Southern Comfort, Walter Hill (1981)

La Colline et des hommes perdus

Sans retourSans retourAnnée : 1958

Liens :
IMDb  icheckmovies.com SC

 

Réalisateur : Walter Hill

Note : 7/10

Vu le : 6 avril 2016

Avec  :

Keith Carradine,
Lewis Smith, Powers Boothe, Peter Coyote, Fred Ward

Il y a quelque chose d’inabouti dans ce film de Walter Hill. On retrouve le principe d’élimination de certaines histoires d’un des papas d’Alien et des Guerriers de la nuit, mais la trajectoire narrative, ou l’enjeu initial, est trop mal foutu pour qu’on s’y laisse prendre.

D’abord, peut-être pour réduire les coûts, au lieu de faire comme les autres, Hill propose une sorte de vietfilm… dans la bayou. Admettons, après tout, Voyage au bout de l’enfer marche avec pas mal de séquences “domestiques”. Sauf qu’on se rapproche plus du coup à un film comme Délivrance ou Predator. Les Cajuns devenant alors cette ombre invisible et menaçante zigouillant un à un les amis d’Arnold. Oui, oui, plus terrifiant que les Viêt, voici les Cajuns (« ayou ayou voulait pas sé marier la Marie-Jare, ayou ayou sortez donc la guitare ayou ayou, oh a oh ! »). L’Amérique a toujours eu peur de ses culs-terreux.

Ça sent donc un peu déjà la tempête dans un verre d’eau. Là où on a du mal à comprendre, c’est que tous ces petits soldats se retrouvent donc dans les marécages pour effectuer une mission dont on ne saura jamais rien, qu’ils n’ont que des balles à blanc, mais… qu’ils sont déjà bien allumés avant le début du film. Ça laisse peu de marge pour les faire évoluer vers une folie, une peur, qu’ils auraient pu découvrir dans ce labyrinthe des vérités que peut être un marais de Louisiane, ou l’enfer de la guerre, ou un film… Hill nous fait d’ailleurs le même coup, hitchockien, que dans Alien, quand le chef de la petite excursion est le premier à se faire tuer (Disney avait déjà tout spoilé avant Hitchcock, en tuant la maman de Bambi). D’accord, sauf qu’on capte pas pourquoi il l’a été (tué). Parce qu’un imbécile s’est amusé à tirer dans les buissons avec ses balles à blanc ? parce qu’ils ont emprunté des canoës ? ou parque les Cajuns sont des gros ploucs qui adorent chasser du Yankee ? Le mystère parfois peut jouer au profit du récit, mais là, le grain de sable initial qui fait tout basculer n’a rien de mystérieux, ou d’absurde, c’est juste un prétexte un peu faiblard pour enclencher l’action. D’ailleurs, à un moment, un des personnages cherche à comprendre et demande à un autre les raisons “réelles” de leur mission, suggérant qu’on ne leur aurait pas tout dit… Bah non, vous avez chipé des canoës et leurs propriétaires sont trop vénères donc ils vous shootent comme des lapins.

C’est dommage, parce qu’en dehors de cette invraisemblance, le reste est plutôt bien exécuté. Même si ça restait sans grandes ambitions (ou prétentions). On reconnaît le savoir-faire de Hill dans l’action et la mise en situation, l’ambiance. Tous les acteurs sont d’ailleurs excellents. On emprunte à Apocalypse Now, on reproduit l’esprit de “bonne” camaraderie d’Alien. L’esprit cowboy, cool, insolent, qui est un peu la marque des films années 80, mais qui n’a au fond jamais bien quitté Hollywood depuis, mais rarement avec la même réussite, ou la même spontanéité (ou folie).

Y a comme quelque chose de bancal sur la colline et dans le genre, je préfère toujours La 359ème section.

Les Guerriers de la nuit, Walter Hill (1979)

Ulysse dans les villes

The WarriorsThe WarriorsAnnée : 1979

Vu en avril 2010

9/10 IMDb

 

Réalisation :

Walter Hill


Avec :

Michael Beck, James Remar, Dorsey Wright


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Que fallait-il attendre d’autre du papa d’Alien (et de Crossroads) qu’un road movie initiatique ? Le film est tiré d’un roman, lui-même inspiré d’une œuvre antique que je ne connaissais pas (honte à moi) : l’Anabase de Xénophon. Le roman paraît plus dense, alors que le film file à toute allure. On suit un fil, pas celui d’Ariane : pendant tout le film, j’ai pensé à l’Odyssée.

