Courrier diplomatique, Henry Hathaway (1952)

Note : 3.5 sur 5.

Courrier diplomatique

Titre original : Diplomatic Courier

Année : 1952

Réalisation : Henry Hathaway

Avec : Tyrone Power, Patricia Neal, Stephen McNally, Hildegard Knef, Karl Malden

Scénario à ranger du côté des récits d’espionnage extravagants, voire abracadabrantesques. On est juste après L’Attaque de la malle-poste où déjà Hathaway cassait les codes d’un genre, le western.

S’il fallait choisir, je miserais plutôt ici sur des scénaristes ayant un peu abusé des psychotropes. On pourrait être dans Hitchcock ou dans un film d’espionnage et d’action contemporain : Tyrone Power est un chargé d’ambassade à qui on demande de retrouver une ancienne connaissance, ce qui le poussera malgré lui à jouer les espions. Meurtre dans un train, femme fatale, blonde lumineuse en pleine quête de rédemption émancipatrice en expiant sa soviétitude en passant à l’Ouest, militaires pas très finauds une fois mêlés à des affaires d’espionnage, et bien sûr, monsieur tout le monde qui se découvre une âme de patriote et des aptitudes insoupçonnées en boxe et acrobaties diverses.

Il n’y a donc pas grand-chose qui va dans l’histoire (la prime au comique, parfait imitateur de Bette Davis, qui reproduit au téléphone la voix d’un responsable militaire, ou encore, le MacGuffin usuel, retrouvé sur le tard après un concours de circonstances digne des vieux serials d’espionnage). Finalement, on y prend beaucoup de plaisir, parce que ça voyage beaucoup (en train notamment, et quoi de mieux que le train pour un bon thriller ?), les péripéties (souvent idiotes, sans tomber non plus dans la pure série B) s’enchaînent comme il faut, et surtout, on y retrouve une brochette d’acteurs phénoménaux. On aperçoit en hommes de main des rouges Charles Bronson et Albert Salmi à ce qu’il semble (génial dans Les Frères Karamazov, mais il n’est pas crédité ici, j’ai donc peut-être eu une vision), puis, avec des petits rôles dialogués, Lee Marvin et surtout Karl Malden (un an après sa performance dans Un tramway nommé désir et dans un rôle ici d’abruti qu’il arrive comme d’habitude à rendre sympathique).

À côté de Tyrone Power, il faut surtout profiter du génie, du charme et de l’ironie de Patricia Neal, parfaite en femme fatale spécialiste des insinuations et du double jeu. Il n’y a guère que le personnage de Tyrone Power qui ne la voit pas venir grosse comme une maison. Son personnage est peut-être mal ficelé, mais elle se régale (et nous avec) dans un personnage qui se colle aux guêtres de Power comme une chatte aux chevilles de son maître. Elle a déjà tourné dans Le Rebelle et sort du Jour où la Terre s’arrêta…, comme pour tous les autres acteurs (en dehors des premiers cités qui ne font que des apparitions), ils sont déjà des stars, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’une grosse production, et si on considère les défauts du film, toujours à flirter avec la série B, on pourrait trouver le film décevant, mais mon amour décidément pour ces acteurs de l’ancienne génération me perdra. Voir Patricia Neal et Karl Malden dans un film, c’est déjà plus de la moitié du plaisir qu’on peut espérer quand on est cinéphile.


Courrier diplomatique, Henry Hathaway (1952) Diplomatic Courier | Twentieth Century Fox


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La Piste de Santa Fé, Michael Curtiz (1940)

Le fil de l’histoire

Note : 3.5 sur 5.

La Piste de Santa Fé

Titre original : Santa Fe Trail

Année : 1940

Réalisation : Michael Curtiz

Avec : Errol Flynn, Olivia de Havilland, Raymond Massey, Ronald Reagan, Alan Hale, William Lundigan, Van Heflin

Étrange western pseudo-historique. On se laisse prendre par le rythme et par les magnifiques acteurs, mais l’intérêt est peut-être ailleurs… : dans sa capacité à jouer avec les faits historiques et proposer au spectateur une vision pour le moins confuse de l’histoire. Il faut voir la page « erreurs » sur IMDb : si on savait que Shakespeare aimait prendre des libertés avec l’histoire, ici, on pousse le bouchon un peu loin. Tous les personnages ont en somme réellement existé, sont a priori tous des personnages historiques connus du public américain, mais leur coexistence n’est pas avérée, voire inexacte et impossible. Pourtant, là encore, on peut porter son intérêt ailleurs que sur ces extravagances historiques. Car le film met la lumière sur un autre personnage, lui aussi historique : John Brown, un terroriste abolitionniste.

