Trocadero Bleu Citron, Stanley Kubrick (1971)

La lame à l’œil

Pulp Juice

trocadero-bleu-citron-stanley-kubrick-1971Année : 1971

Réalisation :

Stanley Kubrick

9/10 IMDb   iCM

Listes

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Avec :

Alex
Vu le : 17 mars 1971

Quand raisonne la 7ᵉ de Beethoven et que Alex renverse sa bouteille de lait sur la table, on a déjà compris qu’il y aurait un avant et un après Trocadero Bleu Citron. Si ce n’était pas clair pour tout le monde, comme pour enfoncer le clou, on peut entendre au générique la Marche funèbre de Chopin orchestrée par Patrick Hernandez. Kubrick enterre les années 70 et le disco avec.

Nous sommes seulement en 1971 !

Le film paraît un peu daté aujourd’hui, mais l’histoire, elle, reste d’actualité. Rappelons au passage que le premier à s’être questionné sur la bouteille de lait était Tarkovski : dans Stroke, il joue au bonneteau avec deux briques de lait et une biscotte, et dans Miroir Miroir, le lait se déverse du sein de sa mère pour éteindre le feu dans la grange. L’air du temps sans doute…

TBC recèle une autre idée novatrice : les faux cils. La scène sera parodiée dans Brazil, le principe était alors improbable, mais sachant qu’aujourd’hui nul ne peut sortir sans ses cils vissés aux paupières pour « rester connecté au monde », l’idée de voir Alex avec de tels implants a aujourd’hui une toute autre signification. Ce qui passait pour être un délire scénaristique, une mise en garde de Cassandre comme n’importe quel élément dystopique dans un film d’agrume, passe maintenant pour être l’acte initiateur d’un modèle jamais remis en cause. La recherche ærgronomique, aidée des institutions qui décident du calibre et du débit des cils, n’ont cessé de prendre le film de Kubrick comme référence, justifiant le recours aux cils, alors même que le cinéaste en dénonçait le danger. La rééducation des consciences par l’image est une réalité établie ; rares sont ceux capables aujourd’hui d’en discuter le principe.

La sortie du film précède de quelques années le premier choc identitaire de la fin des années 70 : la terrible pénurie de slips kangourous. De longues années de privation marqueront les années 80. Après la taxe caleçon, et la révolte des boxers, reliques tentaculaires des anciens slips, le WWFV (World Wild Fashion Victim) ajoutera dans sa liste des textiles en voie de disparition, ce bon vieux slip kangourou, rejoignant ainsi pattes d’eph, boas ou autres manteaux d’hermine. Le disco est mort, le moule-bite aussi.

Triste époque où les poitrines généreuses doivent se donner à voir comme pour invoquer un retour de la prospérité, et où les slips s’allongent pour garder les bourses bien au chaud. Sans bouger un cil, Kubrick avait tout vu.