L’histoire colle pas mal à la trame d’Homère : Un gang de Conley Island (pas celui des Achéens mais celui des Warriors) rejoint une réunion à l’autre bout de New York (ce n’est pas Troie), animée par le chef respecté du gang le plus puissant de la ville : Cyrus. On demande à chacun des gangs de la ville de venir à neuf, sans arme. Cyrus se fait buter en plein speech et la bande rivale de Conley Island des Warriors, les Rogues, font croire que c’est eux qui l’ont tué. Bien sûr, c’est une ruse. Une petite injustice et hop : provoquer la sympathie du spectateur, « check ». Bref, tout ça est prétexte à une petite balade entre le lieu de réunion des gangs et leur chère île de Conley Island. À la fois leur Ithaque et leur Pénélope bien aimée.

Le chef des Warriors s’étant fait piquer rapidement, c’est Swam qui s’impose rapidement à leur tête : il est sage et rusé, tous les attributs d’Ulysse… Et du lieutenant Ripley. Le retour vers Conley Island n’est pas simple, tout chassés qu’ils sont par un grand méchant à lunette (celui qui semble avoir pris la relève de Cyrus… limite Poséidon qui passe ses nerfs sur Ulysse). Il mettra tous les gangs de la ville à leurs trousses. Presque toutes… Le premier groupe que les Warriors rencontrent dans leur balade nocturne sera les Orphans. Trop merdiques pour avoir été invité à la fête de Cyrus. Ils les laissent d’abord traverser leur territoire, quand la belle Circée se réveille (à moins que ce ne soit Calypso). En fait, ce n’est que Mercy… Elle convainc les siens de ne pas les laisser passer sans rien leur demander, et finalement, c’est elle qui partira avec eux ! Pour le coup, on ne pense plus à l’Odyssée mais au Tour du monde en 80 jours et à Mrs Aouda, rencontrée en Inde et qui accompagne Fogg dans son retour à Londres où elle deviendra sa femme…

Les Warriors passent donc ce premier écueil, arrivent au métro où ils manquent de se faire tabasser… Le métro est un havre de paix antique et passager, l’omnibus de La croisière s’amuse. Chaque arrêt est comme une île avec sa faune endémique, ses populations sauvages, ses déesses… Ils seront obligés de se séparer, chassés dans les couloirs du métro par les Baseball Furies (c’est pas moi qui l’invente le lien avec la mythologie…), ou par les Punks (sortes de bouseux en salopettes qui se déplacent en rollers !). L’un d’eux se fait coffrer par la police, d’autres se font charmer par les sirènes, les Lizzies… Bref, on en perd en route, mais toujours grâce à leurs ruses et leur habilité, ils l’emportent et arrivent à se rapprocher de leur île. À chacun de leurs exploits, un peu comme dans les dessins animés (ou dans le dernier acte de Richard III), le grand méchant Noir à lunette en est informé. Ça permet de mettre du rythme au voyage et d’entendre notre coryphée lancer ses fatwas. Musique groove en prime… hommage à un autre récit de voyage mythologique : Point limite zéro[1]. Ou juste pour lancer les années 80.

Notre Ulysse parvient donc à retourner sur son île. Il tue les prétendants qui se pressaient aux pieds de Pénélope (ici sa Conley Island)… De retour chez lui, il retrouve son arme fétiche et s’en servira pour tromper celui qui voulait s’emparer de son trône.

L’histoire est d’une grande simplicité, c’est ce qui fait son intérêt. Un voyage initiatique, une quête du retour chez soi, la découverte de l’amour… C’est tout ce qu’il y a de plus classique et ça marche toujours autant. Pas la peine de tourner autour du pot, ce qui compte c’est ce parcours-là, le reste on s’en moque. Et Hill tient la route (ou le rail).

Étonnant que le film ait fait scandale à l’époque. C’est tellement grossier (dans le bon sens du terme) qu’on ne peut pas y croire… Une bande de loubards en rollers et salopette, une autre avec des battes de baseball peinturlurés façon Alice au pays des merveilles… qui peut croire à ça ?! Rocky Warriors Picture Show ! Il n’y a rien de crédible là-dedans. C’est de l’opéra, c’est la Reine de la nuit. Ça fait appel à ce qu’il y a de plus primaire en nous : les groupes, les origines, la fuite du danger, le retour au pays natal, la peur des étrangers, la loyauté envers ses frères… Ce n’est rien d’autre qu’un western ayant pour cadre New York. Alors bien sûr, c’est plus évident aujourd’hui quand on voit les accoutrements des gangs tout juste sortis de Hair ou des Village People, mais à l’époque, on aurait sans doute été plus avisé de fermer sa gueule. Ce n’est pas un hymne à la gloire des gangs, c’est une allégorie. D’ailleurs, on ne voit pas une goutte d’hémoglobine ; contrairement au roman, il n’y a aucun mort (en dehors de l’assassinat initial de Cyrus). Ça reste très bagarre de cour de récré. Ce n’est pas la baston qui importe, mais la traversée de la ville, les rencontres…


[1] Point limite zéro