Le film n’est pas tendre avec lui, mais en regardant vite fait son profil Wikipédia, il y aurait un peu de quoi. On traite beaucoup plus souvent au cinéma de l’histoire de la Guerre de Sécession, Nord contre Sud, beaucoup moins souvent des événements qui les précèdent. Avant les belles paroles de Lincoln et la scission du pays ayant mené à la guerre, il y a donc eu des politiciens idéologiquement contre l’esclavage favorables aux actions violentes. Comme il est dit dans le film : sa cause est juste, mais les moyens pour y parvenir ne le sont pas.

Au-delà de la figure clairement présentée comme négative dans le film, on en viendrait presque à trouver ce sujet follement contemporain (et finalement assez récurrent dans l’histoire : de Spartacus aux anarchistes de la Belle Époque, aux terroristes palestiniens, à ceux qui se revendiquent de l’islam, et bientôt sans doute aux défenseurs de la planète). À lecture de tel ou tel raccourci historique, on pourrait suspecter une approche idéologique et partisane, pourtant, cela peut surprendre, mais si d’un côté l’abolitionniste en prend pour son grade, on n’en est pas pour autant devant un film ouvertement proconfédéré puisque les deux rôles principaux, tout en étant originaires du Sud, refusent de se montrer déloyaux envers l’Union et la nation américaine.

C’est même le fil conducteur du film : les élèves se battent et sont punis pour avoir exprimé des idées politiques (ce qui est interdit), le personnage d’Errol Flynn rappelle une fois à Ronald Reagan (non, ce n’est pas un nouvel anachronisme) leur devoir de neutralité et celui de loyauté envers la nation (donc bientôt envers l’Union). Même le personnage interprété par Olivia de Havilland montre une sympathie réelle pour les idées abolitionnistes. Comme aujourd’hui avec les idées sur le climat, la question n’est pas d’être en accord sur des idées, mais de faire en sorte qu’elles soient appliquées, parce que c’est justement cette absence de prise de conscience de l’urgence d’une situation et l’agacement face à ce qu’il faut bien définir comme du conservatisme (ou de l’adhésion molle) qui provoquent les violences des individus qui estiment que la société ne va pas assez vite ou qu’elle est hypocrite en adhérant à des idées sans les convertir concrètement dans la loi ou dans la vie réelle.

Le film donnerait ainsi presque l’impression d’avoir été écrit à quatre mains en essayant de faire interagir le point de vue des deux futurs camps. Pour ne pas froisser les uns les autres, on travestit la réalité historique et on propose un gloubi-boulga d’événements avérés ou non, de personnages ayant réellement existé ou non, et c’est loin d’être inintéressant (encore une fois, les défenseurs de Jeanne d’Arc peuvent être froissés de son traitement chez Shakespeare, aucun récit historique n’a réellement vocation à être parfaitement conforme à la réalité ; libre au spectateur de poser les limites acceptables des transgressions proposées dans « l’histoire » qu’il suit). Ici, le personnage d’Olivia de Havilland sert à illustrer la crainte (ou la prémonition) que les soldats encore unis aux moments des faits dans le but de chasser un terroriste abolitionniste ne le soient bientôt plus. Au-delà des écarts étranges forcés par le scénariste, les producteurs ou le studio derrière le film, force est de constater que le procédé induit certaines questions historiques générales légitimes. J’insiste : ces questions font écho aujourd’hui, à une époque où la société, sur beaucoup de sujets, semble se scinder en deux, où on remet tant en question la légitimité du pouvoir et où l’usage de la violence (public ou citoyenne) est au cœur du débat public.

À souligner l’excellente distribution : au-delà des acteurs cités, on retrouve William Lundigan, Raymond Massey (qui, ironiquement, interprète Abraham Lincoln la même année dans un autre film) et une des premières apparitions de Van Heflin.


La Piste de Santa Fé, Michael Curtiz (1940) Santa Fe Trail | Warner Bros.

Bergman Island, Mia Hansen-Løve (2021)

Persona non grata

Note : 2.5 sur 5.

Bergman Island

Année : 2021

Réalisation : Mia Hansen-Løve

Avec : Vicky Krieps, Tim Roth, Grace Delrue, Mia Wasikowska, Anders Danielsen Lie

Pas étonné par le résultat. On est rarement surpris par les films de la nouvelle qualité française. Vide complet et autofiction.

J’avais snobé la rétrospective de la dame à la Cinémathèque parce que je ne pense pas qu’il faille encourager les gens qui n’ont pas de talent et parce que je n’aime pas trop qu’une institution comme celle-là mette en avant les copains. J’avoue toutefois que le film a piqué ma curiosité quand j’ai appris qu’il était question de l’île de Bergman (oui, je parle bien anglais) et espérais donc un peu en tirer quelques informations comme dans un safari pour fans débiles (que je suis par ailleurs).

