Détective, Jean-Luc Godard (1985)

Détective

7/10 IMDb

Réalisation : Jean-Luc Godard

Un film de Godard, c’est comme une tablette de Toblerone. Un gros Toblerone. T — O — B — L — E — R — O — N — E. *

(* écrit en néon sur le toit d’un immeuble)

En gros, tu bouffes un morceau, un tableau, t’as tout vu et rien compris. Les noisettes, c’est les références permanentes qu’il sera le seul à comprendre (on ne voit parfois même pas ce que lisent ses personnages, mais c’est sûr, voir plein de bouquins à l’écran, c’est aussi classe que des acteurs en train fumer), et le chocolat, c’est ces éternels aphorismes visuels. Parfois c’est poétique, mais c’est vide et plein de prétention. Un boxeur qui file une gauche, puis une droite à deux nichons dont la propriétaire l’incite à travailler encore et encore ses enchaînements, c’est vrai, c’est mignon.

On peut au moins apprécier les acteurs. La théâtralité cinématographique de Laurent Terzieff face à l’autre, celle-ci non cinématographique, de Alain Cuny ; la spontanéité des Nathalie Baye, de Claude Brasseur, de Emmanuelle Seigner, ou de Julie Delpy ; et puis l’étrange et éternelle fantaisie de Jean-Pierre Léaud. Johnny quant à lui est nul, mais est-ce étonnant ? Godard de toute façon ne dirige personne, il caste et se détourne ensuite de ses acteurs pour s’intéresser aux objets : des slogans aphoriens autour de marques au sol, des jump cuts inondés de musique intempestive très pète-cul, partout des inserts beaucoup plus intelligents que tout le monde.

Même le titre sonne comme une marque de parfum. Tout chez JLG est cosmétique, publicitaire, cruciverbeux. Au mieux son cinéma est ludique, indolore.

Le film de Dolan (2016)

Juste n’importe quoi

Juste la fin du mondejuste-la-fin-du-mondeAnnée : 2016

Vu le : 11 octobre 2016

lien imdb 7,3  lien iCM 3/10

 

Réalisation :

Xavier Dolan

Avec :

Nathalie Baye
Vincent Cassel
Marion Cotillard

Dolan est un génie de la médiocrité (ce terme me paraît même un peu fade, ça fait bizarre de l’avouer). C’était pas assez d’écrire ses propres films et d’en tirer ce qu’il y a sans doute de pire dans le cinéma actuellement, il a donc le génie de faire pire encore avec une idée, forcément… de génie : adapter une pièce de théâtre.

Il lui reste quoi à faire pour tomber encore plus bas et nous faire marrer d’autant de bêtise et de mauvais goût ? Quelle créativité du pire, c’est un véritable miracle de la culture poubelle ce garçon.

Comble du mauvais goût et preuve si c’était encore nécessaire de prouver que le garçon est un directeur d’acteurs d’opérette, il arrive à rendre Nathalie Baye… nulle, à vomir, écœurante. Et je l’adore Nathalie, elle était, elle, parfaite dans le précédent (ou un autre, me rappelle plus). Ne rien comprendre à la direction d’acteurs et mettre en scène, au cinéma, des dialogues de théâtre (une horreur aussi), faut quand même un culot énorme.

En général, quand on est nul à ce point (et j’en ai vu des gratinés, seulement, ils n’avaient pas une caméra), on se cache, on a honte. Lui en rajoute. C’est peut-être ça d’ailleurs le génie. L’outrance dans la médiocrité. C’est tellement gros que ça ne peut être qu’un malentendu. Il le fait exprès. C’est un génie, un vrai, se faisant passer pour un crétin fini… Mais non, je pense vraiment qu’il ne faut qu’un crétin fini pour pondre ces horreurs. De là à comprendre ce qu’il passe par la tête de ceux qui apprécient ça, je suis tolérant, là j’ai mal à ma tolérance. On travaille toute sa vie pour essayer de sauver ce qui végète dans la médiocrité, on cherche des excuses, on se fait l’avocat du diable, on essaie d’adopter un point de vue différent… Mais face à autant d’horreur, de vulgarité, de mauvais goût, d’absence totale de subtilité, d’excès sans fin, on en vient presque à douter de sa foi. Quelle souffrance. Indescriptible.

