SensCritique l’émission (2015)

Bienvenue à La Bite-aux-Culs, éminent petit quartier culturel

 

Premier lâché :

Franchement pas au point. Mais c’est une première, c’est donc plus facile de partir de très bas… À l’équipe de ne pas se dire « ah c’est franchement mauvais, on arrête ». Ce serait le contraire qu’il faudrait faire à mon sens. SC a fait quoi en fait ici à part donner son aval, foutre son logo sur le bidule et relayer le bousin ? Pas grand-chose. Ça part sans doute du désir de laisser la liberté à plug de faire son truc. Et maintenant, on sait. On sait qu’il ne suffit pas d’être lu pour x raison sur SC pour être digne de confiance. Suffirait pourtant de peu de chose. On le sent tout à fait capable d’organiser des débats. Pas forcé d’être un spécialiste, il faut (juste) travailler un minimum. Là, il a préparé quoi avec les invités ? il leur a filé la liste des nominés et basta. Y a moyen de structurer un peu mieux tout ça sans pour autant en faire quelque chose de pro et y passer toute sa journée.

Quelques propositions donc :

– Oublier l’idée des intervenants distants. Ce n’est pas qu’une question de technologie. Il y a tout un langage du corps qui ne passe pas en visio, comme le fait de préciser à un intervenant qu’il prendra la parole, faire signe à celui qui cause (et qui boit, fume, éructe, johnfordise…) d’en finir. Ça provoque aussi souvent des cafouillages avec des intervenants qui parlent en même temps ou qui se coupent mais c’est moins problématique qu’un truc faussement technologique qui vaut pas un kopek.

– SC a ses bureaux à Paris ? Eh bien il serait utile de les utiliser justement pour aménager entre la machine à café et le bureau de Jean-Marc un petit studio avec trois ou quatre webcams, une table et quelques verres en plastique. Ce sera toujours mieux (sachant que si nécessaire, il y a toujours moyen de prendre un intervenant extérieur.. voire interroger des intervenants spécifiques, des “spécialistes” concernant le sujet du soir, prévenus à l’avance, et qui pourraient intervenir via un chat interne ; la richesse de la communauté SC, c’est là qu’elle peut intervenir – encore faut-il prévoir le coup).

– Tout en gardant le bousin totalement amateur, il serait fort possible de trouver du monde pour aider plug à préparer ses émissions. Mais ça, c’est encore à lui d’en prendre conscience et que même amateur, une émission ça se prépare. Et c’est plus facile quand on sait s’entourer. Ça vaut aussi pour le choix des intervenants. Inviter Torpenn pour parler des Oscars, ça n’a pas beaucoup de sens. C’est la grande difficulté d’une telle émission : il y a les “stars” qui sont lues, déposent des critiques, et d’autres qui lisent et connaissent qui est spécialiste de quoi sur le site. S’il est question seulement de faire intervenir des membres qui sont actifs et lus pour de bonnes ou mauvaises raisons, et parfois n’étant pas spécialistes du sujet en question, le bouche à oreilles va pas aller loin. On ne fait qu’exposer les « membres influents » du site, le laisser se faire lyncher comme c’est pas possible parce que rien n’est préparé ou qu’ils ont des difficultés à exprimer ce qu’ils auraient à dire.

– Multiplier les émissions. Si c’est pour ne rien préparer, il peut y en avoir tous les soirs… Je ne sais pas quel est le rythme prévu, mais plus on en fait, plus on apprend. Et vu le niveau actuel, ça ne peut que progresser (si on a le désir de proposer autre chose).

Ce serait intéressant que l’émission ne se cantonne pas seulement aux œuvres. Il serait utile parfois de faire une spéciale “feedback”. Ne pas en faire une émission dans laquelle les membres de l’équipe viendrait s’auto-congratuler comme un blog d’entreprise, mais en répondant sérieusement à des questions revenant souvent dans le feedback, répondant aux questions qui fâchent (l’équipe est déjà rodée pour répondre à l’écrit, ça ne devrait pas poser trop de problème de le faire à l’oral). D’où l’intérêt de préparer ses émissions : quand on sait de quoi on va parler, on peut alors dire « ça, on n’en parle pas » (mais je doute qu’il y ait tant que ça de questions taboues).