Tout pue dans le film, sauf peut-être l’épilogue qui brouille les pistes entre fiction et réalité. Et à côté de ça, je reconnais à la dame un certain talent pour la concision : deux phrases tout au plus, puis on poursuit la discussion dans un autre lieu. Ça donne l’idée qu’on évite le bavardage, mais on n’échappe pas aux situations sans intérêt. L’illusion est réussie : l’habillage, le décor, le rythme, ça arrivera toujours à séduire le badaud.

Peut-être qu’à force de voir les films de la dame, je finirais par y trouver un intérêt, car comme son double fictif le fait remarquer (dit par son mari) : plus on regarde une chose, plus on y trouve un intérêt. Là-dessus, je serais assez d’accord. Seulement, si ça marche avec un Hong Sang-soo ou avec bien d’autres, il y a certaines personnes avec qui tout simplement on n’a pas envie de faire l’effort : on est au lendemain du couronnement de Charlie, pour lui comme pour d’autres têtes que l’on couronne et dont on arrive à se convaincre tout compte fait qu’il y a au cœur de ce processus une forme de mérite (ou de tradition familiale), en particulier chez les artistes, je suis un pouilleux, je n’aime pas les aristocrates et n’aiment pas ceux qui en font la promotion. Ça se fait toujours au détriment des autres, plus méritants, plus talentueux. Certains traînent des pieds en allant voir le film d’un violeur d’enfant, moi je me pince le nez pour regarder le film d’un enfant de bonne famille qu’un autre moins chanceux ne se verra jamais proposer de réaliser. Il n’y a pas de double standard ou de priorité morale ; certaines indignations ont déjà assez de voix. Je porte ma voix dans le désert, et c’est toujours là où je me sens le mieux. Je demande à personne de me suivre, et je ne porte aucun jugement de valeur sur l’indignation des autres. Il faudra ainsi encore enfoncer la porte bien des fois pour me faire changer d’avis à propos de certains individus qui n’appartiennent pas à ma classe et dont on estime qu’il leur est naturel d’occuper mon univers culturel. On le sait déjà, Mia aura l’occasion bien plus que d’autres d’enfoncer la porte de mon attention. Lui proposer un peu de dureté là où elle n’en a jamais rencontré, c’est encore le moins que je puisse faire. Certains jeunes turcs critiquaient la qualité française ou le cinéma britannique, par exemple, on ne devrait ainsi pas trouver si injuste que ça que la petite voix inoffensive qui est la mienne trouve ses propres têtes de turc et se fâche de voir beaucoup de « fils de » et de « bourgeois de gauche » chez les bénéficiaires, garants et promoteurs de cette « nouvelle qualité française ».

Rien de personnel, serais-je tenté de te dire, Mia. À moi désormais le soin de laisser sa chance à un autre film médiocre issu d’une plus grande diversité…

(On y retrouve l’acteur de Julie (en 12 chapitres) ou de Oslo, 31 août, également apparu chez Assayas dans Personal Shopper. Tout est dit.)


Bergman Island, Mia Hansen-Løve 2021 | CG Cinéma, Arte France Cinéma, Dauphin Films


Sur La Saveur des goûts amers :

La nouvelle qualité française

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Mank, David Fincher (2020)

41, noir et blanc, mank et père, rien ne va plus

Note : 3.5 sur 5.

Mank

Année : 2020

Réalisation : David Fincher

Avec : Gary Oldman, Amanda Seyfried, Lily Collins, Charles Dance

Le père d’un cinéaste connu qui écrit un scénario sur le frère d’un cinéaste connu écrivant le chef-d’œuvre d’un autre cinéaste connu. Étonnante faculté du cinéma parfois à ne parler rien d’autre que de lui-même. Ça pourrait être aussi un résumé de la logique toute particulière de la politique des auteurs où les cinéastes finissent toujours par être crédités comme les auteurs des films qu’ils réalisent au détriment de ceux qui le plus souvent les écrivent pour eux… les scénaristes. Une politique née précisément dans les années 50 dans la bouche de futurs aspirants cinéastes aux connaissances techniques inexistantes et écrivant rarement le scénario de leurs films, vantant, notamment, le génie de Welles (puisqu’il est un peu question de lui) qui sera d’autant plus génial qu’il sera rejeté et devenu un « auteur » maudit forcément incompris de tous sauf de ceux capables de louer les qualités assumées par d’autres. Si Mank revient sur le scénariste de Citizen Kane, aura-t-on un jour un film sur son directeur photo, Gregg Toland, ou faut-il nécessairement être un artiste maudit pour avoir du talent ? Bref. Reste à savoir à quel Fincher le public donnera du crédit pour vanter ou critiquer le film… Louez, louez les héros de l’ombre, il en restera toujours… pas grand-chose. Le cinéma est un sport d’incommunicabilité.

