Man on a Tightrope, Elia Kazan (1953)

Le Cirque en révolte

Man on a Tightrope Année : 1953

7/10 iCM IMDb

Réalisation :

Elia Kazan

Avec :

Fredric March, Terry Moore, Gloria Grahame, Adolphe Menjou, Richard Boone

Listes :

MyMovies: A-C+

Film de paranogande. Kazan joue les funambules en dépeignant des artistes sans convictions politiques, ballottés entre Est et Ouest. Le pouvoir de l’indécision, la seule liberté possible…

La même année, dans La Nuit des forains, de Bergman, on retrouve les mêmes personnages (le patron de cirque en prise avec la quasi-faillite de sa troupe et une femme trop jeune, trop belle, trop citadine pour lui). Curieux. D’ailleurs, si ce personnage féminin (encore et toujours interprété par l’une des meilleures parmi les seconds rôles habituels à Hollywood, Gloria Graham) a quelque chose de symbolique pour Kazan (elle est la tentatrice, celle qui pousse son mari, à passer à l’Ouest, celle que d’autres voient du mauvais œil), elle a surtout un petit quelque chose de typiquement féminin : la détestation des hommes faibles, faisant de leurs doutes, de leurs indécisions, de leur respect pour autrui, de leurs précautions maladroites, une forme de lâcheté, ou le signe de leur manque de virilité, et qui, à la première baffe de cet homme, se plongera dans ses bras, ayant enfin eu ce qu’elle attend d’un homme, d’un vrai (sic), de la brutalité. Pas grand respect pour ces femmes qui forcent au premier coup d’œil une indépendance affichée, quand elles ne recherchent que la soumission à un mâle. Et c’est pas le cinéma qui entretient une culture : certaines femmes sont réellement aussi névrosées, voire schizophrènes, que ça. Gloria Graham, au moins, est parfaite dans ce registre.


 

Le Raid, Hugo Fregonese (1954)

The Raid

The Raid

Le raid, Hugo Fregonese (1954)

Année : 1954

Réalisation :

Hugo Fregonese

Avec :

Van Heflin
Anne Bancroft,
Richard Boone
Lee Marvin
8/10 IMDb iCM

Listes :

L’obscurité de Lim

MyMovies: A-C+

Lim’s favorite westerns

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Western singulier mettant en scène un épisode de la guerre civile américaine, celui du raid de St. Albans, une bourgade « yankee » située à la frontière du Canada. On est loin du grand ouest (ou même des territoires généralement impliqués dans la Guerre de Sécession) et on se rapprochait plus du film d’espionnage ou de guerre comme il en fleurira dans quelques années plus tard. Un petit côté Star Wars amusant dans cette histoire : on commence par une fuite des rebelles sudistes vers le Nord, et le reste est la mise au point d’un plan pour attaquer cette ville du Vermont en représailles des attaques de l’armée de l’Union au Sud. Une vision de la rébellion passablement datée aujourd’hui, une telle démarche (le raid d’une ville pour en tirer un maigre butin mais espérer surtout désorganiser l’ennemi) étant plutôt assimilée aujourd’hui à du terrorisme.

La mise en scène est parfaite, la photo magnifique (Lucien Ballard aux commandes, futur opérateur des films de Peckinpah, ou un peu plus tard de L’Esclave libre[1], tout aussi flamboyant). Quant à la distribution, c’est du grand cru même si le film ne se prête pas forcément à de grands numéros d’acteurs et si tous ou presque semblent plutôt avoir été utilisés à contre-emploi : Van Heflin, Anne Bancroft, Richard Boone, Lee Marvin, Peter Graves (le chef de Mission impossible, la série)… Efficace et historique. (Hugo Fregonese quant à lui est un vaste inconnu.)

 

L’Homme qui n’a pas d’étoile, King Vidor (1955)

Le Barbelé

Man Without a StarMan Without a Star Année : 1955

★★★☆☆

IMDb  iCM

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle
Réalisation :

King Vidor

Avec :

Kirk Douglas
Jeanne Crain
Claire Trevor
Richard Boone

Je ne me rappelais pas bien de ce western et pour cause, rien de bien original dans cette histoire. C’est construit comme il se doit, j’ai notamment remarqué un début au film, un milieu et une fin, mais ça m’a paru un peu court. Un bon film, c’est un film dans lequel on commence à trouver le temps long (traditionnellement durant le milieu de l’histoire, mais certaines techniques soporifiques permettent d’initier l’ennui chez le spectateur bien avant), puis, en insistant et en produisant à l’intérieur du récit (au milieu de film plus généralement) un nouveau départ, on procède ainsi à un retournement spectaculaire des attentes du spectateur. Celui qui retourne sa veste aura toujours tendance à se révéler plus royaliste que le roi. La tiédeur est le fait des petits films ; les grands ennuient avant de nous conquérir pour de bon.

