Les Parents terribles, Jean Cocteau (1948)

Les Parents terribles

Les Parents terriblesAnnée : 1948

Vu le : 6 décembre 2018

8/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Jean Cocteau


Avec :

Jean Marais, Gabrielle Dorziat, Josette Day, Yvonne de Bray


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Il y en a encore qui utilise l’adjectif théâtral comme péjoratif (sans y être probablement jamais allé au théâtre), quand on n’aurait pas idée de dire d’une adaptation de roman qu’elle est romanesque… Qu’est-ce que le cinéma ? (Bazin ©) Faire un gros plan de « Sophie » quand son fils tombe dans les bras de sa Madeleine chérie. Au cinéma, on monte, on découpe, on choisit. Même dans un espace grand comme un dé à coudre, c’est le hors-champ qu’il faut faire exister. Parce que certes, c’est très bavard, mais le découpage de Cocteau est remarquable (nombre de raccords dans le mouvement, de panoramiques ou de travellings d’accompagnement, très importants, sans qu’on voit quoi que ce soit ; le bonhomme fait même des plongées, bien avant que certains voient Scorsese l’utiliser pour la première fois en criant au génie).

Au-delà de ça, le nœud tendu par Cocteau au milieu de ses personnages, sorte de mélodrame vaudevillesque tournant à la tragédie (et finissant au fond comme un Cocteau, par une morale certes élégante mais un peu chiante), c’est tout de même quelque chose. Et toujours cette idée qu’on retrouve souvent chez lui autour de la question du mensonge (j’aime la vérité, mais la vérité ne m’aime pas, etc.) : le plus réussi ici étant que Madeleine est peut-être la seule à se refuser au mensonge, et qu’elle s’y trouve prise malgré elle. La moralité d’ailleurs de la vérité absolue dans laquelle toutes les vérités se font face n’est pas celle de Cocteau. On peut ne pas être d’accord, mais il est au moins fidèle à la sienne de morale. La vieille crève et un autre amour peut maintenant commencer, pour que les roues de la charrette de l’amour continuent de tourner…

Berlin Express, Jacques Tourneur (1948)

Berlin Express

Berlin ExpressAnnée : 1948

6/10 IMDb

 

Réalisation :

Jacques Tourneur


Avec :

Merle Oberon, Robert Ryan, Charles Korvin


Vu le : 9 septembre 2017

Film noir avec un coup de rouge dans le nez faisant semblant d’agiter le drapeau blanc pour mieux moucher l’ennemi.

Le film a à la limite peut-être plus d’intérêt documentaire et historique en décrivant la situation géopolitique dans l’Allemagne occupée. Pour ce qui est de l’intrigue, on sent que c’est fignolé par des pros mais rien ne pourra rien changer aux quelques invraisemblances qui enlèvent à chaque fois le crédit qu’on serait prêt à refiler au film. Les références, ou les influences, sont aussi trop évidentes, et à force de les multiplier sans jamais aller au bout de l’idée, le film n’a aucune tenue.

Film de train ? pas trop, au bout de vingt minutes, on se retrouve dans la ville en quête du disparu (Charles McGraw, qui jouera plus tard dans L’Énigme du Chicago Express, y tient d’ailleurs un rôle minuscule). Enquête autour d’un personnage disparu et énigmatique ? même pas, le pot aux roses est livré en express, et ça tue tout le mystère. Film noir ? Tourneur fait le job, c’est certain, mais de là à appeler ça un film noir… Film d’espionnage ? non plus ; certes les méchants sont des Allemands cachés dans l’ombre qui rêvent de poursuivre la guerre…, mais on n’y croit pas une seconde et leur boss manque d’être un personnage suffisamment charismatique pour foutre vraiment les pétoches ou le trouver véritablement dangereux. Les retournements sont ridicules (l’un des derniers est risible : pendant que le petit comité de l’alliance amicale chargée de protéger leur ami grand professeur sur la paix disserte sur les soupçons qui pèsent sur l’un d’entre eux, ils laissent justement ce type seul avec le professeur… ; quoi que le passage de l’espion clown suivi par son clown authentique est lui aussi bien tordant).