Je suppose qu’il faut être cinéphile pour apprécier toutes les références et le contexte évoqués par le film. Le moindre personnage qui fait une apparition peut être un chef décorateur, nommé par un simple prénom (Cedric Gibbons ?), le plus respecté et le plus crédité sans doute d’un studio, et je doute de l’intérêt de jouer ainsi des références même pour les plus avertis des cinéphiles. C’est au fond tout le problème des biopics, et on n’échappe pas par ailleurs à tous les poncifs du genre, à commencer par le commentaire final pour évoquer l’épilogue de ce qu’on nous montre dans le film…

J’attends la phrase qui clôturera un jour un film en disant : « Ce film est issu d’une histoire vraie, mais tout ce que vous y avez vu est faux et tout ce qui s’y est passé après est laissé à votre imagination. » Ou bientôt peut-être : « Ce film n’a pas été écrit et imaginé par une intelligence artificielle, les acteurs qui sont apparus à l’écran sont réels, leur voix n’a pas été trafiquée. Seuls les arrière-plans ont été composés par des outils de retouche contrôlés par des ordinateurs. Tous les éléments subversifs que vous auriez pu y rencontrer ont été développés à des seules fins illustratives ; la production décline toute responsabilité et s’excuse d’avance si certains propos, comportements ou actions exercés ou proférés par des personnages ont heurté la sensibilité des spectateurs. »

Au-delà de ces aspects « véristes » autosuffisants et un peu pénibles du film, il faut noter quelques touches d’intérêt : le père de Fincher est mort au début du siècle, je ne sais donc pas à quelle époque il a écrit le script, mais il y aurait presque quelque chose de visionnaire. Si au milieu des années 40, raconter la vie de Hearst à travers une “fantaisie” avait quelque chose d’encore bien contemporain, force est de constater que l’évocation d’un monde en crise dans lequel les leaders se serviraient des médias pour influencer le peuple aurait presque quelque chose de prémonitoire. En 2020, cette critique du pouvoir se révèle encore plus juste qu’à l’époque où Fincher père a écrit le scénario. Peut-être que c’est le fils d’ailleurs qui a appuyé cet élément et qu’on n’en saura jamais rien parce qu’il a eu la délicatesse (contrairement à ce que l’on apprend du Welles du film) de laisser son père comme seul “auteur” crédité du film. Malheureusement, son scénario est peut-être un peu trop éclaté (à la Citizen Kane) pour qu’on s’attache réellement à son histoire : papa Fincher n’a pas songé peut-être que dans un film, les personnages étaient parfois plus importants que la manière dont on les met en scène. Il est cent fois plus intéressant de voir les personnages de Don Quichotte dans leur élément premier qu’évoqués simplement par leur auteur cloué au lit. Kane mourait en laissant échapper la bulle à neige qui allait bientôt prendre une forme narrative, rétrospective et en tout cas plus vivante que lui dans le film ; Mank aurait plutôt un côté Citizen… Kean ou Désordre et génie (1924) dans lequel le personnage passe deux heures à agoniser.

Dernière chose : les reconstitutions en extérieur, que je suppose en réalité tournées en studio, sont assez laides. On pourra dire ce qu’on veut, la luminosité du soleil dans les yeux, la densité de l’air, à cause notamment de la pixellisation des raccords entre différentes profondeurs de champ ou tout simplement trahit par le jeu des acteurs (un projecteur dans les yeux ne produit pas un même type de réaction que le soleil), aucune technique numérique ne peut encore parfaitement les rendre.

Content en revanche d’avoir pu voir à nouveau Charles Dance dans un film de David Fincher.


Mank, David Fincher 2020 | Blue Light, Flying Studio, Netflix Studios


Sur La Saveur des goûts amers :

La politique des auteurs en « questions »

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Griffes jaunes, John Huston (1942)

Note : 3 sur 5.

Griffes jaunes

Titre original : Across the Pacific

Année : 1942

Réalisation : John Huston

Avec : Humphrey Bogart, Mary Astor, Sydney Greenstreet

Intrigue d’espionnage en temps de guerre. Rien de très original sinon qu’on nous laisse croire quelques minutes que le personnage de Humphrey Bogart (désormais star après Le Faucon maltais réalisé avec la même équipe) puisse être infidèle à sa patrie. It was a feint (à laquelle personne n’était dupe). L’occasion surtout de voir Bogey en dehors de ce qu’on lui connaîtra par la suite être sa zone de confort : on le voit sourire à pleines dents, plaisanter et même manier une arme de guerre (bien plus “grosse” que celle de ses adversaires).

