Les Indispensables du cinéma 1924

Introduction, principes et index

Au programme :

Alors que Chaplin se marie (dans la vraie vie) avec une mineure qu’il a engrossée, digère l’insuccès de A Woman of Paris et prépare pour l’année suivante un retour épique, Harold Lloyd, Douglas Fairbanks et Buster Keaton se tirent la bourre pour profiter de la place laissée vacante par le vagabond. Dans notre liste, c’est le dernier avec son Sherlock Junior, suivi pas loin par La Croisière du navigateur, qui truste les premières places. Fairbanks s’associe à Raoul Walsh pour lui faire réaliser son premier chef-d’œuvre : Le Voleur de Bagdad. La recette du succès est connue de tous désormais : de l’humour, des cascades et de l’exotisme. Hollywood, c’est donc déjà ça, la folie des grandeurs, le plaisir avant tout, l’extra-ordinaire. L’acteur est au centre de tout, il se mêle de tout, écrit ou fait écrire, produit et souvent réalise lui-même ses films. Une particularité surtout des acteurs burlesques qui ont modelé le Hollywood des débuts, et qui se trouvent de plus en plus concurrencés par le star system développé par des studios dont la direction artistique ressemble à celle de leurs affaires : à une époque où les studios fusionnent encore souvent, ils font de même avec leurs vedettes (de mélodrames le plus souvent) qu’ils créent et assemblent comme de véritables produits marketing (et si la recette n’est pas encore tout à fait au point, elle le sera dès la fin de la décennie, et surtout au parlant, qui leur permettra d’éclipser pour de bon les artistes pionniers de la comédie, en étant désormais capables d’utiliser des acteurs de comédies issus des planches, et moins… de la piste).

Illustration ici avec la MGM fraîchement composée et qui deviendra le studio à succès de la seconde moitié de la décennie. Elle fait venir le jeune Irving Thalberg de Universal pour lancer et diriger la machine. Le studio adapte, pour commencer, une pièce à succès de Broadway, Larmes de clown, avec des acteurs stars : Lon Chaney (arrivé comme Thalberg de Universal), Norma Shearer et John Gilbert. Quant à la réalisation, elle est laissée à un Victor Sjöström tout juste arrivé à Hollywood et qui vient de réaliser son premier film pour la Goldwyn Picture Corporation (qui fusionne donc cette année avec la Metro et la Louis B. Mayer Pictures). En cette même année, la MGM produit Les Rapaces, chef-d’œuvre d’un Erich von Stroheim lui aussi arrivé dans les valises de Thalberg.

Autre génie européen réalisant en 1924 ses premiers succès à Hollywood (et malgré un premier échec), c’est Ernst Lubitsch. Il s’accoquine deux fois avec Adolphe Menjou, mais surtout, d’abord avec une autre Canadienne (que Mary Pickford), Marie Prévost, dans Comédiennes, et avec Pola Negri, qu’il retrouve après leurs succès allemands, pour Paradis défendu.

1924, c’est peut-être un peu aussi la naissance d’un autre grand, John Ford, réalisant son premier grand film, et peut-être le premier grand western, Le Cheval de fer (c’était alors le règne des westerns avec William S. Hart et des westerns burlesques).

Du côté de l’Europe, Fritz Lang se plonge aux racines d’un autre mythe, en offrant sa vision des Nibelungen, monumentale fresque médiévale en deux parties. Murnau, par contraste et toujours en Allemagne, mais contemporaine cette fois, s’ancre dans la réalité quotidienne d’un portier de grand hôtel avec Le Dernier des hommes. D’un genre hybride mal défini, plus proche des principes naturaliste du Kammerspielfilm que de l’expressionnisme, le film propose surtout des techniques de prises de vue audacieuse, tout en mouvement, qui inspireront jusqu’au Japon Daisuke Itō, ou Marcel L’Herbier en France.

En France, L’Herbier expérimente déjà, dans la démesure, avec L’Inhumaine. René Clair s’amuse aussi, mais plutôt à l’Entr’acte de Ballet mécanique ou sur Paris qui dort.

C’est l’époque des grands documentaires d’explorations glaciales : The Great White Silence et The Epic of Everest.

Chez les Scandinaves, Mauritz Stiller continue à creuser le sillon des sagas et lance, encore presque nue, Greta Garbo, dans La Légende de Gösta Berling. Dreyer préfère l’intimisme de Michael.

 

*Indice de notoriété

Sherlock Jr., Buster Keaton

2 443 520*‬

Le Dernier des hommes, F.W. Murnau

471 744

Les Rapaces, Erich von Stroheim

414 720

La Croisière du navigateur, Donald Crisp, Buster Keaton

197 197‬

Le Voleur de Bagdad, Raoul Walsh

60 984

Entr’acte, René Clair

52 318

Larmes de clown, Victor Sjöström

35 880

Ballet mécanique, Fernand Léger

28 140

Le Cheval de fer, John Ford

22 454

Ça t’la coupe !, Fred Newmeyer & Sam Taylor avec Harold Lloyd

20 097

L’Inhumaine, Marcel L’Herbier

12 096

Paris qui dort, René Clair

11 808‬

Michael, Carl Th. Dreyer

11 076

The Great White Silence, Herbert G. Ponting

8 960

Peter Pan, Herbert Brenon

5 325

Aelita, Yakov Protazanov

5 280

La Légende de Gösta Berling, Mauritz Stiller

4 828

Les Mains d’Orlac, Robert Wiene

4 686

Ciné œil, Dziga Vertov

3 672

Le Cabinet des figures de cire, Leo Birinsky & Paul Leni

2 640

Comédiennes, Ernst Lubitsch

2 592

Tricheuse, Allan Dwan avec Gloria Swanson

1 040


Films commentés de 1924