La démarche est malgré tout louable et a potentiellement de l’avenir. Avec le développement des nouvelles technologies, cela devrait être toujours plus facile. Seulement, il ne faut pas oublier que le plus simple est aussi souvent le plus efficace. Avant de passer directement à une émission “vidéo”, il y a les rendez-vous chats qui existent sur certains médias, qui sont techniquement moins problématiques. Ils permettent de créer des événements, de réunir une communauté, et tout ça à petits frais et risques… Plusieurs possibilités : soit un chat fermé composé d’un ou deux maîtres de cérémonie, une dizaine d’invités capables de répondre sur le sujet et une équipe autour pour recueillir des commentaires ou questions apparaissant sur un chat parallèle où les membres sans distinctions pourraient intervenir ; soit comme ça se fait en général, avec quelques invités et une équipe menée par un mdc chargée de sélectionner des commentaires ou questions venant du chat. La première est moins “démocratique” mais sans doute meilleure parce qu’elle se situerait à cheval entre un rendez-vous chat et une émission radio par exemple.

Bon courage…

(envoyé initialement aux intéressés)

Deuxième lâché :

Du mieux dans la technique. Reste les problèmes de sons à régler. L’idée du plateau évite de devoir passer par skype, plutôt une bonne chose, même s’il ne faudrait pas s’interdire quelques interventions de ce genre avec des intervenants habitant les lointaines villes à tirets. Peux pas juger du contenu, j’ai rien entendu. Passer par un service vidéo fiable serait le minimum (ça plante chez tout le monde et nos connexions sont parfaites). À souligner le gros plus au montage même si je doute que ce qui est possible avec des jeux le soit avec des films, des séries ou de la musique (avec des livres ça doit faire joli remarque). Si l’idée du plateau est maintenue, faudrait donc penser aux micros cravates et à une caméra pour les gros plans (la distanciation avec le présentateur qui papote en arrière scène ça le fait pas, on n’écoute pas – même avec un son parfait).

