous : sa chasteté reste intacte. Mais pour combien de temps ?
Après moult péripéties, héros et princesse se retrouvent dans un final en apothéose. Action ralentie au maximum, retournement lacrymal, mot d’excuse au directeur, jolis mouvements de caméra…
C’est loin d’être un grand film, mais c’est fort sympathique. Surtout pour le côté résolument populaire, voire mélodramatique. L’acteur principal manque peut-être de charisme, mais allez en trouver un capable à la fois d’être drôle et séduisant… Tout le monde n’est pas Tatsuya Nakadai (qui n’avait pas d’ailleurs la carrure pour se glisser dans le costume d’un ninja).
Loin d’être convaincu également par certaines lumières fades d’extérieurs tournés en studio au début du film et plus généralement par certaines teintures claires ou trop bigarrées. On n’en arrive pas à certaines couleurs des films des années 50 (ou d’Inagaki), mais à ce compte, peut-être aurait-il été préférable de tourner en noir et blanc. Le vétéran Kô Matsui était à la manette (l’art director peut aussi être mis en cause). Katô réalisera des films bien mieux éclairés. Dans mon souvenir, c’est en partie grâce à quelques-uns de ses films que j’avais imaginé le qualificatif « opusculaires ». La Pivoine rouge par exemple était en partie éclairé par Osamu Furuya (je découvre qu’il sera pour son dernier film chef opérateur sur le minimaliste et excellent Okaeri) et Blood of Revenge, qui sortira l’année suivante, sera mis en lumière par un Motoya Washio, directeur de la photographie par ailleurs de nombreuses perles en couleurs : un épisode de La Pivoine, Yagyu bugeicho: Jubei Ansatsu-ken et la doublette Female Yakuza Tale/Sex & Fury qui mettait en scène Reiko Ike.
On ne peut pas disposer d’une équipe de rêve pour chaque film…
« Je t’offre une princesse, camarade, de quoi te plains-tu ? »
… Un peu de pivoine rouge, je dirais pas non…
« Immaculée, je te dis ! »
… Justement. Trop. Je préfère les teintes chaudes, ténébreuses aux lumières blafardes. Je citais les Shaw Brothers la dernière fois… Les plateaux en intérieurs inondés de lumières tout en faisant croire à des extérieurs, peu pour moi.
« T’es dur. Une bonne partie du film est tournée en extérieur. Des séquences de nuit comme tu les aimes. De la profondeur de champ, des visages en gros plans à la Leone… »
Peut-être. Mais ça manque de constance. Laisse-moi préférer mes opusculaires. Et espérer voir Katô mieux accompagné par la suite.
Le Ninja du vent, Tai Katô 1964 Kaze no bushi 風の武士 | Toei Company
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Année : 1964





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