Les seules horreurs qui me reviennent en mémoire et qui peuvent rivaliser avec cette vulgarité, c’est d’un côté Loft Story. De l’autre, les films de Poiré. Poiré pensait que pour que ce soit drôle, il fallait interdire le spectateur de réfléchir, ainsi il ne lui laissait aucun répit et ce qu’il pensait être le “rythme” était insupportable car aller à toute berzingue, c’est le contraire du rythme. Parce que le rythme, c’est la nuance, le mesure, l’accélération, le ralentissement, la pause (si nécessaire à la comédie…). Eh ben Dolan possède le même non-savoir-faire : tout son film est sur un climax permanent. Il faut que tout soit “émouvant”, excessif, et quand tout l’est, rien ne peut plus l’être. Quand on est déjà au sommet que reste-t-il à atteindre ? Il y a une notion dans l’art qui doit bien lui être inconnu à ce petit bonhomme de rien du tout : le medium. Ça vaut pour les chanteurs et pour les acteurs, mais ça vaut un peu aussi pour le reste. Le medium permet de ne pas forcer (donc de crisper le spectateur) et surtout permet de descendre ou de monter. Le plaisir naît à la fois du confort, de l’aisance de celui qui « l’ouvre », mais aussi de cet inconnu mélodique : va-t-on descendre ou monter. Dolan ne descend ni ne monte, il adopte une posture, et demande aux autres de lui tourner autour, de le soulever.
Moi je le mets directement à la cave. Ce mec est une poire. Qu’on le foute au fond d’une bouteille et des extraterrestres dans deux siècles y trouveront là certainement de quoi s’émouvoir. Cul sec.

La Gueule ouverte, Maurice Pialat (1974)

Entre tétons au vent et minous à l’air, l’entrebayement de Nathalie

La Gueule ouverteLa Gueule ouverte, Maurice Pialat (1974)Année : 1974

Liens :
  IMDb  iCM TVK

Une histoire du cinéma français

Cent ans de cinéma Télérama

Réalisateur : Maurice Pialat

 

Note : 6/10

 Avec  :

Nathalie Baye, Hubert Deschamps, Philippe Léotard

 

Vu le : 25 mai 2015

Le problème avec le naturalisme, c’est que ça sonne cruellement faux et qu’on ne voit plus que des acteurs s’empêtrer dans leur semi-impro. On finit par ne plus rien avoir à faire de l’histoire, qui de toute façon n’a pas grand intérêt. 1h30 de casting. Alors, qui est bon et qui l’est moins ?… Je prends Nathalie Baye et Hubert Deschamps (voire la patronne de bar, dans le genre actrice amateur, elle se débrouille très bien). Celle qui crève est nulle (on ne joue pas la mort, surtout pas dans un film naturaliste, jamais, parce qu’on ne simule pas les spasmes, l’agonie ou les délires). Léotard est transparent, et c’est encore la meilleure prestation qu’il puisse offrir face à deux acteurs qui eux tiennent la route.

En revanche, à force de montrer des nibards et des minous, ça devient un peu trop évident que Pialat, pour « être vrai », montre des nibards. Un acteur à poil, c’est tout sauf la vérité : c’est un acteur à poil. Rien à foutre des nibards, surtout quand par hasard, même dans des scènes où c’est totalement inutile ou improbable, on se retrouve avec un bout de téton. Pourquoi est-ce qu’on ne montrerait pas pour changer des trous de balle ou des scrotums mouillés ? Non. Et puis la vérité ne se lève pas du lit tout arrangé. Y aurait-il des vérités bonnes à montrer et d’autres non ?

Je préfère entendre la douce voix de Nathalie, son phrasé, ses intonations bourgeoises et justes, qui fusent, même avec les phrases imposées, sa timidité rieuse, son sourire et sa bienveillance qui fait comme si on était pas là parce qu’en plus de savoir parler (autrement dit « penser » pour un acteur), elle sait regarder. Et on regarde ceux qui regardent, et ceux qui regardent, ce sont ceux qui ont la politesse de s’oublier. Un paradoxe pour le comédien, mais une nécessité, et une rareté. Léotard, lui, se cherche, il n’existe pas, il vaut à peine mieux qu’une des deux infirmières de la première scène qui à l’œil perdu et qui sait qu’on la filme. Baye Baye toujours, une technique parfaite, et quarante ans de sex appeal, tout de même. Parce que son charme ne se tient ni dans ses nibards ni dans ses guibolles. Le naturel, Nathalie, elle l’envoie à la mort.

Comme avec son titre, Pialat veut trop en faire en montrant quand il n’y a rien à voir. Il lui faut soit un volubile comme Depardieu, qui a la gueule ouverte et le volume à fond, soit un taiseux comme Jacques Dutronc.

