Par-dessus les moulins, Mario Camerini (1955)

Par-dessus les moulins

La bella mugnaia Année : 1955

5/10 iCM IMDb

Réalisation :

Mario Camerini

Avec :

Vittorio De Sica, Sophia Loren, Marcello Mastroianni

Il est à craindre qu’on ait déjà avec cette comédie à grand budget (et à grands excès), les prémices, l’avant-goût, de ce qu’il adviendra vingt ans plus tard de la comédie à l’italienne.

Au milieu des années 50, Mario Camerini est un doyen de la comédie, et si ses comédies avec De Sica dans les années 30 sont délicieuses, elles étaient à la mesure de ce que doit être une comédie : à hauteur d’homme. A-t-il seulement existé un jour une comédie XXL, jouant également la carte du genre historique en costumes, de l’aventure ou d’un tout autre genre, qui ait donné lieu à une grande comédie ? Les exemples doivent être rares, et ce Par-dessus les moulins est à classer parmi les attractions surproduites dispensables de l’âge d’or du cinéma italien.

Par-dessus les moulins, Mario Camerini (1955) | Ponti-De Laurentiis Cinematografica, Titanus

Le paradoxe, c’est qu’on y trouve de nombreuses qualités, mais à force de débauche de moyens, d’effets, de clinquant, de lazzi, d’outrances burlesques, ça fatigue. On s’étonne même de ne pas voir figurer dans la distribution Toto. La farce est bien écrite (il faut, c’est tellement alambiqué comme développement qu’il faut arriver à donner corps à ce vaudeville ibérique), la reconstitution parfaite, et les acteurs, comme toujours excellents (De Sica en mode farce, extraordinaire en imbécile, mais qui agace paradoxalement dans un tel contexte ; et Sophia Loren, tout aussi extraordinaire tout ce qu’il y a de plus difficile pour une femme dans une comédie : servir les hommes pour qu’ils amusent, les mettre en évidence, se contenter d’être charmante en espérant convaincre par son intelligence, son écoute, sa repartie, son caractère : et tout y est). Ce n’était donc pas faute d’avoir invoqué les deux jeunes stars montantes de l’époque qui sortent du bien meilleur Dommage que tu sois une canaille (à Sophia Loren il faut ajouter Marcello Mastroianni dans un rôle tout aussi difficile que celui de sa partenaire, mais le beau Marcello a au moins un avantage sur elle : il serait incapable de jouer les bellâtres — alors qu’en jeune mari jaloux, ça passe très bien).

Voilà encore le paradoxe. Plus Camerini et De Sica auraient fait des efforts pour améliorer leur film, plus ils seraient allés dans la mauvaise direction tant c’est précisément ces efforts incessants, ostensibles, multiples, qui arrivent à nous convaincre qu’une comédie a souvent besoin pour s’épanouir de simplicité. C’était la grande réussite des comédies à l’italienne qui allaient se développer dans la péninsule avec une nouvelle génération de cinéastes/scénaristes qui sauront très bien aussi intégrer les anciens (De Sica en tête, en tant qu’acteur), qui sauront insuffler la même simplicité et le réalisme de leurs aînés (Camerini et De Sica en tête) qui avaient su, eux, intégrer à leurs films au temps du fascisme un souffle de liberté, et qui, comme les comédies américaines avant eux, avaient su aussi bien intégrer les femmes à leurs histoires (quand on compare Dommage que tu sois une canaille et Par-dessus les moulins : dans le premier, c’est presque De Sica qui joue les faire-valoir, et c’est sa fille, Sophia Loren, qui se joue de Marcello ; or, c’est un peu le contraire ici). L’histoire bégaie, il vaut mieux échapper aux petits soubresauts dans le vide quand elle repart.

Un vide ronflant, clinquant et pénible pour ce qui est de Par-dessus les moulins. La faute à ces moyens déployés, au choix de scénario pour mettre en œuvre une si grosse production (une sorte d’angle mort historique). Quand on voit une production « Ponti-De Laurentiis », on a tout compris. La décadence future du cinéma italien en deux noms. Une décadence parfois fructueuse, encore témoin de certains coups de génie, mais déjà ici le signe d’excès coupables.