Le casting était pourtant fabuleux.

(La fin est merveilleusement naïve. « Allez le rouge, on fait ami-ami, finalement. Nous, c’est la paix qu’on veut, et on a gagné la guerre ensemble. »)

Quelque part en Europe, Géza von Radványi (1948)

Les Marseillais

Valahol Európában

Année : 1948

Réalisation :

Géza von Radványi

6/10 lien imdb
Liste :

 

 

Vu le : 16 juin 2017

Assez décevant pour un classique hongrois. C’est assez peu subtil, avec une musique particulièrement agaçante et envahissante, censée orienter le récit.

On enfonce pas mal les portes ouvertes : les sauvageons ne font que se défendre face à la cruauté de la guerre nazie, et d’ailleurs, qui c’est qui l’a fait la guerre… sinon les adultes ? (…)

Bel hommage en tout cas à la Marseillaise. C’est une habitude au milieu du XXᵉ siècle, on avait déjà vu ça dans un film japonais des années 50 (oui quand même) à la Maison du Japon cette année, et là, je crois avoir jamais vu un aussi bel hommage de ce qui apparaissait encore à cette époque, et pour beaucoup d’étrangers, l’hymne officiel de la liberté. On raconte ainsi merveilleusement bien comment elle serait née et aurait éveillé les cœurs et les consciences (sortons les violons), ou comment elle apparaissait alors comme un langage universel appelant le peuple entier à crier sa soif de liberté… Alors vas-y que je te sifflote la Marseillaise tout au long du film comme un ralliement et pour se donner du courage. Faut arrêter les classes d’instruction civique où on fait la morale aux gosses en cherchant à leur expliquer trop frontalement pourquoi qu’on doit la respecter la Marseillaise (sales mioches)… et leur montrer des films à la place. Y a jamais meilleur compliment que celui qu’on évite de se faire à soi-même et qu’on entend plutôt chez le voisin. De quoi se sentir Français tout à coup. Car La Marseillaise, ça parle bien des rageux qui veulent foutre un doigt à l’autorité. C’est pas en vomissant à la figure de nos petits mioches ou de nos footeux qu’ils sont irrespectueux et qu’ils feraient mieux de rentrer dans le rang, lever la main droite en l’air, le menton haut, et chanter la Marseillaise, qu’ils le feront. Faut que tout ça comprenne que la Marseillaise, c’est ça, un doigt d’honneur à l’autorité…

Bref. Pour voir un bon film pendant la guerre avec des mioches martyrisés mais avec subtilité, émotion, justesse, faut aller du côté de la Pologne et de Certificat de naissance[1].


[1] Certificat de naissance

Une image vivante (Ikiteiru gazô), Yasuki Chiba (1948)

Échecs et matte

Ikiteiru gazô

ikiteiru-gazo-yasuki-chiba-1948Année : 1948

Réalisation :

Yasuki Chiba

7/10 lien imdb TVK   lien iCM
Listes :

Kinema Junpo’s Annual Top 10s

Tadao Sato 300

Avec :

Ureo Egawa
Misae Enomoto
Susumu Fujita
Roppa Furukawa
Ranko Hanai
Chishû Ryû
Vu le : 18 novembre 2016

On pourrait être chez Ozu ou chez Shimizu, avec un petit humour pince-sans-rire, doux amer, et des personnages attendrissants.

C’est très bien construit, on décrit d’abord toute la faune vivant autour du maître peintre, chacun avec leur histoire, leurs objectifs, leurs échecs, et puis le cadre dramatique se resserre autour d’une seule destinée, celle du personnage interprété par Chishû Ryû, looser maître, celui à qui rien n’a jamais réussi, mais qui a toujours gardé foi en son travail. Il est accompagné par son attachante femme (magnifique Ranko Hanai, auquel le présent titre renvoie un peu à celui dans lequel elle apparaissait quelques années plus tôt, Un visage inoubliable, de Naruse) pour qui être passé maître dans l’art de l’échec est en soi un signe de reconnaissance (une marque qui rappelle son propre père).

