À bout portant / The Killers, Don Siegel (1964)

À bout portant

The KillersAnnée : 1964

Vu le : 16 mars 2019

6/10 IMDb

 

Réalisation :

Don Siegel


Avec :

Lee Marvin, Angie Dickinson, John Cassavetes

Sac de flashbacks colorés au goût acidulé fêtant joyeusement la mort de chacun des personnages. Seuls les seconds couteaux ont la vie sauve.

L’allure des killers et leur attitude pourraient faire penser à Tarantino, mais on est clairement encore dans le film noir, avec la couleur pour lui refaire un semblant de beauté. On ne dirait pas qu’on est en 1964.

Aucune psychologie, de la musique pour la remplacer, des post-synchronisations, des transparences ridicules en voiture, et en prime Ronald Reagan, piètre acteur ayant étrangement plus la carrure d’un homme politique qu’un escroc (on change un escroc pour un autre, le tout est de trouver sa vocation), et qu’on retrouve ici brièvement travesti en policier de la circulation.

Avec des flashbacks aussi longs, aucune chance de s’identifier comme il faut aux deux personnages de tueurs principaux. Si bien que quand l’un des deux meurt, on ne s’y attarde pas et on s’en moque. Pas bon signe. Mais on amorce aussi par là la fin des impératifs moraux du code et sur lesquels Siegel ne cessera par la suite d’appuyer jusqu’à Dirty Harry (à la même époque et avec le même principe — mise en scène de personnages qu’on ne cherche pas à rendre moralement “bons” —, c’est le western spaghetti qui redonnera un peu de souffle à un autre genre sur le déclin).

On retrouvera le même duo (Lee Marvin et Angie Dickinson) quelques années plus tard dans Le Point de non-retour de John Boorman.

Les Fusils, Ruy Guerra (1964)

Os Fuzis

Os FuzisAnnée : 1964

Vu le : 26 mai 2018

6/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Ruy Guerra


Cent ans de cinéma Télérama

Western révolutionnaire (ou qui incite à l’être) qui commence comme du Glauber Rocha et qui s’achève en Sam Peckinpah.

À ma grande honte, je dois avouer que quand un fusil manque à l’appel, on s’ennuie un peu. Tous les passages poético-symboliques à la Rocha me laissent de marbre, jusqu’à l’étrange séquence finale, et probablement allégorique, du bœuf sacré vite charcuté par la population affamée. Tandis qu’une séquence avec un fusil, c’est simple à comprendre comme dans un film de cow-boys. L’allégorie y est alors plus simple : la lutte de pouvoir selon de quel côté du canon du fusil on se trouve.

Un fusil = la loi. Pas de fusil = pas de chocolat. (Si j’ai tout compris.)

Trois séquences de “fusils” sortent du lot. Celle dans le bar où les soldats font la leçon aux paysans avant que le camionneur n’arrive et fasse la leçon aux soldats. Celle du meurtre par accident mais à l’insu de son plein gré rappelant la violence niaise de la chasse au kangourou dans Réveil dans la terreur. Et celle du retournement final quand le camionneur lance la révolution à son échelle, et son suicide, en s’emparant d’un fusil et s’attaquant aux soldats après avoir vu un paysan résigné à la mort de sa gamine affamée… Tout le film, et le rapport au titre, se trouve dans ces trois séquences. Le reste est soit accessoire soit pénible et long à se mettre en place.

Passion, Yasuzô Masumura (1964)

Passion

ManjiAnnée : 1964

Vu en avril 2012

Revu le : 23 janvier 2018

9/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Yasuzô Masumura


Avec :

Ayako Wakao, Kyôko Kishida, Eiji Funakoshi


— TOP FILMS

Listes :

Limguela top films

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Limeko – Japanese films

Un Grand Sommeil psychologique avec des rebondissements si multiples qu’on finit avec Masumura par en rire… Le film est parfois si drôle, dans le genre de la satire italienne presque, qu’on croit voir par moment Eiji Funakoshi se muer en Vittorio Gassman ou tout du moins en adopter certaines mimiques (Vittorio joue très bien les gueules d’ahuri, les faux-culs).

Voilà un gros et joli supermarché de dupes où chacun, à force de jouer tour à tour les manipulateurs ou les victimes, se demande en permanence où le traquenard psychologique se finira et qui manipulera l’autre en dernier. La saveur des huis clos en somme dans une sorte de carré amoureux troublant et fascinant. Très bavard certes, avec des enjeux quelque peu tortueux, mais comme dans le Grand Sommeil, il faut finir par ne plus chercher à comprendre qui tire les ficelles, et en rire. Le génie de Masumura est là d’ailleurs, parce qu’il tend vers la farce au lieu de plonger dans l’intellectualisme ou le drame ton sur ton. Parce que tout cela devient en effet absurde, et ce n’est plus qu’un jeu où la cohérence psychologique n’est plus de mise.