Il y aura sans doute du mieux dans les prochaines émissions, mais je crains aussi que l’intérêt, ou la curiosité, s’essouffle. Je peine à comprendre le but de ce machin tel qu’il semble avoir été conçu pour ces deux premières émissions. La technique, c’est une chose, une fois que ce sera réglé, il faudra bien regarder le contenu. L’idée du site, c’est, on l’a compris, partager des centres d’intérêt et donc suivre le mouvement, et donc suivre les leaders de foule… Le twitter culturel, ok… C’est presque un oxymore. La culture, en tout cas ma vision de la culture, ce n’est pas le bouche à oreille. I don’t follow your ass, me manque le flagelle de la compétition, je me sens donc assez peu concerné par tous ces tas de bites filant le grand amour dans la sphère Internet. La culture se savoure d’abord en solitaire, parce que les œuvres ne sont pas des memes qu’on se refile de bouches à oreilles comme des microbes. La culture virale non merci. C’est donc assez désolant de voir qu’un site qui se prétend culturel ose mêler ça à des comportements primaires et honteusement nocifs pour la société (culturelle ou non). Qu’il y ait des impératifs publicitaires, ça peut se concevoir, mais l’attrait permanent vers « le truc à la mode », ce n’est pas de la culture. La culture tabloïd, le buzz, l’actualité de ce qui marche, c’est le contraire la culture de l’éphémère. Une œuvre n’est pas faite pour être appréciée, digérée, discutée, voire découverte, éclairée, elle est faite pour être consommée par le plus grand nombre. Seules les œuvres obéissant aux standards de la consommation de masse, de l’éphémère ont droit de cité dans le monde magique de SC où seule la crème bien sucrée nourrie ses habitants. Je le redis, je conçois assez mal qu’on puisse légitimer une telle approche. J’ai déjà en horreur les usages de likes ou d’éclaireurs qui pourrissent toutes les activités des membres sur le site, et même si on peut tout à fait utiliser SC uniquement comme un outil pour tenir à jour un journal de vision et de lecture, on doit pouvoir espérer autre chose pour échanger que de devoir passer systématiquement par « ce qui marche », « ce qui fait le buzz ». Y a-t-il au moins des membres, de véritables éclaireurs, des connaisseurs, des lecteurs-dénicheurs, capables de mettre en avant des critiques intéressantes de membres obscurs, des œuvres de qualité qui n’apparaissent dans aucun de ces tops qui finissent par donner la nausée ? Qui sont ces éclaireurs, ces connaisseurs ? Ils éclairent quoi à part leur gros derche pour qu’on y découvre finalement qu’il n’y a rien à l’intérieur que du gras et du vent ? Est-ce que la culture, c’est aller voir le dernier navet à la mode ? participer au lynchage “culturel” ?… Que le site doive un peu passer par ça pour faire sa propre tambouille, je peux le comprendre. Mais qu’on puisse mettre, aussi, à disposition de ceux qui ont un minimum d’exigence (et les gens sont moins cons qu’on voudrait le faire croire en ne faisant d’eux que des culs prêts à recevoir la dernière bouillie prémâchée par le dernier gland à la mode) quelques outils simples pour partager autre chose que… des memes vites remplacés par d’autres, et encore d’autres ? Cette émission était l’occasion de prouver que SC pouvait, aussi, aller vers cette direction-là. Occasion (pour l’instant) manquée. Parce que se faire le relais de ce qui marche et donc pratiquer le savoureux bouche à oreille tant vanté par le site, on en tire quel mérite si on ne tient compte, au dernier niveau, que des derniers… memes ? On ne recycle sans cesse que la même merde. Tout le monde sait que c’est de la merde et pourtant parce que ce tout le monde fait la différence, c’est de cette merde qu’il faut parler ? Est-ce que le site se fait le relais d’autre chose que ce qui circule déjà ailleurs ? est-ce que le site et ses membres ont participé déjà à mieux faire connaître une œuvre ? Il est là le principe du bouche à oreille. Mettre en avant des œuvres bonnes à défendre, et qui ensuite pourraient profiter de la force de frappe d’un tel site pour passer au niveau supérieur. Quelles sont ces œuvres dont “on” aurait cherché à déclencher un tel engouement ? Probablement aucune. Parce qu’on ne like pas dans ce sens, on ne monte pas une émission en ce sens. Il y a pour mettre en avant des critiques avec peu de likes le système des « critiques découvertes ». Je ne sais pas comment c’est foutu, je doute qu’il y ait autre chose qu’un robot derrière pour décider de quelles critiques obscures mettre tout à coup en avant parmi les habituelles lampadaires de nos chères autoroutes, mais le principe mérite d’exister. Il serait bon d’inventer un outil similaire pour les œuvres ou pour les “éclaireurs”. Beaucoup de membres ont des listes personnelles d’œuvres obscures à conseiller ; le plus souvent ces listes ne servent qu’à remplir le panse de l’inutile. Mieux vaut une ou deux œuvres régulièrement mise en valeur pour que tous puissent en même temps profiter de la découverte, lancer un buzz légitime, des discussions curieuses et enrichissantes, qu’un vaste boxon où les gagnants seraient toujours les mêmes/memes.

L’ascenseur culturel est en panne. Et ce n’est manifestement pas SC ou cette émission qui y changera quoi que ce soit. Bouche à oreille… c’est pas vraiment à l’oreille que j’y vois mettre la langue…

Bon courage, donc.

(Désolé ne pas me relire, je fais pas dans le culturel – moines n’ont plus – mais dans la diarrhée sans tâche. Je vous aime.)