 

La Dolce Vita, Federico Fellini (1960)

Feu follet

La Douceur de vivre

Année : 1960

Réalisation :
Federico Fellini

Avec :

Marcello Mastroianni
Anita Ekberg
Anouk Aimée
Alain Cuny

10/10  IMDb iCM

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Fellini est quand même un gros malade mental. En dehors de la dernière fête où Marcello est comme passé de l’autre côté de la barrière des monstres, chaque scène, c’est une rencontre avec un personnage formidable, des détails de mise en scène qui prouvent à chaque instant qu’on est face à un grand film, et une plongée sans cesse plus aveugle et inéluctable vers la décadence vaine, absurde, de l’aristocratie contemporaine (la vraie, sinon les artistes, les gens de la mode, des médias…). À force de s’y coller après avoir abandonné ses ambitions littéraires, voire journalistiques, le Marcello finit par y entrer pour de bon dans ce monde, et c’est comme s’il le savait déjà depuis le début, suffit de voir sa tête, toujours en retrait, toujours désinvolte et en recherche de quelque chose qui lui échappe et qu’il perdra définitivement avec le suicide de son ami…

Le mirage Anita Ekberg arrive finalement assez tôt dans le film, quand il y a encore un peu d’espoir. Pour le moins amusant, il y a un air de Mort à Venise déjà dans cette recherche vaine d’un idéal, d’une beauté insaisissable… Le même goût aussi, ou le même refus, de proposer une “intrigue”. C’est Alice plongé dans son terrier. Une longue fête qui se répète jour après jour, et ça pourrait tout aussi bien être des piscines (cf. The Swimmer), le but au bout est toujours le même. Le néant. (Enfin presque, tiens, encore, exactement une fin au bord de l’eau que Visconti proposera plus tard dans Mort à Venise.)

En on n’en a que pour Anita Ekberg, mais j’en avais oublié la présence d’Anouk Aimée, avec un personnage bien barré encore et pourtant si attachant…


 

Break-up, érotisme et ballons rouges, Marco Ferreri (1965)

Scènes de la vie conjugale

L’uomo dei cinque palloni
 L'uomo dei cinque palloniAnnée : 1965

Réalisation :

Marco Ferreri

Avec :

Marcello Mastroianni

Catherine Spaak

8/10 IMDb iCM

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Film rare et ce que j’ai vu de plus digeste du bon Marco jusque-là.

Le ton du film flirte en permanence avec l’absurde et la futilité d’une obsession qui finira par tuer Marcello. Une de ces morts inéluctables, plus symboliques, voire paradoxalement nécessaires, que réellement tragiques. La satire, la farce, permettent cette distance avec la mort.

La preuve encore que c’est rarement la finalité d’une quête qui importe, ni même parfois son sens, mais bien le parcours emprunté jusque-là. Car le plus étrange, c’est moins l’intérêt que Marcello porte à ses ballons (et à l’air qu’ils peuvent contenir) que les rapports qu’il entretient avec sa jeune mariée. Tout peut être prétexte, ou matière, à discussion. On peut regarder le comportement des animaux dans un zoo en étant fascinés, et on éprouve un peu la même fascination ici pour cette vie de couple, plus faite de petits gestes, d’attentions, de jeux, de bisbilles, que de grandes envolées dramatiques.

Il y a ici certaines des séquences les plus belles et les plus justes décrivant les relations entre amoureux. Beaucoup d’ingéniosité (de Mastroianni essentiellement), de tendresse et de jeux entre deux acteurs magnifiques (la femme de Marcello est jouée par Catherine Spaak, quelques années après Le Fanfaron).

Le film est en noir et blanc en dehors d’une séquence ajoutée plus tard et plutôt inutile dans une boîte de nuit où Mastroianni se trouve perdu au milieu d’une orgie de ballons multicolores…

 

 

Les Nuits blanches, Luchino Visconti (1958)

In the Mood for…

Le notti biancheLes_Nuits_blanches viscontiAnnée : 1958

7/10 IMDb iCM

Vu en janvier 2010

Réalisation :

Luchino Visconti


Avec :

Maria Schell, Marcello Mastroianni, Jean Marais

Visconti a tenté de faire un grand film avec une petite histoire, une sorte de nouvelle filmée. On rencontre ici pratiquement toutes les unités chères au théâtre : unité de temps (toujours ou presque la nuit, pas plus de trois ou quatre nuits rythmés par des flash-back), unité de lieu (les rues d’une ville portuaire aux ruelles étroites), unité d’action (rencontre de deux jeunes adultes, s’aimant, s’aimant pas, etc.).