À noter aussi l’utilisation exceptionnelle de la musique. Masumura sait exactement quand faire entrer en scène les quelques notes lancinantes qui sauront parfaitement illustrer ce que beaucoup de chefs-d’œuvre ont à ce niveau en commun : l’impression d’inéluctabilité, d’un destin qui s’opère quoi que les personnages puissent faire et entreprendre. La tragédie avait cela en commun avec les bons thrillers usant de suspense, c’est que le public, et souvent les personnages mêmes, sait déjà comment ils vont finir. Ils redoutent la mort, suspectent continuellement de se faire tromper, et c’est la musique qui vient insidieusement réveiller ces doutes. Toujours la même musique, parce qu’elle n’exprime qu’une seule chose : la suspicion.

Comme il est bon souvent de revoir certains films.

Les Cent Cavaliers, Vittorio Cottafavi (1964)

Les Cent Cavaliers

I cento cavalieriAnnée : 1964

Réalisation :

Vittorio Cottafavi

7/10 lien imdb
Liste externe iCM :

Il Grande Cinema Italiano's icon Il Grande Cinema Italiano

Vu le : 13 juillet 2017

 

Ah, épicaresque qu’il disait Jean-François Rauger selon la définition même de Cottafavi. C’est tout à fait ça. Il y a notamment un personnage mélange improbable de Don Quichotte et de Matamore. Épique au sens brechtien donc, mais c’est peut-être aussi l’un des défauts et une des probables explications de l’échec du film : aucune possibilité de s’attacher à un personnage central, c’est une sorte de fourre-tout altmanien qui tire dans tous les sens. L’épique brechtien, si je me rappelle de mes vieux cours, ça vise surtout par la distanciation à favoriser l’analyse de la “fable”, la compréhension d’une “morale” derrière les simples enjeux dramatiques. Et là, pour le coup, c’est parfaitement réussi. Parce que si on se fout pas mal du devenir de tel ou tel personnage, des enjeux stratégiques, politiques, historiques, chaque scène recèle des trésors d’inventivité pour se moquer de la guerre et de ceux qui y prennent part. On se tromperait à ne voir là qu’une farce “picaresque” (de mémoire il y a un petit côté La Grande Guerre avec Sordi et Gassman, mais à cette époque de toute façon la satire en Italie est partout et souvent bien exécutée) parce qu’on rit certes beaucoup mais la satire est fabuleuse.

La mort frappe trois fois (Dead Ringer), Paul Henreid (1964)

Dead RingerAnnée : 1964

Réalisation :

Paul Henreid

7/10  lien imdb
Listes :

MyMovies: A-C+

Avec : Bette Davis, Karl Malden, Peter Lawford

Vu le : 17 décembre 2016

Belle surprise. Présenté comme un bis, le film l’est sans doute un peu une bonne partie du film “grâce” à la grosse ficelle censée nous empaqueter le morceau d’une traite (en clair, le point de départ du film, celui de voir la jumelle prendre la place de sa sœur, est très vite expédié).

Pourtant, plus on avance dans le film, plus on oublie ce point de départ grotesque. Bette Davis se révèle très sobre dans son interprétation, il faut dire qu’elle est particulièrement bien entourée (Karl Malden, pour ne citer que lui, qu’on pourrait difficilement faire passer pour un acteur de série B). Surtout, les détours par lesquels on va nous faire passer sont très bien menés. L’astuce tient sans doute ici au fait que ces révélations sont liées à des événements passés et aux rapports troubles qu’entretenait la jumelle avec son mari (et avec d’autres). L’arroseur arrosé. L’arrivée dans le dernier tiers du gigolo de service, joué magistralement par Peter Lawford, est une joyeuse boîte de Pandore qui relance parfaitement le film. Les interrogations et choix à la fin auxquels certains personnages doivent faire face n’ont aussi rien à voir avec un film de série B. On reste bien dans la continuité de nombreux thrillers psychologiques des meilleures années de Hollywood.

Je ne répéterai jamais assez combien il n’y a jamais mieux qu’un acteur pour mettre en scène d’autres acteurs. En voilà une nouvelle preuve ici. Paul Henreid, parmi d’autres talents, était acteur, avait tourné notamment dans Casablanca et avait été le partenaire de Bette Davis dans Now, Voyager tourné vingt ans plus tôt. Comme beaucoup d’artiste austro-hongrois de l’entre deux-guerres, il a travaillé un temps avec Max Reinhardt.


(Je cite Paul Henreid dans mon billet consacré au Hollywood Rush.)

La Meurtrière diabolique, William Castle (1964)

Slash ménopause

Strait Jacket

Année : 1964

Réalisation :

William Castle

5/10  lien imdb

Vu le : 17 décembre 2016

Sobrement titré Strait Jacket (camisole de force, en gaulois transposé), cette curiosité révèle quelques moments d’anthologie grotesques. Le plus souvent, il faut bien le dire, on se demande si tous ces excès (ou le ridicule croissant qui en découle) sont volontaires, ou juste le signe d’une déviance tarabiscotée propre à ces années 60 que la cinémathèque dans sa rétro qualifie de “décadentes”.