Cela aurait pu être très bien, malheureusement la fin se perd en effets de mise en scène ridicules, nous obligeant à voir par surimpressions ce que notre imagination aurait très bien pu faire seule.

Le maître est un peu décevant, on sent parfois qu’il ne doit son autorité qu’à travers l’avantage de l’âge, et on se met à rêver d’un film largement en l’honneur des talents reconnus sur le tard, voire posthumes, c’est du moins ce que suggérait la scène avec l’amateur d’art louant les tableaux de l’éternel recalé, Chishû Ryû. Au lieu d’une belle critique de l’autorité créative, on a au final une vision un peu lisse et conventionnelle du monde de l’art. Ce n’était sans doute pas le sujet, mais c’est dommage d’en suggérer l’idée pour aussitôt revenir à la tranquillité d’une mer sans vague.

Le personnage le plus intéressant dans tout ça est probablement le restaurateur, capable de proposer les meilleurs sushis du Japon dans une officine à l’écart de tout, se refusant justement à tout effort particulier en présence de personnalités “importantes”, indécrottable bougon quand il est derrière son comptoir, et qui redevient comme un enfant quand il se plonge dans sa nouvelle passion, la peinture…

L’Enjeu, Frank Capra (1948)

L’Homme de la haute

State of the UnionState of the UnionAnnée : 1948

Vu le : 2 octobre 2016

Note : 6,5

Liens :

lien imdb 7,4 lien iCM

 

Réalisation :

Frank Capra

Avec :

Spencer Tracy
Katharine Hepburn
Van Johnson

Frank Capra peine un peu à faire oublier l’origine théâtrale de cette histoire. De nombreuses séquences traînent en longueur. Même s’il faut reconnaître l’habilité de Capra et de ses interprètes à remplir cet espace immobile…

Capra semble vouloir tenter de reproduire les recettes de ses succès précédents. Manque cependant un aspect important de ces films qui n’apparaît pas ici : l’homme de la rue face aux institutions.

Le personnage de Spencer Tracy est certes sympathique, honnête, mais la marche qui lui reste à faire pour grimper dans l’échelon, se mesurer aux politiques, découvrir leurs magouilles, n’est pas si grande. L’opposition est moins efficace. Sa femme, un peu trop vertueuse aussi.

Le retournement attendu final et commun à presque tous ces films de Capra est peut-être le seul véritable instant de bravoure du film. Il est précédé aussi de la seule scène hilarante, et arrosée, “opposant” le personnage de Katharine Hepburn (femme d’un candidat à l’investiture républicaine) et une femme démocrate habituée à noyer ses soirées de campagne pour le parti républicain de son mari dans l’alcool et la bonne humeur…

Pas essentiel.

The Naked City, Jules Dassin (1948)

Sin City

La Cité sans voiles The Naked City (1948) Jules DassinAnnée : 1948

Vu le : 28 mars 2016

8/10 iCM TVK IMDb

 

Réalisation :

Jules Dassin


Avec :

Barry Fitzgerald, Howard Duff, Dorothy Hart


Listes :