On remarquera surtout de bons passages dialogués avec Mary Astor (qui assurent les notes humoristiques du film, mais assez pince-sans-rire qui collent à la fois avec les années d’entre-deux-guerres et les années noires qui viennent de débuter avec la guerre et le précédent film de Huston), la présence toujours suspecte de Sydney Greenstreet, et une distribution asiatique incapable de parler japonais correctement. Et pour cause : tous les acteurs potentiels d’origine japonaise étant sans doute déjà victimes de l’internement préventif et xénophobe des Japonais dans le pays, les Japonais de l’intrigue semblent être tous joués par des acteurs sino-américains… C’est la face sombre de l’histoire du pays que la guerre fera par ailleurs bientôt passer d’une entité militaire négligeable dans le monde à celui qui développera l’arme la plus absolue et la plus radicale en moins d’une moitié de décennie… 1942, la plus grande puissance économique et industrielle du monde n’en est pas encore là, et le cinéma, avec certains films comme celui-ci, participe à changer les consciences (encore jusque-là isolationnistes) et à l’effort de guerre. Avant l’entrée en guerre effective de l’Amérique après l’attaque de Pearl Harbor (le film a été probablement lancé peu de temps après l’attaque qui a eu lieu en décembre 41, tandis que le film est sorti en septembre de l’année suivante), les oppositions entre les différents blocs et alliances étaient plus sous-jacentes (l’enjeu ici consiste vite à déjouer les projets japonais de s’attaquer au canal de Panama — une référence directe à Pearl Harbor). Un terrain de jeu idéal pour les films d’espionnage avant que les films de guerre s’imposent pour de bon, avec infiltrations, fausses identités, desseins cachés, traîtres, etc.

Signe des temps, et illustration que la production du film se trouve à un tournant historique de l’Amérique : Huston quitte les plateaux avant la fin du tournage pour rejoindre les armées (il est remplacé par Vincent Sherman).


Griffes jaunes, John Huston 1942 Across the Pacific | Warner Bros.


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L’Intruse, Alfred E. Green (1935)

Note : 2.5 sur 5.

L’Intruse

Titre original : Dangerous

Année : 1935

Réalisation : Alfred E. Green

Avec : Bette Davis, Franchot Tone, Margaret Lindsay

Film bâclé et sans grand intérêt hormis pour ses deux acteurs principaux. L’intrigue est resserrée comme un vieux slip de grand-mère, et on doit compter les péripéties sur les doigts d’une main. Heureusement d’ailleurs, parce que rien d’autre ici à se mettre sous la dent que du bien prévisible (ça abrège les souffrances).

Un architecte tombe amoureux d’une ancienne actrice à succès, réputée pour porter la poisse et alcoolique. Il délaisse alors sa dulcinée, a l’honnêteté de lui dire (les personnages honnêtes au cinéma, c’est ennuyeux, ça coupe net toute possibilité de corser l’intrigue), et retourne vers sa belle bientôt remise sur pieds pour retourner sur les planches. Et là, quand l’actrice lui demande comment sa fiancée a réagi, il balance ça d’un magnifique revers de main : « Tu sais, elle est plus forte que nous tous. » L’excuse idéale pour ne pas se soucier des problèmes que l’on cause aux autres. Magistral d’inconsidération masculine.

C’est le premier Oscar pour Bette Davis. On ne va pas dire qu’elle est formidable, mais sa récompense annonce comment les acteurs seront récompensés par la suite : surtout pour un certain type de personnage, sur une manière d’aborder un rôle, plus que pour leur talent. Pour être plus clair : des personnages devant passer par toutes sortes d’états d’âme, d’émotions, de vicissitudes (on doit les voir au plus bas et au plus haut) et en particulier les voir composer des personnages soit en rupture totale (ici, misère et alcoolisme) soit en décalage avec leur emploi habituel (ce qui forcera l’admiration des “professionnels” pour la “composition” de l’acteur en question).

Le talent de Bette Davis est ailleurs. Une personnalité d’abord, un sacré sens du rythme (à Hollywood, il faut savoir donner à voir, avoir l’œil vif et expressif, capable de jouer les changements d’humeur dictée par la situation, quitte encore à manquer de justesse) et donc malgré tout une justesse rare à l’époque (même si quand on compare à ce qui arrivera vingt ans plus tard, tout sonne forcé). On la connaîtra bien meilleure, notamment dans Eve.


L’Intruse, Alfred E. Green 1935 Dangerous | Warner Bros.


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Un bourgeois tout petit, petit, Mario Monicelli (1977)

Du Grand-Grand-Guignol

Note : 2 sur 5.

Un bourgeois tout petit, petit

Titre original : Un borghese piccolo piccolo

Année : 1977

Réalisation : Mario Monicelli

Avec : Alberto Sordi, Shelley Winters, Vincenzo Crocitti, Romolo Valli

Les limites supportables de la satire explosées.