Laurence Anyways, Xavier Dolan (2012)

Laurence l’Hallali

Laurence AnywaysLaurence Anyways, Xavier Dolan (2012)Année : 2012

Liens :
  IMDb iCM TVK

 

Réalisateur : Xavier Dolan

 

Note : 4/10

Avec  :

Melvil Poupaud Emmanuel Schwartz Suzanne Clément

Vu le : 14 mai 2015

Eh ben, en voilà un champion du bon goût et de la subtilité… Le monde tourne décidément mal si on est capable de voir dans cette chose hideuse et puante un film de qualité. Je vois rarement des films contemporains, et voilà encore un film qui me rappelle pourquoi il n’y a pas grand intérêt à en voir tant la nouvelle génération semble incapable de produire un langage, des sujets, un ton, qui lui soit propre. Ce n’est pas tant le sujet, stupide et racoleur au possible, dans le genre film à thèse gonflant qui enfonce les portes ouvertes, mais l’extrême nullité de sa mise en scène qui me laisse un peu stupéfait. Techniquement, esthétiquement, c’est à gerber. La facilité des moyens de tournage, et cela sans doute depuis Lars van Trier, rend l’espace, les mouvements et la captation de la lumière, d’une laideur sans nom. Le Danois avait un génie à la fois pour l’improvisation à quoi il avait le bon ton d’y adjoindre des jump cuts. Il réinventait un espace bien avant de se perdre dans son dogme il avait su y adjoindre dans Breaking the Waves, une belle photo et une certaine unité d’atmosphère qui avait alors quelque chose de rafraîchissant, un peu comme si les réalisateurs anglais des années 80 se mettaient tout à coup à filmer en cinémascope… C’était à mon sens probablement la dernière trouvaille esthétique d’intérêt, tout le reste ça vaut les jeans taille basse, délavés ou usés à l’achat, avec des coutures tronquées, etc. Ce n’est pas parce qu’on utilise des gadgets qu’on croit originaux que ça en devient plus intéressant. « Hé, tu l’a vu ma caméra ? » Oui, le petit Dolan filme comme Poupaud se maquille. On nous demande de ne pas tenir compte des apparences et pour ce faire on fait du « show off ». Ça tient pas la route. Tu veux qu’on te respecte, tu évites de chercher déjà à en mettre plein la vue. Parce que ce qui dégoûte, ce n’est ni la jupe ni les boucles, mais l’insolence et la prétention avec laquelle on veut montrer sa bite, son cul ou ses nibards en gros plan. Remarque que Poulpaud s’y prend bien mieux que son réal et qu’au moins ça, le fait de prendre un acteur français de l’école de la véritude plutôt qu’un boulet de l’actors studio, c’est peut-être la seule bonne, et modeste, idée du film. Tout le reste est vulgaire et bien consensuelle comme une page pour le dépistage du cancer du sein avec de la Jet set les nibards tout sourire dans Elle. Le plus inattendu dans tout ça, c’est que le film, malgré tout, le plus subtil sur un sujet aussi enclin aux poncifs et au mauvais goût, ça reste Glen or Glenda d’Ed Wood. Justement parce qu’il jouait sur l’étrangeté, parce que dans sa nullité, sa naïveté, au moins Wood, échappait aux convenances de la bonne conscience. Au début du film, le personnage joué par Poupaud lance un clin d’œil à un élève, on a l’impression que Dolan fait la même chose avec nous. Son intention n’est pas de nous faire réfléchir, de nous questionner sur nos propres limites, nos propres acceptations des différences, toutes les différences… « Ah ouais ? est-ce que tu es sûr que tu es aussi tolérant ? » Non, Dolan filme avec la même subtilité qu’une publicité pour une banque ou pour une crème hygiénique, et il traite son sujet avec la même profondeur, les mêmes certitudes, et la même connivence avec son public. C’est peut-être ce qu’il y a de plus puant dans ce film. Il est entendu qu’on vient jouer avec la bonne conscience du spectateur, et qu’on lui fait comme un chantage : si tu n’aimes pas mon film, c’est parce que tu es intolérant. Non, ton film, mon petit Xavier, c’est de la merde parce que ça schlingue la suffisance, parce que c’est filmé avec une caméra endoscopique, parce que tu ne sais pas raconter une histoire, parce que ton sujet vaut pas grand-chose, et grosso modo, parce que tu n’as rien à dire ou à montrer. Signe d’une époque où parce que tout est permis, prétendre qu’on peut encore défoncer des portes closes relève de l’idiotie et de la prétention. Heureusement que le film est un peu sauvé par Melville Poupaud et Nathalie Baye, qui mêmes dirigés par une queue de pelle, prouvent leur talent, eux. Je retourne à de vrais films ; ciao 2012.
(Mes pâtés, je les structure comme Dolan structure son montage : du grand n’importe quoi ; si ça emmerde quelqu’un, il est intolérant, et je le dénonce à la police de la bonne conscience.)