Ces trois règles sont respectées. Peut-être trop, c’est le problème. L’unité de temps empêche l’action de prendre de l’ampleur, même si c’est voulu, ça pose un problème de rythme, ça n’avance pas.

L’unité de lieu, avec ces rues magnifiques reproduites en studio, ça fait trop artificiel, comme dans un rêve, c’est sûr, comme au théâtre, c’est sûr, tout ce qu’a sans aucun doute cherché Visconti, mais c’est trop singulier, trop invraisemblable pour le cinéma.

Et enfin l’unité d’action est tout autant invraisemblable : on a du mal à comprendre et à croire aux revirements permanents des deux personnages. Je pense que dans l’histoire de Dostoïevski, les personnages sont plus jeunes, plus naïfs. Ils veulent faire comme les grands, mais ne savent pas comment s’y prendre. Ils s’aiment sans se l’avouer, n’osent pas s’approcher l’un à l’autre. Puis la fille s’invente un grand amour, une romance trop invraisemblable pour réellement exister. Une manière d’échapper à l’attirance qu’elle porte pour son nouveau jules… Sauf que le rêve s’évanouira à la première lueur du jour. Tellement cruel pour lui, son amant de la nuit… Or tout ça c’est bien joli, mais Maria Schell, si elle peut jouer parfaitement les grandes naïves, est vieille pour le rôle ; trop d’assurance pour jouer un tel personnage, pas assez idiote, ou illuminée. Même chose pour Mastroianni, déjà trop adulte (sans compter qu’on a dans la tête tous les rôles de ces personnages et que ça n’aide pas à les imaginer « purs » et naïfs ; on remarque trop souvent ce défaut, et il n’y a guère que dans le Roméo et Juliette de Zeffirelli qu’on a des personnages avec l’âge et la fraîcheur des personnages). Si bien que tous les revirements du récit, les « oui je t’aime, ah non attends, j’en aime un autre ce n’est pas possible » paraissent artificiels, forcés. Il y a probablement une grande réalité psychologique à la base dans ces contradictions et revirements permanents. On a juste du mal à y croire.

On pense parfois à l’esthétique de Wong kar-wai, dans le minimalisme, l’unité, le ton. Il ira plus loin que Visconti, et c’est là que lui arrivera à trouver le ton juste. Il insistera sur l’unicité, le lyrisme, l’impossibilité de s’aimer, l’interdit de la rencontre, un peu comme sa musique qui revient sans cesse à la charge, rappelant obstinément la même scène. Tandis que le récit dans ces Nuits blanches semble nous faire croire à une évolution dans la situation. Or ça on n’y croit pas une seconde. Une fois qu’ils se connaissent, c’est entendu, en trois nuits, ils ne peuvent que discuter et parler si peu, ne prendre aucune décision parce qu’ils sont prisonniers du lieu, de l’action, du temps… Ce qu’ils se disent, ce qu’ils se racontent devient alors accessoire. Comme dans un rêve, où le fond importe peu, ce qui compte, c’est juste l’ambiance, les impressions, le ton. Et ça c’est ce qu’arrive à faire le cinéaste hongkongais dans In the Mood for Love par exemple. Avoir un sujet, et tourner autour sans cesse comme un disque qu’on écoute encore et encore. Comme une obstination à reproduire une séquence statique, déjà vue, nostalgique, parce qu’on en devine trop bien l’issu.

On pense plus à La Fille sur le pont de Leconte, tout aussi esthétique, claustrophobe, glauque… et inabouti.