J’avoue avoir du mal à suivre l’avis général sur ce film. La comédie italienne connaît un vrai déclin au cours des années 70, mais on touche tout de même ici l’horreur en matière de mélange des genres. La satire est le genre le plus difficile qui soit. Un coup de volant à gauche ou à droite en trop, une pincée de sel de trop, d’acidité, et l’alchimie attendue s’effondre.

Alors, peut-être que ce n’est pas une satire, mais une farce macabre. Quoi qu’il en soit, dès les premières minutes du film (donc bien avant le retournement criminel et vengeur du film), j’ai senti un malaise. Le même malaise que j’éprouve parfois quand je vois débarquer… Ugo Tognazzi sur l’écran. Acteur formidable de farces, mais un acteur qui n’aura jamais été meilleur que dans les petites comédies ; le monstre Tognazzi ne m’a jamais séduit à cause de la trop grande distance qu’il prenait avec les personnages, les monstres qu’il caricaturait. Le génie de la farce, et a fortiori de la satire (malgré tout l’acide), c’est de ne jamais pour autant faire des personnages épinglés des personnes antipathiques. Il est arrivé à Alfredo Sordi de jouer des personnages intéressés, cupides, mais jamais il ne faisait d’eux des êtres malfaisants. Ils étaient veules, de petits personnages comme le titre du film ici le décrit bien, mais le récit ne les condamnait jamais complètement : ils étaient petits et c’est pour ça qu’on pouvait encore en rire, ils étaient ridicules, et surtout, étaient parfaitement inoffensifs. Comme de grands enfants à qui on peut tout pardonner. Des personnages de guignols : la caricature, la satire ne s’arrêtait jamais à leurs traits de caractère personnels, c’était toujours la classe ou leur type de personnages qui étaient moqués. La grande majorité des personnages comiques du cinéma italien des années 50 et 60 sont ainsi inoffensifs, de grands enfants, des archétypes du théâtre (commedia dell’arte, théâtre napolitain, guignol, peu importe, les principes sont les mêmes), et on garde ainsi pour eux malgré tous leurs défauts, une forme de sympathie. Le vieil acariâtre, le pauvre roublard, le mâle séducteur, le matamore, l’avare, etc., tous sont ridicules et moqués pour leur trait de caractère particulier. Ici, au contraire, la farce tourne très vite au vinaigre. La satire contre la petite bourgeoisie est dure, cruelle et illégitime, au lieu d’être moquée, on tire gratuitement sur elle, et malgré les efforts de Sordi pour rendre son personnage plus sympathique (selon Jean-François Rauger à la projection), Monicelli semble s’en foutre totalement et prend plaisir au contraire à rendre les personnages principaux non plus des caricatures, mais des monstres antipathiques et laids, non plus des caricatures typiques de la société italienne, mais des individus particuliers : on ne vise plus les petits-bourgeois, mais un petit-bourgeois. Monicelli ira jusqu’à faire du personnage de Sordi un parfait salaud, un vengeur froid qui n’a plus rien à voir avec un personnage de comédie de caractères, mais l’évolution problématique de la comédie italienne arrivait déjà bien avant que le film tourne ainsi au revenge movie. C’est une évolution propre à ces années 70, pas au film de Monicelli.

La satire, on peut l’accepter (en tout cas, selon ma sensibilité, vu l’accueil du film) quand on fait la critique et la caricature d’un certain type de personnages par petites touches ridicules autour d’un trait de caractère parfaitement identifiable. C’est du travail d’impressionnisme autour d’un archétype connu de tous. À partir du moment où on décrit sur la longueur les desseins particulièrement bas d’un personnage, et non plus d’un certain type de personnage, ce n’est plus une caricature, c’est autre chose. On passe de l’acide de la satire au venin de la comédie noire, voire au film politique. Le film devient celui d’un bourgeois déchargeant son fiel contre une classe sociale en particulier susceptible de devenir responsable de tous les maux d’une société : le bourgeois se moque des petits en leur disant presque « dévorez-vous ». Et au lieu de se retourner contre lui, les petits se dévorent entre eux.