L’Homme qui n’a pas d’étoile, King Vidor 1955 Man Without a Star | Universal International Pictures (UI)

(Relecture :) La même année (1955), D.D Beauchamp, adaptateur ici d’un roman avec un scénariste plus aguerri (Borden Chase), scénarise Le mariage est pour demain, pour Allan Dwan (avec qui il avait déjà travaillé pour La Belle du Montana ; et qui pourtant — Le mariage — est plus court de deux minutes — preuve aussi qu’avec une idée simple et sans parenthèses inutiles, en allan dwan à l’essentiel, on peut faire de grands films). Eh bien, D.D, ça manque de densité dans les péripéties et de complexité dans les rapports entre les personnages. Pas moyen dans tout ça de trouver le temps long, et au bout du compte ça ressemble à une tranche de vie toute simple : Kirk Douglas qui s’arrête dans une ville, qui chope un boulot (début) ; on apprend qu’il n’aime pas les barbelés, il prend sous son aile un type qui lui rappelle son jeune frère (milieu) ; et puis basta (fin prématurée). On ne sait pas trop de quoi ça parle d’autre, quel est l’enjeu, le réel sujet de tout ça. Pour un roi du spoiler comme moi qui aime reproduire les évolutions du récit, je me sens bien démuni. Le rapport avec le gosse est d’une banalité effrayante, vu et revu mille fois. Le personnage de Kirk Douglas était plein de promesses, mais l’archétype du « cow-boy » intelligent, viril, solitaire, séducteur, qui ne cherche pas les embrouilles et qui les trouve, flirte tendrement avec le stéréotype. Le rapport avec la patronne est déjà plus singulier, mais comme le reste, ça manque de retournements et de péripéties. On n’est pas loin de la fin bâclée de Jumper… quand le personnage de Douglas dit simplement « au revoir » sans raison… D’accord, au revoir, moi aussi j’ai une autre séance qui m’attend…

Il y a des westerns plus longs que celui-ci… et je suis loin de penser que de s’imposer une relecture décennale aide en quoi que ce soit à l’appréciation du film. Rendez-vous dans dix ans peut-être.


 

Rio Conchos, Gordon Douglas (1964)

Une baraque dans le ciel

Rio ConchosRio Conchos, Gordon Douglas (1964) Année : 1964

6/10  IMDb  iCM

 


Listes :

Les 365 westerns à voir avant de tomber de sa selle

Réalisation :

Gordon Douglas

Avec :

Richard Boone
Stuart Whitman
Anthony Franciosa

Pas le western le plus connu, des acteurs habitués aux seconds rôles mais tous excellents, et un réalisateur pas vraiment considéré comme un grand cinéaste (il suffit de voir les titres de certains films : Zombies à Broadway, La Revanche des gueux, la Femme en ciment, et bien sûr son film le plus connu… Them! plus connu sous le titre français Des monstres attaquent la ville).

Revenons à ce Rio Conchos. Une histoire passionnante qui n’est pas sans rappeler La Forteresse cachée, Sierra Torride ou Apocalypse Now (lui-même inspiré d’Au cœur des ténèbres, de Conrad) : le côté traversée d’un lieu sauvage, au milieu des ennemies pour atteindre un but, un groupe composé de personnages improbables qui s’entendent malgré leurs différences, et enfin le trésor caché (ici en l’occurrence des barils de poudre pour faire sauter le repère d’un ancien général sudiste qui vend des armes aux Indiens depuis son camp au Mexique pour essayer de rêver au retour d’une armée sudiste).

Quand les personnages arrivent finalement au bout de leur quête, ils ne sont pas déçus : le repère de l’ancien général sudiste est une grande villa de type Greek revival… sauf que la baraque n’a ni toit, ni mur. Le symbole d’un monde recomposé au milieu de nulle part, la démesure et le guide autoproclamée. On est vraiment chez Conrad. Image en tout cas sublime, subliminale, idée de génie visuelle qui vaut mille discours, digne d’un Kubrick, surtout dans un désert où on peut jouer avec la profondeur de champ et la poussière. Rrien que pour cette scène ça vaut le détour. Parce que pour le reste, les références et les intentions ne font un film, et la maîtrise de Gordon Douglas est plus que limitée.

En revanche, on comprend le sens du romancier qui a adapté ici son travail pour les jeux d’apparences, vu qu’il a comme prénom Clair, et pour déjouer toute méprise son patronyme est un joli Huffaker…

Bref, le Greek inacheved palace :

rio-conchos-1eb16b7

Colonel Pardee 1-0 Colonel Kurtz

Comme dans toutess les bonnes productions conscientes de ne pas disposer du meilleur, on soigne l’éclairage, les décors, et souvent les filles. Si t’es pas un rio manchos, tu sauras tout seul trouver les jambes de Wende Wagner quelque part sur le Net. Moi j’en reste à ma décapotable.