Le Pigeon, Mario Monicelli (1958)

L’Armée branquignol

I soliti ignoti
le pigeon 1958Année : 1958

Réalisation :
Mario Monicelli
10/10  IMDb

Avec :

Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Renato Salvatori

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Peut-être l’une des meilleures comédies qui soit. Une comédie, une farce, hilarant du début à la fin, tournant autour des bêtises de quatre ou cinq malfrats stupides et ridicules.

L’écriture est presque aussi précise qu’une pièce de théâtre. Cela commence par la mise à l’ombre de Cosimo pour une tentative de vol de voiture (pendant le générique). Il demande alors à sa petite amie de partir à la recherche d’un “pigeon” qui pourra avouer être l’auteur du délit et ainsi lui permettre de sortir moyennant paiement après la substitution. Vient ensuite toute une série de scènes pour trouver ce pigeon, scènes prétextes en fait à la présentation de ce qui constituera le futur gang malheureux. On propose d’abord à Mario, sans emploi et qui vit de petits recels, mais celui-ci a déjà servi deux fois de pigeon et il risquerait une plus lourde peine. Il va donc avec Capanelle, qui lui avait proposé (et qui a lui tout à fait la physionomie du pigeon : sorte de Sim italien s’exprimant le plus souvent d’onomatopées et toujours à picorer quelque chose), retrouver Michele, un Sicilien aux manières forcées d’aristocrate habitué aux histoires louches. Mais lui non plus ne peut pas… ils vont donc tous à leur tour retrouver Tiberio, un photographe, sans camera et qui a un casier vierge. Il ne peut pas… Et ils proposent enfin à Peppe, boxeur prétentieux mais sans talent. Qui accepte.

Le plus remarquable dans ces scènes de présentation, c’est qu’en dehors de la caricature de la traditionnelle scène de formation de groupe (montrée en plus là de manière dramatique, avec le groupe se grossissant à mesure des rencontres comme si pour tous, il devenait vital de trouver un pigeon dans cette histoire), c’est que tous ont une situation bien particulière dans leur vie. Ce sont évidemment tous des ratés et à mille lieux les uns des autres. Capanelle est un vieillard limite de la sénilité. Mario est un séducteur qui parle toujours de sa bonne mère qu’il faut préserver (alors qu’il est, on le saura plus tard, orphelin, et donnera lieu à une scène surréaliste lors de son retour à l’orphelinat). Michele est petit et laid, et séquestre chez lui sa magnifique sœur (Claudia Cardinale) avant de lui trouver un mari. Tiberio (Marcello Mastroiani) élève seul son bébé car sa mère est en prison. Et Peppe (Vittorio Gassman) est un séducteur qui est déjà la caricature du Fanfaron de Risi.

Peppe va donc servir de pigeon, mais suite à une scène de comedia del arte entre Peppe et Cosimo (énorme moment d’anthologie : « comment mais c’est toi ! — oui c’est moi je l’avoue, quand j’ai su qu’un vieil homme innocent était inculpé à ma place, j’ai accouru »… tout ça joué avec une telle vérité qu’on s’y croirait) tous deux se retrouvent incarcérés. C’est là que Peppe va mettre à contribution son passage en cellule pour soutirer les informations à Cosimo pour préparer leur prochain coup : s’emparer du contenu du coffre du mont-de-piété en passant par l’appartement voisin. Pour se faire conseiller, il demande à Dante (Toto) de les aider. Après quelques semaines de préparation, et quelques contretemps (appartement finalement occupé, séduire la bonne, Mario se retirant pour épouser la sœur de Michele, Tiberio se cassant le bras mais participant tout de même à l’aventure…) le gang, réduit à quatre éléments (Peppe, Tiberio, Capanelle et Michele) se lance à l’assaut de l’appartement tel Cervantes face à ses moulins… Cela ne va évidemment pas se passer comme prévu.

Le film se termine sur une image à la fois hilarante et symbolique : Peppe qui cherchait à échapper à deux policiers, se réfugie dans une foule qui le happe. C’est en fait une queue de travailleurs se massant devant une usine en attendant l’ouverture des portes. Contre sa volonté, il suit le mouvement et se retrouve obligé d’aller travailler. On est plus très loin de Chaplin à ce moment-là.

Le Pigeon, Mario Monicelli (1958) | Cinecittà, Lux Film, Vides Cinematografica