Montrer ainsi l’obstination du personnage de Sordi à trouver une place pour son fils, ce serait amusant si ça servait de toile de fond et que se faisant, il ne rencontrait que des freins à sa stupide quête. Au contraire de ça, tout va dans le sens de ses bas desseins jusqu’à ce retournement digne du Grand-Guignol : son boss l’appuie en lui proposant de lui faire intégrer la loge maçonnique du coin et en lui refilant le sujet du concours pour son fils… Je ne vois plus en quoi ces stratagèmes d’une bassesse inouïe relèvent de la satire. C’est de la haine, du mépris de classe, rien de plus. Et c’est d’autant plus malsain que la satire, on peut, et on doit y adhérer, quand elle s’applique à faire la nique aux puissants. Or, comme le titre l’indique ici, on ne s’en prend qu’aux petits-bourgeois, autrement dit à ceux qui aspirent à la bourgeoisie. Autant je peux comprendre la logique de critiquer ces “petits” qui sont les premiers esclaves serviles et volontaires de leurs maîtres, autant les petits-bourgeois exposés dans le film sont surtout… des fonctionnaires. La haine du fonctionnaire traité comme un fainéant et un parasite. De la satire à la haine, il n’y a qu’un pas. Et c’est là qu’on voit toute la différence entre les satires des décennies précédentes avec celles, grossières, outrancières et malsaines des années 70. Elles ne sont plus gauchistes en prenant le parti des petits contre les gros, elles s’attaquent aux petits et à leurs petites aspirations venant d’auteurs embourgeoisés. Un grand classique. Ce qui finit tout compte fait par ne plus faire de ces films que des comédies réactionnaires. La satire vient toujours du petit pour moquer les puissants, quand ce sont les puissants qui se moquent des petits sur qui ils s’assoient, ce n’est plus de la satire, c’est de la saloperie.

Ensuite, dès qu’on plonge dans le revenge movie, dès que le guignol laisse place au Grand-Guignol, plus rien ne va, c’est malaise sur malaise. Mais le mal était déjà bien présent avant cet écart de mauvais goût. Dieu qu’on est loin du génie satirique (et bienveillant) d’Une vie difficile par exemple.

Le film était donc suivi d’une discussion avec Jean-François Rauger, son fils, également critique et programmateur (partageant les mêmes goûts d’ailleurs pour le cinéma japonais et italien de son père). J’avais envie de prendre le micro et de lui demander s’il ne se reconnaissait pas un peu dans le film, et si au fond, ce n’était pas un peu ça qui leur plaisait tant dans le film au Rauger. Pour finir, je lui aurais demandé ce qu’il aurait fait du meurtrier de son fils s’il avait été ainsi victime d’un coup de malchance. Au mauvais endroit, au mauvais moment. Ça aurait été drôle… Ou parfaitement déplacé. Comme le tournant criminel du film.



Un bourgeois tout petit, petit, Mario Monicelli (1977) Un borghese piccolo piccolo | Auro Cinematografica

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Les Indispensables du cinéma 1977

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L’Inquisition, Arturo Ripstein (1974)

Note : 4 sur 5.

L’Inquisition

Titre original : El santo oficio

Année : 1974

Réalisation : Arturo Ripstein

Avec : Jorge Luke, Diana Bracho, Claudio Brook

Excellente reconstitution, même si je doute que la toute jeune Mexico ressemblait à la fin du XVIᵉ à ce qui nous est présenté. Mais j’en demande peut-être beaucoup.

Les chuchotements permanents donnent le cachet du film, son ambiance, ce qui fait qu’on peut y croire et mesurer le degré de peur, de persécution et de suspicion à l’égard des juifs en pleine période épidémique. (C’est malheureusement aussi pas mal d’actualité, le thème des sacrifices humains opérés par les juifs ayant été récemment réactivés…)

Le film souffre un peu d’une baisse de rythme à la sortie de prison : difficile de rester sur un tel rythme tout en développant un nouveau départ, mais il faut respecter le ton du film. L’absence de musique n’aide pas, mais elle aurait pu tout aussi bien tout gâcher et en faire un Grand Inquisiteur bis. Les acteurs et la mise en scène sont assez remarquables, mais c’est une habitude, j’ai l’impression dans le cinéma mexicain. Mes films préférés de Buñuel sont mexicains, il doit y avoir toute une production restant encore largement sous les radars… Il me faudra un jour notamment explorer le cinéma mexicain des années 30, 40, 50 qui s’annonce remarquable. D’autres perles se cachent sans aucun doute derrière La perla, d’Emilio Fernandez.


L’Inquisition, Arturo Ripstein 1974 El santo oficio | Cinematográfica Marco Polo S.A., Estudios Churubusco Azteca S.A.


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Top films espagnols

Listes sur IMDb : 

L’obscurité de Lim

MyMovies : A-C+

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L’Impossible Amour, Vincent Sherman (1943)

Note : 3 sur 5.

L’Impossible Amour

Titre original : Old Acquaintance

Année : 1943

Réalisation : Vincent Sherman

Avec : Bette Davis, Miriam Hopkins, Gig Young

Ironiquement, le film épingle les romans à l’eau de rose (et les auteurs qui les produisent à la chaîne « comme des saucisses ») alors qu’il n’est lui-même rien d’autre qu’un jeu de chaises musicales amoureux. On a le trio amoureux, le carré amoureux, mais quand on tricote un cadenas à cinq ou six prétendants, on appelle ça comment ?… L’impossible amoureux ?