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Noir, noir, noir…

Film noir qui sent bon la réalité. Fini le formalisme des décors en studio, et volonté de s’approcher au plus près du réel, du fait divers, du travail de la police criminelle. La Brigade du suicide l’année précédente donnait déjà cet aspect documentaire au récit, ou encore l’année suivante, toujours Anthony Mann, avec Side Street ; on retrouvera également tout ça dans Follow Me Quietly (scène de poursuite finale identique) ou Union Station (Rudolph Maté, 1950), où on retrouve d’ailleurs la bonne bouille qui sait tout de Barry Fitzgerald. On pourrait aussi relier ça au film de Duvivier qui viendra trois ans après, Sous le ciel de Paris… avec sa volonté de capturer une journée parisienne à travers diverses histoires qui se croisent, ou un peu plus tard dans The Lineup de Siegel (encore un finale qui tourne au chase film, l’essence du cinéma est là). Bref, y a une vraie volonté de réalisme à ce moment, en adoptant des techniques narratives propres au journalisme (procédé qu’en littérature affectionne Lovecraft par exemple). Et cela, que ce soit à Hollywood ou en Europe. On sait que très vite, en Amérique, on agitera le chiffon rouge et mettra tout ça en sourdine avant que Godard et ses potes finissent à bout de souffle et envoient un tsunami traverser l’océan.

Est-ce que les années réellement noires du cinéma hollywoodien, ce n’est pas ça ? Ce refus des années 50 à présenter l’Amérique et le monde dans sa nudité ?… Des réalisateurs comme Kazan, Berry, Losey, Anthony Mann ou Jules Dassin, présentaient non plus une vision « noire » et enfumée de l’underworld, mais résolument réaliste, donc crue, d’un monde pas si souterrain que ça. Le mal, soudain, ce n’était plus l’autre, l’étranger, mais il était partout, et potentiellement en nous. De quoi passer pour des sorcières, des possédés, effectivement. Couvrez ce Dassin que je ne saurais voir.

En dehors de cette particularité, pas tout à fait originale pour l’époque donc, mais significative, l’intrigue est classique, sinon très conventionnelle, et l’inspecteur rappelle, lui, assez facilement Columbo. Une petite dose d’humour bienvenue, là encore, beaucoup plus l’usage en télévision que dans ce qu’on identifie volontiers sous le label film noir (un des scénaristes travaillait d’ailleurs pour la télévision). Des scènes d’intérieur un peu statiques ; c’est le paradoxe de vouloir filmer en décor réel quand les usages ne sont pas bien établis (John Berry en 1951 trouvera plus d’unité à mon avis dans l’utilisation des décors avec Menaces dans la nuit).

C’est amusant de remarquer en tout cas que tout était déjà là, mais que c’est bien plus tard que la même volonté de coller à la rue, au réel, pourra s’exprimer à nouveau (ou en tout cas, avec plus de facilité) avec les cinéastes du nouvel Hollywood. La poursuite finale annonce, peut-être, celle de French Connexion. Chase films, toujours. De l’action, de l’action, de l’action… Que faut-il d’autre ?

Four Faces West, Alfred E. Green (1948)

Four Faces West

Four Faces WestFour_Faces_WestAnnée : 1948

Vu le : 4 février 2016

Réalisation :

Alfred E. Green

8,5/10  lien imdb

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Lim’s favorite westerns

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Excellent western sans prétentions. Pas de grands moyens, ni de grands effets, mais un ton juste et une moralité à toute épreuve. Un de ces anti-westerns où les coups de feu sont rares (aucun n’est tiré ici et on ne manque jamais de le rappeler, subtilement, dans le film) et où les hommes sortent grandis.

Tout cela, la même année que le Moonrise[1] de Borzage, où un personnage allait de la même manière se laisser convaincre de se rendre, et où la justice, la loi, l’ordre, sont rendus par des hommes justes. Un peu d’espérance, et de naïveté, ça aide à montrer la voie. « Ici est passé Ross McEwan », qu’on peut lire sur la roche. Oui, il était bien le seul.

L’actrice principale, Frances Dee, est formidable, ainsi que Joel McCrea comme d’habitude (ces deux-là seront mariés très longtemps), mais aussi tous les autres acteurs de la distribution. Les fausses pistes sont parfaitement menées comme dans un bon petit film noir (un côté The Narrow Margin au début, lors d’une séquence dans un train) et les partis pris sont sans détours. Larmoyant, naïf, idiot, moralisateur, diront certains. Non, simple et juste.

Un bon petit film de coco si vous voulez mon avis.


[1] Moonrise, le Fils du pendu (Frank Borzage)