Les Mille et Une Nuits, Stanley Kubrick (1968)

L’appel en itinérance

1001: An Ode to the Space

les-mille-et-une-nuits-stanley-kubrick-1968Année : 1968

Réalisation :

Stanley Kubrick

10/10 IMDb  iCM

Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Avec :

Haladin
François
Un monocle
Un bébé lama
Vu le : 14 décembre 1968

Je passe la séquence de la lanterne magique souvent reprise par la suite dans des parodies toujours pas très fines… d’autres ont proposé des interprétations et des analyses bien plus fouillées. Qu’est-ce que Les Mille et Une Nuits dans l’histoire du cinéma ? C’est avant tout une révolution des effets spéciaux. Kubrick s’était tout spécialement rendu à Bagdad pour rencontrer au Bazar d’Avoine les derniers vendeurs de tapis volants. Pour la première fois, une production « hollywoodienne » utilisait des lentilles OGM dans ses cantines toutes spécialement conçues pour les fakirs, danseuses du ventre et autres bébés lamas de la distribution (on ne rappellera jamais assez l’idée de génie de Kubrick d’avoir choisi de véritables lamas tibétains pour certaines séquences de lévitation, notamment pour la scène de régression finale).

Et dire que c’était Fritz Lang qui à l’origine devait mettre en scène le scénario de Philippe de Brava Boca… Les chefs-d’œuvre tiennent parfois à peu de choses. Ce sera d’ailleurs à l’origine d’une des deux mille et une bonnes idées de Kubrick sur ce chef-d’œuvre : De Brava Boca adaptait un récit d’histoires perses dont il ne disposait que d’une traduction grecque d’une version arabe, elle-même traduite par un Arabe sachant à peine déchiffrer l’arabe classique, et offrant à Kubrick une version piémontaise que le réalisateur new-yorkais s’était faite traduire par une vache espagnole. Traduire, c’est trahir apprend-on dans toutes les cours martiales, eh bien ce monocle de Fritz Lang, décrit presque de manière anecdotique dans une des histoires retranscrites, est devenu, après mille et une reproductions… un monolithe.

Monocle… monolithe… Allez y comprendre quelque chose, les chefs-d’œuvre tiennent parfois à peu de choses.

Le film est d’une telle importance dans l’histoire du cinéma que tout un genre s’est développé à sa suite : les fameux « téléphones arabes ». Un terme qui désigna également peu de temps après le film, un certain type de gadgets, aperçu par exemple dans la série Star Trek, qu’on pensait alors ne jamais voir débarquer un jour dans nos vies et qui s’est pourtant depuis maintenant une vingtaine d’années imposés dans notre quotidien. Qui ne dispose pas aujourd’hui de son propre téléphone arabe ?

« Comment vas-tu depuis la dernière fois, l’ami ?! Tu me reçois ? » « Des loukoums Salam ! Je te les recommande ! » « Que voudrais-tu me commander ? Non, Hal, je te demande si tu me reçois ! » « Je t’ajoute à mon réseau d’amis, ce sera plus simple, François ! » « Comment ? tu n’as plus de réseau ? Moi, je t’entends parfaitement, Hal ! » « Je te laisse François, je ne te reçois plus du tout ! » « Non, attends !… Hal… Haladin ?! tu es là ?… »

Tout le génie de l’incommunicabilité. Plus le réseau s’étend dans l’espace plus notre capacité à nous comprendre diminue. Monolithes contre monolithes. L’individualité qui se fait indivisible, invisible, impossible.

Et oui, c’est à savoir pour les jeunes générations. Si les voitures volantes étaient prévues et espérées pour 2001, la technologie que ce visionnaire de Kubrick avait imaginée pour son conte des Mille et Une Nuits, elle, est devenue réalité. Nos téléphones arabes sont là pour en attester.

Allez frotte, Haladin ! Frotte !… Et le monolithe vrombit.

« Vous avez trois messages sur votre répondeur. Tapez # pour les écouter, * pour les supprimer. Pour réentendre ce message taper bis, sinon vous pouvez vous déconnecter. »

Quand Kubrick dépasse la fiction, ce n’est plus de la science, c’est une prophétie.