Le passage d’une époque à l’autre est assez brutal (le film est tiré d’une pièce de théâtre, et on peut imaginer qu’à chaque nouvel acte, on laisse passer une dizaine d’années au compteur) ce qui casse le rythme du film bien trop souvent.

Miriam Hopkins en fait des tonnes, et on ne sait pas toujours si c’est de l’autodérision ou si Vincent Sherman la laisse faire n’importe quoi. Ces outrances correspondent bien au personnage, mais c’est parfois un chouia dérangeant. Bette Davis est comme toujours incroyable de justesse, même si comme d’habitude, elle parle bien trop fort. L’actrice a été parmi celles qui, à l’arrivée du parlant, ont donné le ton en donnant à voir au spectateur tout l’attirail des nuances visuelles capables de ponctuer les moments d’écoute et le phrasé des répliques (des “trucs” qu’on devait probablement déjà bien retrouver au théâtre, mais que le cinéma parlant a rendus plus familiers jusqu’à sans doute faire des acteurs arrivant après des imitateurs de ce qu’ils avaient vu à l’écran). Malheureusement, en 1943, ce qui autrefois avait permis une forme de réalisme inédite à l’écran est devenu théâtral. Les acteurs d’une nouvelle génération, issus des cours new-yorkais, commencent à montrer le bout de leur nez. Le film semble ainsi avoir été tourné dix ans plus tôt.

Restent quelques répliques savoureuses.


L’Impossible Amour, Vincent Sherman 1943 Old Acquaintance | Warner Bros.


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La Légion noire, Archie Mayo (1937)

Note : 3.5 sur 5.

La Légion noire

Titre original : Black Legion

Année : 1937

Réalisation : Archie Mayo

Avec : Humphrey Bogart, Ann Sheridan, Dick Foran

Volontaire ou non, cinq ans plus tard, le film Échec à la Gestapo, de Vincent Sherman, avec le même Humphrey Bogart reprendra une scène où l’acteur se retrouve dans une réunion d’un groupe dangereux en sous-sol. La scène est devenue même sans doute une sorte de cliché, peut-être déjà utilisée dans les films de série B de l’époque du muet, vu que ça tient un peu du fantasme et de la peur des groupes secrets. Si ici et dans Échec à la Gestapo, ces groupes ont bien existé, on en reprend presque toujours un poncif principal : les “intrus” (ou comme c’est le cas ici, l’initié) arrivent alors que la séance secrète a déjà démarré. Dans d’autres films plus récents, on joue au contraire sur la peur induite de groupes inexistants comme dans Eyes Wide Shut, je ne sais plus quel Indiana Jones ou dans Un bourgeois tout petit, petit.

Pour le reste, le film fait partie de ces films politiques “humanistes” des années 30 cherchant à mettre en garde contre les mouvements “séparatistes”, on dirait aujourd’hui. Il manque alors peut-être un peu de relief, mais certains films, s’ils ne tombent pas totalement dans les évidences, peuvent se révéler nécessaires à faire, car ils décrivent une situation politique réelle et contiennent ainsi en eux un peu de l’histoire du pays et du contexte où ils ont été produits.

La fin (avec un retournement vite expédié du principal accusé) est trop facile, mais là encore, c’est assez conforme aux films d’époque qui s’encombraient rarement de détours psychologiques ou de mises en suspension du récit pour gagner en relief et en réalisme. De l’action, de l’action, de l’action. Et pas mal aussi de concision. On produit à la chaîne : les sujets politiques et sociétaux ne sont pas interdits, mais on ne s’attarde pas.

À noter que Bogart n’est pas encore une star quand il tourne le film, il vient seulement de s’assurer un rôle de second couteau sur les films de la Warner Bros. grâce à La Forêt pétrifiée du même Archie Mayo et sera ainsi employé par le studio jusqu’au Faucon maltais qui lui assurera une place en tête d’affiche le reste de sa carrière. Ceci explique pourquoi on l’y retrouve ici ce qu’on pourrait identifier comme un contre-emploi (en rapport aux personnages bien installés et mythiques qui feront bientôt de lui une star et l’icône presque à la fois d’une période, voire d’une certaine forme de virilité appréciée ou reconnue des cinéphiles). Bogart n’est pas encore Bogey : on le découvre surtout fragile, revanchard, acculé avant de finir détruit par la culpabilité. On est loin de l’assurance et du charme qu’on lui connaîtra bientôt. Comme quoi, l’attitude, le statut, ça joue beaucoup dans le charisme et l’autorité que l’on croit naturels chez les acteurs ou les individus, dans la vie, capables ou soucieux de se mettre en avant.


La Légion noire, Archie Mayo 1937 Black Legion | Warner Bros.


Sur La Saveur des goûts amers :

Les Indispensables du cinéma 1937

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