Si le revirement attendu est tout ce qu’il y a de plus conventionnel (dans le genre « thriller psychologique », à quelques années de Psychose), les excès se cachent dans les détails. Il faut voir Joan Crawford dans la scène où elle drague le fiancé de sa fille… Difficile de croire que toutes ces œillades grotesques ne soient pas volontaires. Autre grand moment, quand la même Crawford peine à faire craquer une allumette face à son psychiatre lui faisant une petite visite “amicale”, et qui ne trouve rien de mieux que de l’allumer en la craquant sur un disque microsillon en pleine vocifération (oui, il y a une forme de génie, dans les excès du grotesque). Les réflexions du père du fiancé face à sa mégère de femme sont aussi splendides (le brave bonhomme, comme les autres, verra sa tête tranchée à la hache comme dans tout bon slasher qui se respecte).

C’est vilain, c’est grotesque, on ose même plus faire des films comme ça aujourd’hui (on ferait plus des séries Z avec le sérieux d’une série A, alors qu’ici c’est une série A se prenant autant au sérieux que les pires séries Z des années 30 ou 40). Mais ça se regarde avec plaisir parce que ça ne se prend jamais au sérieux.

Black Sun, Koreyoshi Kurahara (1964)

Le geste et la parole

Kuroi taiyôKuroi taiyo, Black Sun, Koreyoshi Kurahara [1964]Année : 1964

Vu le : 16 septembre 2015

Note : 5

Liens :

IMDb link 6,8  icheckmovies.com TVK

 

Réalisation :

Koreyoshi Kurahara

Avec :

Tamio Kawachi
Chico Roland
Yuko Chishiro

Film plutôt médiocre où un Noir américain, déserteur de la MP, est caché à Tokyo par un Japonais amoureux de jazz et ne parlant pas un mot d’anglais.

Le seul intérêt dans toute cette histoire, c’est la mise en scène des incompréhensions, de la méfiance naturelle de l’étranger, des préjugés raciaux. C’est du mokusatsu à tous les étages. Mokusatsu est le terme ambigu employé par le Premier Ministre japonais pour répondre à la demande de capitulation des Américains ; une ambiguïté volontaire ou non qui fut interprété comme une fin de non-recevoir et qui provoqua le largage des deux bombes atomiques. Les traductions littérales sont impossibles et on peut peiner à faire comprendre un contexte ou un état d’esprit à travers une langue. Mais quand on ne dispose même pas d’une traduction, l’incompréhension est encore plus grande. Toute tentative d’échanges se transforme en un dialogue de sourd. Et cette incommunicabilité se résume en une seule image, une seule situation : l’un a une balle dans le pied et tient l’autre en joug. Méfiant, comme quand deux bêtes sauvages dont l’une est blessée, ils ne savent pas comment appréhender l’autre. Pourtant, le Japonais se montre d’abord (puisqu’on dispose de son point de vue) fasciné par la vision d’un Noir débarqué dans son squat. Mais il finit par le traiter d’esclave quand il comprend que cet étrange Noir ne correspond pas à l’image qu’il s’était faite de gens de sa couleur. Pour preuve : il en a rien à faire du jazz.

Il faudra attendre que l’un enlève la balle que l’autre a dans le pied pour qu’ils fassent ami-ami. Les mots ne sont rien et ne propage que des faux-semblants, quand les actes sont tout. Au cinéma comme ailleurs, la seule langue universelle, c’est l’action.

Le film en dehors de ça ne tient pas la route, mais ça illustre pas mal l’incommunicabilité entre les hommes, et pas seulement à cause de la langue. Dans le mokusatsu, c’est moins l’erreur de traduction qui est à l’origine des deux bombes que le prétexte d’une possible méprise qu’on sait pouvoir avancer après coup comme excuse pour justifier de ses actes. Un épouvantail de l’histoire. Il n’y a pire méprise que quand elle est volontaire. On pourra toujours se réfugier derrière elle. Autrement dit, les apparences, même quand on sait ne pas en être victime, on sait les garder comme prétexte à des justifications futures. Beaucoup de la méfiance qu’on se porte les uns et les autres repose sur cette seule possibilité, voilà pourquoi, blessés, on préférera toujours tenir en joug celui qui offre une image apparemment amicale.

Quand le « dit » se transforme en « geste » fatal. L’éternel problème de la langue qui même quand deux locuteurs sont censés la partager ne font jamais que prétendre se comprendre quand ça les arrange, et ne plus se comprendre quand ça ne les arrange plus. On pourrait oser un raccourci spatio-odysséèsque : de l’épouillage comme geste symbolique de l’acceptation de l’autre, on passe à un Japonais épouillant la balle plantée dans la jambe d’un Noir américain comme geste symbolisant la transcendance du “mot”. L’épouillage comme preuve irréfutable de l’intérêt porté à l’autre. Épouillons-nous en silence, mes frères.

Un mot sur le réalisateur, Koreyoshi Kurahara. Un sombre inconnu pourrais-je dire, certains de ses films sont bien meilleurs que celui-ci. Héritage du film noir et une actrice souvent complice de ses films, la magnifique Ruriko Asaoka, notamment dans Thirst of Love. Il faut retenir pour l’instant l’excellent thriller Intimidation.